"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



vendredi 27 septembre 2013

MARTHE RICHARD AU SERVICE DE LA FRANCE


French Camp #3 :

"Danse avec les stars"

Par Valentine Deluxe

Ce soir, vous êtes prévenus mes petits chats : c’est au combat des chefs que nous vous convions pour notre rentrée académique !
Le Choc des Titans, la Guerre des Etoiles, des pointures, des épées, des dessus de cheminée, des palmes d’or... C’est pas mal, ça, pour recommencer notre nouvelle saison.
Du crêpage de chignon historico-homérique, du cat-fight  de compet’ qui relègue les prises de bec Alexis (Morrell) Carrington / Krystle (Jennings) Carrington aux pages les plus aimables de la petite Bibliothèque Verte.
… et le tout en musique, s’il vous plaît !

Un décor de rêve, des costumes étincelants et une distribution époustouflante : c’est Noël avant l’heure sur Mein Camp !
Les affrontements au sommet ont toujours eu la cote auprès des producteurs de cinéma. Hollywood l’a vite compris, de  « Frankenstein meets the Wolfman » à "Freddy Vs Jason". 
Tokyo n’est pas en reste, où « King-Kong contre Godzilla » a lancé la mode prolifique des guest-stars de taille aux côtés de notre grand vaurien de saurien. Et il n’est pas jusqu’à Mexico, où Santo (le catcheur en slip moulant) affronta toute les grandes figures de l’épouvante et de la science-fiction.

 "Y'en a un peu plus, je vous les mets quand même ?"

Mais du côté de la patrie de Descartes et d’Yvette Horner (non, ne cherchez pas un lien entre ces deux figures, je viens de sortir ça comme ça !) avons-nous un exemple d’affrontement de grande amplitude, dont la simple évocation soit une semblable promesse de frissons émoustillants pour des régions anatomiques que la décence m’interdit de nommer ?
Un producteur audacieux a-t-il jamais osé rêver quelque chose du genre  « Fantômas contre Belphégor » ? 


 Avouez que c'est alléchant comme proposition, non ?

Eh bien oui, il y en eut un, et grâce lui en soit rendue ici !
En 1937, Robert Hakim, celui qui n’était pas encore le producteur prestigieux de « Belle de jour », de « Casque d’Or » ou de « La Bête Humaine », mais juste un débutant aussi ambitieux que peu scrupuleux (la liste des artistes ayant travaillé pour lui et n’ayant jamais reçu leurs émoluments -- de Jeanne Moreau à Michel Legrand -- serait trop longue à retranscrire ici) jeta sont dévolu (et un maigre budget qu’il ne remboursa sans doute jamais complètement à ses commanditaires) sur les mémoires aussi inexactes que farfelues du chef du contre-espionnage français durant la 1er Guerre Mondiale, le commandant Ladoux.
Et dans ce rocambolesque ouvrage, l’auteur nous relate de façon on ne peut plus partiale, les heurs et malheurs  de deux « grandes » figures de l’imagerie populaire associées à cette effroyable boucherie :
Marthe Richard et Mata-Hari.
C’est donc de ce face-à-face légendaire que Robert Hakim décida de traiter dans son premier film en tant que producteur attitré, « Marthe Richard au service de la France »
(dont le titre à lui seul vous donne déjà le ton quant à la subtilité de l’entreprise. )

 Une affiche superbe, pour un film tout en nuance et sobrieté !


Il faut toujours faire gaffe avec la postérité, ça peut vous ruiner une réputation comme personne.
Or donc, la première de nos deux cadors, Marthe Richard, est maintenant passée dans l’imaginaire collectif non plus comme un mélange de Madelon héroïque et de mère courage, mais comme une affabulatrice hystérique responsable de la fermeture des maisons closes (qu’elle connaissait fort bien pour y avoir travaillé pendant quelques années en simple pensionnaire, modeste et laborieuse, mais toujours prête à bien faire).
Quant à la seconde, la pauvre Margaretha Zelle, plus connue sous son pseudonyme exotique de pacotille, elle est maintenant quasi-unanimement dépeinte comme la victime innocente d’une effroyable machination d’état qui la fera finir, « pour l’exemple »,  sous les feux croisés d’un peloton d’exécution, dans les fossés du château de Vincennes. 


 Deux femmes, deux styles: le choc des titans !
En 1937, et devant les cameras de Raymond Bernard, auteur autrement plus inspiré quand il adapte Victor Hugo -- voir sa magnifique et définitive adaptation des « Misérables » avec Harry Baur, en Valjean --, c’est un tout autre tableau qui nous est dépeint.
Marthe Richard y est une frêle et vertueuse héroïne, personnalisant à elle seule toutes les vertus de la France, et prête à en découdre avec le péril teuton.
Coup de génie du producteur, elle est incarnée avec la sobriété qu’on lui connaît (Mwa-ha-ha-ha [1]) par Mme Edwige Feuillère-de-la-Comédie-Française :





Mata-Hari, quant à elle, ne fait pas non plus dans l’ambiguité ou la nuance : c’est le démon personnifié, le choléra, les 10 plaies d’Egypte à elle toute seule !
Elle tue, triche, ment avec délectation, et ne recule devant aucune perfidie ni ne s’embarrasse de la moindre subtilité  pour se faire détester des spectateurs.
Elle n’a qu’une faille à sa méchante cuirasse : elle est éperdument amoureuse d’un homme encore plus infâme qu’elle, le colonel van Ludlow… qui lui, pour compliquer l’histoire, la traite comme le dernier des mufles et n’aura d’yeux que pour notre exemplaire Mlle Richard !
On peut s’interroger, en voyant le film, sur la fascination que la danseuse exotique peut exercer sur les hommes, tant elle porte la vilenie de son âme sur son visage… elle est en effet d’une rare laideur, un vrai repoussoir !
Notons au passage, pour vous faire d’ores et déjà saliver de plaisir, que Herr Von Ludlow est incarné par « l'homme que vous aimerez haïr », l’immense Erich Von Stroheim, réduit à vivoter comme il peut de seconds rôles indignes de son génie après sa disgrâce hollywoodienne.





Evidemment, quand les deux donzelles se retrouvent à  partager la même scène, même si elles ne s’adressent pas la parole, on comprend très vite – toujours par la grâce de  l’incroyable subtilité des scénaristes/dialoguistes [2] -- que ces dames ne finiront pas copines comme cochonnes, à faire les boutiques et les salons de thé, pour le générique final.




Bon, maintenant, sans vraiment changer de sujet, laissez-moi vous parler de ma lubie du moment... Je sais que j’ai un sens des ressemblances pour le moins « original » !
Pour mémoire, j’avais avec audace osé trouver un air de famille  entre Coral Browne et Marthe Villalonga.
Eh bien, dans le même ordre d’idée, depuis que j’ai découvert ce merveilleux  film, je me suis toquée d’une nouvelle association brumeuse.
Oui, preuve à l’appui, je vais vous étayer une ambitieuse théorie, vous démontrant par A+B que l’inoubliable Zaza Napoli de « La Cage aux folles » aurait peut-être pu être inspirée par les tremolos et les effets de voix de Mlle Feuillère.
Ah ! Qu’est-ce que vous dites de ça ???

Pour bétonner cette thèse audacieuse, rappelons que Michel Serrault, dans son merveilleux livre de souvenirs « …Vous avez dit Serrault ? », nous raconte les mésaventures qu’il endura en partageant avec ladite Edwige l'affiche de la pièce de Françoise Dorin,  « Les Bonshommes », sur les planches du Palais-Royal.
Edwige Feuillère, en bonne cabotine qui se respecte, faisant tout pour « voler » les scènes de ses partenaires, Michel Serrault fit un soir une sortie de scène tonitruante, en éructant un « Elle fait chier la vioque ! », qui sera entendu jusqu’aux premiers rangs.
Notre prima dona ne lui pardonna jamais complètement cette peu discrète allusion aux « quelques années qui les séparaient » -- 21 ans pour être exacte !

Nous pouvons donc imaginer très sérieusement une sorte de règlement de compte à l’amiable en nourrissant les excès de Zaza des tics de la chère Edwige. Et maintenant, la preuve par l’image :

Pièce numéro 1 :





Le haussement de sourcil rêveur qui accompagne le « Quand finira-t-elle ?... » me rappelle indubitablement ceci :




Pièce numéro 2 :

Quant à cette supplique au commandant Ladoux...


... elle m’en rappelle une autre de Zaza, faite également pour attendrir un chef du contre-espionnage :



Donc, on récapitule :
1)






2)




Edifiant non ?...
… Non ???




[1] Rire diabolique teinté d’un voile d’ironie

[2] Idem

dimanche 11 août 2013

R.I.P KAREN BLACK

"COMME UNE COQUETTERIE DANS L’ŒIL... " 

Par Valentine Deluxe

Karen Black
1939-2013

N'ayant point l'ambition d'avoir l'exhaustivité des colonnes  nécrologiques du New-York Times, cette modeste rubrique n'a été inaugurée que pour saluer la disparition de personnalités qui, pour des raisons artistiques, personnelles ou culinaires (... non, pas culinaires...) ont compté pour les auteures de notre auguste blog.
Et s'il est bien quelqu'un ici qui représente un jalon incontournable, une date, un symbole dans le parcours de petite cinéphage en culottes courtes de Valentine Deluxe, c'est évidemment la magnifique et inégalable Karen Black, qui, vous n'êtes pas sans le savoir, vient d'avoir la funeste étourderie de nous quitter, ce 8 aout dernier.

Je ne vous referai pas le coup de vous raconter ma première rencontre avec Miss Black ; elle fut le sujet de mon premier article sur ces pages.
Et puis surtout, dès que je m'embarque sur le sujet, je vois tout de suite BBJane Hudson lever les yeux au ciel, en pensant "La voilà repartie !..." -- ce qui nous donne un truc un peu dans ce style là :




Mais bon, égarée par la douleur, vous me passerez volontiers cette petite faiblesse, et vous laisserez donc mener une fois de plus vers ce samedi soir de 1976 ou une petite Valentine Deluxe de 4 ans et quelques, découvrait émerveillée le strabisme charmant de la belle Karen, illuminant ce qui est resté depuis, pour  l'auteure de ces lignes, le rosebud absolu de mon imaginaire cinéphagique ; l'extraordinaire (1) 747 EN PÉRIL (AIRPORT '75)

"Everything is under control !"
Pas de panique, Karen à la situation (et les commandes du 747) bien en mains...


J'aurais pu vous parler de son incroyable palmarès, qui de film en film, de chefs-d’œuvre ("Five Easy Pieces" de Bob Rafelson, où elle se fera larguer comme une vieille chaussette par Jack Nicholson à une pompe à essence, ou l’extraordinaire " Le Jour du fléau" de Schlesinger, parmi beaucoup d'autres) en navets jouissifs ("L'invasion des piranhas", "L'Invasion vient de Mars", "Island of the alive",  pour ne citer qu'eux), m'a donné assez de raisons valables pour lui faire ériger une statue format "Ile de Pâque" ou "Liberty"... Mais je vais rester concentrée sur ce premier coup de foudre aérien.

 La trilogie de l'infamie ? 
Peut être, mais dieu que c'est bon !

 Et dans ce qui reste à mes yeux  le film le plus important de toute l’histoire du cinéma (2), Karen Black, dès sa première scène, va nous donner de suite le ton, la note des personnages qu'elle assumera tout au long de sa riche et illustre carrière.
Quelles que soient les avanies auxquelles elle se verra confrontée -- et ici, l'avanie en question n'est rien moins qu'un Charlton Heston tout en suintements et muflerie, arborant pour l'occasion le même costume que Thierry Lhermitte dans "Le Père noël est une ordure"! --, jamais elle ne sourcille, jamais elle n'a l'air surprise, jamais elle ne trahit la moindre émotion (ou peu sans faut) !

 On dira ce qu'on veut : 
y a comme un air de famille, non ?


Et surtout, c'est primordial, elle nous enseigne de nous cramponner à cette devise frappée au coin du bon sens (qui fut celle de Don Lockwood/Gene Kelly avant elle, dans "Chantons sous la pluie"), et à laquelle je souscris des deux mains :


"Dignity, ALWAYS dignity!" 




(1) Opinion hautement subjective n’engageant que l'auteure de ces lignes
(2) Voir point 1

dimanche 28 juillet 2013

LOGAN'S RUN (l'âge de cristal, 1976)

LES BONNES COPINES DE VALENTINE # 3 

"L'âge de cristal" était aussi l'age d'or du surgelé !

Par Valentine Deluxe 


« Vivagel bien sur ! », « Heureusement il y a Findus », « C’est fait par qui ? Par Picard ! »
Il y a peu encore, on pouvait dire que les producteurs de plats préparés surgelés étaient vraiment les amis de la ménagère surmenée!

A quoi bon se cramper les ovaires à mitonner des petits plats avec amour, savoir-faire et patience, quand la marmaille braillante et perpétuellement affamée, fruit de vos entrailles fatiguées, finissait quand même par vous dire qu’ils préfèrent les Fish-sticks de Cap‘tain Igloo ou les fricadelles Mora.

 

 Les amateurs de fish-sticks seraient-ils gérontophiles? 
Le "bogos" du milieu n'a pas fait long feu en tout cas!


Seulement voilà, ça c’était AVANT !...
Maintenant, vous n’êtes pas sans savoir que la touchante candeur qui était la nôtre devant ces merveilles de l’art culinaire industriel est révolue, balayée, finie, A-TO-MI-SEE !
Pourquoi ? 
Parce que… 
Y A DU CHEVAL LA-DEDANS ! 


 Valentine adore faire du cheval 
(tous les dimanches, avec des frites et de la salade)

Enfin,  « du cheval », pour Mora, ça reste à prouver, parce que, équidé, bovidé, ou caprin, morte ou vivante, le jour où on arrivera à trouver des traces de viande (comestible s’entend) dans les fricadelles, ça sera quand même un fameux scoop !

Remarquez, on se plaint, on se plaint, mais comme disait si bien ma grand-mère :
 « Y’auro n’guerre, t’auro des poils su’ tes dins. » (« Il y aurait une guerre, tu aurais des poils sur tes dents. »)
En effet, il suffit de regarder autour de nous pour s’apercevoir qu’on n’est pas les plus mal lotis, loin s’en faut !
Prenez Logan 5 et Jessica 7, par exemple, deux habitants de la célébrissime cité des Dômes:
Ils auraient été bien contents, eux, d’en trouver du cheval dans leurs plats préparés ! 


 Logan 5 et Jessica 7 
découvrant le scandale alimentaire de la Cité des Dômes 
(photo non-contractuelle)


La Cité des Dômes, comme destination de vacance : 10/10.
C’est une sorte de Las Vegas, au micro-climat tempéré remarquablement constant, et construit sous ce qui ressemble à s'y méprendre aux plafonniers dans la suite nuptiale d'un l'hôtel "Formule 1" (... et je ne vois pas pourquoi je mets "plafonnier" au pluriel, vu qu'il n'y en a qu'un, et que  c'est toujours bien assez pour voir les cochonneries qui se trament dans ces lieux sordides !)
La  mode féminine y est entièrement dédiée à  la « togette », sorte de « peplum disco » du plus délicieux effet, qui se décline dans une gamme de couleurs allant exclusivement du parme tendre au vert pastel.
Le tout se portant vachement plus près des zones de pilosité pubienne que du genou.
Côté loisirs, c’est pas mal non plus. On a le choix entre se faire refaire le visage par chirurgie laser à cicatrisation instantanée, choisir son compagnon ou compagne de carambole par télécommande, ou assister à l’exécution des trentenaires de la cité dans le fameux « carrousel », déjà analysé dans une autre rubrique*.

 La Cité des Dômes: Calatrava ou Tricatel ?
  
Par contre, côté boustifaille, c’est pas « Le pré Catalan » !
Pour nous en rendre compte, allons donc visiter le département surgelé de la fameuse Cité, et son chef magasinier et « top chef » des lieux, l’inénarrable et truculent Ro-Box. 
Chef-d’œuvre de l’ingénierie électronique de pointe du 27ème siècle, avançant vaille que vaille sur ses petites roulettes couinantes, avec des bras en tuyaux de poêle et la voix délicieusement chevrotante d’Henri Virlojeux (ça déjà, si c’est pas un gage de haute technologie, je veux bien me pendre !) Ro-Box va nous révéler des petits secrets de fabrication culinaires dignes d’un relais routier « Tricatel » !
Y’a du cheval dedans? 
Ça, ça m’étonnerait !


Une idée de costume pour la prochaine Gay Pride ? 
Non ne me remerciez pas, ça me fait plaisir !

Ah ! J’oubliais !... Je n’avais au départ aucune idée pour classer cette rubrique, et vous savez comme j’aime le rangement, l’ordre et la méthode!
Alors, trouvant au final que ce bon vieux Ro-Box, étincelant comme une boule tango de Gloria Gaynor, avait un côté ineffablement to cute to be straight (pour ne pas dire « folle comme un sac à main »), et qu’il est de plus - vous en conviendrez après avoir visionné l'extrait qui suit -  aussi susceptible et châtaigne que nos amies Harper et Edna*, disons qu’il peut rejoindre sans peine « les bonnes copines de Valentine », non ?
Et bien voilà, c’est fait !



dimanche 26 mai 2013

LA RESIDENCIA (la résidence, 1969)


SPÉCIAL FÊTE DES MÈRES

"Jeunes filles en uniformes"

par Valentine Deluxe

Les filles sont des charognes, il me semble inutile de revenir là-dessus.
Depuis 3 ans que je vous le serine chaque année à pareille époque,  je pense que le message est bien passé (rassurez-moi ?)
Mais qu’en est-il des fistons ?
Ahhhh !... Ça, c’est autre chose !
En soi, comme nous l'avons vu précédemment, la postérité mâle n’est pas intrinsèquement mauvaise, bien au contraire. 
Tout irait même pour le mieux dans le meilleur des mondes avec les garçons, qui au premier abord semblent être tout ce qu'il y a de dévoués et admiratifs (voir idolâtres) à l’égard de leurs génitrices.

Deux exemples de fils tout entiers dédiés au bonheur de leurs mères.

De Norman Bates  à Jason Voorhes, les exemples de bons fils dévouéabondent dans le cinéma que nous aimons et défendons dans nos colonnes.
Non, le problème -- le seul, le vrai -- avec la descendance masculine, c’est que, les choses étant ce qu’elles sont, elle se trouve invariablement garnie (passez-moi l’expression) d’une paire de testicules, dont les soubresauts hormonaux sont, eux, sources de bien des tracas.

 S'il n'était ce petit souci  de l'entre-jambe, 
un fils ne serait que source de fierté pour sa génitrice.

Parce que très souvent, ces petits chatouillis du côté des roubignoles risquent de ramener dans la cellule familiale quelque chose de bien plus empoisonnant et pernicieux que la fille : 
la BELLE-fille !
(voir ici)

Une belle-fille cumule tous les emmerdements que pourraient vous apporter la petite pisseuse à qui vous avez légué votre patrimoine génétique, sauf qu’en plus, faut-il encore le répéter… ELLE N’EST PAS DE VOUS !
Comme si on n'avait pas assez de vicissitudes comme ça avec ses propres mômes, sans en plus devoir se farcir ceux des autres !!! 

Une belle-fille, c'est déjà la croix, mais deux !!!

Pour remédier à ce péril, et éviter ainsi que votre petit chéri ne vous ramène à la maison la première gourgandine venue, pêchée dans le plus sordide  ruisseau, dans le bouge le plus mal famé, je vais vous confier un truc imparable.
Pour ce faire, rendons-nous dans le pensionnat  pour jeunes filles « difficiles», tenu de main de fer par Mme Fourneau.
La directrice de cette respectable institution -dont les pensionnaires se font impitoyablement trucider pour de nébuleuses raisons que je me garderais bien de vous dévoiler- est incarnée ici, avec une perfection toute germanique,  par l’impeccable Lilli Palmer, dans le chef-d’œuvre de Narciso  Ibáñez-Serrador , « LA RÉSIDENCE ».

Lilli impératrice.

Le truc infaillible donc, pour empêcher que votre gamin parte courir la gueuse comme un matou en chaleur, sera on ne peut plus facile à retenir : La castration psychologique!
Pensez à bien rappeler  à ce grand couillon que, jamais au grand jamais, il ne trouvera une femme plus dévouée, plus aimante et compréhensive que vous !... La femme idéale, il l'a déjà rencontrée, puisque c’est elle qui l’a mis au monde !

Démonstration :



Et comme ce petit étourdi agité des valseuses affiche une libido aussi exacerbée que sa mémoire de poisson rouge est défaillante, il faudra bien lui répéter la leçon, encore et toujours, à chaque minute que le bon dieu fait ! 
Mais, me direz-vous, si la conservation de l’hégémonie au sein de la cellule familiale est à ce prix, c'est  pas cher payé, non ?

Lana morphosée


SPÉCIAL FÊTE DES MÈRES
par BBJane Hudson

Depuis Mommie Dearest, on sait que les relations des mères hollywoodiennes avec leurs filles tiennent davantage du chemin de croix que du jardin de roses. Si toutes les mamans-stars ne furent pas aussi psychopathes que Joan CRAWFORD, rares sont celles qui peuvent se targuer d'avoir instauré un climat favorable à l'épanouissement de leur progéniture femelle. Le cas de Lana TURNER et de sa fille Cheryl CRANE n'est qu'un exemple parmi tant d'autres des effets calamiteux d'une éducation négligée en terre californienne.

Mère et fille : les jours heureux...

Femme à hommes inaltérable et dotée de goûts éclectiques (elle s'envoya successivement Frank SINATRA, Howard HUGHES, Tyrone POWER, Lex BARKER -- liste non exhaustive), Lana avait un faible prononcé pour les rapports musclés pimentés de SM, et trouvait à l'humiliation des vertus puissamment aphrodisiaques. En se liant au gigolo et gangster notoire Johnny STOMPANATO, elle décrocha le gros lot en matière de pugilisme amoureux, de vexations barbares et de pains dans la gueule. Leur idylle tapageuse connut un épilogue explosif lorsque la jeune Cheryl, fille de Lana et de l'acteur-restaurateur Joseph Stephen CRANE, âgée de 14 ans, descendit le marlou de plusieurs coups de couteau, afin de prévenir le tabassage en règle de sa mère lors d'une soirée particulièrement belliqueuse.

Johnny et Lana

A l'issue d'un procès amplement médiatisé, le jury opta pour la légitime défense après que Lana se fût livrée, à la barre des témoins, à un impressionnant numéro d'amante outragée et de mère éplorée, dont tous les assistants s'accordèrent à souligner la haute teneur en dramacouinage et le fort potentiel oscarisable.
Négociant le scandale à son avantage, Lana avait fait de sa déposition le moment dramatique le plus spectaculaire et le plus abouti de sa carrière (par ailleurs déclinante), la performance la plus éblouissante qu'une actrice aussi limitée eût jamais accomplie en un lieu aussi peu glamour qu'un tribunal.

 Tiens bon la barre, Lana !... (Un grand moment de cabotinage juridique...)

Ce qui promettait d'être une dégringolade professionnelle aussi bien que privée, devint le tremplin d'une seconde carrière placée sous le signe de la grandiloquence meurtrie, du pathos échevelé, du mélodrame ébouriffant. On peut dire que Lana, rebondissant sur un gadin vertigineux, trouva soudain sa voie de comédienne, sa raison d'être à l'écran.
Dès lors, elle ne travailla plus que dans le sublime, enfilant les soap operas exubérants, dont les scénarios étaient souvent inspirés de ses déboires privés. Durant les années 1950-60, elle campa avec une sorte d'implication extatique, les mères bafouées et les maîtresses à la ramasse, le plus souvent sous la férule de son admirateur transi, le producteur gay Ross HUNTER.
Le sommet de cette reconversion aux allures de résurrection fut sans doute Madame X, quintessence du mélodrame flamboyant et monument Camp absolu. Le nadir en fut The Big Cube, ahurissant brassage de mélo naphtaliné et de teen movie psychédélique, surfant tardivement sur la vague un peu aplatie du cinéma de drugsploitation (films exposant les splendeurs et les servitudes des substances psychotropes hallucinogènes, et en particulier du bon vieux diéthylamide de l'acide lysergique, plus connu sous l'acronyme LSD).


The Big Cube fait de Lana une star du théâtre renonçant à sa carrière pour épouser un riche entrepreneur (Dan O'HERLIHY). La fille de ce dernier (Karin MOSSBERG) voit la chose d'un très mauvais œil et, désireuse d'anticiper ses droits à l'héritage paternel, s'acoquine avec un séduisant dealer (George CHAKIRIS) pour éliminer sa belle-doche après la mort accidentelle de son vieux. A cette fin, elle introduit subrepticement du LSD dans les médicaments de Lana, provoquant chez la malheureuse des hallucinations en Eastmancolor du plus piquant effet -- surtout lorsqu'il est rehaussé par les riboulements d'yeux de la grande tragédienne, atterrée par ces inexplicables pétages de plombs.
Un exemple de ces visions folkloriques peut être apprécié dans la scène qui suit, où Lana voit la mer dans le ciel, et fait l'objet d'une fausse tentative de meurtre dont on discerne mal la finalité -- en agissant de la sorte, la jeune fille et son amant s'exposent surtout à éventer leur plan... Pas très futé de la part de ces "adolescents" ayant largement dépassé la limite d'âge (CHAKIRIS et MOSSBERG avaient respectivement 35 et 27 ans...)



Dans le registre Camp, on saluera également la prestation de Regina TORNE en "Queen Bee", reine d'une boîte de nuit baptisée "The Trip", qui, dans sa combinaison rayée jaune et noire, a tout d'une drag-queen féminine. Le film fut co-produit par Robert EATON, avant-dernier époux de Lana, dans un louable effort pour moderniser l'image de la star. Manque de bol : il ne fit qu'en accuser la désuétude, et fut un flop complet.

samedi 25 mai 2013

"Ton manège à toi, c'est... MOI!"


SPÉCIAL FÊTE DES MÈRES / French Camp
par Valentine Deluxe


Est-il encore une fois besoin de le rappeler ?… Les filles sont un fléau qui use et ronge les très saintes femmes ayant eu l’étourderie de pondre ces petites infections.
Joan Crawford et  Bette Davis, pour une fois, pourront se mettre d’accord sur cette sentence lapidaire, elles qui ont nourri pendant trop longtemps, à leurs seins lourds de trop d’amour (et gonflés de Pepsi-Cola pour la  première), d’infâmes petites vipères ingrates.

Pour une fois, elles seront d'accord...

Mais nous allons voir que de ce côté-ci de la mare aux harengs, dans des contrées moins flamboyantes et glamoureuses que le vieil et bel Hollywood, nous pouvons également vérifier cet adage sans appel.
Car si « labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France », déception et frustration sont celles des mères-courage qui n’ont pas su se débarrasser, sur les marches d’une église ou le bord d’une autoroute -- voire d’un bon coup d’aiguille à tricoter dans la fontanelle -- de leur vilaine progéniture.

Intéressons-nous donc maintenant aux soucis que doit endurer notre Mater Dolorosa du jour.
Jusqu’ici, tout allait pour le mieux, cette brave dame ayant plutôt bien réussi une éducation que la méduse qui lui sert de fille avait suivie à la lettre.
Ce respect scrupuleux des recommandations  maternelles, a permis à la fille bientôt indigne, de parvenir à se frayer une place douillette, sinon au soleil, du moins en climat tempéré.
Pour ce faire, les commandements et conseils judicieux de sa génitrice étaient on ne peut plus simple:

1) Ne jamais rien faire qui ne soit motivé par une finalité purement vénale.
2 ) Ne s’encombrer pour la cause, d'aucun scrupule ; la fin justifiant les moyens, fussent-ils les plus vils. 
3 ) Quels que soient les bénéfices engrangés par ces vilénies,  
ne jamais oublier d'en reverser une quote-part des plus généreuses à sa sainte femme de mère.

Vous serez d'accord avec moi : faut pas avoir fait science-po pour comprendre, retenir et appliquer ça.
Et puis crac !... Après quelques années de bons et loyaux services, le grain de sable, le faux-pas, la bévue ! Mademoiselle se pique d’être amoureuse ! 
Pas de son pauvre pigeon de mari, déjà plus qu’à moitié plumé par la voracité de ces deux viragos, mais d’une sorte de gigolo, d’aventurier sans le sou, au sourire carnassier et aux coups de reins redoutables.
Et ça -- notre brave môman le sait de source sûre, sinon d’expérience --, c’est forcément le début des emmerdements !

La maman, la putain et le dindon de la farce.

Puisque nous sommes dans le domaine, encore peu exploré dans nos colonnes, du Camp « made in France », allons donc retrouver notre édifiant duo, incarné à l’ultra-perfection par les irremplaçables Jane Marken et Simone Signoret.
Simone qui d’ailleurs, permettez-moi la parenthèse, pourrait rejoindre le duo de divas cité dans l'introduction, puisque, comme miss Crawford et Davis, elle eut également la faiblesse, d’une maladroite éructation d’utérus, de mettre au monde une abominable sangsue revêche et ingrate, dont nous tairons le nom afin de nous éviter les sanglantes représailles juridiques de Catherine Allégret (flûte, ça m’a échappé !)

Burn witch, burn !

Si je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler l’extraordinaire carrière de « la » Signoret, Jane Marken, un peu oubliée aujourd’hui, affiche un palmarès non moins éblouissant.
Abonnée aux rôles de bonnes grosses femmes un tantinet vulgaires (« Les Enfants du Paradis ») ou d’abominables mégères (« Pot-bouille »), la dame était régulièrement courtisée par les plus brillants metteurs en scène de l’époque.  Renoir, Duvivier, Carné, Guitry, Abel Gance… On dira ce qu’on voudra, sur un CV, ça fait joli !

 Une affiche superbe, pour un film tout 
en excès comme on les aime !


Les deux comédiennes campent ( ! ) ici  les harpies les plus odieuses, infâmes, détestables et amorales que le cinéma français nous ait jamais offertes.
Partons donc découvrir un morceau choisi de ce chef-d’œuvre absolu de l’outrance, de l’excès et de la « pause effrénée », ingrédients indispensables au Camp s’il en est, qu’est ce MANÈGES  de Yves Allégret (le papa de qui-vous-savez, aka "la Méduse", "le Fléau", "Belphégor", etc...)



Quand on voit comment cette petite grue parle à sa mère, on se dit quand même qu'il y a des coups de tisonniers dans les gencives qui se perdent !
Une môman si bien comme il faut, éternellement  pimpante et primesautière !
Et toujours de bonne humeur avec ça. C'est même sa signature maison à Mme Mère, son rire ! Ça vous met tout de suite une touche de distinction et de classe dans les soirées les plus "collets montés", un rire comme ça.
Le doute n'est pas permis : c'est une femme du monde ! (et immonde aussi, oui, je vous l'accorde...)