"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



dimanche 30 mai 2010

GENTLEWOMAN FARMER

par BBJane Hudson

Toute bonne chose ayant une fin, il me faut clore à regret ce cycle de posts dédié aux mères perfides, et laisser nos chères génitrices profiter en toute impunité du jour festif qui leur est consacré. Ce n'est pourtant pas la matière qui nous manque, à Valentine et moi, pour prolonger notre éreintement des fécondeuses funestes, le cinéma Camp étant particulièrement prodigue en spécimens édifiants.



Deux exemples de "Campy Mothers"


Pour finir en beauté, je vous laisse en compagnie de Mrs Lilian FARMER, qui, non contente d'être l'une des plus vachardes représentantes de la tyrannie maternelle à l'écran, se paie le luxe d'avoir authentiquement existé en vrai et sans trucages dans la vie réelle, où elle s'employa à pourrir celle de sa fille, l'actrice hollywoodienne Frances FARMER.
L'histoire est bien connue depuis que Graeme CLIFFORD dédia à la starlette un éprouvant biopic sobrement intitulé Frances, qui reçut un accueil mitigé aux Etats-Unis, mais fut un notable succès en Europe et consacra sa jeune interprète, Jessica LANGE, comme l'une des comédiennes les plus douées de sa génération. Pour punir sa fille d'avoir renoncé à sa carrière cinématographique et à la gloire afférente, Lilian n'hésita pas à la faire interner à plusieurs reprises dans de sordides établissements où la malheureuse fut tour à tour droguée, cobayisée, violée, et finalement lobotomisée.



A gauche : la cause (la vraie Ma FARMER et Frances) ; à droite : l'effet (Frances en route vers la camisole).


Il faut dire que l'insistance de la jeune femme à regagner le giron de sa bourrelle après chaque sortie de l'asile s'avère aussi stupéfiante que consternante, et finit par arracher au spectateur le moins compatissant (telle votre servante) la réflexion qu'"après tout, elle l'a bien cherché..."





28 ans après sa réalisation, le film de CLIFFORD, jadis salué pour son intensité dramatique, apparaît comme un bon vieux mélo des familles, plein d'envolées lacrymales, d'affrontements hystériques et de déballages nauséabonds, avec une bonne dose d'extrapolations scénaristiques (on sait que la lobotomie de Frances FARMER n'exista que dans l'imagination des auteurs) et juste ce qu'il faut de trash pour se distinguer de ses vénérables modèles.


Kim STANLEY (gauche), avec Jessica LANGE (droite)

Kim STANLEY fut nommée à l'Oscar de la Meilleure Actrice dans un Second Rôle pour sa composition en marâtre opiniâtrement castratrice. Avec cette prestation, celle que son biographe Jon KRAMPNER désignait comme "la Brando féminine", restera dans la mémoire des cinéphiles comme l'une des plus haïssables harpies du cinéma américain des eighties.
Enjoy !...
(Et bien des choses à toutes les mamans !...)


vendredi 28 mai 2010

CHI-CA ! CHI-CA ! CHIC ! AÏE ! AÏE ! AÏE !


LA MUSIQUE ADOUCIT LES MŒURS #4

par Valentine Deluxe


Bon : c’est la Fête des Mères (ou presque), ok...
Le moment est mal choisi pour cracher à tout-va son fiel hautement venimeux sur la très noble, très sainte et très respectable institution familiale, c'est entendu !
Mais vous avouerez que pour certaines figures, du genre « very very borderline », il est assez difficile de continuer, comme si de rien n’était, à brosser une hagiographie dans des tons pastel et guimauve façon Saint-Sulpice, en refusant de regarder une vérité des plus nauséabondes dans le blanc des yeux.
Ne nous voilons pas la face plus longtemps : il y a des cas désespérés !


Un exemple de cas vraiment désespéré...

Prenez Mme Lashe par exemple... Lilah Lashe...
Toute môman qu’elle soit, faut reconnaître qu’elle cumule...
Tout d’abord, hormis le fait qu’elle soit affublée d’un patronyme de strip-teaseuse pour baraque foraine, elle a quand même de drôles de fréquentations.
En guise de meilleure amie et confidente, elle n'a rien dégoté de mieux qu’une vieille pochtronne dont la principale occupation consiste à fumer des cigares de contrebande à la chaîne en sifflant force bouteilles de gin, et en tentant désespérément de s’accrocher aux derniers lambeaux d’une dignité déjà passablement écornée.




S'il n’y avait encore que ça !... Mais non, y a le fiston !...
Passe encore qu’Olaf (oui... déjà, bravo pour le prénom !...) soit à peine plus grand que Dustin HOFFMAN, qu’il ait une trogne mafflue et passablement patibulaire ; ça, ma foi, ça n’empêche pas les sentiments... Mais faut reconnaître qu’il a de drôles de manies, ce gamin !
Quand d’autres se contenteraient d’aller faire leurs petits tiercés le dimanche midi avec les copains, en buvant une bière au zinc du bistrot local, Olaf, lui, préfère passer le temps à enlever de jeunes donzelles passablement cruches, qu’il appâte dans la rue grâce à un caniche mécanique (si si !... je vous assure que vous avez bien lu !!!...)
Une fois les petites dindes ramenées au bercail, il les drogue et les cache dans le grenier lugubre du domicile maternel -- une pension de famille qui ferait passer le motel Bates pour la petite maison dans la prairie.
Là, il les abandonne, contre monnaie sonnante et trébuchante, aux bons plaisirs (forcément déviants) d’une bande de pervers patentés qui hantent les parages.


The Sinful Dwarf (Vidal RASKI, 1973)
(Le film dont vous allez voir un extrait...)

Vous en voulez encore ?... Ça tombe bien, c’est pas fini !!!
Last but not least, notre chère Lilah ajoute à ce palmarès déjà fleuri une incoercible propension à se prendre pour Carmen MIRANDA à chaque fois qu’approche la crise de delirium tremens.
Et ça se trémousse hystériquement, une corbeille de fruits en guise de couvre-chef, le tout sur des rythmes chaloupés martelés par le dévoué rejeton sur le vieux piano désaccordé qui trône au milieu du salon, et dont les fausses notes sont au diapason de la tessiture mi-casserole/mi-fausset de notre « genitrix horribilis » du jour.



Z’avouerez que c’est pas mal comme tableau de famille, non ???
Vous êtes prêts à tenir le choc ?... Allez, on envoie la pièce à conviction !...




jeudi 27 mai 2010

MAMAN, TU ES LA PLUS BARGE DU MONDE

par BBJane Hudson

Dans ma lointaine campagne nordiste, chaque bled possède sa fête annuelle bien à lui, durant laquelle un animal ou quelque produit du terroir est célébré en grande pompe avant d'être bouffé sur la place publique.
« Fête du Cochon » à Emerchicourt (baptisée "Les Pourchiaunades", et très appréciée des satyres en raison des nymphettes mini-jupées qu'on y croise à foison), « Fête du Chien » à Prisches (Frank MICHAEL était l'invité d'honneur de la dernière édition, et j'ai vu de très belles affiches annonçant l'événement, avec sa bouille dessus et sans autre inscription que "Fête du Chien", ce qui signifie que ce chanteur bénéficie enfin d'une célébration appropriée à son talent), « Fête du Bœuf » à Bugnicourt (ne pas confondre avec "la Fête du Beauf", qui, elle, a lieu tous les jours), « Fête de la Fraise » à Ecaillon (s'y rendre en costume Louis XIII), « Fête de la Châtaigne » à Lewarde (s'y rendre muni de gants de boxe), et... « Fête de la Mère », dans un joli patelin non loin de Tromaville.





La mère en question est une charmante vieille dame dotée d'un solide sens du cabotinage, amie de la jeunesse, des hippies, et des organisateurs d'apéros faceebookiens. Vous la reconnaîtrez à sa minerve stroheimienne, à sa curieuse coiffe rose, et aux rejetons chahuteurs mais joviaux qui l'escortent et lui prêtent main forte lorsqu'il s'agit de faire découvrir aux touristes les joies de la ruralité.
Comme dit le célèbre lieu commun : « Une mère, on n'en a qu'une » – ce qui, personnellement, me suffit amplement... Pourtant, une maman comme Rose ROSS (a.k.a Beatrice PONS, que vous avez peut-être pu apprécier en standardiste dans Le Gendarme à New-York), moi, j'en veux bien plusieurs !...




vendredi 21 mai 2010

La mère, qu'on voit tancer...

par BBJane Hudson

Bientôt la Fête des Mères ! Vous pensez bien que MEIN CAMP ne pouvait négliger l'événement...
Le Camp, comme chacun sait -- et ceux qui l'ignorent le sauront désormais -- est une invention de pédés. Et les pédés, c'est bien connu, sont ce qu'ils sont à cause de leurs mamans, de l'amour dont elle les abreuve ou de celui dont elle les sèvre, ainsi que d'un tas d'autres emmerdements typiquement "génitriques". Vous me direz que toutes les mères sont emmerdantes, et que tout le monde n'est pas pédé pour autant -- sans quoi, il n'y aurait bientôt plus de mères... Mais moi, que voulez-vous, je ne me fie qu'à ce qui est bien connu. Le reste, c'est trop savonneux, on ne sait jamais dans quels gouffres ça nous abîme...




Donc, que serait le Camp sans la figure tutélaire de la Mère ?
Non pas la bonne maman affable et dévouée à sa progéniture, sachant la préserver des avanies de l'existence tout en ne l'étouffant point sous le poids de son affection, et dont la tribu Ingalls et quelques familles disneyennes durent sans doute posséder les seuls spécimens existants, mais la Mater Monstruorum, asphyxiante, castratrice, jalouse, hystérique, dominatrice, braillarde, égocentrique et mal léchée, paranoïaque, schizophrène, voire même carrément psychopathe.
L'authentique Mère à boire, em(mère)deuse patentée, façonneuse d'invertis et de vieilles filles, ou, dans le meilleur des cas, terreur de ses gendres et cauchemar de ses brus, que sut si bien décrire Philip WYLIE dans son vitriolique pamphlet A Generation of Vipers (il ne leur imputait rien moins que le déclenchement de la Deuxième Guerre Mondiale !), et à laquelle des dizaines de cinéastes internationaux rendirent l'hommage dû à son infamie.




En conséquence, d'ici le 30 mai, MEIN CAMP s'appliquera à vous proposer quelques exemples cinématographiques de mamans terribles, histoire de bien marquer le coup.
On commence en beauté avec la plus fielleuse d'entre elles, Mrs Taggart, campée (c'est le cas l'écrire) par Bette DAVIS dans l'un des 90 meilleurs films de sa carrière (et mon préféré, avec Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?) : The Anniversary de Roy WARD BAKER.
Au royaume des salopes, Mrs Taggart est borgne, mais certes pas aveugle, et encore moins muette !





Prodigieuse entrée en scène, répliques venimeusement ciselées, euphorisante dextérité dans la stimulation prostatique du Manneken Piss, sens imparable du claquage de clapet...
Accrochez-vous fillettes !... bouclez vos ceinturons !...
Voilà une vraie leçon de materrorisme...




jeudi 13 mai 2010

LA MUSIQUE ADOUCIT LES MOEURS (et délie les langues...)

par Valentine Deluxe

Pour continuer notre petite exploration musicale, et avant de partir pour des contrées plus exotiques, revenons sur le territoire bien balisé du "film-catastrophe" tel qu’il se concevait dans les années 70.
Les tenants du bon goût et de la mesure auront vite fait de détourner le regard en se pinçant le nez devant la liste des œuvres incriminées ; mais une chose est certaine : pour de nostalgiques raisons qu’il n’est plus besoin de vous rappeler ici (cf. La musique adoucit les mœurs #1), vous n’arriverez jamais, même sous les tortures les plus raffinées, les sévices les plus dégradants (ben quoi, on peut rêver non ?) à me faire avouer que Tremblement de terre, Le Pont de Cassandra ou Meteor sont des grands crus classés du nanar à gros budget.
Lancé par le carton incroyable en 1972 de L’Aventure du Poséidon, la formule - pour faire bref, c’est Grand Hotel avec un désastre d’ampleur biblique au milieu ou à la fin - sera décalquée jusqu'à l’usure complète de la trame, pour terminer minablement au crépuscule de la décennie avec une série de flops retentissants qui sonneront pour un temps le glas du genre.





Et en parlant de figures imposées, une de mes préférées est bien la chansonnette incontournable, petite ballade sirupeuse que n’aurait pas reniée Johnny LOGAN à l’Eurovision, et qui vient ponctuer les cataclysmes de tout poil.
Encore qu’elle n’intervienne en fait à ma connaissance que dans 3 films de la flopée de désastres de tout calibre qui déferlèrent sur les écrans entre le premier choc pétrolier et l’arrivée de REAGAN à la Maison Blanche (y a-t-il là un lien de cause à effet ?), cette petite parenthèse musicale apportait toujours une note d’air frais avant le début des hostilités, et permettait parfois de ramener un Oscar à la maison comme pour le « Morning After » du Poséidon, ou celle que nous allons découvrir plus bas.
Explorons donc maintenant rien moins que le Ben-Hur du genre, le justement célèbre La Tour infernale !





Irwin ALLEN, déjà producteur et coréalisateur du Poséidon, reprend ici la même recette, en y ajoutant une emphase comme on n’en osait plus rêver depuis BARNUM et Cecil B. DeMILLE. Je vous cite en gros le précepte, et de mémoire : « De tout, beaucoup, deux fois… et avec de la sauce ! »
Voyons donc ce morceau typique :
On plante en musique un décor du dernier mauvais goût, et, comme à Medrano, on en profite pour envoyer une impressionnante brochette de stars faire un tour de piste avant de commencer le spectacle – et ce même si certaines, passablement faisandées, ont la fraîcheur des vieilles carnes qu’on remonte de la mine les jours de la Sainte-Barbe.
Pas un mot - et Dieu sait qu’ils peuvent jacter avant qu’on ne se décide à foutre le feu à la baraque ! -, pas une intonation, pas un nœud pap’ qui ne soient « Over Ze Top »!
Alors comment faire pour ne pas adorer, pouvez-vous me le dire ?
Mais chhhhhut ! taisons-nous, ça commence :





Ah ! le nœud papillon de Richard CHAMBERLAIN ! …Vous avez maté le nœud papillon de Richard CHAMBERLAIN ?… Je pourrais faire du deltaplane avec un machin comme ça !
Et l’on ne parlera même pas de son smoking au joli camaïeu brun et beige...
Par contre, je ne saurais vous quitter sans souligner malicieusement au passage que, malgré un budget des plus confortables, perdues dans les plantes vertes, les tulipes en plastique et la foule des figurants fringués comme s'ils allaient au mariage de la tante Adèle, on peut reconnaître la fontaine et les vasques recyclées du restaurant où la STREISAND est venue quelques années plus tôt nous beugler « HELLO DOLLY ! » dans… heu ?… ben dans Hello Dolly !...
Sans doute l’art d’accommoder les restes ?

mardi 11 mai 2010

IDA EN DECONFIOTE


THE BB'S HORROR PICTURE SHOW #3

par BBJane Hudson

Vous êtes-vous déjà demandés ce qui se cachait au fond du buffet de votre grand-mère, derrière ses alignements de conserves et de pots de confiote ?
Non, parce que de nos jours, les grands-mères ne se cassent plus le tronc à faire des confitures et des conserves. D'ailleurs, il n'y a plus de grands-mères, et encore moins de buffets. Les temps sont durs pour les petits-enfants, à l'heure du tout Ikea et de l'émancipation des seniors, qui préfèrent aller guincher en boîte ou se régénérer en salles de gym que de faire la cueillette des airelles et de suer sur leurs marmites...
Que voulez-vous, y a plus de vieillesse...





Ce post aurait aussi bien pu entrer dans la rubrique To be or to have been, puisque la vedette de notre vidéo du jour, Ida LUPINO, avait incontestablement connu de plus gratifiantes expériences que de jouer les fermières typiques en butte à des rats de trois mètres, des guêpes grosses comme des chiroptères, et toute une tripotée d'autres bestioles géantes dans le Soudain les monstres de Bert I. GORDON (surnommé Mister BIG en vertu de ses initiales et de son obsession pour le gigantisme animal ou humain -- il réalisa, entre autres, Le Fantastique homme colosse, Le Village des géants, L'Empire des fourmis géantes, et Chéri, j'ai agrandi Sarkozy...)




Avant de hanter le cinéma d'épouvante "bricolo plan-plan" des seventies, Ida avait non seulement tourné sous la direction de quelques très grands noms du 7ème Art (Raoul WALSH, Fritz LANG, Henry HATHAWAY, etc...), mais avait été l'une des rares femmes cinéastes de son temps (en gros, les années 50, même si elle mit en boîte une multitude d'épisodes de séries télévisées durant la décennie suivante), auteure de mélos féminins engagés et brillants, dont une poignée fut jadis diffusée au "Cinéma de Minuit", au temps où Patrick BRION avait encore vocation de dénicheur et ne se contentait pas de nous refourguer inlassablement les mêmes films des mêmes réals... (T'as vu ça, Valentine ? Je réussis à pondre des phrases plus longues que les tiennes...)





Ici, notre Ida revêt la défroque de la rurale de base et se paie la peur de sa vie en découvrant ce qui arrive quand on néglige d'astiquer régulièrement son mobilier...
La morale de cet extrait en forme d'avertissement pourrait être : "Méfiez-vous des fonds d'étagères". C'est peut-être un peu court comme enseignement, mais je ne vois rien à y ajouter. Jugez-en :




dimanche 9 mai 2010

COMMENT DOMPTER LES JEUNES COQS PRETENTIEUX ?


LES BONS CONSEILS DE VALENTINE # 4

par Valentine Deluxe


Nouvelle question fondamentale aujourd’hui :
Comment se faire respecter par le jeune freluquet narcissico-prout-prout dont vous avez eu la malencontreuse idée de vous amouracher, quand – comble d’injustice et de désespoir – vous cumulez plus d’heures de vol au compteur qu’une vieille caravelle d’Air Katanga ?
Si vous suivez mes rubriques avec assiduité, vous connaissez la recette : rien de tel pour trouver une réponse idoine à cette ambitieuse problématique que de faire appel à une Grande Dame !
Venant à notre rescousse aujourd’hui pour répondre à cette délicate interrogation, une triple médaillée d’or dans la catégorie : la 'poustouflante et lumineuse Ava GARDNER (sous vos applaudissements, s’il vous plaît !...)


Ava avant...

Après qu’elle s’est soit fait « assassiner » d’une façon on ne peut plus impromptue quelques années plus tôt, par les scénaristes des 55 Jours de Pékin de Nicholas RAY – et ce, comble d'élégance, en plein tournage de cette éléphantesque production, pour cause d’ébriété intempestive à répétition sur le plateau – Ava s'en est allée cachetonner à droite et à gauche, toujours belle même si légèrement décatie, avec une conviction et des résultats rien moins que fluctuants, dans toute une suite d'œuvrettes ineffablement kitsch.
Mais bon, il lui fallait bien s'assurer un train de vie décent dans sa thébaïde madrilène ; alors, vous comprendrez que les critères esthétiques et autres ambitions artistiques de ces péloches n’étaient sans doute pas une priorité pour notre chère vieille chose.


Ava après (et toujours plus stone...)

La voici donc dans une de ses (dé)compositions les plus savoureuses – pour laquelle la définition même du mot Camp semble avoir été inventée – où, coincée avec son greluchon dans un compartiment de 1ère classe d’un express international, elle fonce, en toute insouciance mais à vive allure, vers le sinistre Pont de Cassandra (et ça tombe bien, car si j’ai pris la peine de vous l'écrire en italiques, en gras, et avec un lien, c’est que c’est aussi de titre du film...)





Mais où est le conseil dans tout ça ?
Ben oui, parce que je cause, je cause ("C’est tout ce que je tu sais faire", dirait l’autre), mais contrairement au tortillard ci-plus-haut nommé, je n’avance pas !
Donc, alors que des terroristes atteints de peste bubonique contaminent tout le convoi, et que celui-ci se dirige vers un viaduc en ruine que le spectateur entend bien voir s’effondrer avec perte et fracas, Ava, elle, s’en fout !
Elle a sorti tous ses bijoux du coffre, histoire de bien rappeler qui tient les cordons de la bourse, et fait semblant de lire Tolstoï en prenant des poses alanguies, tout ça pour les beaux yeux de qui ?… Martin SHEEN en personne !
Faut reconnaître que malgré les cols pelle-à-tarte, les pattes d’ef’ vintage et un brushing dans lequel il serait bien en peine de retrouver son peigne s'il l'y égarait, ma foi, on dira ce qu’on voudra, moi, je lui donne pas tort à Ava : on n'en ferait qu’une bouchée du godelureau !
Mais attention, face à ce genre de minet, il ne faudrait pas perdre la face ; on n’en reste pas moins, avant toute chose, une Grande Dame !
Alors, c’est quoi le truc infaillible d’Ava pour mater cet arrogant freluquet ?
Ben, le Panache mes trésors, le Panache !
Approchez-vous un peu, et admirez sa technique d'émasculation, en trois coups de cuillère à pot, et sourire en prime.




vendredi 7 mai 2010

TO BE OR TO HAVE BEEN # 2


par BBJane Hudson


Dans le registre des fins de carrières savonneuses, Cameron MITCHELL s'impose comme un glisseur d'exception. Celui que Jean-Pierre PITON qualifia de "Roi sans couronne de l'horreur malsaine" (dans le numéro 85 de "L'Ecran fantastique") gagna ses galons de vedette dans la série B sympatoche (Gorilla at Large), faillit être sacré "Meilleur Acteur de Tous les Temps" de l'année 1957 avec son interprétation d'un boxeur morphinomane dans Quand la bête hurle, puis devint un westerner emblématique des fifties et sixties (Le Jardin du Diable et la série télévisée Chaparral, qui en fit une star du petit écran durant 97 épisodes.)



L'Amérique ne suffisant plus à satisfaire sa boulimie de travail ni à renflouer ses comptes périclitants, il s'exila en Italie, alors terre d'accueil des vedettes ricaines en panne de reconnaissance, où il trouva un second souffle en multipliant les apparitions mémorables dans tous les genres en vogue : giallo (le classique Six femmes pour l'assassin), western macaroni (Le Dernier pistolet), "vickingeries" bolognaise (La Ruée des vikings)...





De retour au pays, son tempérament chaotique (son ami, le cinéaste Fred OLEN RAY, le qualifiait de "dingue" dans un très beau texte-hommage, publié sur un site hélas disparu), ses dettes de jeux et ses excès de bibine l'amenèrent à s'immerger dans les bisseries crades et foutraques (l'extravagant et campissime Nightmare in Wax ; le génial The Toolbox Murders ; le déconcertant Terreur extra-terrestre, qui traumatisa bien des jeunes téléspectateurs quand un extrait en fut diffusé par les Bogdanoff twins dans leur Temps X), et à sombrer dans les culs-de-basse-fosse du Z ricain (Night Train to Terror, The Demon, etc...)
D'une multitude de nadirs, l'un des plus abyssaux est sans doute Terror on Tape, impensable bidule (y a pas d'autre mot) filmé en vidéo, dans lequel MITCHELL est un gérant de vidéoclub proposant à ses clients des extraits de films plus gerbants les uns que les autres. Film de compilation, donc, où les séquences de transition, tournées dans un coin de studio désaffecté ou dans la remise de la grand-mère du réalisateur Robert WORMS, ne durent sans doute pas demander à notre acteur plus d'une journée de présence (dans la vidéo en fin de post, il est confronté à l'une des reines du Z horrifique des années 80, Michelle BAUER, dont on appréciera davantage l'aérodynamisme que les compétences dramatiques).




Terror on Tape sortit en VHS en France à la fin des années 80, nanti d'une jaquette annonçant fièrement un casting d'ex-stars (Christopher LEE, Richard WIDMARK, John CARRADINE, Mel FERRER, etc...) qui, à vrai dire, n'apparaissent que quelques secondes dans des extraits de leurs films respectifs.
De plus en plus alcoolisé, MITCHELL conclut sa filmo dans l'enlisement le plus total, enchaînant sans complexe les Frankenstein Island, Bloody Movie (co-réalisé anonymement par le grand André DeTOTH, celui-là même qui offrit à MITCHELL son rôle emblématique dans Quand la bête hurle) et autres Demon Cop, où il peinait manifestement à cacher un état de cuite permanent. Seule exception à cette fin de parcours "cent fautes" : From a whisper to a scream, pur chef-d'œuvre néo-gothique de Jeff C. BURR, dont il fut amplement question sur FEARS FOR QUEERS, et où l'acteur livre une performance digne de ses heures glorieuses, c'est-à-dire proprement géniale...
Mais revenons à nos moutons galeux...
Enjoy Cameron, dans l'une de ses plus épineuses prestations...
(A la fin de la vidéo, vous pourrez découvrir un extrait de The Slayer [1982] de l'impayable J.S. CARDONE.)




Pour en savoir plus sur cette perle, rendez-vous ici...

samedi 1 mai 2010

LA MUSIQUE ADOUCIT LES MOEURS # 2


par Valentine Deluxe


Y a des signes qui ne trompent pas :
Moi, si j’étais là, à crapahuter à-la-hue-à-la-diable sur les routes de Transylvanie, avec Boris KARLOFF assis à côté de moi, et que je voyais un panneau signalétique annonçant « FRANKENSTEIN : 1 km », déjà je sentirais venir le pépin !
Mais non, cette bonne poire de J. CARROL NAISH, tout en bosse et en scoliose, ne s’inquiète pas plus que ça et poursuit son chemin en sifflotant.
Pourquoi est-ce qu’on ne veut jamais écouter Valentine ???...





D’où l’intérêt de relire les bons vieux classiques :
La gitane et le bossu, depuis Victor HUGO, on sait pourtant que ça ne peut pas fonctionner, ça mène droit au fossé !... Mais bon, autant pisser dans un violon, on ne m’écoute pas, je vous dis !...
Une chose est sûre : ces deux-là ne tarderont pas à faire la « une » d’un prochain "Courrier du cœur"...