"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



dimanche 6 mars 2011

MASSACRE AU (MEIN) CAMP D'ETE


JUSTE UNE QUESTION DE BON SENS #2

par Valentine DELUXE
Panache et bon sens, nous l’avons vu, font souvent bon ménage ; du reste, nous porterions peu d’intérêt au second dans ces colonnes s'il ne se trouvait accolé au premier. 
Après le pragmatisme de Mme Rogo durant la petite croisière très « congés payés » qui servit de cadre au chapitre inaugural de cette rubrique, nous allons – heureusement – partir pour des sphères un chouïa plus élevées socialement, et des thébaïdes un tantinet plus sélectives quant à leurs fréquentations. Prenons par exemple la pension de Mlle Daphné Castle, une dame très bien qui arbore pour l’occasion la rousseur flamboyante de l’indispensable Maggie SMITH…
La rousseur flamboyante de Maggie SMITH (cherchez l'erreur)
Une merveille de délicatesse et de raffinement, cette cahute perchée sur un pic rocheux au beau milieu de l'Adriatique ; et autrement plus classe que le rafiot pourri de madame Rogo – malgré tout le respect que j’ai pour elle, la tendre chérie... -
 Pour ce qui est de l’animation, y a pas un Club Méd qui pourrait faire le poids : pédalo le matin, meurtre l’après-midi, et résolution de l’énigme à l'heure du thé, entre petit gâteaux et sandwichs au concombre, par le plus célèbre Belge du monde (après Valentine DELUXE, il va sans dire), môsieur Hercule Poirot en propre personne, ici sous les traits à jamais indissociables du toujours génial Peter USTINOV (qui d’autre ???) 
Peut être moins oscarisé que les précédentes baguenaudes de Miss Christie, ce Meurtre au soleil ne fait pas pour autant dans le casting « bout de ficelle – selle de cheval ». 

Perdu dans une faune d’un haut niveau social, certes, mais néanmoins des plus pittoresques (James MASON, Sylvia MILES, Diana RIGG, Jane BIRKIN, ainsi que l’un des nombreux péchés de jeunesse de Valentine, le beau Nicholas CLAY), surnageant tant bien que mal et balloté entre la vulgarité des uns et le machiavélisme des autres, un personnage attire immédiatement notre attention par ses aphorismes mêlant distinction et ironie dans des proportions merveilleusement dosées : j'ai nommé Alex Brewster. 

Imaginez la progéniture improbable que Noël COWARD ou Cole PORTER auraient pu avoir avec la Duchesse de Windsor. Alliant l’esprit des pères, l’élégance de la mère, et la langue de péripatéticienne des trois, comment diantre voudriez-vous qu’il ne soit pas tout de suite une icône des plus incontournables, à mettre bien en avant dans notre vitrine « garce et glamour » ?
Nicholas CLAY & Diana RIGG
Oh mon dieu, suis-je sotte ! J’allais oublier l’essentiel : notre Alex Brewster ajoute à ces atouts déjà considérables, le bon goût d’être incarné par Roddy McDOWALL, plus folle qu’il n’aura jamais pu l’être à Hollywood, coincé entre un Lassie et six « Planète des singes » (« follitude » largement surlignée par le savoureux doublage de l’indispensable Jacques CIRON...) Pour cette petite sélection, point n’est besoin de situer l’action ou les personnages -- d'autant que je suis un peu épuisée par des semaines de surexposition médiatique (1) ; c’est d’une éloquence qui n’appelle aucun commentaire.

Qu’ajouter ? Rien, si ce n’est que je vous propose…




« La basse grossièreté remplace-t-elle l’esprit ? On s’interroge encore… »
Citez donc cette maxime incontournable et frappée au coin du bon sens quand des entreprises aussi triviales et bassement terre-à-terre que le fisc, l'EDF, ou quelque détestable créancier, auront l’audace et le mauvais goût de vous relancer pour de pénibles rodomontades d’origine pécuniaire. Y en a qui ne doutent de rien, vraiment ! Quant à…

« Dommage ! J’aurais trouvé ça d’un Louis XIV… » Ça, que diriez-vous de le garder pour le prochain freluquet qui jugera que ses 20 ans et son corps de rêve l'autorisent à rejeter d’un revers de sa main morveuse les propositions malhonnêtes et forcément indécentes que vous venez de lui susurrer dans le creux de l’oreille après avoir descendu votre 27ème Martini-dry de la soirée (avec ou sans olive). Je vous laisse le reste, prenez ce qui vous plaît, faites-vous en des doggy bags culturels, et refermez la porte en partant, moi je retourne me coucher.
(1) Ceux qui n’ont pas suivi l’éclatante ascension sociale de la demoiselle DELUXE peuvent bien retourner se terrer dans la grotte humide et impénétrable où ils ont dû passer ces 2 derniers mois pour rester imperméables à ces trompettes de Jéricho qui en ont rendu sourdingues plus d’une. Allez hop ! Caltez volailles, ce n’est pas l’armée du salut ici !

vendredi 11 février 2011

LA MUSIQUE ADOUCIT LES MOEURS (et dissout les neurones...)


par Valentine Deluxe


Force est de reconnaître que, jusqu'à présent, nous fûmes plutôt timides question exotisme... Oh, bien sûr, pour ce qui est des Grandes Dames qui font des crises d’hystérie dans des escaliers sunset-boulevardiers, des dialogues ampoulés et grandiloquents, des dictionnaires complets d’insultes et noms d’oiseaux raffinés : geen probleem ; mais dès qu’il s’agit de voyager, on se timore, on se grippe, on se referme comme des huîtres : pas question de sortir des 52 états de l’oncle Sam !... Le kitsch, le camp, et l’excès seraient-ils des spécialités locales d’appellation contrôlée, comme l’andouille de Vire ou les bêtises de Cambrai, directement importés de la machine à rêve hollywoodienne ?... Voilà une épineuse question qui a bien souvent fait l’objet de débats de haut niveau au sein de la rédaction de votre blog préféré !... (Bon... au passage, faut reconnaître que question rédaction, Mein Camp n'est pas non plus le Daily Planet ! Si je compte bien, nous sommes deux en tout et pour tout ; nos bureaux occupent une loge de concierge rue Lepic, qu’on sous-loue tous les premiers mercredis du mois à des fourreurs Libanais partis en livraison ce jour-là -- Oups ! excusez la digression parasite, je me reprends de suite...)


Destination : Tokyo

Eh bien, pour aujourd’hui – une fois ne sera peut-être pas coutume –, cassons les habitudes et embarquons à bord du vol 714 pour Tokyo, histoire de nous offrir une virée mémorable dans un night-club select du coin... Musique pop au message écolo d’une naïveté désarmante (qui a dit « pléonasme » ???), projections psychédéliques baveuses à vous donner la nausée, danseurs hystériques dont les déhanchements syncopés évoquent dans des proportions qui restent à déterminer des bovidés atteints du syndrome de Creutzfeldt-Jakob et les crises d’épilepsie mystiques de Vanessa REDGRAVE dans Les Diables. Le tableau pourrait sembler assez chargé comme ça... Eh bien, détrompez-vous ! Car voilà que débarque, au moment le moins opportun, un invité surprise aussi encombrant que visqueux, gluant et nauséabond – je ne sais pas ce que vous en dites, mais moi, tout ça suffit largement à faire mon bonheur !

L'invité surprise, gluant, visqueux et nauséabond.

Avant d’aller plus loin, il faut que je vous fasse une chtite confidence. Vous ne le saviez peut-être pas, mais votre servi… trice ? teuse ?… enfin, votre Valentine, elle kiffe à donf’ (comme disent les jeunes d'aujourd'hui) les grosses bestioles issues des cauchemars cathartiques de l’inconscient collectif niponais post-nucléaire. Autrement dit : Godzilla, Mothra, Gamera, King-Ghidora, Ebirah, etcetera (là, ce n’est pas le nom d’un monstre, c’est une locution latine...) ; bref, toutes ces abominations écloses des retombées traumatiques consécutives au largage de Little Boy sur Hiroshima (encore un truc en « A », comme la bombe du même nom...) Parmi ce défilé de monstruosités qui ferait chanter la Marseillaise à un compteur Geiger, un de mes préférés (un ou une, son sexe reste assez difficile à établir formellement) est la puante et crapoteuse bestiole surnommée par un gamin des plus agaçants « Hédora » (dénomination reprise sans sourciller par les autorités, les médias et les plus hautes sphères de l’Empire du Soleil Levant).

Fruit des amours d’un fût de déchets radioactifs et d’une bestiole préhistorique gros modèle sur laquelle on aurait renversé le contenu d’un camion poubelle, il faut bien reconnaître que dans le genre « délit de faciès », Hédora se pose là !... Et dire qu’il y a des ados qui vous pondent une pièce de Claudel pour une pustule sur le menton, non mais, j’vous demande un peu !... Bon, en parlant de Claudel, j’ai juré que je ne vous ferai pas une paire de souliers de satin avec cette bafouille, alors, on y va au taquet : retournons fissa dans cette boîte de nuit où va s’inviter « sans coup fait rire » le débonnaire mais fort encombrant Hédora... Le flash existentiel qui s’impose à nous en visionnant l’objet du délit ci-joint, pourrait se résumer en une candide formulation : « Mais qu’est ce qu’ils ont bien pu prendre comme substances illicites pour nous pondre ça ?...» Réponse : « Je ne sais pas, mais c’est de la bonne ! »

On va voir ?... Attachez vos ceintures, ça va dépoter !...




dimanche 23 janvier 2011

COMMENT FAIRE DES MISERES A UNE INFIRME EN PUBLIC


LES BONS CONSEILS DE VALENTINE #12

par Valentine DELUXE

AVERTISSEMENT : cette bafouille aurait dû vous être livrée, très chers lecteurs, avant le fatal crépuscule de l’année 2010. Mais les rédactrices de votre blog préféré ne travaillant que par l’intermédiaire de pigeons voyageurs (un système qui, ceci dit, a fait ses preuves en des temps plus troublés, de Verdun au Chemin des Dames), la météo a quelques peu contrarié ce mode d’échange épistolaire.

Vague de froid oblige, c’te pov’ piaf s’est retrouvé congelé façon Hibernatus, quelque part entre Fexhe-le-Haut-Clocher et Aniche. On attendait le dégel avec impatience pour retrouver la trace du disparu, mais les crues qui ont suivi ont entraîné la malheureuse bestiole jusqu’aux confins de l’estuaire de la Loire. Les restes du valeureux soldat des airs ont été ensuite rapatriés par malle-poste jusque dans l’antre de notre bien aimée rédactrice en chef, la grande, éblouissante et irremplaçable BBJane HUDSON (j'en ai profité pour envoyer par le même volatile une velléité d’augmentation salariale...)


Notre pigeon voyageur, devant le sapin de BBJane.


Donc, en lisant cette nouvelle chronique, nous sollicitons votre haute bienveillance : faites donc comme si nous étions encore entre deux réveillons.

Je compte sur vous, hein !?!

Pour employer une formule qui a fait ses preuves, je commencerai par : « Il était une fois… »

Sur Mein Camp comme ailleurs, les fêtes de fin d’année battent leur plein... Notre BBJane adorée est en train de farcir son rat pour le réveillon (le secret de sa farce : moitié crème de marrons, moitié litière pour chat, ça donne un petit côté croustillant inimitable), et Valentine s’entraîne pour le Mémorial Shelley WINTERS, catégorie « ascension d’arbre de Noël en petite culotte et talons compensés » (elle espère battre le précédent record détenu par Stella STEVENS.)


Shelley WINTERS, prête à récompenser la lauréate de la catégorie "ascension de sapin de Noël"...


Tout ça, a priori, ne nous laisse que peau de balle pour nous occuper de notre bien aimé lectorat, et vous commenciez à trouver le temps long entre deux chroniques suintant l’érudition et le bon goût.

Mais noooooon, vous n’êtes pas abandonnés ! Voici quelque chose à vous mettre sous la dent entre les sempiternels bêtisiers télévisuels (qui sont décidément devenus infréquentables) et les best-of de l’année écoulée (beaucoup trop déprimants, vu le nombre de « RIPages » que nous avons subis durant ces 12 derniers mois...)

Aussi, pour nos agapes festives, chers adorateurs du Camp, il fallait mettre la barre ciné-gastronomique encore un peu plus haut que d’habitude. Nous avons regardé ce qui nous restait au frigo, et votre Valentine chérie vous a sorti un modèle haut de gamme tout ce qu’il y a de parfait pour bien commencer ou finir l’année.

Au menu :

– du glamour en Technicolor

– des dialogues étincelants que vous pourrez ressortir lors de votre saint-sylvestrienne veillée

– des garceries comme vous n’osiez même pas en rêver dans vos fantasmes les plus fous

Et, cerise confite sur le mirifique gâteau, bouquet final de ce somptueux feu d’artifice : nous allons faire des misères à une pauvre infirme sans défense !

Pas mal comme programme, non ?

Maintenant, plantons un peu le décor, et nuançons d’un rien cette note d’intention.

Le film ?

Le Démon des femmes !

Ça sonne déjà pas mal, mais il est plus connu (enfin, connu par les aficionados de l’improbable, comme les hôtes de ce blog) sous son titre original : The Legend of Lylah Clare.



Est-il besoin de rappeler que nous avons aux commandes le maître de la torture d’infirmes, le grand, l’immense, l’irremplaçable Robert ALDRICH, qui – je ne vous ferai pas l’injure de vous le rappeler – s’y connaissait un brin dans le domaine, puisqu’il nous avait pondu Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? 6 ans plus tôt (Crotte ! j’avais dis que je vous le rappelais pas !!!)

ALDRICH, après le triomphe des 12 salopards, va s’évertuer à dépenser jusqu'au dernier centime des bénéfices faramineux engrangés par ce succès, s'octroyant ainsi une brève et totale indépendance qui lui permit de nous livrer des œuvres aussi atypiques et mémorables que cette Lylah Clare, mais aussi Faut-il tuer Sister George ? ou encore Pas d'orchidées pour Miss Blandish.

Tous ces films se payant le luxe d’être des fours phénoménaux (Lylah Clare sonnera ainsi le glas de la carrière de son actrice principale, la glaciale et mono-expressive Kim NOVAK), ALDRICH dut vite mettre la clef sous le paillasson de ses studios qui sentaient encore la peinture fraîche.

Pour nuancer mon propos, je me dois de souligner que la pauvre infirme sans défense en question est loin d’être une mielleuse angoissée, type « Mary INGALLS » (dite « la bigleuse »). Non, ici, nous avons affaire à un cador, une pointure, un vrai petit champion nourri au Pédigree (supplice du) Pal + : Molly Luther en personne !

Non contente d’être la plus éminente critique de la Cité des Anges, Molly (sublime Coral BROWNE) se trouve être un confondant sosie de Marthe VILLALONGA mâtinée de STALINE en jupons et jambe de bois. Et elle vous décoche des répliques mortelles avec la célérité du crotale, aidée par une langue fourchue trempée dans du concentré de cyanure qui ne laisse aucune chance à sa victime, foudroyée sur place par la venimosité du Moloch.


Coral BROWNE et Marthe VILLALONGA : une (très vague) ressemblance, selon Valentine...


Face à elle, à peine plus mauvaise que d’habitude (c’est un avis tout ce qu’il y a de personnel et qui n’engage que moi, j’assume !) Kim NOVAK nous joue une petite grue, aspirante vedette tout ce qu’il y a de nunuche, mais qui, quand le vent souffle dans la bonne direction, se retrouve possédée par l’esprit de Lylah Clare, grande vedette morte dans des circonstances aussi brumeuses qu’alambiquées. (Nous n’épiloguerons pas sur la [contre ?] performance de mam’zelle NOVAK, mais disons simplement que « n’est pas Gloria SWANSON qui veut »...)


Kim NOVAK se trouve tellement mauvaise qu'elle déchire son propre portrait, dans Le Démon des femmes.


Mais heureusement, mes enfants, quand Lylah-la-garce affronte Molly-la-boiteuse, devant un public médusé par tant d’échanges fielleux et de coups bas, on touche au sublime !

Si ça ce n’est pas du Panache, je ne m’appelle plus Valentine Deluxe !

Allez, on se regarde ça, et après je vous fais un petit best of, rien que pour vous.




Alors, merveilleux non ?

C’est quoi votre réplique préférée dans tout ça ?

Moi j’ai un petit faible pour ça :


Pour ça :


Mais surtout pour ça :


Bref, j’aime tout, en fait !


mardi 21 décembre 2010

JOYEUX NOËL !...

Une vidéo de Valentine DELUXE

L'équipe de MEIN CAMP au grand complet (soit BB et Valentine) vous souhaite du fond de cœur de très joyeuses fêtes, et un Noël campissime !...




mercredi 24 novembre 2010

WARREN FLIPPE A LA GALERIE !


BB's MOVIES #7

par BBJane Hudson


Le sucre en morceaux suscita un engouement considérable auprès de la jeunesse américaine des années 60, non pas tant pour ses vertus médicinales ou ses qualités gustatives, que pour ses facultés imbibatoires. Généralement associés à l'absorption de l'Eau de Mélisse, ces petits carrés blancs se révélaient également fort pratiques pour recueillir quelques gouttes de diéthylamide d'acide lysergique, décoction fort prisée de la génération psychédélique, et plus connue sous les initiales L.S.D.
La France, qui n'apprécie les trips qu'à la mode de Caen, se montra nettement plus réservée envers ce produit réputé nuisible aux neurones de ses consommateurs, et en resta sagement à la culture artisanale du chanvre et du pavot. La Belgique, traditionnelle patrie du sucre roux, tenta de mélanger la mixture à de la cassonade, mais ne trouva point le résultat à son goût (encore que notre amie Valentine m'avoua récemment avoir beaucoup apprécié cette substance, dont elle imprégnait ingénieusement des petits cubes de betterave).


Quoi qu'il en soit, une chose est sûre, c'est que le L.S.D. rendait fou – et continuerait de le faire, s'il n'était résolument passé de mode.
Les ravages qu'il opéra sur une multitude de chevelus, barbus et autres beatniks, s'étendirent à une frange beaucoup moins attendue – car plus conservatrice – de la société : les producteurs de cinéma, émerveillés par les horizons artistiques et pécuniaires qu'ouvrait cette déferlante acidique.
Un nouveau courant cinématographique irrigua les salles de quartier, celui des « films de drogue », désignés par le terme générique et forcément yankee de drugsploitation. A vrai dire, le sous-genre n'était pas si neuf, puisque les années 30 avaient déjà produit quantité de bandes flétrissant les effets des psychotropes de tout poil.



Deux classiques de la drugsploitation des thirties

Le titre le plus connu de cette nouvelle cuvée de pelloches "stupéfiantes" est probablement The Trip de Roger CORMAN, où Peter FONDA s'efforçait d'oublier ses déboires conjugaux en s'offrant un voyage hallucinatoire pas piqué des hannetons. Transporté pour l'occasion dans les décors de la série Poe cormanienne, il y rencontrait une sorcière, des amazones travesties en cavaliers médiévaux, une confrérie de nécromants et un nain ricanant (les nains sont toujours ricanants à l'écran, à l'exception de l'hypocrite Joséphine, adepte du sourire crétin – qui ressemble quand même à un ricanement).



Moins connu en France mais beaucoup plus probant, Psych-Out (1968) rassemble un prestigieux trio de délinquants azimuthés (ou plus exactement de comédiens spécialisés dans ce type de rôles) : Jack NICHOLSON, Dean STOCKWELL, et Bruce DERN. Membres d'un groupe de rock psychédélique, ils aident une Susan STRASBERG atteinte de surdité (ce qui est bien fâcheux quand on est groupie d'un rock band) à retrouver son frère junkie dans le foutoir généralisé de Haight-Ashbury, le quartier hippie de San Francisco. A mi-chemin du documentaire sur le péril jeune et du mélodrame toxico, Psych-Out s'offre de grands moments de délire speedé, comme lorsque le futur réalisateur Henry JAGLOM (Always, Déjà vu) se met brusquement à « flipper à la galerie » et se croit transporté dans un film de George ROMERO.
De quoi vous faire lourder vite fait toutes vos actions Béghin-Say.




mercredi 10 novembre 2010

JUSTE UNE QUESTION DE BON SENS


Une nouvelle rubrique de Valentine DELUXE


Il ne faudrait pas croire que la Grande Dame, telle que je vous la chante depuis 6 mois, soit toujours en déphase complète avec la dure réalité du terrain.
En effet, le Panache n’est pas tout dans la vie, et nous sommes allés suffisamment loin dans la démonstration de ses vertus pour aborder maintenant une deuxième notion tout aussi essentielle : le bon sens !
Le bon sens, c’est par exemple, le cas échéant -- et uniquement dans les situations d’absolue nécessité, cela va de soi --, de laisser tomber votre ensemble valises et malles Louis VUITTON de 45 pièces pour voyager léger… et quand je dis léger !...
Ce pragmatisme indéfectible se révélera, dans les circonstances les plus dramatiques, une botte de Nevers imparable pour tirer votre épingle de la meule de foin fétide où pullule le commun des mortels, et où -- bien évidement ! -- vous n’avez rien à faire !
Pour rendre cette démonstration plus parlante, demandons l’assistance d’une grande spécialiste des questions de bon sens, Mme Linda Rogo...
Comment ça « Linda qui » ?... On ne vous apprend donc plus rien de valable dans vos lycées privés pour jeunes filles panachées de bonnes familles ?...


Linda ROGO

Linda Rogo, c’est cette ex-péripatéticienne qui, fatiguée d’user ses talons compensés dans les rues foutrement pentues de San Francisco, a fini par se marier avec l'un des représentants les plus bougons de la maison poulaga locale : le pataud mais attendrissant Ernest BORGNINE (qui porte le tricot de corps comme nul autre, soit dit en passant !)
Arborant pour l’occasion cinématographique qui nous occupe les traits de la très charmante et indéniablement camp Stella STEVENS, notre belle Linda, il faut bien l'avouer, n’a pas que des idées lumineuses.
Pour passer le réveillon du Nouvel An 1971/1972, par exemple, elle avait le choix :
La pizzeria du coin, avec les nappes à carreaux rouges et blancs et le pinard coupé à l’antigel (proposition de M. Rogo), ou bien un magnifique transatlantique effectuant sa dernière traversée en Méditerranée.
Evidemment, réflexe de grande dame oblige, elle choisit la seconde option -- vous auriez fait pareil, rassurez-moi ?
Et bien là, justement : paf !… c’est la bévue olympique !...
Car le rafiot en question, c’est le Poséidon, un transat’ aussi grand et porte-poisse que le Titanic.
Et à minuit pile, entre serpentins, cotillons et farandoles d’usage, le Poséidon se prend une vague de 30 mètres de haut dans le buffet, avec les conséquences que l’on imagine...




Là, vous avouerez, c’est ce qu’il est convenu d’appeler « un obstacle comaque » !
Donc, si l’on tient à répondre « présent » quand sera lancé le générique de fin, faudra assurer, et ça va pas être du mille-feuille !
Par exemple, pour sortir de cette magnifique salle à manger, mêlant judicieusement les restes de décors de précédentes superproductions déficitaires de la 20th Century Fox, à savoir des bas-reliefs du Cléopâtre de MANKIEWICZ/ZANUCK et les verrières art-nouveau du restaurant de Hello, Dolly !* (pour oser ce genre de mélange improbable mais ô combien panaché, associé à une conscience du recyclage écologique très en avance sur l’époque, il faut indubitablement être une folle -- et ne prenons pas cette appellation dans son sens psychiatrique premier, bien sûr !), pour sortir, disais-je donc, de cette salle à manger où tous les passagers sont piégés comme des rats, il vous faudra escalader un sapin de Noël haut comme l’obélisque de la Concorde. Ce sera donc le moment d’avoir l’esprit pratique !
Eh bien, jugeons un peu du bon sens de Mme Rogo en pareille circonstance :




"J’AI MA CULOTTE, J’AI BESOIN D’AUTRE CHOSE ?..."
Souvenez-vous de cet aphorisme, il pourra vous sortir de l’embarras et vous aider à vous rappeler que vous êtes une Grande Dame en toute circonstance !
Si vous passez la douane américaine par exemple, et qu’on vous demande -- sans rire -- si vous n’avez pas été affilié au parti Nazi durant la Seconde Guerre Mondiale, ou si vous avez l’intention d’introduire des armes de destruction massive sur le territoire… vous saurez quoi répondre :



A l’heure où, de ce côté de l’outre-Quiévrain, on vous appellera aux urnes pour un ultime referendum sur l’avenir de la Belgique, quand on vous demandera de quel côté de la frontière linguistique vous souhaitez vous installer avant que l’on n’érige un rideau de fer façon Berlin :






Jusqu'à la minute où vous rendrez votre suprême soupir, quand un employé de la maison Borgnole vous demandera, l’œil anxieux : "Pleine terre ou crémation ?...", vous lui soufflerez donc, dans un râle putride et mortifère :







Et comme épitaphe, au Père Lachaise, sur votre mausolée en marbre rose -- dans lequel vous ne manquerez pas de vous faire ensevelir avec tout votre personnel de maison, de la lingère à la femme de chambre, en passant par le jardinier, la cuisinière, le chauffeur, la masseuse, la manucure, etc..., comme Joan COLLINS à la fin de La Terre des Pharaons -- vous ferez graver en lettres d’or saupoudrées de poussière de You-Kun-Kun :



Bon, comme ça c’est clair, ou il faut que je développe plus avant ?

* Un jour, promis, je vous ferai une bafouille sur les multiples recyclages -- et il y en a de cocasses -- des décors gigantesques de Hello Dolly !… Cochon qui s’en dédit !