"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



mercredi 15 février 2012

LA GRANDE DESOPULENCE


BB's MOVIES
par BBJane Hudson

« Les temps sont durs
Serrons-nous la ceinture... »
fredonnait ma bisaïeule Pulchérie Lamerluche lors de la fameuse crise qui frappa le village de Fouillicourt-les-Bernouflettes, de novembre 1886 à mars 1887.
Du jour au lendemain, les bonnes gens du patelin se retrouvèrent sans le sou, contraints de se nourrir de racines terreuses, de baies non domestiquées et de menus immondices, couchant à la belle étoile au fond de leur jardin (lorsqu'ils avaient la chance d'en posséder un, les autres devant se contenter de grelotter sur le pas de leur porte ou de se blottir au creux des caniveaux), égarant délibérément leurs enfants dans les profondeurs de la forêt voisine après avoir confisqué leurs cailloux blancs (ladite forêt étant en réalité un bosquet, les gamins avaient vite fait de regagner leur absence de domicile, et il fallait alors les égorger), vendant leurs cheveux et leurs dents en fonte aux habitants des bourgs limitrophes, épargnés par la récession.

Fouillicourt-les-Bernouflettes

Ces temps de misère, que la mémoire locale désigne encore, avec un gros frisson sur l'échine, comme « La Grande Désopulence » (« Quand c'est désopulent, on rigole pas ! » disait ma bisaïeule), prirent heureusement fin avec l'élection d'un nouveau maire qui fit raser toutes les maisons et instaura un couvre-feu dont le non-respect était sanctionné par la décapitation immédiate.
De sans-abris, les Fouillicourtois passèrent au statut d'émigrants, dans un grand mouvement d'exode vers les villages environnants où ils refirent vaguement fortune par le biais d'ingénieuses rapines.

Un Fouillicourtois en exode

« Le plus dur, en c'temps-làlle », confiait ma bisaïeule, « c'est qu'on pouvait même plus acheter des vélocipèdes à nos mioches ! »
Comme nul ne l'ignore, le vélocipède constituait alors le seul recours contre l'usure des semelles de godillots, une usure que les gosses pratiquaient avec ardeur, habitués qu'ils étaient à battre les gadoues et à pouloper en tous sens sans raison discernable en faisant un affreux potin (qui provoquait, chez les adultes, une usure prématurée des trompes d'Eustache). Aussi, l'impossibilité d'en acheter (des vélocipèdes) posait-elle un fichu problème, dans la mesure où les gamins se retrouvaient bientôt nu-pieds, ce qui est fort contraire à la bonne santé et entraîne généralement des rhumes de cerveau (les gosses étant de petite taille, la maladie se propage rapidement de la voûte plantaire à la boîte crânienne...)

 Un Fouillicourtois sur son vélocipède

En 1950, Joan CRAWFORD dut affronter le même problème dans un très sombre film de Vincent SHERMAN, connu en Néerlande sous le titre de De Verdoemden Zwijgen, en France sous celui de L'Esclave du gang, et baptisé The Damned don't Cry aux Etats-Unis.
Soumise à la semi-misère, ou du moins à l'obligation de serrer drastiquement les cordons du porte-monnaie (elle fut l'une des dernières à posséder un porte-monnaie à cordons), Joan ne peut offrir à son mouflet la bicyclette de ses rêves. Son cœur de mère en saigne comme un cochon à l'abattoir, aussi se résout-elle, pour stopper cette hémorragie, à faire fi de la dèche, quitte à se saigner aux quatre veines (ce qui, au demeurant, n'arrange rien...)
Elle achète donc la bicyclette, à la grande joie de son rejeton, mais au désespoir de celui avec qui elle conçut ledit gnard, à savoir son époux, le pragmatique Richard EGAN. S'ensuit une engueulade en règle, où le père furibard ne mâche pas ses arguments, et en produit même d'assez cocasses (« A ce train-là, tu finiras par lui acheter un zeppelin ! »), n'hésitant pas à rappeler à Joan qu'il effectue un travail d'une extrême dangerosité (grossiste en amiante ou un machin dans le genre) et que la seule dépense qu'il puisse s'autoriser est de payer son assurance.

Aussi extravagant que cela paraisse,
le film jouit même d'un titre Belge : "Le Silence des damnés"...

Les bonnes intentions forment le pavement de l'Enfer ; la pauvre Joan s'en avisera doublement au cours de cette séquence, le savon passé par son jules n'étant que le prélude à un événement beaucoup plus déplorable, que je ne puis décrire sans qu'à mes yeux battus ne se pressent les larmes. Voyez plutôt :


Logiquement, le poids d'une éléphantesque culpabilité devrait s'abattre sur Joan.
Eh ben non, pas tout !...
C'est sur son mari qu'il retombe, accusé d'avoir chipoté pour 39 malheureux dollars, et d'avoir provoqué, par sa malembouchure, la mort de leur fiston. On dira ce qu'on voudra, mais les années 50 étaient bien moins sexistes qu'on ne veut nous le faire accroire...
Joan plaquera sans retard cet épouvantable ronchon et entamera une existence quelque peu chaotique, louant son corps au plus offrant, puis fricotant avec la pègre avec une sympathique absence de scrupules... Mais ceci est une autre histoire, fort bien narrée au demeurant par l'efficace Vincent SHERMAN dans ce film volontiers campy, qu'il n'est pas interdit de préférer au plus connu Roman de Mildred Pierce.
Fidèle à son image de marque, Joan s'y montre beaucoup trop âgée pour le rôle, et tend tous les ressorts de sa séduction déclinante pour nous faire compatir aux tourments de ce qu'il faut bien appeler une belle garce...
Cette merveille est hadopisable chez Old ciné passion...

lundi 16 janvier 2012

LA "CANNONISATION" DE TOBE HOOPER


Once Upon a Flop # 2
par Valentine Deluxe

« Nostradamus l’avait prédit, Tobe HOOPER le prouve ! »
(Bande annonce française d’époque)

Rappelons-nous ce que je vous exposais lors du premier opus de cette rubrique :
« En tout accro à la Camp attitude qui se respecte, il y a un petit Néron qui sommeille. »
Et ce Néron sera secoué de soubresauts lubriques en apprenant que le flop que nous allons disséquer aujourd'hui pour votre plus grand plaisir a ruiné les carrières conjuguées de ses producteurs, de son metteur en scène, ainsi que celles de ses deux vedettes féminines, qui, dans le meilleur des cas, ne navigueront plus après ce faux pas que dans les eaux troubles des productions indépendantes les plus fauchées de la planète.
Et attendez seulement que je vous détaille le générique de cet Invaders from Mars, puisque c’est de lui dont il s’agit !


Si j’ai choisi ce film et pas un autre en ce début d'année sur MEIN CAMP, c’est qu'il a comme des airs de restes de festin de réveillon qu’on réchauffe le lendemain, et qui semblent toujours plus goûtus que la veille. Détaillons voir... Au tiroir caisse, Messieurs Menahem GOLAN et Yoram GLOBUS ! …Ouiiiiiii ! les Go-Go Boys de la Cannon Group Inc. ! (orgasme vaginal en vue !...) A la caméra : Mister Tobe                  « Massacre à la tronçonneuse » HOOPER himself  (orgasme clitoridien !). Et en tête de générique, Mesdames Karen BLACK et Louise FLETCHER (et là, on en est carrément au stade du fameux orgasme tantrique d’amplitude sidérale tant vanté dans la littérature new-age !...)

Golan et Globus, affectueusement surnommés les Go-Glo.

Alors évidemment, la présence des deux premiers en tête de liste rendra caduque la question qui peut légitimement se poser devant le spectacle d’un tel naufrage : « Mais comment ce désastre a-t-il pu arriver ? ».  Car Golan et Globus, voyez-vous, ce sont un peu les Gault & Millau de la guigne, les Poiret & Serrault du mauvais goût, les Salvatore & Adamo de l’idée saugrenue !
Pourtant, ladite idée n’était pas plus sotte qu’une autre, pour une fois : concevoir un remake relativement fidèle d’un classique mineur de la science fiction « made in fifties », le très coloré et manichéen Invaders from Mars (oh chouette ! c’est le même titre en plus !) de William CAMERON MENZIES.


La seule différence majeure entre les deux opus, c’est que si la version originale, mise en scène par le génial directeur artistique d'Autant en emporte le vent, devait se débrouiller avec un budget inférieur à celui que nécessite la fabrication d’un lacet de chaussure, son remake -- du moins au début -- ne se refusera rien !
Les Go-Glo voient grand, très grand : 15 millions de dollars au bas mot !… Et je vous assure que dans nos belles années 80, on en faisait des merveilles avec 15 patates de l’oncle Sam ! (Sheena, reine de la jungle ou King-Kong 2, par exemple...)
Le film faisait partie du contrat de 3 films (qui se révéleront être autant de flops) conclu avec Tobe HOOPER, dont l’auréole éclatante consécutive à son mythique massacre (« à la tronçonneuse », au cas où il y aurait des distraits dans l’assistance) n’avait pas encore été complètement ternie par les vilaines rumeurs de son remplacement par Steven SPIELBERG sur le plateau de Poltergeist... Mais tout vient à point à qui sait attendre, se sera chose faite après son passage à la Cannon ! 

Le mythique logo de la Cannon.

Pourtant, les choses se présentaient plutôt bien sur le papier ; hélas, sitôt le premier tour de manivelle donné, ce fut une autre paire de manches !
La précédente collaboration Go-Glo / Hooper -- le cultissime, joyeusement bordélique et tout aussi friqué Lifeforce, avec sa vampire de l’espace à oilpé -- vient de sortir et de se ramasser un bide… cosmique ! (elle est fine celle là, notez-la bien !...)
Ajoutez à cela que les ambitions « auteurisantes » des deux producteurs ne ramassent que gamelles et quolibets (le fameux contrat signé sur une nappe en papier avec Jean-Luc GODARD pour son King Lear, ou les premiers pas derrière la caméra de Norman MAILER, entre autres fours), ce qui commence à échauder singulièrement la confiance et la patience des bailleurs de fonds de la Cannon.
Premières retombées immédiates : un rognage en règle du budget alloué à I.F.M. (on va l’écrire comme ça, ça soulagera mes pauvres doigts déformés par l’arthrose, nos locaux n’étant point chauffés...) Mais si des coupes sauvages de ce genre peuvent avoir des effets assez désagréables sur un projet encore au stade de l’écriture, elles deviennent absolument catastrophiques dès lors que la production est en plein tournage.
En plus des économies de bouts de chandelles effectuées côté cantine, l’invasion planétaire se verra limitée en tout et pour tout à deux gros globules sur pattes, qu’on essaiera tant bien que mal (plutôt mal que bien, d’ailleurs) de démultiplier par des astuces de mise en scène qui ne trompent personne, et ne font que souligner le gigantisme ahurissant des décors d'un vaisseau spatial ressemblant à une carcasse de poulet grande comme le stade de France, et baignant dans des éclairages criards, façon « soirée Halloween chez Michou » (encore que maintenant, vu l’âge du public et des artistes, c’est tous les soirs Halloween chez Michou !)

Après les petits hommes verts, le petit homme bleu.

Remarquez, même avec davantage de bestioles, le problème restait identique : les envahisseurs ressemblent à de grosses occlusions intestinales sautillantes, qui nous font amèrement regretter les grands cons en pyjamas pilou de la version de W.C. MENZIES.
Quant à l’Etre Suprême (« de volaille », vu la configuration du vaisseau), c’est une sorte de lombric lubrique (« à brac ») (Elle est en forme, la Valentine ! Dans deux minutes, elle va sortir les cotillons et organiser une farandole... ) dont les desseins resteront aussi obscurs que les salles du même nom :
– Bon, d’accord, il veut envahir la terre, mais pour en faire quoi ???
Pour le coup, les deux lascars responsables de ces incroyables fautes de goût -- les multi-oscarisés  Stan WINSTON aux (coûteux) effets « spécieux », et Leslie DILLEY à la direction artistique -- mériteraient d’être dégradés publiquement façon DREYFUS, tant la laideur agressive de leurs créations respectives se trouve être pour une large part dans le naufrage de l’entreprise, et dans la migraine produite par la vision de ce bidule.

Tobe HOOPER (le barbu à gauche), très fier de son occlusion intestinale.

Bien, maintenant, allons jeter un coup d’œil sur le moment-pivot de cet inénarrable (1) et indispensable flop.
Ce pivot, c’est le point de non-retour, celui après quoi, avec toutes les meilleures intentions du monde, il sera impossible aux auteurs de retrouver la confiance aveugle que le spectateur avait placée jusque-là dans un film qui, reconnaissons-le, commençait pas trop mal.
Après l’inévitable et aphrodisiaque logo de la Cannon (« aphrodisiaque » uniquement chez les deux détraquées post-ménopausées qui officient sur MEIN CAMP, il va sans dire) vient une exposition des plus classiques, mais tout à fait efficace : depuis qu’il a vu une étrange boule lumineuse atterrir derrière la colline voisine de la maison familiale, la vie du jeune David Gardner (horripilant Hunter CARSON, pseudo-révélation du soporifique Paris, Texas) se complique singulièrement. Après être allé faire un tour derrière la colline pour vérifier les élucubrations de son exaspérante progéniture, Papa Gardner (Timothy BOTTOMS, que, toute gamine, je trouvais terriblement craquant en terroriste des montagnes russes dans Le Toboggan de la mort) met 47 sucres dans son café du matin en regardant le fruit de ses entrailles avec un air de matou qui va gober un canari. L’affable maman Gardner, quant à elle, en revient aussi gaie qu’un panneau « Interlude » un soir de grève sur l’ORTF.
A l’école, ce n’est guère mieux, car l'acariâtre maîtresse -- que serions-nous sans l’indispensable Louise FLETCHER ? -- s’amuse à bouffer des grenouilles, qui, précisons-le quand même, ne sont ni cuites, ni… mortes !
Pour en avoir le cœur net, le p’tit joufflu décide de suivre la virago sur les lieux de l’atterrissage… et c’est peu dire que la tension est à son comble quand celle-ci (et le morveux qui lui colle aux basques) pénètre dans le vaisseau-mère, enseveli sous les sables !… Et pourtant, patatras !… Les jeux sont faits, rien ne va plus !… à compter de cet instant précis, tout va partir en sucette et tomber de Charybde en Scylla.
Prêts pour la cata, la catata, la catastrophe ?...
Alors on y va !


(1) Remarquez, pour de l’inénarrable, je vous en ai quand même pondu trois pages !...


jeudi 5 janvier 2012

THE DEADLY BEES (le dard mortel, 1967°

LA MUSIQUE ADOUCIT LES MOEURS # 7

par Valentine DELUXE

Pour notre rentrée sur votre blog bien aimé (à ce propos, va falloir ramasser le courrier, ouvrir les fenêtres et aérer un peu, car ça faisait quand même un bail que nous n’étions plus passées au bureau ; mille excuses et tous nos vœux au passage !), je vais faire quelque chose que ma rédactrice en chef préférée n’osait même plus imaginer dans ses rêves les plus fous : un article court, bref et concis !
Si si si, je vous jure ! Aujourd’hui, pas de digressions, de périphrases, de préambule... Je me concentre sur mon sujet, je m’y tiens, et je ne prends pas la bande de traverse pour aller papillonner dans les verts pâturages de mon imagination débordante.
Regardez, là par exemple, pour vous présenter mon film du jour, je vais faire simple :


Voilà ! L’essentiel est là, pas besoin d’en rajouter, le titre est suffisamment évocateur pour que je ne vous embête pas avec un résumé qui ne ferait qu’alourdir ma prose. Nous savons que vous avez assez de jugeote (ou tout du moins accès à un logiciel de traduction type « Google ») pour comprendre que « The Deadly Bees » se traduit peu ou prou par « Les Abeilles meurtrières ». Et « Les Abeilles meurtrières », c’est quand même plus parlant qu’un titre de film de Marguerite DURAS  (1).
Donc, pour rester dans le style sans chichi que je me suis promis d'observer ici : 
C’est une histoire d’abeilles !
(Un peu comme Moby Dick, sauf que dans ce truc-là, il s'agit une baleine...)
(Note de BBJ : Vous avez quand même raison de préciser, chère Valentine. D'aucuns pourraient croire qu'il y est question de la bite de Moby...)


Moby / Dick

Mais comme nous sommes dans la rubrique musicale de MEIN CAMP, point de butineuses dans l’extrait qui suit -- et pas de baleine non plus, d’ailleurs --, juste une cruche qui chante sur un plateau de télé (pas mal comme concentré d’infos, vous ne trouvez pas ?...) Si nous étions chez nos amis de SOYONS-SUAVE (un blog dont nous ne louerons jamais assez la prodigieuse fantaisie, l’incroyable érudition, et surtout… la phénoménale fertilité éditoriale, qui nous laisse aussi ébahies qu’envieuses !...), vous pourriez vous croire en train de feuilleter le fameux « instant fourrure » !


En effet, devant les caméras d’un studio de télévision que l’on peut légitimement imaginer surchauffé (vu la taille des caméras, on se doute bien qu’ils ne s’éclairent pas à la lampe de poche !), la gueuze qui va nous geindre une de ces horribles rengaines dont le cinéma anglo-saxon des années 60 était si friand, n’a rien trouvé de mieux à enfiler pour enregistrer son vieux sourd qu’un merveilleux mais épais, très très épais manteau de vison à capuchon ! Forcément, l’incident n’est pas loin, vous pouvez me croire sur parole...
Remarquez, si ça ne suffit pas, vous pouvez toujours regarder l’extrait qui suit.





(1) : Ceci dit, ce film, jamais distribué en France, eut droit à une sortie dans mon bel et plat pays sous un titre tout aussi évocateur, quoique légèrement plus poétique : « Le Dard mortel » (rien de grivois derrière tout ça, rassurez vous...)

mercredi 30 novembre 2011

FURANKENSHUTAIN CONTRE MARIE-OCTOBRE : LA REVANCHE D'AMITYVILLE, ou du bon usage de la télévision


JUSTE UNE QUESTION DE BON SENS #3
par Valentine Deluxe

On dira ce qu’on voudra, le commun des mortels ne naît pas libre et égal en droit devant l’adversité. On constate même parfois de sacrés écarts, car la poisse, c’est comme les mandats : il y en a qui cumulent. A l’adage qui nous enseigne que "La foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit", moi je réponds : "My foot !..." Et j’étaye fissa mon propos d’un exemple patent (comme les phénomènes du même nom subis par cette vieille baderne de Rod STEIGER dans Amityville, la maison du diable -- à ce propos, on dira ce qu’on voudra, je trouve quand même que le Prince des Ténèbres avait des goûts de chiottes niveau immobilier ; il aurait pu choisir autre chose que cette baraque branlante, horriblement « classe moyenne » et du dernier commun.)
Franchement, vous hanteriez cette maison-là ?
Prenons le cas du type même du porte-guigne, du canard boiteux, du chat noir asthmatique : le petit Furankenshutain (enfin, petit au début du film, puisqu'à la fin il doit atteindre dans les 65 mètres...) Ce pauvre nigaud a eu coup sur coup, durant sa brève et douloureuse existence, deux des idées les plus saugrenues qui soient... C'est ainsi qu'un beau matin, alors qu’il baguenaudait dans la campagne nippone, tenaillé par une petite fringale, il se mit à boulotter le premier bout de gras trouvé dans les parages. Moi, personnellement, ma môman (très chère) m’a toujours interdit de manger des morceaux d’abats trouvés par terre ; mais lui, visiblement, n’a pas bénéficié des mêmes conseils frappés au coin du bon sens. Or -- et c’est là qu’est le pépin -- (attention ! accrochez-vous à votre voisin : ) le morceau de barbaque en question n’est autre que… le cœur de la créature de Frankenstein !
Franchement, vous mangeriez le cœur de ce gars-là ?
Bon, déjà, comme prémices, c’est pas mal ; mais comme si ça ne suffisait pas, il se trouve que le palpitant en question a été ramené dans l’empire du soleil levant par un sous-marin nazi, lors d'un beau matin d’août 1945 , et ce pour de nébuleuses raisons que je n’essaierai pas de vous narrer ici, sous peine de me voir soupçonnée d’avoir (encore une fois) un peu forcé sur l’absinthe à l’apéro.... Et devinez où ce fameux sous-marin a choisi d’accoster pour faire une pause-pipi ?… A Hiroshima (mon amour) !!!!... Les effets conjugués de ces deux funestes initiatives ne se feront pas attendre. Avec toute la logique imparablement naïve de ce genre de bandes dont le cinéma japonais et le grand Ishirô HONDA -- metteur en scène de cette petite sauterie -- nous ont si généreusement abreuvés pendant des décennies, le pauvre gamin se voit non seulement affublé d’un front proéminent des plus Karloffiens (ben oui, on devient ce qu’on bouffe, c’est bien connu !), mais aussi d’un sérieux problème de croissance qui lui fera atteindre la hauteur de la tour Montparnasse en l’espace de quelques semaines. Fortiche le petiot !...
Franchement, vous regarderiez ce film-là ?
Je tiens a préciser que votre Valentine s’est tapée gaillardement cette petite merveille en V.O. non sous-titrée ; donc, si vous trouvez des approximations dans le résumé, vous pouvez en faire des cornets de frites et vous les carrer bien profond quelque part, ça n’entamera en rien mon propos, ni ma légendaire courtoisie.
Franchement, vous ne regrettez pas que Jacques BREL ait fait du cinéma ?
Mais dans tout ça, où est donc passé le "bon sens", qui est censé former la matière de cette rubrique, si l'on en croit son intitulé ?… (Quand je m’éparpille de la sorte, il ne faut surtout pas hésiter à me ramener sur les rails de la raison, parce que sinon, on n’est pas rendu...) Si vous me permettez un raccourci salutaire pour la bonne fin de cet article, vous conviendrez avec moi (dans l'élan d'un coq-à-l'âne moins arbitraire qu'il n'y paraît) que la télé nous prend vraiment pour des cons !… Non ?... Plus moyen de passer une petite soirée récréative mais néanmoins culturelle et instructive devant notre tube cathodique (est-ce que j’ai un brushing a être passée à l’écran plat ?...) Moi, par exemple, voici quelque semaines, je vois dans mon programme télé : France 3, 20h30 : « Marie-Octobre ». Jugeant très finement que les programmes en couleurs donnent la migraine, l’idée de me régaler pour la 178ème fois de ce merveilleux whodunit tout en noir et blanc de Julien DUVIVIER -- et dont, thanks to mister Alzheimer, j’ai encore une fois oublié le twist final -- m’emplit d’une joie toute légitime. Naïve hirondelle que j’étais ! En lieu et place de la très classieuse Danielle DARRIEUX de la version originale, je me retrouve pétrifiée d’épouvante devant l’effroyable résultat du dernier lifting de Nathalie BAYE. Errances chirurgicales qui lui ont laissé une bouche évoquant à la fois Conrad VEIDT dans L'Homme qui rit, et le chat de Cheshire de Lewis CARROLL.
Franchement, vous les différenciez ?
En plus de cet abominable rictus, les gros plans la virago étaient tellement surexposés, que je me suis chopée un décollement de rétine. C’est plus des lunettes de soleil qu’il m’aurait fallu pour supporter ce navrant étalage, mais bien un masque de soudeur !!! Le bon sens, donc (car nous y revoilà) eût été de suivre l’exemple du gamin d’Hiroshima (et de lancer une souscription sur Mein Camp pour me pay… oups ! l’affreux mot !... M’OFFRIR un écran plasma de la taille du mur des lamentations.)

Donc, la prochaine fois, ne nous laissons plus piéger par les sirènes télévisuelles ; posons un acte citoyen fort : balançons nos récepteurs par la fenêtre en hurlant tous ensemble un cathartique et tonitruant : "TÉLÉVISION, BOÎTE A CONS !"...

mercredi 5 octobre 2011

SHELLEY MEETS THE DEVIL !...


THE BB'S HORROR PICTURE SHOW #6

par BBJane HUDSON

S'il est une personnalité qui ne chôma pas à Hollywood durant les années 70, passant allègrement d'une production friquée aux studios de 36ème zone et aux plateaux de télé, et trouvant même le temps de faire quelques crochets par Cinecittà, c'est bien le Diable. Il n'avait pas assez de tous ses pseudonymes et multiples incarnations (Lucifer, Satan, Belzébuth, Béhémoth, Bélial, Asmodée, ou le terrible Pazuzu -- "Fais pas zuzu avec ton zigouigoui !" disait le Père Merrin à Linda BLAIR...) pour assurer la demande de producteurs en crise de démonite aiguë, après qu'un certain bébé de Rosemary ait propulsé son biberon fourchu (?) vers les sommets du box office.


En ce temps-là, le Malin n'était jamais en manque de contrats. Pas ceux qu'il extorquait à de pauvres âmes égarées contre de vagues promesses d'immortalité, mais de juteux contrats monnayés en dollars sonnants et trébuchants, qui ne requéraient bien souvent que de parcimonieuses figurations en guest star, et se traduisaient même parfois par de spectaculaires non-apparitions, selon que le metteur en scène voulait se la jouer démon-stratif ou suggestif -- et selon les compétences des maquilleurs chargés de lui donner figure inhumaine.
Jésus-Christ, bien que superstar en 1973, faisait quand même moins recette que son sulfureux adversaire, réclamé à corps et à cris par des légions de spectateurs plus désireux de hurlements d'horreur que de goualantes évangéliques.


En 1973, justement, tandis que le Fils de l'Homme vocalisait ses sermons chez Norman JEWISON, le Malin fourbissait ses cornes dans le plantureux giron de Shelley WINTERS ("Encore elle !...", me direz-vous, comme si vous n'étiez pas ravis de la retrouver à tous mes coins de blogs), et s'assurait une descendance en la personne de Belinda MONTGOMERY, future fiancée de l'homme-poisson le plus sexy de la planète, j'ai nommé Mark HARRIS (alias Patrick DUFFY, qui portait un nom de canard, ce qui explique sans doute qu'il fût doté de palmes...)


Dans The Devil's Daughter, excellent téléfilm de Jeannot SWARC (qui, incidemment, portait un prénom de lapin), la jolie bien qu'un peu poupine Belinda ignore totalement qu'elle fut vouée à la naissance au Malin par sa mère (ou "par sa mère au Malin à la naissance") (ou "au Malin, à la naissance, par sa mère") (par quelque bout qu'on le prenne, c'est le genre de phrase qui se tient toujours de traviole...) Ce n'est qu'après avoir rencontré Shelley et sa bande de zozos, dévoués corps et âmes au Porteur de Lumière, que la brave fille s'avise du fabuleux destin auquel elle est promise. Elle en conçoit un étonnement certain (comme on écrit dans les romans de Paul BOURGET), et réagit d'abord de la seule façon possible, c'est-à-dire en dansant. Car si la musique adoucit les mœurs (comme aime à nous le répéter Valentine), il est bien connu que la danse énergise les vices... Démonstration :



N'est pas Isadora DUNCAN qui veut, mais bon, à chacun sa spécialité : on ne saurait être mauvaise comédienne ET bonne danseuse. Les anglophones auront noté les précieuses informations délivrées à notre héroïne par l'un des démonolâtres (celui qui ressemble un peu, vu de loin et par un myope, à un lointain cousin de Boris KARLOFF) : "Tu es la fille de ta mère !... Tu es la fille de ton père !..." Traumatisante révélation, étant entendu que chacun de nous n'a pas la chance d'être l'enfant de ses géniteurs, et encore moins d'être la fille du Prince des Ténèbres...
Pis encore, la chère enfant apprend que sa noble naissance la destine au Prince d'Andorre (?), un démon haut placé dans la hiérarchie satanique, réputé pour sa queue bifide et son caractère pas commode. Notre infortunée Belinda, opposée aux mariages forcés, se lance vaillamment dans une série d'épuisantes péripéties qui, au bout du compte et après 70 minutes de projection (ou de retransmission, puisqu'il s'agit d'un téléfilm), lui permettront d'épouser enfin l'homme qu'elle aime, le relativement séduisant Robert FOXWORTH, qui fut le mari de notre sorcière bien-aimée, Elizabeth MONTGOMERY, laquelle n'a aucun lien de parenté avec Belinda (heureusement, parce qu'ajouter l'inceste aux sataniqueries...)
Seulement voilà : la cérémonie de mariage lui réserve quelques surprises, et gratifie les spectateurs d'un twist bien senti (à défaut d'être imprévisible), qui permet à Shelley WINTERS et à Joseph COTTEN (oui, il est aussi de la partie !) de cabotiner comme ça n'était guère permis que dans les téléfilms d'épouvante des seventies.
Comme disait ma nièce Nini SOCQUETTES à l'issue du visionnement : "Merdalors ! Satan bouche un coin !..."



L'œuvre est hadopisable chez Froggy Flix...

dimanche 25 septembre 2011

J'AIME MIEUX PAS VOUS RACONTER # 2

by Valentine DELUXE

J’aime mieux pas vous raconter… et pour cause !... Avec la meilleure volonté du monde, je ne suis toujours pas parvenue à visionner dans son entièreté le machin dont il va être question ici-même (écrit-elle, rougissante, le front bas et le menton tremblotant...) Pourtant, lui et moi partions avec les meilleures intentions du monde, comme des préformateurs du futur (et hypothétique) gouvernement Belge, lors de leur première rencontre voici… 8 mois ?… non, 10 ?… ah ben non, plus de 12 !...

Comme eux, nous aussi partions persuadés que nous étions faits pour nous entendre... Imaginez un peu : d’un côté, un film intitulé Dracula's Widow (excusez du peu...) ; de l’autre : Moi, dans toute la Mienne Splendeur, autoproclamée la plus éminente lesbo-vampirologue de l’univers (en expansion) Dit comme ça, ça ne semble pas soulever de problème majeur, nous sommes bien d'accord ?...


Evidemment, outre-Quiévrain, rien n’est jamais aussi simple qu’il y paraît, et il a fallu déchanter très vite. Car pour vous dire les choses comme elles sont, sans essayer de vous faire des mouches à quatre queues :

1 : ce film est un navet d’amplitude cosmique.

2 : la capacité moyenne de concentration de votre Valentine a été considérablement réduite consécutivement aux fortes doses d’alcool de pomme de terre doryphorée (fabriquée à la hâte dans des baignoires douteuses) qu’elle a ingurgitées durant une vie que d’aucun qualifieront « de bâton de chaise ». J’ai pourtant essayé -- Dieu m’est témoin que j’ai essayé !… et je dois dire, même si j’aime mieux pas vous raconter, que ça partait presque bien… Enfin, pas trop pire quoi !...

Dès la première bobine, on remarque indubitablement que le tâcheron qui siège derrière l’objectif (Christopher « je suis le fils du frère de mon tonton » COPPOLA) n’est pas le mauvais bougre. Il connaît et aime son sujet, le parsemant de clins d’yeux nostalgiques et de citations qui, pour être lourdingues, n’en sont pas moins touchantes de sincérité. Seulement, il part avec un fameux handicap dans les pattes, le pauvre chéri. Car en effet, même si j’aime mieux pas vous raconter, il faut que je vous plante un peu le décor : un beau jour (ou peut-être une nuit ?), allez savoir pourquoi, arrive au musée de cire de Hollywood Blv, une p'tite boîte en sapin contenant les restes d’une certaine Veuve Dracula (celle du titre donc, pour ceux qui suivent). Les esprits grincheux nous dirons que c’est typiquement le genre d’alibi scénaristique que l’on ne rencontre guère -- et encore ! -- que dans un mauvais épisode de Scoubidou ou, pour les plus faisandés d’entre nous, dans un bon vieil « ABBOTT ET COSTELLO MEET…».

Non content d’arborer un brushing ébouriffant (qui, par les quantités astronomiques de laque bon marché nécessaires à sa confection, a dû contribuer pour une lourde part au trou dans la couche d’ozone), le conservateur dudit musée est joué de façon « folle hystérique qui s’ignore » par un Lenny Von DOHLEN toujours à deux doigts de sortir ses flacons de sels dans les scènes d’émotions fortes (oui, bon, « émotions fortes », faut l’écrire vite pour pas mentir longtemps !) Les atermoiements du petit chéri auraient déjà coulé trois TITANIC de bonnes intentions, mais comble de malchance, surcroît de désespoir, voilà t-y pas que débarque au beau milieu d’un film qui n’en demandait pas tant, et dans le rôle titre qui plus est, la Sainte Patronne des fabricants de fauteuils en rotin : Sylvia KRISTEL herself ? (Oui, c’est elle le fameux handicap dont il était question voici 15 paragraphes et deux sonnets...)

Arborant l’expressivité d’un pétoncle tétraplégique, une perruque en nylon dont on ne voudrait pas dans la solderie la plus crasseuse de Barbès, et un tailleur à épaulettes que même Faye DUNAWAY n’aurait pas osé porter du temps où elle se prenait pour Mildred Pierce, notre grande asperge batave fait singulièrement peine à voir ! Je ne prétends pas qu’elle ait jamais démontré des dons particulièrement ébouriffants pour l’art dramatique, mais là, c’est un peu trop pour sa frêle ossature ; on en aurait presque mal pour elle. Non contente d’être déjà passablement malmenée par le département costume et coiffure -- même si, quand on pense à la tendre chérie, ce ne sont pas ses costumes qui viennent immédiatement à l’esprit --, cette pauvre guimbarde se voit en plus affublée, pour les scènes de « transformation » (vous aurez noté soigneusement les guillemets) d’un maquillage rappelant d’une part un beefsteak passablement avarié, et de l’autre, le résultat du dernier lifting de Meg RYAN... C’est dire l’effroi que peut inspirer pareil bidule !

Remarquez, le dernier lifting de Faye n'est pas mal non plus? Surtout sans les mains...

Bon, et si on allait maintenant jeter un petit coup d’œil sur la pièce à conviction ?... Pas la peine de me poser des questions après (ni avant, d’ailleurs) pour essayer de savoir pourquoi cette séquence ressemble à un collage surréaliste mêlant une scène de West Side Story (mais si ,vous allez voir : les bad boys, l’escalier en fer !… il ne manque qu’un entrechat de George CHAKIRIS !...) et un porno gay façon « Falcon Studio » de la grande époque (là aussi, il ne manque que... George CHAKIRIS !), puisque vous savez bien que j’aime mieux pas vous… vous…