"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



mardi 1 septembre 2015

MAXIME (1958)

Les Bonnes copines de Valentine # 10

par Valentine Deluxe

 

  !!! AVERTISSEMENT !!! 

Des plans de nudité aussi gratuites que masculines ce sont subrepticement infiltrés à l'insu de notre plein gré dans le ci-devant article, veuillez nous excuser.

 



Vous commencez à connaître un peu le calibre de mes bonnes copines : soit elles sont moches et méchantes - ici et ici -, soit elles sont moches mais gentilles - ici, ou encore là -, soit  elles sont belles mais légèrement possédées par un quelconque démon, dans le coin et aux entournures, ce qui a pour effet de les faire jurer comme des charretiers polonais en vomissant de la soupe de pois à la ronde (ici -- merci m'sieurs-dames, n'oubliez pas le guide).
Alors aujourd'hui, une grande première : une copine jolie ET gentille!
Je sais, à première vue, vous vous dites : "Oui, d'accord, mais quel intérêt ???"

Une copine de "Mme de..." et "Mme X", sans doute ?

Vous allez voir que vous y trouverez quand même votre compte, promis/juré/craché (pas tout vert et gluant comme ma bonne copine Ipolita, le "craché"...) 
Car ma bonne copine du jour, c'est Gazelle! - rien que le nom, déjà !
Gazelle, ça sonne aussi un peu comme "gazouillis", et c'est bien à une sorte de grande bécasse toujours gaie comme un pinson et bonne comme le pain que nous avons affaire, prêtant volontiers une oreille attentive à vos malheurs et une épaule accueillante aux cœurs brisés.

Une des robes de Gazelle est partie sur le net pour 800€ !
Vous auriez pu vous cotiser pour mon anniversaire, non ???

Ancienne vedette de théâtre (dans un style qui tenait davantage du Concert Mayol que du Français ou de l'Odéon), Gazelle est un peu Garance dans "Les Enfants du Paradis", mais une Garance qui, plutôt que de sombrer dans la dépression pour les beaux yeux de cette frangipane détrempée de Baptiste/Jean-Louis Barrault, se serait trouvée pour l'entretenir un généreux général à la retraite, mi papa-gâteau, mi pépé-gâteux.

 Le genre de spectacles où Gazelle a dû se produire 
durant sa grande époque.

Si je vous parle de Garance, c'est que - paf ! parlez-moi de coïncidence !- notre gazouillante Gazelle est justement interprétée par la .......... (ici, vous pouvez mettre le superlatif de votre choix) Arletty!
Et là, tous en chœur, nous entonnerons le désormais traditionnel couplet :
"Mais comment se fait-il que nous n'ayons jamais parlé de... Arletty ?"

Moi, la garde-robe de Gazelle, 
j'en ferais bien mon ordinaire !

Au moment où elle tourne ce MAXIME de Henri Verneuil (un film typique de cette fameuse "qualité française" tant vilipendée par Truffaut et consorts, et qui au final se révèle diantrement plus intéressante que les 9/10ème des productions issues du morne clapotis de la "Nouvelle Vague"), c'est peu dire que la carrière d'Arletty n'est pas au top de la forme.
Je n'apprendrai rien à personne en rappelant que la dame n'eut pas la fibre résistante d'une Lucie Aubrac pendant l'Occupation - un peu comme 80 à 90% de ses compatriotes, d'ailleurs...
Comme votre Valentine, elle avait de plus un petit faible pour les hommes en uniformes :


... et accessoirement, également pour les (mêmes) hommes en uniformes quand ils n'ont plus d'uniformes DU TOUT :

Les hommes en uniformes, on les aime aussi sans.

Bref, à la Libération, elle qui avait toujours refusé de tourner pour la Continental et qui grâce à son intervention - et à celle de Sacha Guitry - avait réussi à éviter la déportation de Tristan Bernard, se vit reprocher par quelques grincheux une certaine attirance pour le vert-de-gris dans la mode masculine...
Vint donc le temps des vaches maigres pour la Reine du cinéma Français.
Elle ne put compter que sur l'amitié indéfectible de quelques irréductibles pour lui offrir encore quelques beaux rôles (quoique toujours "seconds") qui peuvent se compter sur les doigts d'une main entre 1949 - date de la fin de son "interdiction de travailler" - et 1962 - sa dernière apparition au cinéma.

La fête est finie pour la Reine du cinéma Français
(on croirait la Une de" Paris-Match !")

Parmi ces trop rares apparitions, on relève quelques pépites, dont ce merveilleux "Maxime", où apparaît notre Gazelle.
Gazelle, je vous l'ai déjà dit, c'est une perle, une bonne copine comme on n'en fait plus.
Elle n'a qu'un défaut, petit mais tenace, qu'elle avoue elle-même avec des airs de petite fille espiègle, prise la main dans le bocal à confiture :


Je ne sais pas vous, mais pour moi, ce "Parce que je suis avare!" vaut tout aussi bien le "Atmosphère? Atmosphère ???" issu de la plume du même Henri Jeanson (une teigne aussi celui là) !

Là-dessus, les hommes en uniforme sans uniformes vous disent bonsoir!

(Fin de la "gratuitous nudity")

samedi 20 juin 2015

THE STOLEN HOURS (Les heures brèves, Daniel Petrie, 1963)

CAMPISSIMO ! #3

par Valentine Deluxe



Campissimo ! Clap 4ème !
Le rodage est terminé, on n'explique plus le principe ; vous l'avez compris, intégré, digéré.
Donc, dans cette rubrique, c'est service minimum : on veut du camp, du camp et  rien que du camp !
Au menu du jour : la migraine.

Vous et moi (enfin, surtout vous, car la Valentine a une légère tendance à se croire atteinte d'une maladie rare, chronique et au stade terminal au moindre toussotement), quand on se sent patraque, on sort un tube d'aspirine de la boîte à pharmacie, et on attend que ça passe.
Mais avec Susan Hayward, c'est tout de suite autre chose...

Susan Hayward a perdu ses clefs de voiture !
(Photo non contractuelle).

Un p'tit bobo, un caillou dans la godasse, un bus en retard, et hop !... Il  faut que Susan nous joue la Madone des 7 Douleurs, un oratorio mystique, une cantate funèbre, une messe de requiem, l’Adagio d'Albinoni, "Jeanne au bûcher", "Phèdre", la mort du cygne et celle du petit cheval !...
Et parfois même, comme ici, tout en une fois !
Allons vite vérifier ça :





Comme disait si bien Jean Cocteau : " Un peu trop, c'est juste assez pour moi"... et  pour Susan Hayward!

mercredi 17 juin 2015

THE V.I.P.s (Hôtel International, Anthony Asquith, 1963)

Les bonnes copines de Valentine # 9

"La vieille DAME indigne"

par Valentine Deluxe



Aujourd’hui, dans notre fameuse (et tout à fait non-officielle) série "Comment se fait-il que nous n'ayons jamais parlé de...", je vous présente :
Margaret Rutherford

 Plus britannique que le tweed...

Ah Margaret !... DAME Margaret Rutherford !
... oui, enfin, ne soyons pas chiche : 
DAME Margaret Rutherford, Officer of the Most Excellent Order of the British Empire ! 
(Il lui fallait une carte de visite large comme la tapisserie de Bayeux pour mettre ça sur une seule ligne).
Comment pourrait-on ne pas l'adorer ?
Tel un papillon dans un corps de bulldog, avec une silhouette en sac de farine qui ferait passer Marie Dressler pour une danseuse du Crazy Horse, elle ne pouvait décidément pas revendiquer les rôles d'ingénues.
Vous l'imaginez jouant Agnès dans "L’École des femmes", et contrainte de minauder "Le petit chat est mort" ?... Tout le monde dans la salle penserait immédiatement que c'est parce qu'elle est assise dessus !

 Jamais jeune, jamais jolie... mais toujours géniale :
Dame Margaret Rutherford!

On pourrait sans problème passer l'intégralité de sa filmographie en revue dans nos colonnes, tant elle déploie dans chacune de ses apparitions la même géniale excentricité toute britannique, de la loufoque (pseudo) voyante extralucide de "L'Esprit s'amuse" de David Lean à ses multiples incarnations d'une éléphantesque Miss Marple.
Sa façon tout à fait personnelle et cabotine en diable d'incarner la célèbre détective en tailleur de tweed donna quelques cauchemars à Dame Agatha Christie, avant que celle-ci ne finisse par admettre son erreur et reconnaisse l'indubitable génie de son interprète. 
Chaque apparition de la pataude silhouette, toujours fagotée comme un as de pique d'Henri IV sur le Pont Neuf, est une friandise que je goûte avec la dernière délectation, maudissant au passage le fait que les actrices mortes - Dame Margaret a eu l’étourderie de décéder de façon tout à fait définitive en 1972 - fassent de moins en moins de nouveaux films de nos jours.

Un Oscar qui s'imposait...

Alors évidemment, il fallait bien trancher !
Et on n'a pas tergiversé pendant 107 ans : quoi de mieux en effet que le délicieux HÔTEL INTERNATIONAL (The V.I.P.s) pour illustrer mon propos du jour ?
Ce film catastrophe sans catastrophe - l'avion ne décolle jamais, ce qui évite bien des avanies au casting 4 étoiles + rassemblé pour la cause - aura l'insigne honneur de valoir à Dame Margaret l'Oscar de la meilleure actrice ("de second plan" !...qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ???)
Margaret crée là pour l'occasion un des parangons incontournables du disaster movie : celui de la vieille Dame (dans ce cas précis, la majuscule s'impose) plus ou moins indigne, mais toujours sympathique, qui vient agrémenter la galerie de personnages pittoresques rassemblés pour l'occasion dans des lieux généralement clos (avion, paquebot, building, etc...).
Parallèlement aux imbroglios sentimentaux des personnages principaux, elle aura pour mission d'apporter quelques instants de "comic relief" avant, pendant, ou après le désastre.

Une formule qui ne tardera pas à décoller ! 

La formule ne  "décollera" véritablement que 7 ans plus tard, dans le "Airport" premier du nom.
Le délicieux Ross Hunter, producteur quasi attitré de "Mein Camp", nous offrait là une copie plus ou moins conforme de "The V.I.P.s", sauf que cette fois la nappe de brouillard qui clouait l'avion au sol était remplacée par une tempête de neige, et que le coucou se décidait bel et bien à décoller... avec une bombe dans la soute à bagages !
Pour l'occasion, le rôle de la mamie rigolote était tenu par Helen Hayes, qui se ramènera également pour la cause un petit chauve en or à la maison !
Suivront Shelley Winters - qui imposera un nouvel archétype : "la petite vieille qui claque à la 5ème bobine" - , Jennifer Jones, Olivia de Havilland, Valentina Cortese, Martha Raye, Myrna Loy... De quoi remplir un hospice des plus fréquentables !
Revenons maintenant à "The V.I.P.s", et regardons la Duchesse de Brighton aux prises avec la trivialité des moyens de locomotion soi-disant  modernes, et surtout avec du petit personnel dont l’arrogance n’a d'égale que la crasse impéritie !
Mais il en faut bien plus pour impressionner Madame la Duchesse qui va nous montrer comment faire rentrer dans le rang les petites péronnelles impertinentes sans même élever la voix, ne serait-ce que d'un quart de dixième d'octave.



Bon, mais comme je vous l'ai précédemment exposé, l'avion doit rester au sol pour cause de purée de pois, ce qui vaudra à notre prestigieux casting d'être hébergé dans le service VIP du titre original.
Et Dame Margaret, maintenant qu'on l'a fait descendre de cet engin de malheur, aurait bien besoin d'un petit remontant...



Ça tombe bien, Lexomil-Brandy, c'est aussi mon cocktail préféré ! Santé !


dimanche 31 mai 2015

VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS (1955)

Spécial Fête des Mères : French Camp #8

"Mégère, Gorgone, Fripouille et Cie"
Par Valentine Deluxe

 


"Mais pourquoi vos héroïnes sont-elles toujours aussi perfides ?", me demandait candidement, mais fort à-propos, notre merveilleuse amie Gisèle, pas plus tard que l'année dernière lors de cette même Fête des Mères.
Eh bien, ma chère Gisèle, je suis bien en peine de vous répondre de façon satisfaisante, mais je suspecte que cette interrogation frappée au coin du bon sens (dont vous ne manquez jamais) risque fort de vous revenir à l'esprit en découvrant aujourd’hui notre nouveau trio d'infâmes.

 
"Encore des affreuses !", nous dira notre copine Gisèle
(et elle n'aura pas tort !...)

A tout seigneur tout honneur : laissez-moi vous présenter les Mères Noires.
D'un côté, casaque noir et rouge, 1m58 au garrot, Gabrielle !
Machiavélique, dépravée, toxicomane au dernier degré, dépourvue du moindre sens moral, elle se fait passer pour morte histoire que sa  fille -- qu'elle a eue par étourderie dans quelque galetas sordide qu'on devine infesté de punaises -- puisse tenter de mettre le grappin sur son ex-mari (un restaurateur des Halles bien installé) afin de lui rafler son magot.
Et pour l'incarner -- la camper, me souffle BBJane Hudson dans le creux de l'oreille -- nous avons l'immense Lucienne Bogaert, une abonnée aux rôles de mégères et autres mères indignes.
Parmi quelques mémorables créations,  elle n’hésitait pas -- entre quelques pieux sanglotements de circonstance -- à littéralement prostituer sa fille dans "Les Dames du bois de Boulogne".
Et  grâce à son trop-plein d'affection maternelle, aussi glaciale et tranchante qu'une pince de vétérinaire destinée à émasculer les gorets, elle transformait son grand crétin de fils en terrible tueur du marais dans "Maigret tend un piège".
Cauteleuse et démoniaque, elle bat ici les records de rouerie et d'ignominie, pourtant difficilement surpassables, de Jane Marken dans  "Manèges".


Face à elle, regard de gorgone et sourire chevalin,  Mme Chatelin mère !
Étouffante avec son grand nigaud de fils -- vous ai-je dit qu'il s'agissait de Jean Gabin ? Non ? Quelle étourdie je fais ! --, méchante et mesquine avec son personnel de maison, sa grande spécialité est d'occire ses volailles à grands coups de fouet (... mais où le scénariste a-t-il été chercher ça ???)
Qui d'autre que la merveilleuse Germaine Kerjean,  grande spécialiste es-perfidie, complètement oubliée de nos jours -- ce qui est d'une criante injustice -- pouvait donner corps à un personnage aussi effrayant ?
Concierge tyrannique de Fernandel dans "L'Armoire volante", terrifiante "Chouette" dans la meilleure version des "Mystères de Paris" de ce cher Eugène Sue, elle fut aussi la voix française de Mrs Danvers dans "Rebecca" et celle de la Reine de Cœur dans "Alice au Pays des Merveilles". 
Si ce curriculum n'est pas un gage d'autorité maléficieuse, je ne sais pas ce qu'il vous faut !


Troisième perle de la couronne : la petite Catherine.
Un rôle en or 24 carats pour Danièle Delorme, qui nous régala aussi de quelques belles petites garces pas piquées des hannetons dans les premières heures de sa longue carrière. 
Ici, elle décroche la timbale, le gros lot, l'euro-million ! 
Ambitieuse et vénale -- je parle du personnage, pas de la comédienne ! --, elle a les dents assez longues pour labourer un champ sans plier le genou.
Diabolique, sans un atome de scrupule, elle peut mentir, tricher, voler, et même trucider sans l'ombre d'une hésitation.
Mignonne comme tout avec son petit béret et sa valise en carton, elle vient crier misère chez Jean Gabin (si on m'avait dit qu'il finirait un jour sur "Mein Camp", celui-là !), arborant pour l'occasion son plus beau sourire-saccharine et des yeux de faon malade afin de lui faire le grand numéro de la pauvre orpheline.
Lui, gogo jusqu'au bout, l'accueille à bras grands ouverts, et, refusant d'écouter les sages mises en garde de Mme Chatelin mère, lui confierait presque les clés du coffre...


Maintenant que les présentations sont faites, allons voir un peu de quoi il retourne et régalons-nous !
Tout d'abord, la première apparition de feue la mère de mademoiselle.
Un festival Lucienne Bogaert : jérémiades et larmes de crocodile, elle est géniale et indubitablement Über-Camp !


Vous avez vu sa façon de dire : "Je disparaitrai dans le brouillard... t'auras qu'à m'envoyer mon p'tit mandat" ?!?
Je ne sais pas vous, mais moi, à chaque fois, c'est bien simple : j'en ruine la moquette de bonheur !

Bon, passons au 2ème chapitre : Môman complote en préparant son petit cassoulet (et en bonus, pour notre plus grand plaisir, nous entonne 3 mesures de "Le Régiment de Sambre-et-Meuse"... Une merveille !)


Avançons encore un peu et voyons comment, entre deux bouffées de delirium opiacé, Môman ne perd pas le Nord et échafaude, ourdi, trame et complote de bien noirs desseins, sans que cela n’entame en rien sa bonne humeur légendaire.


Et Germaine Kerjean dans tout ça ?
Après le festival "veuleries et carabistouilles" des deux autres drôlesses, ce grand couillon de Gabin ouvre enfin les mirettes et se décide à piger ce que nous savions déjà depuis la 2ème bobine : ces dames se paient sa fiole (en attendant de la lui couper)...
Du coup, pour raisonner un peu le petit monstre qu'il a épousé, il décide de la mettre en pension quelques temps au grand air, dans la guinguette de Madame Chatelin Mère.
Et là, nous allons voir que le fouet, elle en use aussi bien pour décapiter les poulets que pour dresser les (vilaines) poules...


Qu'est-ce que je vous disais ?... Merveilleux, non ?...
Des infâmes, vous dis-je ; des infâmes !
Ou, comme le dirait si bien notre copine Gisèle : "Des gens pas fréquentables !"


samedi 30 mai 2015

INTO THE WOODS ("Promenons-nous dans les bois", 2014)

Spécial Fête des Mères: CAMPISSIMO! 

Par Valentine Deluxe 

 


Sur "Campissimo !", on n'a pas le temps pour le blabla, on veut de l'action !
Aussi, je n’essaierai même pas de vous résumer notre film du jour, cette histoire de sorcière qui était jolie puis qui ne le fut plus mais qui le redevint quand même par la grâce d'une potion magique fabriquée avec les souliers de Cendrillon, les cheveux de Raiponce, la cape du petit chapon rouge, et la vache de Jack (oui, celui qui escalade des haricots magiques), car cela serait décidément trop complexe pour tenir dans le cadre synthétique -- pour ne pas dire carrément ascétique -- que nous nous sommes imposée dans cette brève rubrique. (Note de BBJane : Et là, mine de rien, tu viens de battre ton propre record de phrase interminable ! Bravo Valentine !...)

La seule chose que je voudrais dire avant, c'est que...
Jessica Lange ne va pas être contente ; mais alors là, pas contente DU TOUT !!!


Pourquoi ce mouvement d'humeur qui semble si peu dans les habitudes guillerettes et primesautières de la tendre chérie ?
Eh bien, figurez-vous que cette vilaine chouraveuse de Meryl Streep, qui rafle tout ce qu'elle touche avec ses longs doigts collants comme de la sécotine, va venir lui ravir la précieuse et convoitée couronne d’Impératrice du Camp Contemporain *!
Pour rappel, notre pauvre Dame Jessica coiffait le seyant couvre-chef (un prix décerné de façon tout à fait officieuse par notre blog bien aimé) depuis la Fête des Mères 2012, grâce au merveilleusement excessif "Du Venin dans les veines".


Une vieille rivalité qui ne va pas s'arranger !

Remarquez, c'est de bonne guerre, et cette rivalité ne date pas d’aujourd’hui.
En 1975 déjà, Jessica avait raflé le rôle alors très convoité de la blonde et fragile Barbie nichée dans la grosse paluche poilue du KING-KONG de Dino De Laurentiis, quand le délicat nabab s'était écrié "Qué bruta!"/"Quel laideron !" en voyant Meryl Streep se présenter à l'audition.
En 1982, c'est Streep qui chipera l'oscar de la meilleure actrice (parmi  les 897 autres nominations qu'elle compte à ce jour) à Lange qui concourait avec "Frances", déjà évoqué ici-même pour la Fête des Mères -- comme quoi, y a des coïncidences troublantes...
30 ans plus tard, Jessica, se consolera de son mieux, en délogeant la Streep de la catégorie "Modern Camp" où elle créchait depuis un an avec "Postcard from the Edge" (et toujours dans le cadre de nos commémorations maternelles !)
Alors, vous pensez bien qu’après ça, quand les deux divas se croisent dans un couloir, il y a comme de la friture sur la ligne !


Mais revenons à nos moutons ! (J'avais promis de faire court : j'ai menti !) (Note de BBJane : Merci de le préciser ; nous ne l'avions pas remarqué...)
Donc, aujourd’hui, le nouveau record risque de tenir un bon moment, car le film dont il va être question dans un instant -- si je me décide enfin à la boucler -- date d'à peine 6 mois !!!
Et donc, à l'épineuse question :

"Qui est la plus vilaine sorcière du coin ?"

la réponse aujourd'hui (n'en déplaise à Lady Jessica), c'est "l'autre", "la vipère", "la verrue", "la bribeuse" ("la voleuse", comme on dit si pittoresquement dans la mienne principauté de Liège).
Enfin bref : c'est la Meryl !


"Into the Woods", la plaisante adaptation du cultissime musical (oui, enfin, cultissime pour moi, en tout cas, ce qui n'est déjà pas si mal) du très-Saint Stephen Sondheim,  passée complétement inaperçue dans nos contrées, renferme, entre autres merveilles, une de ces petites répliques orgasmiques à m'en défriser la moumoute, que l'on croirait déposée là au passage rien que pour nous.
Je ne pouvais donc l’omettre en ce jour béni d'hommage à la sainteté maternelle.

Donc, "Campissimo !", clap, 3ème !
Aujourd’hui : "Dur-dur d'être une bonne mère."




Mais bon, finalement, Jessica Lange, tout ça, elle s'en fout. Elle, elle danse !...



 * Catégorie censée les différencier des momies faisandées, bouffeuses de pissenlits par la racine à tous les repas depuis des lustres, qui font habituellement les gros titres de nos colonnes.

samedi 23 mai 2015

TORCH SONG (La Madone gitane, 1953) #4

Spécial Fête des Mères

LES BONNES COPINES DE VALENTINE # 8

Par Valentine Deluxe

Elle est de retour !!!  Qui ?... Mais Jenny Stewart, voyons !
Oui, je sais, on ne peut plus se passer d'elle... Mais bon, il faut bien reconnaître que "Torch Song" (qu'on ne vous présente plus), c'est un peu l'encyclopédie Universalis du Camp : c'est quasi exhaustif !
Une diva un peu méchante mais au grand cœur, un pianiste aveugle, un gigolo lèche-derche (normal pour un gig', me direz-vous), un chorégraphe trop poltron pour ne pas être un peu "sotte", un producteur trop faux-cul pour ne pas être un peu impuissant, un chien qui s'appelle Duchesse...
De tout, vous dis-je ! on trouve de tout là-dedans !
Il y a même -- ce qui tombe bien pour la thématique du jour -- une indispensable MAMAN TRÈS CHÈRE (avec la môme Crawford dans les parages, je ne pouvais pas laisser passer ça, excusez moi !)

Ne vous fiez pas à son air affable et souriant, 
elle va surement encore lui piquer de l'oseille !


Et là, d’un coup, tout s’explique, tout s’éclaire !
L’égocentrisme de Jenny, ses sautes d’humeur, ses coups de déprime, tout trouve son origine et sa cause dans la sacro-sainte matrice maternelle.
Ma' Stewart -- également une très bonne copine de Valentine, cela va sans dire --, quoi qu’on puisse en penser, n’est pas à proprement parler une genitrix horribilis comme nous aimons à les fêter chaque année à pareil moment.
Ma’ Stewart, c’est un être d’une générosité sans fond et qui ne regarde jamais à l’argent… surtout quand ce n’est pas le sien. 
Et quand ce n’est pas le sien, c’est forcément TOUJOURS celui de sa fille Jenny.
Ben oui, il fallait bien qu’il y eût un os dans la moulinette  -- je n’ose dire « une couille dans le potage », ce n’est pas du tout le style de la maison !--
Alors bon, la petite Jenny, on peut comprendre qu’elle soit devenue un peu châtaigne avec les années.
Vous avez déjà essayé, vous, de faire un câlin à une caisse enregistreuse ?...
 D’accord, ça fait « ding ding » -- ce qui amuse toujours les enfants --, mais pour les longues soirées d'hiver, c’est d'un contact un peu froid et rugueux.


Madame Stewart mère
(photo non-contractuelle)

Le pire, c'est qu'en plus de ses acrobaties financières -- comme disait si bien ce puits de bon sens qu'était feue ma mère-grand : "Il lui manque toujours 6 sous pour faire le franc" --, Ma' Stewart est coupable d'une indélicatesse autrement plus grave.
Non contente de voler de la façon la plus éhontée à Miss Crawford toutes les scènes qu'elles partagent (ce qui n'est pas un mince exploit), Marjorie Rambeau/Ma' Stewart enfoncera encore un peu plus le clou dans l’abcès en "chipant" la seule et unique nomination aux Oscars, au nez de sa vedette principale !
Mafia, empoisonnement ou accident de chasse : Crawford n'aurait jamais dû la laisser sortir vivante de leur première rencontre sur le plateau de "Laughing Sinner", 20 ans auparavant !

Crawford aurait dû la noyer à ce moment-là !

En plus -- pour notre plus grand plaisir --, elle a une façon imparable de soutirer des pépettes à sa superstar de fille.
Non que sa technique soit d'une subtilité folle, mais il faut au moins reconnaître que ça à l'air efficace.


Et comme cela semble marcher à tous les coups, on ne va pas se casser la tête pour changer une formule qui fonctionne... et qui rapporte !


Bon, à la décharge de Ma' Stewart, on pourra noter qu'elle n'est pas la seule à être un peu vorace, mais que toute la smala semble au diapason : ce n'est plus une famille, mais un banc de piranhas !


* "Lauging Sinner" qui, amusante coïncidence, est tiré d'une pièce montée à Broadway, et qui s'appelait justement... TORCH SONG -- bien qu'il n'y ait aucun rapport avec notre film du jour.