"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



samedi 9 octobre 2010

MONTEZUMA MADNESS !


BB's MOVIES
par BBJane Hudson

Vous en connaissez beaucoup, vous, des proprios qui viennent mitonner une omelette à leurs locataires sur le coup de 8 heures du mat', pour les aider à affronter une journée de rude farniente ?... Et qui leur offrent en prime une chorégraphie ancillaire sur les accords hispanisants de Bizet ?...
Dans The Gay Deceivers (connu en France sous le titre inspiré du Piège à pédales), Michael GREER n'hésite pas à se mettre en quatre et à jouer les Maïté d'opéra-comique pour les beaux yeux des nouveaux occupants de son pavillon, un couple de jolis garçons fraîchement réformés par les recruteurs de l'U.S. Army pour cause de déviance sexuelle. En vérité, les deux mignons ne sont pas plus gays que... vous, je ne sais pas... moi, ça tombe mal... disons que vous et John WAYNE, pour prendre un exemple flagrant de virilité inoxydable. Exemple d'autant plus pertinent qu'un an avant la sortie de ces Gay Deceivers, le Duke réalisait le mémorable Les Bérets verts, ode à l'intervention américaine au Vietnam, et que c'est précisément pour échapper à ce conflit que nos deux tire-au-flanc décident de poser aux tapettes.




« Dur dur d'être bébé »
, chantait jadis JORDY avec une gouaille émouvante. « Dur dur d'être pédés », s'avisent Kevin COUGHLIN et Larry CASEY, qui se voient contraints, pour tromper la vigilance d'un colonel soupçonneux, de jouer le jeu au quotidien, et à cette fin emménagent dans un quartier résidentiel uniquement peuplé de folles en chaleur, dont la moindre n'est pas (j'y reviens et boucle habilement une boucle qui tendait à partir en quenouille) leur propriétaire, Michael GREER.
Attardons-nous quelques instants sur ce dernier comédien, dont la trop brève carrière, interrompue par le Sida, témoigne d'une homosexualité fièrement revendiquée et quasi militante. En un temps où les comédiens gays aspirant au vedettariat étaient fortement incités à baisser le pavillon rose et cadenasser le placard, GREER afficha sans complexe sa follitude décontractée et sa flamboyance caustique, tant à l'écran que sur les planches – pour ne rien dire de ses frasques en coulisses...



Michael GREER

A ses côtés, nous retrouvons Larry CASEY en adonis bodybuildé -- que nous voyons savourer l'omelette dans l'extrait qui suit --, Kevin COUGHLIN, autre acteur familier des rôles de gays (bien qu'hétéro) et grand habitué du cinéma Camp, Jo Ann HARRIS, alors abonnée aux rôles de jeunes pestes chaudasses (remember Les Proies, où elle se jetait à la braguette de Clint EASTWOOD sous les yeux écumants (?) de jalousie d'une Geraldine PAGE non moins agitée du berlingot), et Christopher RIORDAN, acteur, danseur et top modèle qui bourlingua dans une tripotée de films cultes, beach movies et shows télévisés, aux côtés du gratin de la culture Camp – notez soigneusement son nom, vous le retrouverez bientôt en bonne place sur ce blog...


Kevin COUGHLIN & Larry CASEY

Michael GREER & Christopher RIORDAN

Comme il se doit, The Gay Deceivers porta sur les claouis de la communauté homo, peu encline à goûter le pittoresque de l'entreprise et toujours chatouilleuse en matière d'image. Il faut dire qu'à l'époque, certains activistes décérébrés revendiquaient chaudement le droit pour les gays d'aller se faire dézinguer dans les rizières pour l'honneur de la patrie. Aujourd'hui, il est permis de se gondoler devant le miroir à peine déformant tendu par ce film bon enfant, où les hétéros perdent les pédales tandis que les hommelettes cassent des œufs.




mercredi 6 octobre 2010

NOTRE SAINTE PATRONNE


par BBJane Hudson


Il y eut 21 ans hier, disparaissait la Sainte Patronne du cinéma Camp, Miss Bette DAVIS.
Un hommage (modeste, mais sincère) s'imposait sur ce site, hanté par son esprit...
J'ai plaisir à le lui rendre, à travers quelques scans de documents issus de ma collection...



























La première photo de Bette que j'aie achetée, dans une boutique de cinéma parisienne,
et qui trône dans ma vidéothèque depuis 25 ans... :







jeudi 2 septembre 2010

COMMENT FAIRE SES ABLUTIONS AVEC PANACHE


Avertissement de BBJane
: Valentine chérie, je ne saurais trop vous remercier de cet article si complaisant envers ma modeste personne. Je suis d'autant plus navrée de la panne qui affecte malencontreusement mon serveur d'images, et qui m'interdit d'illustrer vos propos avec la concordance requise... Je ne parle même pas des liens, qui cafouillent complètement... C'est bête, hein ?...
(Votre rat, ce soir, vous le voulez au grill ou à la poêle ?...)


LES BONS CONSEILS DE VALENTINE # 10
par Valentine Deluxe

Mes enfants, l’heure est grave !
Je me suis fait taper sur les doigts par ma rédactrice en chef.
Si vous aviez déjà dû affronter Mlle BBJane Hudson quand elle est dans une de ses humeurs « châtaignes », vous sauriez que « dictatrice-en-chef » serait un titre plus en rapport avec le caractère fluctuant de cette harpie. Dans ses bons jours, elle n'est qu'odieuse et hautaine ; mais dans ses mauvais, elle est pire !
La raison de ces récriminations ?… Il paraît que je fais trop long !… J’vous demande un peu !...
Est-ce qu’on reprochait à BALZAC ou HUGO de faire 15 pages sur la description d’un verre d’eau ? Imaginez-vous TOLSTOÏ vous pondre "Guerre et Paix" sur un coin de nappe ?… MELVILLE griffonnant "Moby Dick" sur une étiquette de boîte de sardines ? Non ?… Eh bien alors, qu’on me foute la paix !



Honoré de Balzac (à gauche) et Victor Hugo (à droite)

Mais comme elle s’occupe aussi de l’intendance, j’ai bien peur que ça n’ait quelques fâcheuses répercussions sur la cantine dans les jours qui viennent.
A mon avis, je vais encore avoir des trucs qui gigotent dans le fond de mon assiette ; et si ce n’est qu’un gaspard, je pourrai déjà m’estimer bien heureuse d’avoir de la viande !
En plus, elle me reproche des tas de trucs avec des mots savants : « syntaxe », « ponctuation », « séquence »… est-ce que je sais, moi ?... du moment qu’il y a du Panache !...
Eh bien, il paraît que ça ne suffit plus. Faut que je me reprenne en main, que je me structure, que je me petit-robertise, sous peine de voir l’acariâtre sortir de sa caisse à outils chalumeaux et brodequins, et me travailler avec zèle à la mode «Sainte Inquisition ».
Ça, ma foi, si c’était fait avec goût (je n’ose écrire « Panache »), et si j’avais bu plus que de raison, je ne dis pas non. Encore faudrait-il que la bourrelle ne donne pas dans la dentelle fanée et l’eau de toilette au muguet !



Torture torquémadienne pour Valentine

Bon, allez, ma mansuétude étant légendaire et sans limite, on va tâcher de ménager la pauvre chère vieille chose : Essayons de faire court.
(J’ai bien dit : « essayons », hein !...)



C'est ça, Valentine... Faites cour... ce sera suprême...

Donc, tout d’abord, de la méthode ! Allons directement à l’essentiel : sujet, verbe, complément.
Finis les préambules, les digressions, les parenthèses sans fin, tenons-nous en à notre sujet.
Et celui de ce soir / ce matin / ce midi (vous venez quand vous voulez, vous êtes ici chez vous) est on ne peut plus pragmatique :
Les ablutions.




Eh oui ! Vous fréquentez ces colonnes depuis assez longtemps maintenant pour ne pas vous faire recaler comme des oies blanches sur un sujet aussi basique, alors que je m’use la santé à vous répéter chronique après chronique que la vraie Grande Dame homologuée ne connaît point le repos. Elle se doit d'être toujours attentive, ne dormant que d’un œil et l’oreille aux aguets.
Et ce, chaque jour et chaque nuit de sa glamoureuse existence, afin d’esquiver les pièges vicieux et les crocs-en-jambe mesquins que la médiocrité quotidienne des basses-œuvres réglant les fonctions vitales de notre organisme lui tend constamment. (À part Jacques MAYOL je ne vois personne capable de me répéter cette phrase sur une seule inspiration !)
Ainsi donc, l’hygiène corporelle – tout comme les autres sujets déjà abordés par votre spécialiste maison – ne peut souffrir la demi-mesure.



Chez Valentine déjà, le problème ne se pose pas : je n’ai ni vessie ni intestins, et je transpire du Chanel n°5 !
Mais tout le monde n’a pas cette chance.
Vous par exemple, vous vous imaginez, entouré(e) de marmots braillards en train de vous gratter la couenne, le cul dans une bassine en zinc, dans une arrière-cuisine crasseuse où flotte un panel de fragrances subtiles allant du chou rance au linge moisi ?… Nooooooon !
Aussi, pour prendre une leçon de récurage panaché, je vous propose de retourner dans la Domus Aurea de ma précédente chronique, pour y retrouver notre belle impératrice à l’heure de sa toilette.
Elle arbore cette fois les traits de la divine Claudette COLBERT, toute en décadence et volupté, qui est en train de faire trempette dans une baignoire comme n’en a même pas eu Esther WILLIAMS pour ses pérégrinations aquatico-gymniques en 10 ans de carrière à la Metro Goldwyn Mayer.


Claudette COLBERT

Derrière la caméra, c’est tout aussi fastueux, car nous avons le roi de la fresque épique et de l’hypocrisie catho-pudibonde, l’hyperbolique Cecil B. DeMILLE, qui nous propose ici une curieuse adaptation non officielle du QUO VADIS de SIENKIEWICZ (les droits d’auteurs couraient toujours en 1932…), sous le titre pompeux de Le Signe de la Croix.





Et comme à son habitude, sous le fallacieux prétexte de nous donner une leçon d’histoire édifiante sur la vie des premiers chrétiens (qu’il excise au passage, et contre toute attente, du happy-end traditionnel), le maître incontesté de la superproduction saint-sulpicienne made in Hollywood reconstitue méticuleusement devant nos yeux émerveillés la plus belle palette de mises à mort exotiques et d’orgies païennes jamais osée sur un écran de cinéma.




Si ce n’est pas cet aspect particulier de l’œuvre que je traiterai aujourd’hui (ne vous en faites pas, je reviendrai sur cette facette croquignolette du film dans une prochaine bafouille), vous pouvez au passage en profiter pour avoir une idée de ce qu’il était encore permis de mettre en images durant cette parenthèse enchantée, propice à toutes les gaudrioles les plus scabreuses, que l’on nomme la pré-code era.
Eh oui ! car non seulement, en reluquant bien, on peut apercevoir subrepticement un bout de nichon de son altesse impériale – vision sublime autant que subliminale –, mais de plus, la môme Poppée n’étant pas du genre bégueule, elle accueille volontiers dans sa baignoire (remarquez, y a de la place) l’une ou l’autre vilaine cafteuse de ses amies qui vient lui faire son rapport fielleux à l’heure de la toilette.
Moins de 2 ans plus tard, hélas, ce satané code Hayes rendra ce genre de joyeux débordements pellicula non grata dans la capitale occidentale du cinéma.
Lors de la ressortie du film quelques années plus tard, la scène que nous allons découvrir dans un instant – dès que je me serai décidée à la boucler pour de bon, puisque, faut-il vous le rappeler, je me suis jurée de faire court aujourd’hui – a d’ailleurs subi l’outrage des ciseaux vengeurs des adorateurs du MPPC (le « Motion Picture Production Code » pour ceux qui n’avaient pas capté).
Les censeurs ne seront décidément jamais des amis de la Grande Dame Panachée !




mercredi 1 septembre 2010

OUR MISS FRED ou LA FOLLE VADROUILLE


BB'S MOVIES #5

par BBJane Hudson

On dit toujours : « La Seconde Guerre Mondiale »...
Moi, je veux bien, mais il serait bon de rappeler que le terme « seconde » s'emploie lorsqu'il est établi que rien ne viendra à la suite, autrement dit qu'il n'y aura pas de « troisième ». Sinon, c'est « deuxième » qu'il faut dire. Pour ce qui est d'une Guerre Mondiale, je ne parierai pas mon Tampax qu'on est à l'abri d'une nouvelle d'ici la Fin du Monde (qu'on n'appellera pas « La Première », vu qu'elle promet d'être la seule – ce qui, vous l'admettrez, est d'un grand réconfort...)





Ceci pour en venir à notre film du jour, Our Miss Fred (titre français : néant, vu que la bande n'est pas sortie en nos contrées), qui se déroule précisément durant la Deuxième Guerre Mondiale, et plus exactement lors de l'envahissement de notre beau pays par les hordes teutonnes. Ce jour-là, Fred Wimbush, acteur shakespearien effectuant son service dans le Nord de la France, est surpris par l'invasion chleuse alors qu'il interprète un rôle de femme dans un spectacle monté par ses camarades biffins. Les boches -- qui, on le sait, ne sont pas très malins (même qu'on se demande comment ils firent pour nous occuper si longtemps) -- le prennent pour une véritable lady, et poussent l'inclairvoyance jusqu'à le lutiner un brin. Craignant de passer pour un espion, Fred préfère ne pas les détromper. En même temps, peu soucieux de se faire fridoliner la rosette par nos nazillons en goguette, il décide de regagner dare-dare son île natale en compagnie d'une escouade d'écolières british qu'étaient venues faire du tourisme par chez nous. S'ensuit une Grande Vadrouille mâtinée de La Cage aux folles, alertement troussée par Bob KELLETT, et dominée par la flamboyante personnalité de sa star : Danny LA RUE (décédé l'an dernier, à ma grande consternation, même que mon rimmel n'a pas encore séché).





En Angleterre, LA RUE était une véritable institution : le premier travesti nommé Officier de l'Empire Britannique. Bob HOPE voyait en lui "la femme la plus glamour du Monde", et la grande Noël COWARD le décrivit un jour comme "l'homme le plus professionnel, le plus spirituel, et le plus charmant du métier". Curieusement, Our Miss Fred est le seul film où il tint la vedette, ce qu'on peut déplorer au vu de son talent folle. En France, où, à part Benny HILL et Mister Bean (ajoutons les Monty Python pour faire bonne mesure), les amuseurs anglais n'ont jamais eu la cote, il reste aussi glorieusement inconnu que le soldat du même nom, et que ces autres spécialistes de l'humour rosbif que sont Spike MILLIGAN ou Harry SECOMBE.







La scène qui suit explique peut-être pourquoi Our Miss Fred n'eut jamais l'honneur d'une exploitation hexagonale : nos braves compatriotes y apparaissent comme de foutus péquenots, durs de la comprenette et agités du calcif. C'est comme ça tout au long du film, qui nous offre un portrait assez peu reluisant, pour ne pas dire férocement diffamatoire, du peuple de la Liberté, du baiser fourré, des cuisses de grenouilles, et de Nicolène SARKOYALE (ou de Ségolas ROYZY, si vous préférez...)
Notre Miss Fred croise ici le chemin de deux ruraux à qui elle tente de faire comprendre qu'elle n'est point celle dont elle a l'air, dans l'espoir qu'ils sauront lui fournir des fringues mieux adaptées à son périple en rase cambrousse. Notez l'impayable accent français des acteurs britanniques jouant nos braves paysans. Notez l'étonnante ressemblance du pays ch'ti avec la verdoyante Albion. Notez les tragiques méprises auxquelles nous expose la barrière du langage lorsqu'on ne la sait point enjamber. Notez tout ce que vous voudrez, mais ne manquez pas cet extrait...
God save the drag queen !...




vendredi 20 août 2010

COMMENT FAIRE SA DRAMA QUEEN AVEC PANACHE


LES BONS CONSEILS DE VALENTINE
# 9
par Valentine Deluxe


DRAMA QUEEN : Désespérée chronique, qui montre en toute occasion une propension à dramatiser la moindre bricole et à faire gonfler la broutille la plus anodine dans des proportions gargantuesques, en prenant bien soin d’en faire profiter un maximum de gens.

Si une Drama Queen sommeille en chaque Grande Dame, l’inverse n’est pas automatique.
En effet, si vous êtes au bord du gaz à chaque fois que vous écoutez une chanson de Lara FABIAN (Dieu m’en préserve !), tout en poussant le volume assez fort pour que tout l’immeuble puisse compatir au malheur de votre 248ème rupture, et acquiescer au fait que Lara, en écrivant sa baveuse gueulante, a forcément dû penser à vous et à la tragédie sentimentale que vous traversez (cette fois-ci, c’était sérieux : vous êtes presque restés 15 jours ensemble, et il avait même fini par se rappeler votre prénom !), cela ne fait pas de vous une grande Dame pour autant.
Que vous faudra-t-il pour acoquiner ces deux qualitatifs en forme de label de qualité ?
Je suis sure que, cette fois, je n’aurai même pas à vous souffler la bonne réponse pour vous entendre tous en chœur reprendre après la fatidique question :
"Le…."
"Le Pa…."
Ooooh, ben flûte ! Allez ! faites un effort, cornegidouille !
"LE PANACHE !!!" (La prochaine fois, il y aura des sanctions du genre supplice oriental !) Il y a parfois de quoi me décourager et vous laisser toute misérable dans votre crasseuse ignorance. Heureusement qu’il y a du Saint-Bernard en moi (surtout le tonneau autour du cou !...)

Deux attitudes typiquement drama-queenesques :


Gloria SWANSON


Lypsinka

Donc, remontons un peu le temps et la via Apia pour dénicher celui qui est à la fois l'une des plus incontournables Drama Queens de l’Histoire de l’Humanité, et qui se double d’une incontestable Grande Dame : l’Empereur Néron en personne ! (ici incarné par le sublime et tant regretté Peter USTINOV, dans une magistrale démonstration de haut cabotinage sans filet avec triple axel et saut périlleux arrière, et qui semble déjà nous préparer à son sublime Prince Jean dans Robin des Bois version Disney. Ne manque que le pouce en bouche !)
Démonstration :
Quand Néron fait une java à la maison, on ne se retrouve pas à trois péquenots autour d’une pierrade posée sur la toile cirée de la table de cuisine de votre minable galetas semi-meublé, noyé dans des effluves de graillon et de mauvaise vinasse.
Non, ici, nous allons prendre le modèle au-dessus, la full option tendance « orgiaque » : une salle à manger grande comme un terrain de foot.
La mansarde s’appelle la Domus Orea (ce qui est on ne peut plus panaché, vous en conviendrez...) 300 personnes engoncées dans des péplums aux couleurs agressivement technicolorisées, se goinfrent de langues de rossignols confites et de sangliers entiers farcis de canaris vivants, parmi mille et une autres délicatesses… Et ce tandis que des myriades d’esclaves nubiennes, une plume dans le rectum -- ben oui, Valentine à fait Latin-Grec au lycée ! -- exécutent des danses aussi lascives que pouvait le permettre le code Hayes en 1951 après Jésus-Christ (année de production de l’œuvre que je me propose d’ausculter aujourd’hui, l’hyperbolique Quo Vadis de môsieur Mervyn LeRoy.)





Evidemment, Grande Dame oblige (oui, on peut être Empereur et Grande Dame, la grande dame attitude n’étant définitivement pas une question de sexe), le maître de maison et divinité vivante s’est réservé un petit podium « center stage », histoire d’être bien en vue du public de choix qu’il s’est composé pour l’occasion.
Et quelle audience !… A ses côtés immédiats, un phalanstère de lèche-fondements de compétition, et évidemment, sa garce d’impératrice -- sortie d’un quelconque bordel de la ville basse, comme se plaisent à ragoter les tombereaux de mauvaises langues et autre faux-culs qui peuplent votre palais --, qui, d’un regard langoureux au travers d’un de ses merveilleux monocles en rubis ou émeraude pour trouver le centurion musclé qui pourra honorer le devoir conjugal négligé par son époux, nous donne la meilleure définition qui soit d’un mot de 6 lettres, commençant par un S, avec un E à la fin et « ALOP » entre les deux (vous trouvez, ou faut que je développe ?...)
Bien évidemment, notre drama-queenesque Grande Dame adorant pousser la chansonnette, il y a toujours un faux-derge dans le tas pour lui gueuler avec un air à faire passer Judas pour un boy-scout en quête de sa quotidienne BA : « Une chanson ! Une chanson ! ».



Peter USTINOV, Drama Queen en chef


Conditions incontournables pour avoir votre brevet de Drama-Queen :
Refuser avec la dernière énergie, prétextant un quelconque bobo d’ordre oto-rhino-truc-bazar, et SURTOUT ne céder qu’après mille supplications mielleuses de l’essaim d’hypocrites qui bourdonne autour de vous.
Là, évidemment, vous en profitez pour sortir votre lyre, et crac !
Allons-y gaiment et sans retenue, pour brailler sans complexe la dernière décoction musicalo-épique sortie de votre géniale et divine caboche !
Car évidemment, vous ne donnez JAMAIS dans la mélodie de bastringue pour fille à matelots (même si, soyons juste, vous ne détestez pas marins et débardeurs ; mais ne nous égarons pas dans les questions de vie privée, sinon on n’a pas fini !)
Donc, vous allez nous faire ça dans le lyrique, le grandiose, avec des airs de vestale effarouchée et des intonations grand-guignolesques qui feraient passer Sarah BERNHARDT pour une anonyme gourdasse sortie d’un film de Robert BRESSON.
Mais je ne vais pas tout vous raconter non plus... Voyez par vous-même, si vous ne me croyez pas :





Et n’oubliez jamais cet adage plein de bon sens, made in Valentine :

QUAND LA MARABOUNTA GRONDE...
… LA DRAMA-QUEEN COUINE !

(Si j’entends une réflexion désobligeante, je fais ma Drama Queen, et je m’en vais bouder ailleurs, alors faites bien gaffe !...)

mardi 3 août 2010

COMMENT ALLUMER LA LUMIERE AVEC PANACHE


LES BONS CONSEILS DE VALENTINE #8

par Valentine Deluxe


Bon. Le panache, on maîtrise, maintenant. C’est un acquis, on ne revient plus dessus...
Et pourtant, parfois, au détour d’un chemin balisé, d’une situation convenue ou d’une figure imposée, se glisse LA question piège !… et c’est là que l’on tire une implacable ligne de démarcation entre l’aimable amateure compétente et la Vraie Grande Dame -- Ze professionnelle of Ze panache !
En effet, n’importe quelle deuxième dauphine en huitième de finale à l’élection de Miss Poitou-Charentes peut reconnaître une pince à homard d’une clé de 8, ou encore faire la courbette idoine devant duchesse, baronne ou vicomtesse lors du bal des débutantes.
Mais une fois que l’on a à faire aux gestes les plus quotidiens, crac !… on se fait gauler !...
Et vous pouvez croire votre Valentine sur parole : le ruisseau, c’est beaucoup plus facile d’y retourner que de s’en extraire. (Vous prendrez le mot « ruisseau » dans l’étymologie fangeuse et urbaine qui était la sienne au 19ème siècle, s’il vous plaît.)
Alors faites gaffe, conseil d’amie et de Grande Dame !
Vous voulez un exemple ?
Oh, je vais vous trouver ça !...
Et bien, disons : Allumer la lumière !


L'interrupteur Deluxe


Quand vous arrivez quelque part et qu'il fait sombre, vous avez besoin des bienfaits de la Fée Électricité.
Réflexe basique : on part en tâtonnant à la recherche de l’interrupteur, voire du dimer pour les plus sophistiqués d’entre vous, ou encore du premier lampadaire IKEA atteignable (lampadaire qui, bien sûr, se trouve derrière une table basse que vous ne manquerez pas de heurter en plein tibia, et sur son coin le plus tranchant, cela va sans dire...)
Et bien, voilà l’erreur ! la grossière erreur de débutante !...
Retrait de permis de Grand Dame à vie pour une bourde pareille ! (et sans souffler dans le ballon !...)
Heureusement que je suis là pour vous éviter l’infamie d’un gadin gros modèle du haut de cette échelle sociale que vous aviez déjà eu toutes les peines du monde à escalader en talons hauts -- échelle dont vous ne manqueriez pas de vous prendre chaque échelon dans les gencives avant d’atteindre le rez-de-chaussée de la grisaille et du tout venant, après pareil impair. Bref, retour à la case départ : bienvenue chez les affreux !...
Mais cette rubrique ne s’appelle-t-elle point « Les Bons Conseils de Valentine » ?



Vous ne voudriez quand même pas régresser à ce stade ?


Grâce m’en soit rendue -- c’est du tout bon pour mon karma, ça ! --, je vais encore une fois vous tirer d’embarras en vous tenant le menton hors de la fange plébéienne des anonymes.
Nous allons aujourd’hui prendre exemple sur Mme Ayesha, qui, le temps de la séquence à venir, aura les traits de l’obscure Helen GAHAGAN, dans une superproduction de Merian « KING-KONG » C. COOPER de 1935, avec Irving PICHEL comme homme de main derrière la caméra (inutile de se prétendre « metteur en scène » quand on a le colonel COOPER dans les pattes comme producteur !...)
Le film, d’une opulence et d'un faste qui enterrent définitivement et sans la moindre peine la version HAMMER avec Ursula ANDRESS, fut un flop sanglant qui renvoya aussi sec Miss GAHAGAN par le premier vol Hollywood-Broadway, où elle avait acquis une certaine notoriété.
Piquée par le démon de la politique et farouche démocrate, elle affronta avec bravoure ce goujat de NIXON, qui la surnomma « the Pink Lady », et fut durant plus de 50 ans Mme Melvyn DOUGLAS à la ville.
Deux faits d’arme qui, vous en conviendrez, ne peuvent que nous la rendre sympathique.
Ça, c’était pour votre édification personnelle.



Helen GAHAGAN


Mais revenons a Mme Ayesha ; ou SHE-WHO-MUST-BE-OBEYED, comme elle aime à se faire appeler !
Déjà, si c’est pas un patronyme panaché, ça ???
Croyez-en mon expérience : Madame She, c’est la Grande Dame des Grandes Dames ! Même votre Valentine a l’air d’un titi de Ménilmuche en comparaison (je sais, c'est dur à croire, et pourtant !...)
Disons que c’est le genre de fille qui a su rester simple :
Premièrement, pas besoin de Botox, de crèmes antirides et tout le bataclan esthético-chirurgical qui nous sert de cache-misère une fois que les méfaits conjugués du grand âge et de la pesanteur commencent à avoir un effet des plus ingrats sur l’ovale de notre beau visage. Non : elle, un bain de flammes tous les 15 du mois -- une flamme sacrée, s’entend ! -- et hop ! elle est prête à aller passer un casting chez POLANSKI, malgré ses 2000 ans au compteur (Ayesha, pas Popol...)
Ensuite, elle a beaucoup de personnel de maison. Dans les 2 ou 3000 têtes de pipes, rien que pour le repassage !




Pour lui apporter ses œufs bacon le matin, il faut une procession comme on n’en voit même pas à Lourdes un 15 août.
Quand elle flemmarde en savates à la maison, c’est toujours dans une robe en lamé platine, avec une traîne de 30 mètres en plumes de dodo, et un You-Koun-Koun à chaque oreille.
Et pour ce qui est d’allumer la lumière, ben... ça donne ça :





Bon, pas besoin de parlementer pendant trois plombes : ça a quand même une autre gueule comme ça, vous ne trouvez pas ?...
Non, non, ne me remerciez pas, puisque je vous dis que ça me fait plaisir !...