"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



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dimanche 28 mai 2017

TOO MUCH, TOO SOON (Une femme marquée, Art Napoleon, 1958)


SPÉCIAL FÊTE DES MÈRES

"La vie en (Cir)r(h)ose"
par Valentine Deluxe

 

Les traditions sont les traditions, et dans les colonnes de Mein Camp, on les RESPECTE scrupuleusement ! 
C'est bien le moins que l'on puisse faire, tandis qu'autour de nous, les comploteurs -- à coup sûr des sodomites judéo-maçonniques travaillant en sous-main avec un réseau d'Illuminatis pékinois à la solde du grand Babu -- avancent en rangs chaque jour plus serrés, et que les sournois  répandent à l'envi, avec toute l’énergie du geste auguste du semeur, la boue putride d'une propagande délétère visant à saper les fondements de notre civilisation, et à lézarder perfidement le ciment de nos vertueuses institutions (ouf !).
Leur cible favorite en ce moment : 
La Fête des Mères!

Peut-être ignorez-vous que de ce côté de l'outre-Quiévrainesque frontière, il se trouve même des écoles -- oui des écoles !!!! -- qui ont purement (abjectement) et simplement  (sournoisement) annulé le cadeau de Fête des Mères : un soliflore en pâte à sel amoureusement peinturluré d'un joli camaïeu, allant du vert-caca-d'oie au brun-étron.


Ceci dit, comme cela fait huit mois tout ronds que vous attendez ma nouvelle bafouille, je ne vais pas vous faire des mouches à quatre queues avant d'en arriver au principal. 
Foin des hors-d’œuvres, préludes et prolégomènes pour parler de ce qui nous occupe présentement :

La Mère Courage du jour.

Là encore, nous ferons taire les persifleurs qui nous accusent de complaisance envers une certaine vision tronquée de la sacro-sainte matrice, invariablement représentée en ce blog sous les traits de vieilles harpies aussi avinées que décaties !
Eh bien, non ! Notre mère exemplaire du jour est encore belle -- quelques heures de vol au compteur, certes, mais le carnet d'entretien est en règle --, dotée d'une éducation et d'un maintien irréprochables, et surtout, d'une tempérance à toute épreuve. Le gosier en pente, le bec-en-zinc de la cellule familiale, ce n'est pas elle, mais... sa p'tite chamelle de fille, bien sûr (vous pourriez feindre l'étonnement, quand même !)

Neva Paterson : la Madone en vison blanc

Vous me direz que je radote, que c'est moi qui ai dû forcer sur le picrate de contrebande, et que je suis en train de vous raconter le "Spécial Fête des Mères" de l'an dernier !
Ben oui, la Sainte Femme et le P'tit Pochtron étaient déjà les protagonistes d'"Une Femme en Enfer", sous les traits de Joe van Fleet et de Susan Hayward -- j'entends d'ici les glapissements des calomniateurs : "Elle débloque, la Valentine ! Faut la faire piquer avant qu'elle ne s'oublie partout !"
Eh bien non, petits canaillous ! Je n'ai pas un rat dans la contrebasse, pas de cafard dans le Choubersky !... Elle est encore cotée à l'argus, la môme Deluxe... "Charenton-tout le-monde-descend", ce n'est pas encore pour aujourd’hui !


"Avoir un cafard dans le Choubersky"

Il n'y a pas qu'une année entre deux Fêtes des Mères qui sépare Mme Katie Roth de Mme Blanche Oelrichs (voilà, les présentations sont faites !)
Si Jo Van Fleet, dans Une Femme en Enfer, était l'archétype même de la "Stage Mother", prête à tous les sacrifices pour que sa petiote puisse briller sous les feux de la rampe, Neva Paterson dans Une femme marquée (même dans les titres, il y a comme un écho) donnerait beaucoup -- mais pas tout, faut pas rêver non plus ! -- pour éloigner sa grande gigasse de fille (Dorothy Malone, ébouriffante quand elle doit jouer les adolescentes en marinière à 35 ans bien sonnés) des sunlights par trop brûlants d'Hollywood ou de Broadway.
 
Dignity, always DIGNITY !

Et il n'y a pas que ça qui différencie nos braves dames. Quand la famille Roth-Silverman vivote vaille-que-vaille dans les bas-fonds, Blanche Oehlrichs et sa petite Diana s'épanouissent tranquillement dans un luxueux appartement de l'East Side, dont la vue imprenable sur le Queensboro Bridge laisse à penser que Mame Dennis doit sans doute être une proche voisine.
Enfin, ce qui les distingue avant tout, c'est la distance émotionnelle qu'elles pratiquent dans leurs relations respectives avec les alambics de contrebande qui leur servent d'enfants.

Lilian Roth et sa copine Diana Barrymore
(photo non-contractuelle)

Là où Katie Roth-Silverman est fusionnelle, envahissante, possessive, Mme Oelrichs se montre aussi chaleureuse qu'un crotale. 
A cette enseigne, sa première apparition dans le merveilleux film de Art Napoleon (merveilleux au sens "mein-campien" du terme, cela va sans dire) est un véritable manifeste : elle lui parle sans la regarder, reste à distance, bien en hauteur, et semble prendre un malin plaisir à saper systématiquement  l'enthousiasme que sa nigaude manifeste envers son géniteur et ex-mari, le célébrissime -- et très imbibé --  John "The Profile" Barrymore !
Au passage -- on rit, mais on ne se moque pas --, mention spéciale pour le costume tarticruche pondu par le grand Orry-Kelly, qui tente ici comme il peut (et il peut peu) de rajeunir de vingt piges la délicieuse Dorothy Malone.


Ce que nous apprécions également chez Mme Oelrichs, c'est qu'elle a toujours le chic pour trouver le mot juste afin d'esquiver toute forme d’encouragement ou de support à l'égard de sa fille dans les moments où celle-ci en aurait le plus besoin -- et qu'elle possède l'art de lui planter un poignard affûté entre la 8ème et la 9ème côte, sitôt qu'elle a le dos tourné !



Il faut dire pour sa défense que Mme Oelrichs a une réputation à préserver.
Bien avant son mariage avec le beau John Barrymore, elle a grandi dans la meilleure société de Rhode Island, fréquentant les Vanderbilt, Astor et consort.
D'une beauté et d'une intelligence tout à fait remarquables, elle brilla comme actrice, scénariste, mais surtout auteure, et se tailla une enviable -- et sulfureuse -- réputation de poétesse sous le nom de plume somme toute cocasse de Michael Strange !
Bref, elle réussit partout où sa fille échoua lamentablement -- ce qu'elle ne manque jamais de lui rappeler subtilement.
Il n'est qu'un domaine où Diana reste une championne indétrônable : l'art de faire son entrée -- discipline quasi-olympique à l'aune de laquelle toute Grande Dame se verra jaugée.
Là, Diana ne craint rien ni personne ! Pour une fois, une toute petite et misérable fois dans sa chienne de vie, elle se montre capable de réussir quelque chose !


Au passage, avez-vous reconnu le bellâtre assis à la place du mort ? 
Ray Danton ! Ouiiiiiii, celui-là même qui interprétait le Mister RIGHT dont Lilian Roth/Susan Hayward tombait éperdument amoureuse dans Une femme en Enfer, malgré les mises en garde de sa maman !
Il interprète ici -- Ô surprise ! -- le mister WRONG dont Diana Barrymore tombe éperdument amoureuse (et épouse) malgré les mises en garde de sa maman.
Dans les deux films, le zigue est lourdement responsable de l'alcoolisme de ses partenaires.
Dans Une Femme en Enfer, parce qu'il meurt trop tôt ; dans Une Femme marquée, parce qu'il tarde à crever. 
C'est fou, non ?

 Comment utiliser un Récamier à des fins dramatiques
(avec panache)

Bon... De toute évidence, le petit boudin imbibé à gagné la bataille. 
Mais face à Mme Oelrichs, je vous fiche mon billet qu'elle n'a emporté ni la guerre, ni l'argent de la guerre, ni le sourire de l'armurier !
Or donc, observons une fois encore un merveilleux exemple de ce qui la différencie de cette brave Môman Roth-Silverman. 
Là où Jo van Fleet suivait Lilian Roth dans les aspects les plus sordides de son avilissement, et ce jusqu'aux tréfonds du sordide et du crasseux,  Mme Oestricht -- pas folle la guêpe -- se montre plus pragmatique. 
Le toboggan de la déchéance, sa fille le prendra bien toute seule !
Du reste, profitons de cette occasion pour prendre une autre belle leçon de panache. 
Si, dans notre premier extrait, Maman pisse-glaçons se campait sur les deux marches de son bureau pour rendre un peu plus difficiles les balbutiements pathétiques de sa cruche de fille, ici, elle va opter pour la tactique inverse.
Et vous noterez avec intérêt que l'on peut garder une position basse -- voire carrément couchée -- sans perdre pour autant le pouvoir dans la conversation. 
Pour garder maintien et panache, n'hésitez pas à recourir à un accessoire indispensable mais trop souvent sous-estimé dans le mobilier de base : 

 le Récamier!


Une fois encore, vous avez la preuve évidente du puits de bon sens que représente l'autorité des mères, et du peu de cas qu'en font les fruits avariés de leurs entrailles.
Aussi, profitons-en pour entonner en chœur ce que les Diana, Lilian and C° n'ont jamais su produire (à temps) : une petite poésie pour la Fête des Mères (ça fait toujours plaisir..)


C'est beau, non?

FESSES DE MERE


Spécial Fête des Mères
MOTHER'S BOYS (Yves Simoneau, 1993)
par BBJane Hudson

Dans la catégorie "thrillers-avec-une-fichue-salope-qui-vient-foutre-la-merde-dans-une-gentille-famille-bourgeoise" (sous-genre particulièrement fécond entre la fin des eighties et le milieu des nineties), Mother's Boys se distingue -- si je puis dire -- par l'oubli considérable dont il fait l'objet. Ce sort inenviable était aisément prévisible, dans la mesure où, dès sa sortie, l'oeuvrette passa remarquablement inaperçue. Il y a des films comme ça, marqués par le destin, dotés d'une aptitude inaccoutumée à se faufiler entre les mailles de tous les radars.

 
Mother's Boys recelait pourtant de quoi attirer un certain public, à défaut d'un public certain, à commencer par cette fraction énigmatique de spectateurs : les fans de Jamie Lee Curtis. Individus étranges et quelque peu suspects que les dévots de l'une des comédiennes les plus ingrates offertes par le cinéma américain des années 1970. Boudée par le talent et rebelle aux canons les moins exigeants de la beauté, Jamie Lee n'en fait pas moins l'objet d'un véritable culte (un peu défraîchi aujourd'hui) auprès des amateurs de cinéma d'horreur, depuis qu'elle livra l'une de ses rares interprétations estimables (au service d'un rôle assez peu requérant) dans le Halloween de John Carpenter.
Elancée comme une asperge raimbeaucourtoise, plate comme un tract pour les gammes Weight Watcher, et flanquée d'un visage chevalin percé de calots astigmates, elle enchaîna les rôles insipides dans des films aussi dépourvus de relief que son anatomie, toutefois portés aux nues par ses fidèles.
Il se peut que Mother's Boys soit le nadir de sa carrière, encore que sa filmographie ne manque point de sérieux concurrents (oh ! Perfect et son apologie de l'aérobic !... oh ! Kid... napping ! et son éreintement du divorce !...) ; c'est à coup sûr son film le plus camp. Comme son titre l'indique, il y est question d'une maman (ce qui tombe bien en ce jour de Fête des Mères) et de ses garçons.
Une maman qui, comme dans tout film camp qui se respecte, se signale par un degré d'abjection des plus roboratifs.


Trois ans après avoir plaqué (pour la seconde fois, la vilaine !) son époux et ses trois fistons, Judith (dite "Jude") Madigan se pique de reprendre sa place au foyer et de reconquérir les quatre hommes de sa vie. Sauf que le mari bafoué, Robert (l'horripilant Peter Gallagher, bellâtre d'une insondable veulerie), ne l'entend pas de cette oreille, d'autant qu'il s'est dégotté une nouvelle compagne, gentille, jolie, assistante de proviseur et insignifiante, bizarrement surnommée "Callie" (Joanne Whalley) -- au passage, on saluera la moralité des scénaristes Barry Schneider et Richard Hawley, qui insistent lourdement sur le fait que le couple, n'étant pas marié, s'interdit la vie commune.
Les enfants ne sont pas davantage motivés par l'idée de renouer avec l'auteure de leurs jours, tout particulièrement Kes (Luke Edwards), l'aîné du trio, traumatisé par l'abandon maternel (une scène d'une belle outrance nous le montre s'acharnant à coups de scalpel sur une malheureuse grenouille durant un cours de sciences naturelles, après que le professeur lui ait appris que ces batraciennes se désintéressaient de leurs œufs sitôt que pondus).

 
De l'art de poignarder une grenouille morte...

N'étant pas femme à lâcher le morceau facilement, Jude emploie ses ruses les plus balourdes pour parvenir à ses fins, et ne tarde pas à recouvrer l'affection de son rejeton réfractaire. Tablant sur les dérèglements hormonaux de l'adolescent, et ne reculant pas devant l'ombre ignominieuse de l'inceste, notre Mère Prodigue de l'Enfer concocte un fameux numéro de séduction pédophile, dont on causerait encore dans les chaumières s'il se trouvait quelqu'un pour en raviver le souvenir -- ou tout bonnement en signaler l'existence auprès des cinéphiles (vous avez du bol : je suis là...)




Non contente d'être une mère dénaturée, June est également une fille indigne -- il faut bien avouer que sans ce trait de caractère, le personnage perdrait beaucoup de son sel...
Or donc, sa génitrice (interprétée sous Tranxen par une Vanessa Redgrave aboulique), comprenant les manigances de la chair de sa chair, décide de lui mettre des bâtons dans les roues. Hélas, plutôt que de contrecarrer ses plans en silence -- seule stratégie efficace quand on s'oppose à une cinglée de l'envergure de June --, Lydia ne trouve rien de mieux à faire que de lui annoncer avec insistance ses intentions ("Je t'empêcherai de faire ce que tu veux faire !", répète-t-elle à l'envi). Ajoutant l'idiotie à l'imprudence, elle divulgue son projet alors qu'elle se trouve au pire endroit possible pour formuler ce genre de rodomontades : un lit d'hôpital qu'elle occupe en qualité de grabataire.
On dira ce qu'on voudra, mais c'est bougrement con, parfois, les mères de psychopathes...



Ces deux scènes n'offrent que d'infimes aperçus du délire ambiant. Délire sans doute involontaire, qui dut ajouter, après coup, quelques cheveux blancs à la caraque blonde arborée par Jamie Lee, aujourd'hui peu soucieuse de rappeler à quel point elle se réjouissait de rompre avec ses emplois habituels d'indécrottables victimes, pour jouer une vilaine d'envergure.
Ses inconditionnels ne s'en sont toujours pas remis...

Bonne fête à toutes les mamans !

dimanche 29 mai 2016

BEVERLY KILLS


SERIAL MOTHER (Serial Mom, 1994)
Spécial Fête des Mères
par BBJane Hudson

Si l'on part du principe, somme toute marqué au coin du bon sens, que donner la vie, c'est forcément donner la mort (les deux occurrences étant offertes dans un même lot indivisible), on peut considérer les mères comme les meurtrières les plus fécondes (c'est le cas de l'écrire), les plus préméditeuses et les plus obstinées de l'histoire de l'humanité.
Bien que connue de tous, la frénésie homicide des auteures de nos jours est généralement passée sous silence, ou considérée comme le revers d'une médaille trop glorieuse pour qu'on en contestât l'éclat. La raison de cette universelle mansuétude est aisément décelable : si l'on s'avisait de pointer le cadavre en devenir chez chaque nouveau-né, notre démographie prendrait un méchant coup dans l'aile, les fabricants de couches-culottes et de suaires connaîtraient une crise endémique, la démocratie souffrirait d'une pénurie d'électeurs fort dommageable à l'exercice de son incurie, "Les Maternelles" (le magazine pornographique le plus vénérable de France 5) perdrait toute audience, etc., etc. Il n'y a guère que les marchands de capotes et de pilules contraceptives qui auraient lieu de se réjouir durant quelque temps (du moins, espérons-le ; car il serait ballot que le renoncement à la procréation suscitât une cessation d'activité coïtale...)


Mais foin de l'utopie !...
Ce n'est pas demain la veille que l'on soulignera la nature létale de l'enfantement.
Du même coup, la Fête des Mères a encore de beaux jours devant elle -- ce qui nous arrange bien, à "Mein Camp", où la célébration de l'événement compte parmi nos plus indéboulonnables rituels.
Et puis, quand bien même nos génitrices nous délivrent au fossoyeur aussi sûrement qu'à la sage-femme, et fomentent notre dernier souffle dès notre premier cri, elles meublent l'intervalle de soins et de délicatesses qu'il serait injuste de ne pas louer (vous me direz que c'est bien le moins qu'elles puissent faire pour corriger leur bourde...)
Certes, toutes les mamans ne sont pas des modèles de bénévolence et de tendresse. Valentine et moi vous avons fourni, au fil des ans, maints exemples éclatants de scélératesse maternelle (et belle-dochale), de notre bien-aimée Margaret White à la célèbre Mrs Bates, en passant par la moins connue mais tout aussi redoutable Mrs Taggart (et nous ne sommes pas en panne de spécimens, loin de là !...)
Toutefois, après avoir passé en revue les harpies de tout poil, il m'a semblé bienvenu d'introduire dans cette galerie de portraits horrifiques un visage un peu plus amène, celui de Beverly Sutphin, une mère aimante, attentionnée, délicate, et prête à tout pour défendre aussi bien sa progéniture que l'honneur et la paix de son cher foyer.


Empruntant les traits encore relativement imbouffis de l'excellente Kathleen Turner, Beverly Sutphin est l'héroïne du film qui fit définitivement entrer son auteur, John Waters, dans la cour d'honneur Hollywoodienne, après qu'il eût passé des années à battre les pavés gluants des bas quartiers baltimoriens. Cette promotion se fit au prix d'un relatif assagissement des thèmes et des motifs chers à celui que l'on surnommait jusqu'alors le Prince du Dégueulis, le Roi du Trash, ou le Pape de l'Immondice. Pour autant, il n'abdiqua pas toute prétention à l'indécence, et bien qu'il renonçât à faire bouffer des colombins canins à des travestis de 150 kilos ou à promouvoir le viol de gallinacées par des hippies trisomiques, le trublion s'appliqua à maintenir dans ses productions un suffisant niveau d'outrance et de mauvais goût pour ne pas décevoir ses zélotes.


Or donc, Beverly Sutphin s'offre à nous comme la parfaite incarnation de la mère idéale selon John Waters : une femme tellement éprise de perfection domestique et soucieuse d'harmonie familiale qu'elle ferait passer Mère Courage ou Mme Miniver pour des sœurs de Folcoche ou de Gertrude Baniszewski.
Au nombre des fléaux contre lesquelles doit quotidiennement lutter Beverly, on trouve ce grand classique bien connu de toutes les mères : le corps enseignant.
Quelle maman n'a jamais eu maille à partir avec un professeur ronchon, à l'esprit plus étroit que le chas d'une aiguille, à l'entendement pollué par les dogmes d'une administration faisandée ?
Une excellente raison de se méfier des profs est qu'ils passent leur vie à l'école. Or, y a-t-il rien de plus contraire à l'évolution d'un esprit que de le confiner, du cours primaire à la retraite, entre les bancs d'une salle de classe, les gradins d'un amphithéâtre, et la surface enfarinée de craie d'un austère tableau noir ? Y a-t-il rien de plus infantilisant que de se complaire dans le giron d'une institution qui vous impose sa férule de l'âge des culottes courtes à celui des alaises ?  On s'étonnera après cela que les transfuges d'un tel marasme,confrontés aux réalités de la vie courante, soient incapables de voir plus loin que le bout de leurs estrades.


Incapables surtout de discerner dans les fruits de vos entrailles le génie qui forcément y loge, puisque vous-même l'y avez déposé.
C'est ce genre de déconvenue qu'affronte Beverly Sutphin lorsque, convoquée par le professeur de math de son fils Chip, elle se heurte à un mur d'incompréhension et, disons-le tout net, de stupidité crasse.
Ne faut-il pas être ballot pour reprocher à un adolescent sa dévotion pour les films d'horreur, alors qu'il n'est rien de plus favorable à l'édification d'une âme qu'une immersion ponctuelle dans un bon bain d'hémoglobine ?
Si encore le triste grouillot bornait ses doléances aux prédilections culturelles de son élève... Mais non ! Ne reculant devant aucune ignominie, voilà-t-il pas qu'il attribue la dépravation prétendue du gamin à un climat familial délétère !
C'est pousser trop loin le bouchon, et l'on ne s'étonnera point que Beverly Sutphin en conçoive quelque amertume...



Qu'à cela ne tienne ! Beverly n'est décidément pas du genre à tolérer de telles calomnies !
Et comme son instinct maternel se double d'une détermination sans faille et d'une forte propension au ressentiment, elle n'y va pas par quatre chemins pour inculquer à l'enseignant les notions de base de la civilité, tellement nécessaires à la bonne conduite des relations parents-profs.



Ah ! si seulement ma mère avait passé le permis !...
Elle se serait épargné bien des crêpages de chignons avec les préposé(e)s à mon éducation...
Sur ce : bonne Fête des Mères !

I'LL CRY TOMORROW (Une Femme en Enfer, 1953)

SPÉCIAL FÊTE DES MÈRES

"(Stage)Mother Courage"
par Valentine Deluxe



"Stage Mother !"

Depuis 6 ans que nous honorons pieusement - mais toujours avec un faste certain - la Fête des Mères (noires), nous n'avions pas encore abordé ce spécimen typique de la genitrix horribilis du cinéma lacrymogenico-hollywoodien : la Stage Mother !
Oui, là, je vous le laisse en V.O., parce qu'on a eu beau le tourner et le retourner dans tous les sens, faire des brainstormings, des heures sup', des séminaires et tout le saint-frusquin, nous n’avons pas été foutue de trouver une traduction satisfaisante dans la langue de Molière.
"Stage Mother", littéralement "mère de scène" ou "mère de théâtre", ça n'existe pas chez nous ! 
Mais de l'autre côté de la mare aux harengs, cette appellation d'origine contrôlée vous vaudra systématiquement deux types de réactions bien distinctes.
Tout d’abord, vous avez cette approche, nette, franche et sans ambiguïté :


Ou chez les plus atteints (dont nous nous réclamons fièrement), vous avez celle-ci :

Bref, pour nous, c'est le Nirvana, le Walhalla, le jackpot, le rang 1 (avec joker) à l'euro-million du camp !
Evidemment, si ce concept vous est encore étranger, ça vous fait une belle jambe... Mais si vous vous promenez sur ce site, avec comme circonstance aggravante une tendance à la récidive, vous savez que vous pouvez nous faire confiance : la stage mother, c'est du caviar de nanan de velouté de camp !
Impossible d'aborder ce sujet sans glisser dans l'exquis excès qui nous ravigote, nous enchante et nous ensorcèle !
Surtout que, un bonheur ne venant jamais seul...  y a un cadeau BONUX !
En effet, pour aborder cet incontournable morceau de l’esthétique de la suave déviance, nous appelons en renfort un pilier, un cador, une des 7 merveilles du monde de l'outrance cinématographique :
Et là, qu'est-ce qu’on dit ?...
"Mais comment se fait-il que n’ayons pas encore parlé de..."

 6 ans sans parler de Jo Van Fleet :
on en a fusillé pour moins que ça au Chemin des Dames !

Mais oui, Jo Van Fleet, l'incontournable Jo van Fleet !
L'effroyable Mme Dioz qui terrorise ce pauvre Trelkovsky/Polanski dans "Le Locataire", la tenancière de bordel dans "A l'Est d'Eden" (qui lui valut un Oscar au passage !), plus un nombre appréciable de matrones, de mégères, de pisse-glaçons...
Comment se fait-il, sacré nom d'une pipe en bois, qu'on ait pu laisser passer 6 ans et 150 articles avant de vous parler de Jo Van Fleet, voulez-vous me le dire ?
(Huh ?... Qui a dit "Alzheimer"???... Sortez !)

Encore une qui ne rit que quand elle se brûle !

Donc, avant de commencer, "Jo Van Fleet", c'est un label de qualité. Elle nous lirait le bottin téléphonique, pages blanches et pages jaunes à la suite, qu'on en pleurerait quand même de bonheur.
Mais du bonheur, il va en suinter de partout. Parce que, mes petits chéris,  pour cette Fête des Mères 2016, la génitrice en question est bien entendu la Van Fleet... Ben oui, J.V.F. fait partie de ces actrices "de caractère" qui ont toujours eu un train d'avance, abonnée qu'elle fut aux rôles de mères, voire de grand-mères - même si, dans l’œuvre qui nous occupe aujourd'hui, elle n'a que deux ans de plus que l'actrice qui interprète sa petite vipère de fille.
Et puisque je vous parlais de bonheur - attention ! petit frisson orgasmique garanti ! -, la rejetonne de notre mère-courage du jour (ou "stage mother courage" comme je l'ai merveilleusement baptisée dans mon merveilleux jeu de mots merveilleusement subtil et irrésistible, mais foutrement intraduisible), c'est qui ?
Qui est la méchante fifille à sa môman, cause de bien des désagréments, d'avanies, de petites et des grandes misères ?
Attention, suspense et roulement de tambour...



Et la gagnante est :

Oui, je sais, moi aussi ça me fait plaisir !...
Est-il besoin d'ajouter que le film qui nous intéresse s'appelle "I'll cry tomorrow"/"Une Femme en Enfer", et qu'il est de Daniel Mann (autre cause de bien des pâmoisons au sein de l’équipe rédactionnelle de MC) ?
Bref : entrée/plat/fromage ET dessert, c'est du quatre étoiles au Michelin du camp, tout ça!
"Une Femme en Enfer" est une pure pépite, l'un de ces diamants noirs taillés et polis avec amour, présentés dans un merveilleux écrin avec un beau gros nœud autour pour faire joli !
C'est aussi un délice à tous les niveaux de lecture.
Au premier degré, nous avons un formidable biopic doté d'une distribution de rêve, de beaux costumes oscarisés, d'un noir et blanc impeccable, le tout mis au service d'une histoire bouleversante propre à irriguer généreusement les canaux lacrymaux les plus arides - le titre français est pour une fois idoine, car nous assistons effectivement à l'une des pires descentes aux enfers jamais filmées.
De l'autre côté, évidement, avec le duo féminin en tête d'affiche, nous sommes en plein mélodrame  excessif comme on les adore - pourrait-il en être autrement ? -, dans lequel chaque affrontement mère/fille se change automatiquement en un tour de force qui pourrait faire passer le lancer de moumoute d'Helen Lawson ou les cintres en fil de fer de môman Crawford pour de la roupie de sansonnet.

"Attachez vos ceintures, ça va secouer !"

Ça va ? Vous êtes prêts ?... Je vous préviens tout de suite : prenez un fauteuil confortable, un apéro, un paquet de chips, parce que c'est du costaud, aujourd’hui ! Comme il est difficile d'opérer une sélection dans cette merveille, on a joué la carte de l'abondance !
Et pour bien commencer, voyons ce qu'est précisément une stage mother. Pas la peine d'en rajouter, les images parlent d'elles-mêmes et valent tous les dicos du monde...



La bonne nouvelle est qu'à force d'acharnement, de persévérance, et de couleuvres avalées avec un bol de soupe aux cailloux, elles vont finir par atteindre le but visé : le Sommet !
Qui est-ce qui avait raison encore une fois et comme toujours ?... Môman Van Fleet, bien sûr !
Sauf que, comme il fallait s'y attendre avec une chose aussi inconséquente et écervelée que cette petite Lillie, l'âge ne bonifie rien ; et même devenue grande, la fâcheuse pécore continue de faire tourner bourrique sa valeureuse maman. 
Voilà qu'on se pique de tomber amoureuse ! Voilà qu'on ose revendiquer son indépendance ! - indépendance mon pied, quand on rêve de devenir une parfaite femme au foyer tout juste bonne à attendre monsieur avec les pantoufles et le journal à la main, pendant que le souper mijote en cuisine !



A voir la tête de Mme Roth, pas besoin de vous faire un dessin, le constat est clair :



Heureusement, tout vient à point à qui sait attendre !
C'est pas qu'elle lui souhaiterait du mal, à ce bellâtre prétentieux qui bousille d'un sourire "pepsodent" les beaux plans de carrière patiemment et laborieusement échafaudés... mais s'il pouvait lui advenir quelque menue bricole, genre maladie incurable et fatale, ça ne serait pas foncièrement pour lui déplaire.
Eh bien, voilà ! Aussitôt rêvé, aussitôt exaucé !... Y a vraiment un bon dieu pour les stage mothers.
Voilà-t-i pas que notre roucoulant séducteur nous chope une petite infection foudroyante, et crac ! chez Borniol !
Dès lors, on croit pouvoir se dire : "Tout est réglé, finies les mistoufles !"... Eh ben non ! les emmouscaillements ne font que commencer !
Car en effet, mademoiselle commence à nous la jouer drama queen inconsolable, et pour tout dire franchement chiante, odieuse et ingrate !
Ne restera bientôt plus à mamouchka qu'à se replier derrière les lambeaux épars de sa dignité bafouée !


Très vite, plutôt que d'écouter les bons conseils de sa sainte mère, Lillie-la-Tigresse préfère noyer ses larmes de crocodile dans le casse-patte d'une distillerie clandestine... Mademoiselle "Je-Sais-Tout" vire au sac à vin patenté.
Mais peut-on cacher quoi que ce soit à une maman ?


Et là, c'est la descente infernale, façon grand-huit à la Foire du Trône. C'est le toboggan de la mort, la chute de Babylone, le Titanic, le Hindenburg, tout ça dans les vapeurs rosées des crises de délirium éthylique de Mam’zelle Bec-en-Zinc.
Disons-le tout net : qui n'a pas vu Susan Hayward revendant son vison chez un prêteur sur gage pour aller se pochetronner dans les caboulots crasseux des bas-fonds new-yorkais n'a rien vu !

Le glamour en prend un coup, c'est sûr !

Et mamina dans tout ça ?
Ben, c'est fini le p'tit mandat toutes les semaines, fini les aigrettes et les tailleurs chics, fini de faire la nouba dans les clubs à la mode. Sa ciguë de fille l'entraîne dans sa dégringolade apocalyptique.
Et c'est précisément à ce stade de l'intrigue que nous arrivons à LA grande scène !
Par l'ampleur que les deux comédiennes donnent à cet affrontement, le face-à-face atteint ici une dimension absolument légendaire !
Comment ne pas s'ébaubir devant cette façon follement géniale de jouer le pathos et l’excès avec une amplitude propre à en faire profiter les spectateurs du dernier rang du dernier balcon du Radio City Music-Hall ?...
Moi, personnellement, chaque fois que je revois le film - et cette scène en particulier -, je ne peux me défendre de rire aux éclats et de fondre en larmes dans le même élan !
C'est brillant, c'est dément, bref ! c'est complétement indispensable !




Et voilà ! Comme toujours, j'ai mon rimmel qui part en confiture...
Trop de bonheur d'un coup, sans doute...
Pour conclure, n'oublions quand même pas que la stage mother est une mère comme les autres (ou presque) ; alors... 



samedi 14 mai 2016

CHERI (1950)

Les Bonnes copines de valentine # 14

"Cocotte(s)-minute"
Par Valentine Deluxe



Autant vous le dire tout de suite : il flotte déjà, dans ce nouvel article, comme un parfum de Fête des Mères, institution sacrée s'il en est, que nous ne manquons jamais de célébrer comme il se doit  dans ce temple du bon goût que vous nous faites l'insigne honneur de visiter présentement (fayote !).

En plus d'un tas de qualités et vertus diverses (médisante, envieuse, vénale... et d'autres tout aussi vertes), la merveilleuse Charlotte Peloux - M'ame Peloux pour les intimes -, que nous allons vous présenter avec la dernière délectation, est une mère admirable, dont le sobriquet porté par la chair de sa chair (qu'elle a plus qu'opulente) résume bien l'étouffante et maladroite affection dont elle a su l’engluer depuis son plus jeune âge : Chéri !

 Élégance, raffinement et discrétion :
Ma'me Peloux dans toute sa splendeur !

Dans cette savoureuse adaptation cinématographique du diptyque que Colette consacra aux amours cougaresques de Léa de Lonval avec le jeune et beau Fred Peloux - son cadet de 30 ans -, les auteurs ont eu l'idée plus que lumineuse de confier le rôle de cette bonne M'ame Peloux à l'indispensable Jane Marken.
Grâces leur en soient rendues...
Sur ce, je vous propose d’entamer un Te Deum tout suintant d'émotion et de respect.

C'est que Jane Marken, forcément, on l'adore !
Rappelez-vous justement la Fête des Mères 2013, où nous évoquions son rire veule et gras de mégère fielleuse dans "Manège".
Il faut bien dire que la veulerie, la méchanceté, voire la vulgarité, ce sont un peu les marques de fabrique de Jane Marken.
Dans sa longue et prestigieuse carrière, on cherchera en vain chez ses personnages une once de distinction, de classe, de discrétion. Elle est parfois gentille, mais toujours avec la petite note de trivialité ad hoc pour relever la sauce.
Surtout, comme le dit l'adage bien connu, elle n'est jamais aussi bonne que quand elle est mauvaise !
Et Dieu sait qu'elle peut l'être, mauvaise ! Rarement aura-t-on déployé autant de talent - le sien est éclatant - au service de personnages aussi cauteleux et poissards.
Et ce n'est certes pas M'ame Peloux qui lui offre un contre-emploi !

"Du Barry ou Pompadour ?"

Aujourd’hui, c'est moins son instinct maternel fluctuant - toujours entre l’excès et la négligence - qui nous occupe, que ses mondanités.
Car en effet,  comme elle n'aime pas la solitude, M'ame Peloux tient salon !...
Et la guêpe n'étant pas folle, notre "harpie nationale" (comme l'ont surnommée ses deux amants) respecte à cette occasion le principe éprouvé de "la copine moche" aux côtés de laquelle on ne peut QUE paraître plus attrayante
Hormis l'indestructible et toujours splendide (bien qu’en voie de fanaison) Léa de Lonval (à laquelle Marcelle Chantal prête ses traits superbes quoique légèrement avachis sous les premières rides véloces), la chère dame accueille donc chez elle un cénotaphe de gargouilles défraichies, grimaçantes et délicieusement grotesques, pouvant encore de temps à autre, malgré leur statut de parasites patentés qui devrait les rendre plus humbles et serviles, cracher des restes de plomb fondu  sur leur généreuse hôtesse.

Les bonnes copines de Ma'me Peloux
(photo non-contractuelle)

Laissez-moi vous les présenter :
Il y a d'abord, la Copine.
Probablement la plus fauchée de la bande, et plus que légèrement portée sur la schnouff - cocaïne ou opium, tout fait farine au moulin -, la  malheureuse est tellement démunie qu'elle ne possède même plus de nom ; c'est juste "La Copine".
Loyale à Léa, ce qui lui vaudra bientôt d'être privée des bienfaits et de la munificence du palais Peloux, elle semble tout droit sortie d'une (célèbre) photo de Brassaï, et a la chance, le bonheur et l'avantage d'être jouée, la voix éraillée et l'œil charbonneux, par l'immense, l’éblouissante, l'extraordinaire (ah ! que j'aime les superlatifs !) Yvonne De Bray.

La môme Bijou et la Copine :
Le jeux des 7 erreurs.

Autre habituée du salon Peloux : la Baronne !
Sans doute moins désargentée que la Copine, elle peut se permettre d'être plus insolente et indocile.
En smoking et le cheveu plaqué, elle promène dans son sillage l'aura gentiment sulfureuse de la grande lesbienne assumée qui, en matière de vice, ne peut plus guère s'adonner qu'à la photographie, et grave pour la postérité sur le gélatino-bromure d'argent la savoureuse galerie de monstres créée par  Colette.
Elle est interprétée tout aussi brillamment par la mystérieuse Maïa  Poncet, dont je ne pourrai pas vous dire grand chose, vu que je n'ai pas été foutue de trouver la moindre information valable sur son compte - ...si vous en avez, je suis preneuse !
Mais de toute façon, on s'en fout : elle est parfaite, et ça lui suffit !

Le petit oiseau va sortir...
(les vacheries aussi !) 

Pour finir en beauté, nous avons la vieille Lily !... Sans doute la plus foldingue et scandaleuse de la bande.
Elle minaude, elle roucoule, elle glousse comme une vierge folle, et se montre toujours à l'affût d'une de ces grivoiseries ("le péché de l'oreille" !) qui font son délice. 
Niveau scandale, elle dame le pion aux amours de Léa et Chéri, en donnant carrément dans le détournement de mineur.
Ses vertes années courent peut-être dans la montagne, mais ça ne l'empêche pas de galoper avec toujours autant d'ardeur après les petits puceaux.
Cependant, attention ! Ne vous fiez pas à son air affable, elle est encore assez preste pour vous décocher une flèche au curare entre deux afféterie.
Et c'est Jane Faber, 268ème pensionnaire du Français et ex-vedette des premiers FANTOMAS de Feuillade, qui lui prête sa silhouette fatiguée mais toujours aux aguets, cachant pudiquement sous une voilette épaisse les ravages de folles années qu'elle ne semble pas pressée de ranger au rayon "pertes et profits".

Jeanne Faber, au temps béni (et lointain) 
de sa splendeur...

Bon, maintenant que les présentations sont faites, si on allait voir de quoi il en retourne ?
Parce que je cause, je cause, mais il serait temps de laisser ces dames venir à nous.
Alors d'abord, petit aperçu d'un dimanche après-midi typique chez M'ame Peloux




Mais prudence, si vous la voyez tout miel et sucre avec les deux invitées surprises, c'est que M'ame Peloux  à surtout le sens des affaires. Et c'est évidemment parce qu'elle veut caser son petit poussin Chéri, et surtout lui assurer une rente plus que confortable en mettant le grappin sur une bonne dot, qu'elle tente de se montrer sous son jour le plus affable !
Toutefois, avec M'ame Peloux, chassez le naturel, et il revient au galop, vitesse Carl Lewis... Et Marie-Laure n'a pas encore mis un pied dans la rue que la pompe à fiel est amorcée !


Cependant, les affaires restant les affaires, dès qu'il faut passer au contrat de mariage, la vraie nature du dragon se se fait voir dans tout son jour...


"Mère adorée", vous l'avez entendu !
Eh bien justement, laissons la baronne résumer merveilleusement les qualités maternelle de M'ame Peloux.


Et Lily ? Vous n'avez pas encore vu la vieille Lily !!!
A noter que dans cette scène, Jane Faber pourrait arriver grande première dans un concours de sosie de Jeanne Fusier-Gir, que j'ai cherché vainement au générique avant de me rendre compte que je m’étais laissée abuser. 
Quoi qu'il en soit, Jane Faber, une fois que vous y aurez goûté, vous ne pourrez plus vous en passer...



Mais M'ame Peloux ne va quand même pas se laisser voler la vedette par une vieille haridelle remontée de la mine ! Alors pour finir, laissons le mot de la fin à Lolotte Peloux, et en center stage, s'il vous plaît !



"Quand on arrive à avoir la peau moins tendue, le parfum y pénètre mieux!

... ça, je le note tout de suite dans mon petit calepin à vacheries, ça peut toujours servir.
Merci qui ? Merci M'ame Peloux !

dimanche 31 mai 2015

VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS (1955)

Spécial Fête des Mères : French Camp #8

"Mégère, Gorgone, Fripouille et Cie"
Par Valentine Deluxe

 


"Mais pourquoi vos héroïnes sont-elles toujours aussi perfides ?", me demandait candidement, mais fort à-propos, notre merveilleuse amie Gisèle, pas plus tard que l'année dernière lors de cette même Fête des Mères.
Eh bien, ma chère Gisèle, je suis bien en peine de vous répondre de façon satisfaisante, mais je suspecte que cette interrogation frappée au coin du bon sens (dont vous ne manquez jamais) risque fort de vous revenir à l'esprit en découvrant aujourd’hui notre nouveau trio d'infâmes.

 
"Encore des affreuses !", nous dira notre copine Gisèle
(et elle n'aura pas tort !...)

A tout seigneur tout honneur : laissez-moi vous présenter les Mères Noires.
D'un côté, casaque noir et rouge, 1m58 au garrot, Gabrielle !
Machiavélique, dépravée, toxicomane au dernier degré, dépourvue du moindre sens moral, elle se fait passer pour morte histoire que sa  fille -- qu'elle a eue par étourderie dans quelque galetas sordide qu'on devine infesté de punaises -- puisse tenter de mettre le grappin sur son ex-mari (un restaurateur des Halles bien installé) afin de lui rafler son magot.
Et pour l'incarner -- la camper, me souffle BBJane Hudson dans le creux de l'oreille -- nous avons l'immense Lucienne Bogaert, une abonnée aux rôles de mégères et autres mères indignes.
Parmi quelques mémorables créations,  elle n’hésitait pas -- entre quelques pieux sanglotements de circonstance -- à littéralement prostituer sa fille dans "Les Dames du bois de Boulogne".
Et  grâce à son trop-plein d'affection maternelle, aussi glaciale et tranchante qu'une pince de vétérinaire destinée à émasculer les gorets, elle transformait son grand crétin de fils en terrible tueur du marais dans "Maigret tend un piège".
Cauteleuse et démoniaque, elle bat ici les records de rouerie et d'ignominie, pourtant difficilement surpassables, de Jane Marken dans  "Manèges".


Face à elle, regard de gorgone et sourire chevalin,  Mme Chatelin mère !
Étouffante avec son grand nigaud de fils -- vous ai-je dit qu'il s'agissait de Jean Gabin ? Non ? Quelle étourdie je fais ! --, méchante et mesquine avec son personnel de maison, sa grande spécialité est d'occire ses volailles à grands coups de fouet (... mais où le scénariste a-t-il été chercher ça ???)
Qui d'autre que la merveilleuse Germaine Kerjean,  grande spécialiste es-perfidie, complètement oubliée de nos jours -- ce qui est d'une criante injustice -- pouvait donner corps à un personnage aussi effrayant ?
Concierge tyrannique de Fernandel dans "L'Armoire volante", terrifiante "Chouette" dans la meilleure version des "Mystères de Paris" de ce cher Eugène Sue, elle fut aussi la voix française de Mrs Danvers dans "Rebecca" et celle de la Reine de Cœur dans "Alice au Pays des Merveilles". 
Si ce curriculum n'est pas un gage d'autorité maléficieuse, je ne sais pas ce qu'il vous faut !


Troisième perle de la couronne : la petite Catherine.
Un rôle en or 24 carats pour Danièle Delorme, qui nous régala aussi de quelques belles petites garces pas piquées des hannetons dans les premières heures de sa longue carrière. 
Ici, elle décroche la timbale, le gros lot, l'euro-million ! 
Ambitieuse et vénale -- je parle du personnage, pas de la comédienne ! --, elle a les dents assez longues pour labourer un champ sans plier le genou.
Diabolique, sans un atome de scrupule, elle peut mentir, tricher, voler, et même trucider sans l'ombre d'une hésitation.
Mignonne comme tout avec son petit béret et sa valise en carton, elle vient crier misère chez Jean Gabin (si on m'avait dit qu'il finirait un jour sur "Mein Camp", celui-là !), arborant pour l'occasion son plus beau sourire-saccharine et des yeux de faon malade afin de lui faire le grand numéro de la pauvre orpheline.
Lui, gogo jusqu'au bout, l'accueille à bras grands ouverts, et, refusant d'écouter les sages mises en garde de Mme Chatelin mère, lui confierait presque les clés du coffre...


Maintenant que les présentations sont faites, allons voir un peu de quoi il retourne et régalons-nous !
Tout d'abord, la première apparition de feue la mère de mademoiselle.
Un festival Lucienne Bogaert : jérémiades et larmes de crocodile, elle est géniale et indubitablement Über-Camp !


Vous avez vu sa façon de dire : "Je disparaitrai dans le brouillard... t'auras qu'à m'envoyer mon p'tit mandat" ?!?
Je ne sais pas vous, mais moi, à chaque fois, c'est bien simple : j'en ruine la moquette de bonheur !

Bon, passons au 2ème chapitre : Môman complote en préparant son petit cassoulet (et en bonus, pour notre plus grand plaisir, nous entonne 3 mesures de "Le Régiment de Sambre-et-Meuse"... Une merveille !)


Avançons encore un peu et voyons comment, entre deux bouffées de delirium opiacé, Môman ne perd pas le Nord et échafaude, ourdi, trame et complote de bien noirs desseins, sans que cela n’entame en rien sa bonne humeur légendaire.


Et Germaine Kerjean dans tout ça ?
Après le festival "veuleries et carabistouilles" des deux autres drôlesses, ce grand couillon de Gabin ouvre enfin les mirettes et se décide à piger ce que nous savions déjà depuis la 2ème bobine : ces dames se paient sa fiole (en attendant de la lui couper)...
Du coup, pour raisonner un peu le petit monstre qu'il a épousé, il décide de la mettre en pension quelques temps au grand air, dans la guinguette de Madame Chatelin Mère.
Et là, nous allons voir que le fouet, elle en use aussi bien pour décapiter les poulets que pour dresser les (vilaines) poules...


Qu'est-ce que je vous disais ?... Merveilleux, non ?...
Des infâmes, vous dis-je ; des infâmes !
Ou, comme le dirait si bien notre copine Gisèle : "Des gens pas fréquentables !"


samedi 30 mai 2015

INTO THE WOODS ("Promenons-nous dans les bois", 2014)

Spécial Fête des Mères: CAMPISSIMO! 

Par Valentine Deluxe 

 


Sur "Campissimo !", on n'a pas le temps pour le blabla, on veut de l'action !
Aussi, je n’essaierai même pas de vous résumer notre film du jour, cette histoire de sorcière qui était jolie puis qui ne le fut plus mais qui le redevint quand même par la grâce d'une potion magique fabriquée avec les souliers de Cendrillon, les cheveux de Raiponce, la cape du petit chapon rouge, et la vache de Jack (oui, celui qui escalade des haricots magiques), car cela serait décidément trop complexe pour tenir dans le cadre synthétique -- pour ne pas dire carrément ascétique -- que nous nous sommes imposée dans cette brève rubrique. (Note de BBJane : Et là, mine de rien, tu viens de battre ton propre record de phrase interminable ! Bravo Valentine !...)

La seule chose que je voudrais dire avant, c'est que...
Jessica Lange ne va pas être contente ; mais alors là, pas contente DU TOUT !!!


Pourquoi ce mouvement d'humeur qui semble si peu dans les habitudes guillerettes et primesautières de la tendre chérie ?
Eh bien, figurez-vous que cette vilaine chouraveuse de Meryl Streep, qui rafle tout ce qu'elle touche avec ses longs doigts collants comme de la sécotine, va venir lui ravir la précieuse et convoitée couronne d’Impératrice du Camp Contemporain *!
Pour rappel, notre pauvre Dame Jessica coiffait le seyant couvre-chef (un prix décerné de façon tout à fait officieuse par notre blog bien aimé) depuis la Fête des Mères 2012, grâce au merveilleusement excessif "Du Venin dans les veines".


Une vieille rivalité qui ne va pas s'arranger !

Remarquez, c'est de bonne guerre, et cette rivalité ne date pas d’aujourd’hui.
En 1975 déjà, Jessica avait raflé le rôle alors très convoité de la blonde et fragile Barbie nichée dans la grosse paluche poilue du KING-KONG de Dino De Laurentiis, quand le délicat nabab s'était écrié "Qué bruta!"/"Quel laideron !" en voyant Meryl Streep se présenter à l'audition.
En 1982, c'est Streep qui chipera l'oscar de la meilleure actrice (parmi  les 897 autres nominations qu'elle compte à ce jour) à Lange qui concourait avec "Frances", déjà évoqué ici-même pour la Fête des Mères -- comme quoi, y a des coïncidences troublantes...
30 ans plus tard, Jessica, se consolera de son mieux, en délogeant la Streep de la catégorie "Modern Camp" où elle créchait depuis un an avec "Postcard from the Edge" (et toujours dans le cadre de nos commémorations maternelles !)
Alors, vous pensez bien qu’après ça, quand les deux divas se croisent dans un couloir, il y a comme de la friture sur la ligne !


Mais revenons à nos moutons ! (J'avais promis de faire court : j'ai menti !) (Note de BBJane : Merci de le préciser ; nous ne l'avions pas remarqué...)
Donc, aujourd’hui, le nouveau record risque de tenir un bon moment, car le film dont il va être question dans un instant -- si je me décide enfin à la boucler -- date d'à peine 6 mois !!!
Et donc, à l'épineuse question :

"Qui est la plus vilaine sorcière du coin ?"

la réponse aujourd'hui (n'en déplaise à Lady Jessica), c'est "l'autre", "la vipère", "la verrue", "la bribeuse" ("la voleuse", comme on dit si pittoresquement dans la mienne principauté de Liège).
Enfin bref : c'est la Meryl !


"Into the Woods", la plaisante adaptation du cultissime musical (oui, enfin, cultissime pour moi, en tout cas, ce qui n'est déjà pas si mal) du très-Saint Stephen Sondheim,  passée complétement inaperçue dans nos contrées, renferme, entre autres merveilles, une de ces petites répliques orgasmiques à m'en défriser la moumoute, que l'on croirait déposée là au passage rien que pour nous.
Je ne pouvais donc l’omettre en ce jour béni d'hommage à la sainteté maternelle.

Donc, "Campissimo !", clap, 3ème !
Aujourd’hui : "Dur-dur d'être une bonne mère."




Mais bon, finalement, Jessica Lange, tout ça, elle s'en fout. Elle, elle danse !...



 * Catégorie censée les différencier des momies faisandées, bouffeuses de pissenlits par la racine à tous les repas depuis des lustres, qui font habituellement les gros titres de nos colonnes.