"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



samedi 30 mars 2013

JOYEUX ANNIVERSAIRE!

Par Valentine Deluxe

Chères meincampiennes, chers meincampiens, aujourd’hui est un jour à marquer d’une pierre blanche !
En effet, BBJane Hudson et moi même -- distraites que nous sommes, et mon dieu que le temps passe vite quand on s’amuse ! --, nous venons de nous apercevoir que notre bébé chéri, la chair de notre chair, notre blog bien-aimé, va fêter ce week-end son troisième anniversaire!


Regardez moi ça,  j’en suis toute émue ; pour un peu j’en ferais couler mon rimmel, si je n’utilisais une mixture maison tout ce qu’il y a de waterproof, à base de mortier de chaux et d’encre de chine... Résultats garantis !

Or donc, profitant de l'occasion, votre Valentine va clôturer cette semaine pascale rien moins que polaire en vous  apportant un peu de chaleur et de réconfort jusqu’au cœur de vos chaumières humides et  glaciales.
Et oui, Valentine a décidé de mettre les petits plats dans les grands pour cet anniversaire, et de vous offrir rien moins qu’un scoop en exclusivité intersidérale !

Ne venez pas dire après qu'on ne vous a pas gâtés pour vos Pâques !

Je ne sais pas vous, mais moi je me suis toujours demandée si Albert Simon avait un physique en rapport avec sa célèbre voix ? 
Albert Simon ? 
Le monsieur météo d’Europe numéro un !  (« Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans… », blablabla !) 
Celui qui avait une voix de Bosniaque bègue avec des nodules sur les cordes vocales comme des testicules de taureau ; à faire passer Haroun Tazieff pour Maria Callas !

 Le doute n'est plus permis: 
Albert Simon avait bien la voix de son physique !

Eh bien, je sais que pour beaucoup d’entre vous, Valentine Deluxe, c’est un  peu pareil  -- encore qu'elle n'ait pas de testicules de taureau, ni sur les cordes vocales, ni ailleurs ! --, enfin c'est pareil, mais dans l’autre sens… je ne sais pas si je suis bien clair  là ?
Bref, à l’inverse d’Albert Simon, Valentine, vous savez à quoi elle ressemble :
Soit vous suivez ses aventures sur FaceBook, soit vous regardez dans l’onglet de droite, et c’est la dame très élégante, mais fort maquillée, qui s’étrangle avec son sautoir.
Alors, la grande question métaphysique du jour : 
A l'instar d'Albert Simon, Valentine a-t-elle la voix de son physique ? 

 Valentine Deluxe passera-t-elle l'épreuve du parlant ?

Eh bien, levons l’épais  voile de mystère qui reposait sur 50% de l’équipe rédactionnelle de Mein Camp, et allons voir comment c'est qu’elle cause, la gueuse !
Pour ce faire nous allons suivre la méthode "Avant-Après".
Vous êtes prêts ?

Bon, phase numéro 1 :
Reportons nous à l’article suivant, publié dans les colonnes de Mein Camp voici un certain temps déjà… Ça va, vous avez lu en essayant d'imaginer dame Valentine, récitant cette prose puissante avec son organe de stentor? 



"Ceci n'est pas un organe de stentor"

Maintenant, essayons de voir ce que ça donne en direct-live "and glorious 2D" ! 
Rendons-nous donc dans un haut lieu de la vie culturelle bruxelloise, le célèbre -- certains disent « légendaire » -- Théâtre de la Toison d’Or, ou sous son appellation la plus repandue, le TTO.
Nous sommes le samedi 02 mars, en pleine représentation de « ABOMINABLES », et entre une perfidie de Mlle Irène de Langelée et une chanson à boire de Fräulein Peggy-Lee Cooper, votre Valentine apporte son grain de sel personnel, sa pierre à l'édifice, avec sa délicieuse rubrique:

« La minute de bon sens ! »

Attention, voici venu un grand, GRAND, TRÈS GRAND moment d'émotion! (non dépourvu de fourlaches, bafouillages et autres bévues, mais que voulez vous : c'est la magie du "direct" ça !)

mercredi 27 février 2013

THE BALLAD OF TAM LIN (Roddy McDOWALL, 1969)


par BBJane HUDSON


(Attention ! Nombreux spoilers...)

Unique réalisation du comédien Roddy McDowall, enfant-star des années 1940 puis second rôle fétiche de la science-fiction et de l'épouvante, The Ballad of Tam Lin est une œuvre atypique et incomprise, présentant tous les attributs du film maudit. La banqueroute de son producteur, la Commonwealth United, retarda de deux ans sa distribution ; son nouvel acquéreur, l'A.I.P., le remonta sans consulter McDowall et le lança comme un film d'horreur dans le circuit des drive-in sous le titre The Devil's Widow. Or, non seulement Tam Lin n'entretient avec l'épouvante qu'un rapport réticent, mais il manifeste des ambitions artistiques, poétiques et expérimentales peu courantes dans le cinéma d'exploitation.



Bien qu'inspiré d'une célèbre légende écossaise, il en évacue les éléments fantastiques et la transpose dans le cadre réaliste de la fin du swinging London, ne retenant que ses aspects romantiques et élégiaques. Si le film dispense une réelle étrangeté, elle tient davantage aux options de mise en scène qu'à la teneur surnaturelle d'une intrigue qui, sur le papier, relève du mélodrame classique (un fort parfum d'eau de rose subsiste dans plusieurs scènes). Difficilement classable, l'œuvre passe de l'esthétisme contemplatif à l'exubérance Pop, du folklore rural gentillet à l'angoisse et au suspense. Elle repose enfin sur une figure féminine et un argument propres à la hagsploitation, tout en gardant certaines distances avec le sous-genre.


La légende originale raconte la captivité d'un humain, Tam Lin, par la Reine des Fées, et sa libération grâce à une jeune fille éprise de lui. Parmi d'innombrables variations littéraires, McDowall et le scénariste William Spier retinrent le poème de Robert Burns (1759-1796), dont des extraits mis en musique émaillent ponctuellement le film. La Reine des Fées devient ici Michaela (dite Micky) Cazaret (Ava Gardner), une femme immensément riche qui, pour tromper son vieillissement, s'entoure d'une bande de jeunes gens qu'elle entretient fastueusement. Parmi eux, elle élit périodiquement un amant attitré. Tom Lynn (Ian McShane) est le dernier en date, secrètement jalousé par Oliver (David Whitman) qui aimerait prendre sa succession. Lors d'un séjour de la troupe dans le manoir écossais de Micky, Tom s'éprend de Janet Ainsley (Stephanie Beacham), fille du vicaire local. Elroy (Richard Wattis), le secrétaire particulier de Micky, informe le jeune homme du funeste destin des précédents favoris de sa patronne : tous ont péri dans des accidents de voiture après avoir voulu se détacher d'elle. Quand Tom annonce à Micky qu'il est résolu à la quitter, elle lui octroie sept jours de répit à l'issue desquels elle promet de le tuer. Ayant appris que Janet est enceinte, Tom lui demande de garder l'enfant et décide de leur départ pour Londres. Alors qu'il s'apprête à partir, il est kidnappé par ses anciens compagnons et conduit au manoir. Micky le force à avaler du LSD puis à fuir en voiture avec la meute de ses protégés à ses trousses. Rejoint par Janet, Tom parvient à atteindre les marais où se poursuit une éprouvante chasse à l'homme, compliquée d'hallucinations dues à la drogue. Il réussit à vaincre ses visions et à survivre à la traque. Micky, constatant l'échec de son plan, lui laisse la vie sauve et regagne Londres avec son nouvel amant, Oliver.


Grand admirateur et ami d'Ava Gardner, McDowall souhaitait composer un hymne visuel à sa beauté. Celle-ci commençait à se faner en 1969, comme s'en souvient le chef-opérateur Billy Williams dans une interview accordée au site « Web of Stories »1 : à 47 ans, l'interprète de Pandora (Albert Lewin, 1951) portait les stigmates d'une vie agitée, et Williams dut se montrer extrêmement vigilant dans le choix des angles et des éclairages, particulièrement lors du tournage en extérieurs, où la lumière naturelle est plus révélatrice des altérations de l'âge. Rendre hommage à une diva de l'écran à l'heure où sa splendeur s'étiole, et ce par le biais d'une histoire traitant précisément du refus obstiné du vieillissement, est une démarche Camp qui n'étonne pas de la part de l'homosexuel fasciné par le glamour hollywoodien qu'était Roddy McDowall.
Il entoure le personnage de Micky Cazaret d'une aura mythique et sulfureuse, dissimulant les éléments de son passé ainsi que l'origine de sa fortune, et entretenant l'incertitude sur son âge réel. Bien que consciente de son vieillissement (
« Tu vieillis chaque année, moi je vieillis chaque sordide seconde », dit-elle à Tom), elle fait plusieurs fois allusion à son immortalité et laisse entendre qu'elle est beaucoup plus âgée que quiconque ne l'imagine. C'est sans doute ce qui incita certains commentateurs à parler du personnage comme d'une sorcière ou une déesse maléfique ayant pris forme humaine, alors que ni le scénario ni les dialogues ne fournissent d'indications sur ce point. Son assimilation à la Reine des Fées n'a qu'une valeur symbolique, et seule l'extrapolation permet de voir en elle autre chose qu'une richissime mythomane au narcissisme maladif.


La seule société qu'elle tolère est la communauté de post-adolescents vaguement hippies qu'elle tient sous sa dépendance financière et œdipienne. Elle les surnomme tantôt ses « enfants », tantôt ses « créatures », les enjôle ou les gronde, les favorise ou les répudie telle une mère abusive à l'amour captatif. Elle les pousse constamment à la transgression, mais veille à ce que celle-ci ne vise jamais son autorité. L'idolâtrie qu'elle leur réclame compense ses insatisfactions affectives et son angoisse face à l'âge et la déperdition de ses charmes. Cette idolâtrie n'est qu'une manifestation mensongère de la vénalité de ses « enfants » ; ils jouent avec elle une comédie dont nul n'est dupe, mais qu'il importe de perpétuer pour se tenir à l'écart des réalités du monde. La communauté sybarite sur laquelle règne Micky, retranchée dans un luxueux appartement londonien ou dans le manoir écossais (celui de Traquair House, la plus ancienne demeure habitée d'Ecosse), passe ses journées à jouer à toute sorte de jeux. L'alcool et la drogue sont libéralement dispensés par Micky, permettant à ses « enfants » d'ignorer combien le Paradis qu'elle leur aménage est confiné (la situation fait songer au « Masque de la mort rouge », la nouvelle d'Edgar Poe et ses adaptations cinématographiques). Les sentiments vrais n'y ont aucune place ; derrière les rires et les amusements, la tension et la jalousie sont constantes entre les jeunes gens, et c'est l'amour maternel incestueux qui dicte les conduites.


La relation de Micky et de Tom peut évoquer celle de Norma Desmond et de Joe Gillis dans Boulevard du crépuscule, de par sa nature intergénérationnelle, l'intérêt réciproque qui y préside, et la personnalité Camp de Micky. Elle en diffère néanmoins subtilement. Contrairement à Joe Gillis, Tom n'a rien d'un camper et n'éprouve aucune fascination pour le potentiel Camp de Micky. S'il souhaite la quitter, ce ne n'est pas parce qu'il reconnaît en elle un double féminisé de lui-même, et leur différence d'âge n'est pas source pour lui d'une attraction queer, mais sujet de dégoût (« Quand tu seras vieille, je serai dans la fleur de l'âge ! », lui lance-t-il rageusement dans un moment d'ivresse). 
En s'éprenant de Janet, il démontre son ouverture au monde extérieur et prend conscience du malaise qu'il éprouve dans l'univers clos et tissé d'artifices édifié par Micky. Alors que Joe Gillis ne pouvait résister aux sirènes d'un monde d'illusions, Tom refuse de les écouter plus longtemps. Son amour pour Janet marque son adhésion au réel, et il n'est pas anodin que sa flamme s'éveille dans cette campagne écossaise dont McDowall exalte les beautés en de bucoliques images : le contact avec la nature inspire à Tom le rejet des sentiments et des comportements fabriqués, ainsi que du Camp incarné par Micky. 
Curieusement, McDowall semble hésiter à se mettre au diapason de cet état d'esprit ; c'est ainsi que la scène romantique de la rencontre entre Tom et Janet au bord de la rivière, qui devrait constituer un moment d'évidence et de spontanéité, est filmée avec affectation et recherche de l'effet, découpée en une série d'arrêts sur image dont on perçoit mal la nécessité. Elle prend une coloration involontairement parodique de roman photo un peu niais (voir extrait en fin d'article). On peut en dire autant des retrouvailles du couple à Édimbourg, suivies de leur étreinte dans la caravane de Tom : les échanges de regard s'éternisent, censés traduire une émotion virulente, mais donnant surtout une impression d'emphase creuse.


Les caprices d'une mise en scène privilégiant le formalisme finissent par s'opposer à l'authenticité des personnages, dont la psychologie semble désintéresser McDowall. On peut en être surpris de la part d'un comédien passant à la réalisation, mais c'est oublier que notre homme était aussi un photographe passionné, et que son propre jeu d'acteur fut toujours très marqué par la distanciation Camp (du moins à l'âge adulte). Aussi doit-on admettre que sa personnalité s'exprime pleinement dans ces maniérismes, qui furent parfois considérés par la critique comme des maladresses de débutant.
Si le film parvient à émouvoir, ce n'est pas par le biais traditionnel de notre identification aux protagonistes, mais au contraire par notre peine à nous convaincre de leur authenticité, sentiment qui accentue leur pathétisme et leur vulnérabilité. C'est par la distance que McDowall nous les rend proches, tout particulièrement pour le couple de Tom et Janet. Les excès de la mise en scène, en décrédibilisant leur idylle, nous donnent la nostalgie d'un amour vrai. Nous sommes amenés à penser de leurs scènes de romance : « C'est trop énorme, cela n'existe pas. Et pourtant, ce serait tellement beau qu'une telle énormité soit sincère ». 

Roddy McDowall sur le tournage de The Ballad of Tam Lin.
 
Il y a sans doute plus de pudeur que de prétention dans les affèteries du réalisateur, ses ralentis et ses effets de caméra. Il y a aussi un acquiescement à l'esthétique Pop de l'époque, une tentation psychédélique. Il y a enfin l'affinité profonde d'un artiste homosexuel au Camp. Comme l'écrit David Cairns : « Ceci, il faut le noter, est peut-être le film Camp le plus extravagant jamais fomenté au sein du placard en celluloïd (« the celluloid closet »). Aucun des personnages n'est homosexuel, aucun acte sexuel n'est montré entre personnes du même sexe, ni même suggéré, mais la totalité de la production possède un parfum d'étrangeté wildienne, rehaussé par une esthétique gothique très soutenue, intensifié jusqu'à l'hystérie par l'emploi de lentilles de couleur et de musique folk-rock féérique propre à l'époque2 ».
On doit objecter qu'il existe bien un personnage gay : le secrétaire particulier Elroy, remarquablement interprété par le spécialiste des rôles de gentlemen efféminés, Richard Wattis
Tom le qualifie de « vieille reine rance ». Mais c'est la seule figure ouvertement gay d'un film qui ne trahit l'homosexualité de son auteur que par une sensibilité esthétique et un sujet relevant du Camp. 

Richard Wattis

McDowall développe le caractère queer de son œuvre en favorisant les ruptures de ton, en mélangeant les genres et les climats, de telle sorte qu'elle échappe aux classifications conventionnelles et à l'arbitraire des critères cinématographiques. Démarrant dans l'effervescence Pop du swinging London, Tam Lin bascule dans la fantasy légendaire et folklorique (appuyée par la ballade chantée par le groupe Pentangle) avant d'effleurer le mélodrame et de s'achever dans le thriller et l'épouvante psychédélique. 
Ce dernier registre est concentré dans le finale. Lors de la poursuite dans les marais envahis de brume, Tom, sous l'effet du LSD, croit se transformer en ours, imagine qu'un serpent géant s'enroule autour de son corps, puis que l'eau d'un étang se change en flammes pour le consumer (ces visions font référence à des occurrences symboliques présentes dans la légende originale). La séquence n'a rien de fantastique à proprement parler, puisqu'il s'agit d'hallucinations présentées comme telles ; mais le décor de studio, la photographie (Billy Williams filma plusieurs plans en infra-rouge) et la mise en scène évoquent irrésistiblement un film d'horreur, ainsi que La Chasse du Comte Zaroff (Irving Pichel, Ernest B. Schoedsack, 1932). 


Avec les années, les films auxquels Tam Lin est le plus souvent comparé sont La Nuit du chasseur pour le mélange des atmosphères, l'hétérodoxie narrative, mais aussi parce qu'il s'agit également de l'unique réalisation d'un comédien homosexuel et surtout The Wicker Man (Robin Hardy, 1973), exemple ô combien efficient de production hybride et passionnante, entre « film d'auteur » et « film de genre ». McDowall en anticipe le charme décalé, l'étrangeté, et l'ambiguïté du discours. 
Tout comme il est difficile, à la vision de The Wicker Man, de déterminer si Hardy se prononce en faveur du paganisme ou des religions établies, on ne sait trop si McDowall envisageait une charge contre le mouvement hippie, son hédonisme et ses utopies bricolées, ou s'il considère avec regret son dévoiement dans le capitalisme incarné par Micky. Réalisé en un temps où l'aventure hippie touchait à sa fin et où ses représentants se ralliaient à la société de consommation et au « libéralisme-libertaire » (pour reprendre les termes du sociologue Michel Clouscard), Tam Lin offre le constat de la fin d'une époque et d'une idéologie. 
L'arrivée de Janet au manoir, où la naïve villageoise découvre les séduisants protégés de Micky jouant au frisbee sous une lumière printanière, fait clairement référence à ce moment classique des contes folkloriques où un humain pénètre dans le cercle des elfes. Filmant la scène au ralenti et s'attardant sur le visage émerveillé mais un peu inquiet de Janet, McDowall instaure un sentiment contradictoire, le même que dans les contes : s'agit-il de créatures angéliques ou maléfiques ? Leur monstruosité nous sera démontrée par la suite, mais on ne peut se défendre de percevoir, à ce moment précis, la tendresse du cinéaste pour cette jeunesse égarée, peut-être moins par ses idéaux que par l'emprise corruptrice de l'argent et du pouvoir, toujours prêts à pervertir les élans les plus positifs. Face à eux, Janet figure l'innocence et la simplicité de la vie campagnarde, source d'une santé morale représentée par le personnage du vicaire, son père.


L'exaltation de la vie rurale et la référence attendrie aux récits légendaires laissent soupçonner chez McDowall des intentions réactionnaires qui, néanmoins, demeurent ambiguës : lorsque Janet tombe enceinte et demande l'adresse d'un avorteur à une villageoise, celle-ci lui apprend que la mère de la jeune femme eut jadis recours au même service. On le voit, rien n'est aussi simple qu'il y paraît, même dans les villages écossais les mieux préservés de la modernité. McDowall se garde de trancher pour la libéralisation des mœurs contre le conservatisme, préférant maintenir son film dans l'incertitude poétique des lisières, qu'elles soient morales ou esthétiques.


Après sa sortie bâclée, The Ballad of Tam Lin disparut des écrans et tomba dans l'oubli. Ce n'est qu'en 1998 que le cinéaste Martin Scorsese, ayant visionné une copie privée chez McDowall, décida de le restaurer en rétablissant le montage original. McDowall en assura la présentation sur la cassette parue chez Republic Home Video, et mourut quelques mois plus tard. Aujourd'hui, malgré l'admiration d'une poignée de cinéphiles, ce beau film demeure aussi méconnu que jadis, et, privé d'édition en DVD, presque aussi difficile d'accès.


Le film est hadopisable sur mon site SMORGASBLOG.

Toute la bizarrerie et la magie du film sont condensées dans cet extrait :


1  http://www.webofstories.com/play/11339
2 David Cairns, site « Mubi », The Forgotten : Fairies at the Bottom of the Garden, http://mubi.com/notebook/posts/the-forgotten-fairies-at-the-bottom-of-the-garden

dimanche 17 février 2013

A FUNNY THING HAPPENED ON THE WAY TO THE FORUM (le forum en folie, 1966)

LA MUSIQUE ADOUCIT LES MŒURS # 8

ZE REVENGE OF ZE BOUDINS!

par Valentine Deluxe

En ce week-end post-valentinesque (notons au passage, et sans la moindre animosité, que je n’ai reçu ni carte romantique, ni boîte de chocolats enrubannés de la part de notre bien aimé lectorat, merci bien !), j’en profite pour réparer une injustice vieille comme un pape démissionnaire !
Pourquoi est-ce toujours à la belle blonde pulpeuse (voire à la piquante brunette)  que l’on joue la sérénade ? 
Elle encore à qui l’on déclame des alexandrins au pied du balcon ?   
Elle toujours, qui ouvre le bal avec le prince sous les regards envieux de toutes les catherinettes du royaume ? 

 Je les attends toujours, mes chocolats de saint-Valentin !


Les vilaines, les boudins, les laiderons, les mochetés, les imbaisables, les tromblons -- qui composent, soit dit en passant, les 9/10ème et un quart de la population féminine mondiale -- en sont toujours à ravaler leur restant de dignité bafouée, quand vient l’heure du générique final, en voyant la nymphette diaphane s’en aller dans des lueurs d'un crépuscule en technicolor sur-vitaminé, en compagnie du beau héros ténébreux.
Eh bien, cette injustice n’a que trop duré ; il est grand temps d’agir !
Aujourd’hui, foi de Valentine, Miss Monde n’aura pas sa séguedille, car  l’heure du triomphe de Miss Immonde à enfin sonné !!!

  Les moches ont enfin droit à leur heure de gloire ! 
C'est ma copine Harper qui va être contente...


Et à cette fin, il va falloir faire un sacré bond dans le temps.
Allez, 2000 ans et des poussières en arrière... une paille quoi !
Partons donc écouter une merveilleuse aubade, très idoinement intitulée « Lovely ! », et entonnée pour l’occasion par un couple de tourtereaux des plus surprenants.
Cette délicieuse ballade a été écrite par l’indispensable Stephen Sondheim, pour ce qui reste toujours 60 plus tard, son plus grand succès :

 Pour une fois, l'affiche exagère à peine l’hystérie ambiante...

Si le succès de la version théâtrale ne se dément toujours pas après un demi-siècle de reprises diverses, l’adaptation cinématographique (due pourtant à Richard Lester, alors très coté après sa Palme d’Or à Cannes pour « Le Knack…et comment l’avoir » et ses deux films mettant en vedette les Beatles)  sera, elle, nettement moins concluante -- tout au moins sur un plan strictement commercial.
Je me garderai bien d’essayer de vous résumer l’incroyable sac de nœuds qui sert d’intrigue au film -- je connais mes limites ! --, et soulignerai juste que son mérite ultime est surtout d’avoir préservé pour la postérité les prestations des stars originales du show : les légendaires (tout au moins pour les aficionados de Broadway)  Zero Mostel et Jack Gilford.

"A Funny Thing Happened..." nous assure le titre: à voir leurs têtes, on en est moins sûrs !
(de g. à dr. : Phil Silver, Buster Keaton, Jack Gilford et Zero Mostel).

Si le premier, avec un registre grimacier épuisant, ferait passer Louis de Funès pour un acteur de chez Robert Bresson, l’extraordinaire Jack Gilford remporte tous mes suffrages en esclave servile, obséquieux et un tantinet précieux, qui collectionne "sous la toge" les poteries érotiques.
Prêt à tout pour obtenir les bonnes grâces de sa maîtresse, ce brave Hysterium -- le bien nommé --  est aussi le souffre-douleur de son collègue en esclavage, l’ingérable Pseudolius, joué par Mostel.
Et pour en arriver au chapitre musical que nous promet le titre de cette rubrique, c’est précisément ces deux zigotos qui vont devoir nous jouer le couple d’amants romantiques -- pour des raisons qu’encore une fois il serait trop long, trop compliqué et trop périlleux de vous résumer ici ou ailleurs -- dans une de mes séquences favorites du bidule en question.
Vous êtes prêts ?… Alors lançons les violons !

dimanche 27 janvier 2013

THE SENTINEL (la sentinelle des maudits, 1977)

THE WINNER TAKES IT ALL !

Par Valentine Deluxe

In memoriam, 
Michael Winner, 1935-2013

Michael Winner est mort, Michael Winner n’est plus… vive Michael Winner!
Une personnalité aussi brindezingue, fantasque et so "Politically Incorrect", ne pouvait partir ainsi sur la pointe des pieds, sans recevoir le juste et vibrant hommage dû à son rang dans les colonnes de MEIN CAMP.
N’étant point trop fan de Charles Bronson -- qui apporta à Mr. Winner ses plus grands succès, avec l’inépuisable  franchise  Un Justicier dans la ville --, je pouvais néanmoins compter sur l’éclectisme du bonhomme pour trouver matière à rédiger ma rubrique nécrologique. 


  Vous êtes priés de bien vouloir refermer la porte des enfers derrière vous.

Et de la matière, j’en ai à foison dans l'invraisemblable La Sentinelle des maudits que Mister Winner réalisa en 1977.
Il tentait ici -- peut on l'en blâmer ?  -- de se raccrocher, vaille que vaille, à la vogue  « sataniste » qui secouait alors les cimes du box-office Hollywoodien, en mélangeant consciencieusement tous les ingrédients indispensables pour faire un nouveau carton.
En gros :
- Vous mettez dans un shaker -- pour des raisons tout ce qu'il y a de plus mercantiles -- une pincée de La Malédiction (quelques fumeuses citations apocalyptico-bibliques)
- Vous couvrez d’un large trait de Rosemary’s  baby (un immeuble sinistre en plein New-York, peuplé de voisins plutôt excentriques) 
- Vous rajoutez une généreuse rasade de L’exorciste (un prêtre qui  va en découdre avec les bataillons de Lucifer)
- Vous secouez le tout, et voila un The Sentinel prêt à servir !
(N’oubliez pas une olive piquée d'un petit parasol en papier pour la décoration...)
Ce film délicieusement foutraque ne pouvait que plaire à votre Valentine !
D’abord, il fut à sa sortie un bide  absolument « infernal »… et vous savez ma fascination  pour les grandes gamelles du 7ème Art...
Ensuite et surtout, Michael Winner nous soigne le générique !

 
 La bouche de Christina Raines, c'est comme la porte des enfers : 
elle oublie tout le temps de la fermer!

Pour accompagner la très agaçante Christina Raines -- qui nous compose pour l’occasion une large gamme d’expressions de petite dinde perpétuellement ahurie, toutes plus horripilantes les unes que les autres… y a des baffes qui se perdent, moi je vous le dis ! --,  Michael Winner réunit un incroyable défilé de second rôles « trois étoiles » :
Autour d’un diabolique Burgess Meredith, qui touche une fois de plus au sublime en monsieur loyal des légions infernales, nous avons aussi :
Ava Gardner -- qui semble avoir gardé sa capeline  de Tremblement de terre --, John Carradine, Martin Balsam, Arthur Kennedy, José Ferrer, Eli Wallach, et un tout jeune ChristopherWalken !
« Y en a un peu plus, je vous les mets quand même ?... »


 Ava est contente : elle a chouravé son bibi sur le plateau de "Tremblement de terre" 
(et personne n'a rien vu... sauf Valentine !)

Vous avouerez qu’il y a forcement de quoi trouver son bonheur là-dedans !
Mais comme si cela ne suffisait pas, en voisines de palier de Christina-la-sainte-nitouche, Winner nous offre sur un plateau d’argent le couple le plus invraisemblablement  « over ze top » et « Über camp » dont nous puissions rêver :
Sylvia Miles et Beverly d’Angelo, en méchantes lesbiennes directement échappées de The Killing of Sister George.

Véronique et Davina dans "The killing of Sister George", ça vous parle?

Pour souhaiter la bienvenue à leur horripilante nouvelle voisine, qui entre sans la moindre gêne chez des gens quelle ne connaît pas, sans prendre la peine de frapper à la porte,  nous allons voir que nos deux  Véronique et Davina du royaume d’Hadès, ont une manière bien à elles qui ne manque pas de… comment dire ?...
 … de PANACHE ! (ah oui, y’avait longtemps !)




PS: Si une bonne âme, bien calée en antiquité et brocante, pouvait me dire ce qu'a de si distinctif et particulier un crucifix ALSACIEN, je lui en serais éternellement reconnaissante. Merci !


samedi 12 janvier 2013

THE MOLE PEOPLE (le peuple des enfers, 1956)

VOUS VOYEZ CE QU IL VEUT DIRE, MLLE SKEFFINGTON,  #2

 "UNE VRAIE TETE DE MOLE !"

Par Valentine Deluxe

Comme nous l’avons vu dans les précédents chapitres de cette lubrique rubrique (ça ne vous prendra pas perpet’ de vérifier, y en a eu qu’un jusqu’ici !), en amour, en plus de sortir couvert, il faut parfois mettre des gants pour révéler le fond de sa pensée.
Vous n'êtes pas sans savoir que dans certaines strates peu privilégiées de notre société, un « j’te kiffe à donf’ »  suffit au premier godelureau venu pour culbuter sa blonde (rousse, brune ou crépue d’ailleurs, nous ne  sommes pas sectaire) sur le matelas infesté de punaises d’une sordide chambre du plus minable des motels borgnes.
Mais ici, nous sommes dans les colonnes de « Mein Camp » quand même, alors le dialogue, forcément, se doit de prendre quelque altitude.

Nous avions déjà vu les métaphores montagnardee dans le précédent volume ; voyons ici une autre approche : 


le vibrato patriotique!

Partons, si vous le voulez bien, d'un postulat un brin tiré par la perruque, je vous le concède.
A savoir,  que vous ayez eu la rocambolesque idée d’aller faire un peu de tourisme dans des contrées reculées non référencées dans le catalogue "Nouvelle frontière"; j'ai nommé... 

le mystérieux pays des hommes taupes!


Le pays des hommes-taupes :  une contrée où il fait bon vivre !

Les autochtones, pour pittoresques qu’ils soient, n’affichent pas un sens de l’hospitalité des plus ébouriffants.
Mettons ça, peut être, sur le compte d’une localisation qui doit se situer à vu de pif quelque part entre le   pays des Morlocks et celui de Pellucidar , et où une absence totale d’exposition solaire a rendu la populace locale (relativement limitée, étant donné l'étroitesse du budget alloué à la figuration) aussi bronzée que des asperges de Maline.

Les Morlocks, inventeurs du Gangnam style ?

La main d’œuvre bassement qualifiée du coin - les hommes-taupes du titre original - affiche l’affabilité de sidérurgistes lorrains en cure de sevrage ; et la plus haute autorité politico-religieuse locale  - un grand prêtre au regard fourbe et à la garde-robe rutilante, façon "Josephine Baker à Bobino" -  ferait passer Pol Pot pour un GO du Club Med.

Mole marinière, j'aime aussi ceci dit !

Mais dans le marasme généralisé, notre héros du moment – un Américain bon teint, généreusement nourri à la patate de l’Idaho et au lait de l’Arkansas - a quand même réussi à se dénicher une greluche affichant le coefficient intellectuel d’un pétoncle après un AVC.
Alors comment faire pour ne pas effaroucher la donzelle en lui révélant franco que votre intention première n’est autre que de la déniaiser avec la délicatesse et les manières d'un soudard polonais ?
Votre botte de Nevers en pareille situation: 
…la métaphore ! 


Le patriotisme lénifiant : un truc imparable pour gruger la greluche !

Evoquez donc les grands espaces, le 8ème amendement et les vertus du libéralisme.
Michael York a déjà tenté le coup brillamment à Shangri-la, et il a quand même réussi à se tirer avec  Olivia Hussey (qui avait menti sur son âge,  la vilaine !… mais ça c’est une autre histoire...)
Alors, allons vite voir comment il s’y prend :




Si vous n’avez pas saisi toute la subtilité de l'allusion, nous pouvons toujours compter sur Mlle Tessie Skeffington pour apporter quelques éclaircissements sur les ruses de Sioux développées par le lascar :