"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



vendredi 5 octobre 2012

BZZZZ, BZZZZ, BZZZZ...


Once Upon a Flop #3
par Valentine Deluxe

Le cénacle on ne peut plus fermé des grand cerveaux qui cogitent à la traduction des titres de films à distribuer dans l’Hexagone, a-t-il jamais enfanté idée plus foudroyante et prophétique que celle qui permit de baptiser, dans la langue de Molière, ce qui était censé s’annoncer comme LA superproduction de l’année 1978 ?
Quand Irwin ALLEN choisit d’intituler sobrement le dernier-né de son usine à désastres -- lui dont la sobriété n’avait pourtant jamais été la vertu cardinale -- par un The Swarm des plus concis (traduction littérale : « L'Essaim »), les distributeurs français l’affublèrent d’un nom diantrement plus approprié -- et nous ne saurons jamais s’ils ont voulu faire œuvre de second degré --, à savoir, L'Inévitable catastrophe !… Car inévitable, cette catastrophe ne pouvait que l’être !


La formule avait été lancée avec fracas par Monsieur ALLEN en 1973 avec L'Aventure du Poséidon, et bétonnée deux ans plus tard par la Rolls-Royce du disaster movie, le célébrissime et multi-oscarisé La Tour infernale.
Mais à force d’user des mêmes ficelles dramatiques à chaque nouvelle production, celles-ci finirent par s'élimer et par lasser, inévitablement.
Au final, le film fut non seulement la risée des critiques, mais aussi -- et c’est déjà plus embêtant -- des quelques rares spectateurs à s’être aventurés dans les salles, d’où il fut retiré après une exclusivité foudroyante d’à peine 15 jours.
Ce fiasco fracassant s’avéra au final une opération tellement humiliante pour Irwin ALLEN, qu’il  refusa jusqu’à son dernier souffle ne serait-ce que de prononcer le titre du film maudit !
On peut même estimer qu’il constitue le premier chapitre d’une improbable Trilogie de l’Infamie pour le producteur chevronné, les deux autres étant les tout aussi cornichonesques et déficitaires Le Dernier secret du Poséidon (également avec Michael CAINE, décidément fort mal inspiré à l’époque dans le choix de ses scénarios) et Le Jour de la fin du monde (qui s’avéra être aussi celui de l’empire allenien). (Note de BBJ : Ce jour-là, il devait l'avoir mauvaise, Allen... "Mauvaise haleine"... Euh, je m'éclipse...)

Et pourtant, tout avait commencé sous les meilleurs auspices.
Croyant pouvoir enrayer, au moyen d'une inflation de nouvelles menaces, l’érosion notable des recettes obtenues par les dernières productions du genre, le brave Irwin était sûr de tenir là, à nouveau,  la clé des cimes du box-office.
Pensez donc : en plus de jouer avec une des grandes phobies de l’époque (à savoir l’invasion d’un gigantesque essaim d’abeilles tueuses aux USA), ALLEN fit en sorte que nos butineuses -- ça sonne comme le titre d’un film de Lucien HUSTAIX, ça (1) -- entraînent une cascade de cataclysmes qui, théoriquement du moins, auraient dû combler la soif de destruction des petits Néron anonymes peuplant les salles obscures de l’époque.
Car en sus des attaques de notre escadron de la mort sur les populations locales, nous avons droit à (excusez du peu...) :
- Un déraillement de train.
- L’explosion d’une centrale atomique (si quelqu’un pouvait m’expliquer pourquoi l’irruption d’un essaim d’abeilles dans une centrale fait automatiquement et instantanément exploser celle-ci ?...)
- Et, last but not least, l’incendie de Houston (non, pas la diva cocaïnomane -- paix à son âme ! --, mais la capitale du comté de Harris, Texas ! )

Valentine, quant à elle, profite de l'horrible invasion pour se faire tailler un maillot de bain...

Seulement voilà, toutes ces belles intentions ne se retrouvent que sur le papier du scénar.
Au final, malgré les 15 millions de $ dont est censé avoir bénéficié le film, le All Stars Cast, loin du glamour  impeccable de La Tour infernale, ne rassemble ici qu’une poussive pléthore de has-beens en mal de cacheton.
Oui, je sais, je suis très très méchante là, car nous disposons quand même de Michael CAINE, Richard WIDMARK, Olivia de HAVILLAND, Henry FONDA, José FERRER (dans une apparition à la limite de l’image subliminale), Richard CHAMBERLAIN, ainsi que de deux madones de MEIN CAMP, Lee GRANT et Patty DUKE-AUSTIN.
Mais les pauvres, déjà pas au top de leur célébrité à l’époque, doivent composer avec quelques-uns des dialogues les plus crétins jamais entendus. Et en l’absence d’une quelconque direction d’acteurs -- Irwin ALLEN étant sans doute trop affairé à essayer de maintenir son essaim dans le cadre --, ils nous livrent pour l'occasion les prestations les plus catastrophiques (sans jeu de mots) de leurs glorieuses carrières.

Intermède musical (avec le "grande" artiste Bourvil, qui ne faisait malheureusement pas partie du casting...) 


Au vu de ce budget des plus confortables, nous étions au moins en droit d’attendre de spectaculaires scènes de destruction -- marque de fabrique des précédentes productions Irwin ALLEN pour le grand écran. Eh bien, de ce côté là aussi, bernique ! Non seulement ces moments de bravoure sont surtout de fabuleux moments de bavures, mais le scénario est tellement mal fagoté et lâche aux entournures, qu’ils génèrent immanquablement des crampes olympiques de côté des zygomatiques.

Le responsable des effets spéciaux prépare la destruction d'un immeuble de 15 étages...

Comme disent les saintes écritures : « C’est ici qu’il faut de la finesse » (Apocalypse 13:18).
Car moi, gourmande comme je suis, je vous refourguerai bien le bidule en version intégrale !
Et quand je dis « intégrale », il faut savoir que le film fut sagement distribué en salles dans une copie de 115 minutes, alors que le DVD nous régale maintenant d’un improbable director’s cut de plus de 2h35 de bonheur pur !... C’est dire si le choix va s’avérer cornélien pour vous extraire « le miel de la félicité » de cette petite merveille.
Alors, filons dare-dare (oui, excusez-moi, j’ai pas pu résister !) regarder ce petit « best of the worst » que je vous ai amoureusement concocté.
Tout d’abord, la phrase-culte !
Pourquoi Olivia De HAVILLAND -- deux oscars de la meilleure actrice au compteur -- n’a-t-elle pas reçu une ultime statuette pour ce caméo ébouriffant, cela restera l'un des grands mystères de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences !... Après l’éviction de Gloria SWANSON au profit de Judy HOLLIDAY en 1950, et celle de Judy GARLAND décoiffée au poteau par la poivrote de Monaco (aka Grace KELLY) en 1955, voilà une injustice de plus à mettre sur le compte de cette glorieuse institution.
Injustice, nous allons le voir, on ne peut plus... criante !



Autre particularité de ce chef-d’œuvre conspué par la conjuration des imbéciles : toute personne se faisant piquer par nos petites Maya furibondes, commence à voir des abeilles géantes à tout bout de champ.
Que ce soit l’horripilant gamin « je-sais-tout » (un grand classique des films catastrophes, avec l’indispensable "Mamie-qui-claque-à-l’avant-dernière-bobine" (2)), comme ici..



... ou bien, encore mieux, les crises de délirium d’une Katharine ROSS qu’on supputerait remplacée par son double robotique de Stepford, tant sa contre-performance (sans doute due a une consommation excessive de Xanax durant le tournage du biniou) atteint des sommets dans le genre "somnambulisme  cinématographique" .




On notera également au passage la cocasse propension d’Irwin ALLEN à toujours vouloir faire crier ses vedettes féminines… au ralenti !
Et pour la fin, Richard WIDMARK a aussi droit à son grand moment d’infamie, dans ce qui devait théoriquement être LE clou du film : l’incendie de Houston, Texas ...
Oui, que je vous raconte : cet incendie, c’est le moyen imparable que l’armée (jamais à une idiotie près) a trouvé pour se débarrasser de l’essaim.
Il faut les voir foutre le feu partout à grands coups de lance-flammes… même dans les immeubles qu’ils sont encore en train d’occuper !!!
Mais Irwin ALLEN aurait-il été trop généreux sur le budget cantine ? Toujours est-il que ce « grand » moment se limite en tout et pour tout à trois bouts de façades en flammes dans le back-lot de chez Warner, et à ceci :



Eh oui, vous avez bien vu l’incendie de Houston : un bout de photo découpée avec des bougies derrière, entraperçu au travers d’un store vénitien !
Même l’incendie de Moscou dans le Napoléon de GUITRY est plus spectaculaire (c’est tout dire !)...
Si ce n’est pas de la bravoure, ça !
Et puis, là aussi, cette phrase culte (que je ne peux m’empêcher de vous bisser) :





(1) L’immortel auteur de l’inénarrable  trilogie paillarde de l’ère Pompido-Giscardienne, composée de Les Jouisseuses, Les Caresseuses et Les Tripoteuses.

(2) Ce que j’ai très finement baptisé « the Shelley Winters’ syndrom ».

lundi 3 septembre 2012

LES BONNES COPINES DE VALENTINE # 2 : Edna

par Valentine Deluxe

Tant pis si vous croyez que je n’ai que des gardes-chiourmes dans mon phalanstère, mais après ma bonne amie Harper, il faut que je vous parle d’Edna.
Edna, c’est une crème ! Là-dessus, le doute n’est pas permis... mais une crème du genre « riche », une crème tout au beurre...
Pour se présenter à vous, elle arbore les traits rieurs, les courbes avenantes et la croupe charolaise d’une ex-étoile de l’écurie d'Andy WARHOL : la bien nommée Pat AST. (Note de BBJane : Ah, c'est donc d'elle que vient la célèbre expression : "Pat Ast au beurre" !)
Vous l’aurez sans doute compris, ma copine Edna n’est pas du genre à passer entre le mur et l’affiche sans décoller cette dernière. Comme on dit chez nous : « Il vaut mieux l’avoir en photo qu’en pension ! ». 


Une Pat Ast orientalisante (par Patrick NAGEL)

Pour le reste, Edna et Harper, Harper et Edna, c’est chou vert et vert chou ; il faut avoir l’esprit vif et l’œil aux aguets pour ne pas se mélanger les pinceaux. Même métier -- « vocation » devrais-je dire --, mêmes méthodes -- qui peuvent être expéditives le cas échéant (et le cas échoit assez souvent, il faut bien le dire) -- et même physique jovial, tout en rondeur et bonhommie. Si on n’y regardait pas à deux fois, on pourrait aisément les confondre.
Mais attention !… En dépit de son bon caractère et de son air affable, faudrait voir à pas trop se foutre de la bobine d'Edna. Car elle peut aussi avoir ses humeurs, et au vu de son gabarit, qui que vous soyez, vous ne faites définitivement pas le poids !

 Harper (Hope EMERSON) et Edna (Pat AST)

Allons donc visister cette Reform School Girls où sévit Dame Edna.
Ce pur produit d’exploitation fut consciencieusement mis en image en 1986 par le très fréquentable Tom DeSIMONE, avec pour seule ambition de surfer sur les derniers succès des « WIP » (acronyme qui, je ne vous apprendrai rien, désigne les  films de prisons pour femmes -- Women In Prison...)
Révisant pour l’occasion les grands classiques du genre, DeSIMONE, a visiblement été très marqué (ou inspiré) par l’indispensable Caged de John CROMWELL (...où sévissait précisément ma bonne amie Harper).
Soulignons au passage que ce cher DeSIMONE est aussi célèbre pour avoir été l'un des pionniers du porno gay, où il a gaillardement œuvré -- modeste et laborieux, mais toujours prêt à bien faire -- pendant 2 décennies ! *


Bon, maintenant, n’oubliez pas : quand vous pousserez la porte du bureau de la môme Edna, essuyez-vous  les pieds, baissez les yeux, et dites bien « Bonjour, Mme Edna »… sinon elle pourrait se formaliser, et je ne voudrais pas qu’il vous arrive des bricoles !



Et si vous le permettez, j’aimerais laisser à monsieur Léon Labbé, chapelier et serial killer de son état, le soin de conclure cette rubrique

* Si une bonne âme avait d’ailleurs une copie de son Sons of Satan, tourné en 1973, avec un vampire sodomite, et que je recherche éperdument pour des raisons strictement cinéphiliques, elle peut nous l’envoyer au bureau de la rédaction (sous pli discret).

vendredi 10 août 2012

LES BONNES COPINES DE VALENTINE


par Valentine Deluxe

Valentine a des relations, la cause est entendue.
On ne mène pas une carrière internationale, qui vous conduit du chapiteau de la Fête de la Fricassée de Vaux-sous-Chèvremont aux illustres planches du Salon Communal de Stockay-Saint-Georges (où elle fut « vedette américaine » lors des adieux du célèbre duo de pétomanes, Frigolite et Frigolo) sans frayer avec une brillante élite, barbotant dans les eaux opalines du bon goût et de la distinction.

Le chapiteau de la Fête de la Fricassée

Mais Valentine, lors de ses glamoureuses pérégrinations, s’est aussi fait des amis, des vrais. Pas de ceux que le vent emporte ! Non, des amis avec un A majuscule, de la race des seigneurs, des cadors, des épées, de ceux qui durent, de ceux qui restent (voire qui s’incrustent, mais ça, c’est une autre affaire...)
Ne prenez que notre illustre rédactrice en chef par exemple, la somptueuse  BBJane Hudson, étincelante et toujours  digne, malgré son angiome, ses ulcères variqueux et son arthrite déformante : à chacune de nos rencontres, nous sommes comme larronesses  en foire !
Pas question pour nous de manquer l’ouverture de la célèbre quinzaine du blanc d’Aniche (Chez Mlle Patin, qui tient l’épicerie-PTT-blanchisserie-cabinet dentaire de la glorieuse cité), ou les après-midis « Loto » organisés tous les premiers dimanches du mois par l’AARP (Amicale Anichoise des Rescapés du Phylloxéra), dans l’arrière-boutique de ladite demoiselle.
Et on peut même passer des soirées entières  à échanger nos petits secrets culinaires :
  
–  Tu les fais comment, toi, tes macaronis à la cassonade?
–  Ben, je commence par cuire mes macaronis.
–  Ouiiiiii….. ?
–  … et puis je mets la cassonade.
–  Ahhhhhh !… c’est donc ça !...
 
 L'Amicale Anichoise des Rescapés du Phylloxéra

Mais bon, il n’y a pas que des vedettes de la pige, des virtuoses du porte-plume dans ces relations, non.
Parmi les bonnes copines de Valentine*,  il y a aussi des gens « simples »… Je veux dire des gens « de tous les jours », avec leurs soucis, leurs joies et leurs peines, comme vous et moi (enfin, surtout vous...)
Laissez-moi donc vous présenter ma tendre amie Harper.
Une force de la nature cette Harper !… Sous un aspect un peu rugueux, pour ne pas dire carrément châtaigne, cette femme est une crème d’homme ! Dévouée corps et âme à son métier, qu’elle a embrassé avec la force et la conviction des plus belles vocations. Son truc, ce sont les brebis égarées... La délinquance – juvénile ou sénile – n’a plus de secret pour la dame.
C’est plus fort qu’elle, dès qu’elle croise la route d’une fille perdue, faut qu’elle la remette dans les ornières de la droiture et de la vertu, à grands coups de pompes dans l’oigne s’il le faut – mais on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs !

 Harper

C’est qu’il en faut de la patience et de l’abnégation pour tirer ces sales petites teignes du ruisseau fangeux où elles barbotent sans vergogne avec la plus crasse complaisance!
Heureusement, pour y parvenir, ma copine Harper a un truc bien à elle, un joujou extra qui fait crac-boum-huuuue, ayant fait ses preuves depuis la nuit des temps, avec toujours les mêmes résultats imparables : le régime de la terreur !

 La musique assouplit l'Harper

Allons donc la rejoindre et voyons comment elle s’y prend pour bien faire comprendre à ces pisseuses qui est le chef dans c’te foutue taule ! 



* Vous avez vu cette habileté à placer le titre de la rubrique dans le corps du texte ??? … Un peu comme dans ces pièces de boulevard poussives où s’épuisent d’ex-étoiles filantes de la télé réalité, et où un personnage secondaire vous recase toujours le titre de l’œuvre au dernier moment, juste avant le tomber de rideau.

dimanche 29 juillet 2012

BOYS! BOYS! BOYS!

Les vidéos de Valentine

Nous y voilà !...Vous avez été  bien sages et surtout bien patients, voici le moment tant attendu !
Plus excitant que l’horripilant pensum olympique de Mister Boyle, et  produit pour la moitié du quart du millième  du budget « cure-dent » de l’ouverture des JO : la nouvelle superproduction des studios Valentine Deluxe (Ltd) !

… et foin de vieilles buses ménopausées cette fois !… Du mâle, du vrai, du beau, du labellisé « 100% testostérone » !
Bon d’accord, j'avoue:  ils ont  comme on dit… « un genre »
Les mauvaises langues vous diront même, que peut être – et je dis bien  peut-être - certains de ces messieurs « en seraient » !
Mais s’il fallait croire  tous ces persiflages, la  Baronne Cooreman (aka "Tata Yo-Yo") boufferait les pissenlits par la racine, et les hôtesses de votre blog préféré seraient... des hommes ! 
C’est vous dire s’il faut se méfier - avec la dernière énergie - de ces odieux ragots.

Le véritable visage de BBJane Hudson et Valentine Deluxe 
(selon de perfides calomniateurs!)

Pour finir, nous voudrions dédicacer tout particulièrement cette nouvelle fantasia, à notre chère amie Maria Rohm-Towers, qui se trouve être la seule (et éblouissante) présence féminine de ce dernier opus.
Sur ce, je la boucle et je vous laisse mater les « biches » !


jeudi 28 juin 2012

FRENCH CAMP

par Valentine Deluxe

Dans la masse dense et touffue des échanges épistolaires auxquels vos hôtesses chéries se sont livrées avant d’ouvrir c’te foutue boutique, vint très vite cette angoissante question :
"Y a-t-il un cinéma Camp franco-français ?"
Le débat ainsi lancé fut rapidement clôturé pour cause de pugilat sanglant, d’échange d’épithètes aussi ordurières que cocasses, et finalement par manque de munitions.
Cette guerre soeuricide me serait sortie de la tête depuis belle lurette si je n’avais redécouvert la petite merveille dont je vais présentement vous parler.

"Existe-t-il un Camp français ?" (Choisissez votre... camp !)

A la base, il y a comme un petit parfum de madeleine proustienne.
De vagues souvenirs d’un film vu à la belle et lointaine époque des trois chaînes nationales (dont la première, pour d’obscures raisons techniques, n'était captée à la maison qu’en noir et blanc !) émettant moins de 12 heures par jour.
Que restait-il de cet incunable dans ma mémoire ? Des bribes, des miettes, des effluves !
Jugez-en : des enfants sacrifiés à quelque culte diabolique et enterrés de nuit dans de brumeux cimetières, des gâteaux empoisonnés, des séances de torture, des messes noires, et des bûchers à foison! Faut-il s'étonner que cela ait impressionné la fillette que j’étais alors !

Valentine, fillette impressionnable devant sa télé...

35 ans plus tard donc, à force de patience et de recherches, j’ai non seulement pu identifier le film, mais -- Hosanna au plus haut des cieux ! -- j’ai également réussi à me le procurer, à le visionner, et à le découper en petits morceaux pour votre plus grand plaisir, enfin d’en extirper la substantifique moelle ! 
(Ici, pour le bien et la concision de ma chronique, il va me falloir pratiquer une ellipse salvatrice. KUBRICK sautait 40.000 mille ans grâce à une mâchoire de phacochère expédiée dans la stratosphère, moi je me contenterai modestement d’un point à la ligne... Attention ! …Voilà c’est fait...)


Cet obscur objet du mien désir, qui m’a hantée pendant des décennies, était donc un film injustement oublié de Henri DECOIN : L'Affaire des poisons.
Au vu de son générique, vous admettrez sans peine que cette amnésie est assez inexplicable, car non seulement le film est excellent, mais il possède en plus une affiche absolument scintillante.
Basée sur la fameuse saga judiciaire qui secoua la France du Roi Soleil jusque dans ses plus hautes et nobles sphères, l’œuvre installe en haut de l’affiche Danielle DARRIEUX en pathétique Marquise de Montespan, prête à toutes les vilénies pour reconquérir l’affection -- et plus si affinités -- de l’éblouissant despote (que nous ne verrons jamais que de loin, histoire que son éclat ne nous provoque pas un décollement de la rétine.)


Mais pourquoi diantre parler de ce film ici ?
Plutôt que de me justifier par un long discours, je vous propose simplement cet extrait, où, en plus de la DARRIEUX, vous découvrirez celle qui -- plus que toute autre raison -- justifie la présence de ce diamant noir (bon, allez, d’accord : un vieux strass passé au brou de noix...) dans nos colonnes : la divine et outrageusement Camp (j’ose le mot) Viviane ROMANCE !
Jadis abonnée aux emplois de femmes de petite vertu, voire de mauvaise vie, l’ex-vamp des années trente trouve ici l'un de ses derniers grands rôles, et nous rappelle au passage combien l’oubli dans lequel elle se trouve aujourd'hui confinée est aussi injuste qu’incompréhensible
Le trait alourdi (ne disons rien de sa silhouette), elle reste néanmoins absolument parfaite dans le  rôle de la reine des empoisonneuses, la maléficieuse Catherine DESHAYES, dite « La Voisin ».

Le personnage et son interprète : une ressemblance qui saute aux yeux...

Et pour l’occasion, elle adopte ce registre que j’adule  plus que tout : celui de la cabotine murmurante... C’est qu’il en faut, du talent, pour réussir à en faire des tonnes sans gesticulation intempestive, sans haussements de sourcils ravageurs et autres roulements d’yeux  menaçants.
Impériale dans la fausse sobriété, préférant le persiflage chuchoté aux éclats de voix, elle est merveilleusement aidée, convenons-en, par les irrésistibles mises en bouche du dialoguiste Georges NEVEUX, dont je vous propose incontinent (notez au passage mon incomparable sens de l’enchaînement !) de découvrir l'un des plus succulents morceaux :



mercredi 13 juin 2012

GRIMPE LA-DESSUS, TU VERRAS MONTMARTE !


"Vous voyez ce qu'il veut dire, mademoiselle Skeffington ?..." #1
par Valentine Deluxe

Mes enfants, l’heure est grave !
Je vais vous demander un petit instant d’absolue franchise, aussi furtif qu’un pet de lapin, mais qui ne pourra souffrir la moindre esquive vers la bien commode et diplomatique hypocrisie, celle-là même qui nous sauve la mise plus souvent qu’à notre  tour dans c’te foutue chienne de vie.
« Tu aimes ma nouvelle robe ?... »
« Tu ne trouves pas que j’ai un peu grossi ?... »
« Il est bon mon gigot ?... »
Qui d'entre nous n’y est jamais allé de son petit mensonge blanc devant ces questions-pièges, ces suppliques aux accents de désespoir, formulées avec des yeux de poney diabétique par des copines dépressives, toujours à deux doigts d’ouvrir le robinet du gaz ?

 "Tu aimes ma nouvelle robe ?... Tu ne trouves pas que j'ai un peu grossi ?..."

Eh bien pourtant, moi qui vous parle (enfin, « qui vous écris »), je vous demande -- une fois n’est pas coutume -- d’abandonner le tact et la conciliation pour la vérité la plus brutale et la moins fardée.
Approchez-vous et regardez-moi dans le blanc des yeux (que j’ai un peu jaune, suite à l’excès de spiritueux frelaté dont nous faisons grande consommation dans les bureaux rédactionnels de votre blog préféré), et avouez donc : en lisant mes interminables phrases de 17 lignes sans respirations ni points-virgules, devant mes métaphores brumeuses, ou face à mes associations d’idées saugrenues, lequel d’entre vous ne s’est jamais demandé : « Mais qu’est-ce qu’elle raconte ???... »
Hein ???
Hein, dites ???
Hein qu’c’est vrai ???
Oui ?
… OUI !?!
Ah, bougres de p’tits salopiaux ! Y a pas fallu vous pousser beaucoup pour que vous glissiez dans l’odieux et l’infâme!

En même temps, je l'avoue le front bas et le menton tremblant : vous n’avez pas tout à fait tort. Il est vrai que parfois, mon style quelque peu ampoulé et mes envolées lyriques ne rendent pas ma pensée aussi limpide, mon propos aussi immédiatement déchiffrable que je l’aurais souhaité. « Abondance de biens… », dit-on !
Mais vous allez voir que je ne suis pas la seule dans ce cas… Car enfin, et c’est là le but caché de cet interminable préambule (également une autre des mes marques de fabrique), nous sommes ici pour inaugurer une rubrique !
Une nouvelle rubrique donc, entièrement dévouée à ces obscures figures de style qui, au détour de l’une ou l’autre petite gâterie cinématographique, nous font toujours nous gratter la tête avec incrédulité, en nous demandant si nous n’aurions pas loupé quelque chose, un sous-texte, un message, voire une cochonceté voilée sous la prose la plus amoureusement fleurie.

Une cochonceté voilée... 

Pour illustrer mon propos, découvrons un morceau -- de bravoure ! -- d’une de ces petites merveilles que je n’aurai sans doute jamais connues sans l’extraordinaire érudition de ma copine de pige, l’indispensable, l’irremplaçable, l’inestimable Mlle BBJane Hudson en personne (pour ne pas la nommer, et sous vos applaudissements nourris).
La pépite en question ? Susan Slade, un des ces sublimes mélodrames dont le cinéma américain des années 50/60 avait le secret, tout en Technicolor sirupeux, en pose affectée et en intrigue tout droit sortie d’un roman-photo pour midinettes.
Ce qui sauve souvent (toujours ?) ces films de la dernière médiocrité, où aurait pu les entraîner le matériau de base, c’est l’extraordinaire professionnalisme de la machinerie. Dans le cas de ce film de Delmer DAVES, si la mayonnaise prend malgré la saccharine, c’est d’abord par la grâce d’une distribution ébouriffante de conviction et absolument parfaite, depuis les vieux briscards (Dorothy McGUIRE, Lloyd NOLAN, Natalie SCHAFER) jusqu'aux jeunes pousses (le craquant minois de Connie STEVENS, ce grand échalas de Troy DONAHUE).


Ajoutez à cela l’absolue perfection de la photographie et de la direction artistique, dont le bon goût calculé se retrouve dans le plus anodin des décors -- il ne nous viendrait jamais à l’idée de vouloir changer le moindre bibelot, tant tout n’est que recherche et harmonie.
Bref, un sans faute, quoi !
Et dans cette histoire incroyablement nunuche d’une oie blanche -- irrésistible  Connie STEVENS -- qui se retrouve fille-mère (so shocking !) après s’être fait allégrement culbutrousser par le premier godelureau croisé sur le transatlantique qui la ramène au pays (so chic !), le metteur en scène, par toutes les qualités précédemment citées, arrive à élever l’historiette de départ jusqu'à des sommets rien moins qu’opératiques.
Et puisque nous parlons de cimes et d’altitude, rencontrons sans retard celui par qui le scandale arrive, et voyons ce qu’il va raconter pour emballer la petit dinde qui vient de tomber dans ses filets de grand prédateur vorace.


Alors, peut être Mademoiselle Tessa Skeffington pourra-t-elle nous éclairer sur le sens caché de cette puissante démonstration ?