"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



jeudi 3 avril 2014

LA PERVERSA : LE FANTOME DE LA GRANDE ROUE -- Samson De Brier


L'historien du cinéma, chroniqueur et collectionneur David Del Valle m'a aimablement autorisée à traduire un chapitre de son livre "Lost Horizons, Beneath the Hollywood Sign" (Bear Manor, 2010) à l'intention des lecteurs de Mein Camp. J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de cet ouvrage ici. Il ne me fut pas facile de sélectionner un chapitre en particulier, tant le volume fourmille d'évocations croustillantes. J'ai finalement opté pour le portrait de Samson De Brier, personnage méconnu en France, sorcier d'opérette, folle cinglante, et pique-assiette patenté.
Enjoy !

BBJ


David Del Valle, devant une affiche (signée Philippe Druillet)
du "Frisson des vampires " de Jean Rollin


SAMSON DE BRIER
par David Del Valle

Hollywood est célèbre pour avoir propagé au fil des ans de nombreux mythes sur ses résidents, glorieux ou infâmes. Durant les 25 ans que j’appelle « mes années Beverly Hills », j’ai directement assisté à l’élaboration d’un bon nombre de ces mythes.
Je ne me souviens plus de la première fois où j’ai posé le regard sur cette petite créature aux cheveux blancs, connue ici et là sous le nom de Samson De Brier, qui, sous un certain angle, me semblait l’exacte réplique d’une sorcière de l’époque de Matthew Hopkins (bien que Kenneth Anger l’envisageât plutôt sous les traits du vieux sorcier dont Mickey était l’apprenti dans Fantasia). Concernant l’aspect de Samson De Brier, la comparaison ultime était toujours une référence à l’occulte, ce qui semble légitime si l’on considère l’atmosphère dans laquelle ces gens travaillaient et évoluaient.


En rassemblant mes souvenirs à son propos, je m’aperçois qu’il me faut révéler, par souci d’exactitude, avoir vu ma première photo de Samson dans une revue d’épouvante – quoi d’autre ? C’était au début des années 1960, dans l’un des premiers numéros de « Famous Monster of Filmland » de Forrest J. Ackerman ; je devais avoir une douzaine d’années. Ackerman proposait habituellement des « photos mystères » dans chaque numéro ; ainsi publia-t-il cette photo terrifiante d’une créature démoniaque aux ongles démesurés, vêtue de ce qui ressemblait à un linceul brodé d’une toile d’araignée. Ackerman désignait cette photo comme extraite d’une scène du « Fantôme de la Grande Roue », comme s’il s’agissait d’un film perdu de l’auteur de « LaFoire des Ténèbres ». Je n’ai jamais oublié cette image, et il me fallut de nombreuses années pour découvrir qu’elle était en fait un photogramme de L’Inauguration du Dôme du Plaisir de Kenneth Anger. Je me souviens comme d’un moment proustien du jour où je vis finalement le vêtement pour de vrai, derrière une vitrine poussiéreuse dans le boudoir de Samson.


Avant d’aller plus loin, je dois vous avertir que cet article contiendra quelques révélations dommageables pour ceux qui idéalisent la mythologie entourant le cinéaste d’avant-garde Kenneth Anger, ainsi que le cercle d’amis hollywoodiens qu’il rassembla autour de lui de façon très concertée. Je confesse avoir été de ceux qui se pâmaient à l’idée de rencontrer certains de ces personnages ; à l’époque le sens de l’expression : « Prends garde à tes souhaits » m’échappait quelque peu. S’il vous arrive de lire quelques-unes de mes observations sur cette période, vous ne manquerez pas de constater que je devins pour le moins « désenchanté » quant à la réalité des mythes entourant ces singuliers dilettantes, pétris de cruelles intentions et cernés de faux amis.


L’idée de déjeuner et de frayer avec les personnages de L’Inauguration du Dôme du Plaisir est sans doute excitante sur le papier. J’étais né trop tard pour avoir rencontré la plupart des sources d’inspiration de Kenneth Anger, comme La Bête 666 Aleister Crowley (également connu sous le sobriquet de « l’Homme de Plus Dépravé du Monde »), Sergueï Eisenstein (cinéaste de renommée mondiale et l’un des dieux du septième art), ou Jean Cocteau, tous d’authentiques génies dans leur domaine. J’en vins néanmoins à côtoyer trois des personnages de L’Inauguration du Dôme du Plaisir : son réalisateur Kenneth Anger, qui jouait Hécate dans le film, Curtis Harrington, qui incarnait « l’esclave » sous un maquillage à la Caligari,  et le sujet de ce chapitre, Samson De Brier, à qui Kenneth confia trois rôles : Lord Shiva, la Grande Bête, et Osiris.
C’était la demeure de Samson et son cercle social qui le rendaient intéressant pour Anger et la réalisation de son film, et non une quelconque accointance artistique. Je réalisai plus tard que la célébrité de Samson et des personnalités qui traversèrent sa vie reposait sur leur côté artificiel et superficiel, plutôt que sur un accomplissement artistique quelconque.


Tout commença à l’époque où je fis la connaissance de Curtis Harrington et Kenneth Anger, probablement autour de 1976. Samson est bien sûr un personnage plutôt qu’un être réel ; l’auto-création d’un courtisan hollywoodien vieillissant, qui n’ignorait pas que le temps jouait en sa faveur, surtout s’il survivait aux témoins de sa vie.
Selon Sam (ainsi que j’avais coutume de l’appeler), ses débuts à Hollywood furent ceux d’un jeune homme débarquant de la côte Est (via Paris) sous le nom d’Arthur Jasmine, décidé à tout découvrir de la ville pervertie et à écrire sur elle à la manière d’Elinor Glyn, pour des lecteurs disposés à gober les hyperboles sur les premiers jours des « fantastiques années 20 ». D’après son neveu, Antonio R. Modica, « Arthur Jasmine » était le nom sous lequel Sam désirait être publié. Il semble qu’il rencontra alors la légendaire Alla Nazimova, qui lui confia immédiatement le rôle bref mais marquant d’Herodias dans sa fameuse version gay de la "Salomé" d’Oscar Wilde – dont les décors spectaculaires étaient grandement inspirés par les brillantes illustrations de Beardsley.
Personnellement, je doute que Sam figure réellement dans le film. Je trouve fascinant que Kenneth Anger et lui soient tous deux apparus, sous des aspects si juvéniles, dans des films où leur présence ne peut plus être attestée par personne. Pour l’anecdote, Kenneth Anger a toujours prétendu qu’il jouait le Prince Changelin dans le film de Max Reinhardt, Le Songe d’une nuit d’été (1935). Il faut cependant garder à l’esprit que le même homme affirmait en interviews avoir été sodomisé par Puck (Mickey Rooney) dans l'œuvre en question (hors caméra, bien sûr). Que faut-il croire quand la messe est dite ?


Selon son neveu, Sam gagna sa vie en tant qu’infirmier dans un asile de fous, puis en tant que logeur. La seule vérité avérée sur Sam et sa célébrité présumée concerne la période des années 1950-60, et peut-être le début des années 1970, quand sa maison hollywoodienne abritait un salon où des artistes partageant les mêmes idées pouvaient se rencontrer et échanger. Il attira réellement chez lui des stars comme Marlon Brando, ainsi que des membres de l’intelligentsia de Los Angeles, comme Anaïs Nin. Sam devait être une personne assez différente à l’époque, et j’aurais préféré, pour ma part, avoir connu ce Sam au lieu de la version frelatée que je vais immortaliser ici. Les commérages accumulés durant ces jours glorieux lui servirent de passeport pour un nombre infini de soirées hollywoodiennes auxquelles il fut invité des années durant.
A l’époque où je connus Sam, les salons appartenaient à un lointain passé, et ce qui le maintenait dans le circuit des agapes était sa participation au légendaire L’Inauguration du Dôme du Plaisir (1954) de Kenneth Anger – qui fut d’ailleurs tourné dans sa demeure délabrée de Vine Street, El Centro, un quartier minable et dangereux de Hollywood. Le film embellit l’endroit plus qu’on ne l’imagine ; lorsque vous entriez chez Sam, peu de choses pouvaient vous convaincre qu’il avait été tourné là. Concernant sa demeure, tout ce que vous trouverez dans l’histoire de Hollywood sera invariablement une note en bas de page dans la filmographie de Kenneth Anger.

Anaïs Nin dans Inauguration of the Pleasure Dome.

Il me semble que Sam vint chez moi pour la première fois à l’occasion d’une party, aux environs de 1977, quand je commençais à rencontrer assidûment Curtis Harrington à son domicile ou au mien. Sam apparut un soir dans mon appartement et s’installa dans un coin du salon, sur une vieille chaise espagnole ayant toute l’apparence d’un trône. C’est là que « La Perversa », ainsi que Curtis Harrington se plaisait à l’appeler, pérora durant cette première soirée. Il arborait un antique collier en forme de dragon, qui lui seyait curieusement bien. Au début, il me plut. Après tout, c’était un personnage, et il conservait un charme entretenu par des années passées à raconter aux gens ce qu’ils voulaient entendre. Je suppose que Sam cherchait à comprendre pourquoi Curtis acceptait si souvent mes invitations, et certainement souhaitait-il intégrer mon cercle d’amis, essentiellement constitué de jeunes et nouveaux visages – qui aurait pu l’en blâmer ?
A Hollywood, la célébrité est une drogue ; toutes les personnes que je connaissais l’absorbaient sous une forme ou une autre. Kenneth Anger aimait et méprisait à la fois Hollywood, tandis que Curtis Harrington apprenait à travailler au sein du système. Sam exploita ses relations avec chacun d’eux pour évoluer dans leurs cercles, quand ceux-ci lui convenaient. Après tant d’années de réseau, il avait acquis son propre entourage de vieux amis hollywoodiens, fascinés par cet homme d’une causticité affichée, dont l’existence se bornait à offrir le reflet d’autres personnes. Sam désirait rencontrer des gens plus jeunes ; il souhaitait faire l’expérience du Hollywood d’alors, qui évoluait bien au-delà de ses aptitudes à le suivre.
En songeant aux relations de Sam, Curtis et Kenneth, je m’aperçois qu’ils avaient tous un point commun : ils se détestaient de manière égale. Curtis entretenait une antique querelle avec Kenneth, et vice versa. Je me souviens que chacun d’eux me priait de ne pas discuter de l’un en présence de l’autre. Malheureusement, ils oublièrent de le demander à Sam, qui attisait le feu entre eux, commérant auprès de chacun, puis se rendant à des dîners mondains et raillant leurs défauts respectifs. Au terme de sa longue et fastidieuse existence, Sam n’admirait et ne respectait plus personne. Ce qui me déplaisait le plus chez lui était sa déloyauté envers ceux qui avaient initialement contribué à son intégration dans la société hollywoodienne.

Samson De Brier dans Inauguration of the Pleasure Dome

Je voyais probablement Sam plus fréquemment que de coutume lorsqu’il permit à Kenneth Anger de louer les pièces en façade de sa maison, tout en déclarant qu’il « passerait sans doute le reste de sa vie à le regretter ». La maison en elle-même était assez grande pour accueillir la collection sans cesse croissante de mémorabilias cinématographiques détenue par Kenneth, sans parler des livres, cassettes, antiquités et costumes servant à ses travaux en cours. Kenneth connaissait une période faste financièrement, ce qui était mauvais signe, car il se vantait d’être dépensier et s’y connaissait en la matière, croyez m’en ! A peine installé, il entreprit de refaire la décoration dans les grandes largeurs. Il commença par repeindre les pièces dans différentes couleurs, comme celles du château du « Masque de la mort rouge » d’Edgar Poe. Il installa des tapis bleu nuit, et parsema méticuleusement le plafond d’étoiles et de planètes d’or et d’argent, complétant l’effet par un éclairage expert (comme seul un réalisateur peut le faire). Après avoir dédié une pièce à son premier amour, Rudolph Valentino, Ken se trouva parfaitement opérationnel. Il s’était aménagé son « dôme du plaisir », et il ne lui restait qu’à y recevoir Lucifer. En moins de deux mois, Kenneth dégotta l’individu idoine en la personne d’un étalon de vingt-deux ans, ex-Marine très doué pour la vente de drogues, qu’il installa à demeure. L’heureux couple acheta un chien particulièrement coûteux, dont j’ai oublié la race – assurément exotique.
Durant ces semaines de béatitude domestique, Kenneth affronta deux problèmes majeurs. A New York, son racisme était devenu ingérable, et il atteignit sa pleine mesure à Los Angeles. Il se retrouva bientôt prisonnier de la maison dès la nuit tombée, pour s’être mis à dos un gang Latino qui avait tué son chien et souillé son porche. Bien sûr, cela rendait Sam assez soucieux. Non qu’il réprouvât l’attitude de Kenneth ; il s’appliquait seulement à masquer ses vrais sentiments, surtout auprès d’un voisinage qui, déjà à l’époque (1988), était plus qu’à moitié Latino. Les autres tracas de Kenneth concernaient son compagnon : l’ex-Marine fut surpris vendant de la drogue aux abords de la Hollywood High School et fut arrêté. Par bonheur, je connaissais un avocat gay, Harry Weise, que nous avions rencontré sur le tournage de Sextette avec Mae West. Harry fit des miracles : le gosse fut finalement libéré et regagna le Midwest. Ce drame eut des conséquences sur Kenneth ; au bout de six mois, il quitta la maison qu’il avait redécorée à coup de milliers de dollars, laissant Sam gémir sur le fait qu’ « absolument personne ne louerait l’endroit maintenant ». Cet incident jeta sur leur longue relation un froid qui persista presque jusqu’à la mort de Sam.

La maison de Samson De Brier

J’ai toujours été stupéfait que tant de gens intelligents rencontrés durant mon séjour à Hollywood soient incapables de déceler ce que des personnes comme Samson ont de superficiel. Par exemple, l’une des choses les plus remarquables au sujet de Sam et de sa postérité étaient les salons mondains qui firent sa réputation. La demeure dans laquelle se tinrent tant de ces prestigieux salons était devenue semblable au hall où Miss Havisham devait donner son banquet de mariage – une ruine. (1)
Je revois encore la cambuse. Comme il louait les pièces de façade et n’y avait jamais vécu, l’arrière de la maison ressemblait à une bicoque dans quelque coin paumé des Ozarks, avec un porche encombré d’énormes empilages d’ordures et de vieux journaux, dont rien ne présageait de la diminution prochaine. La cuisine était l’une des choses les plus crasseuses que j’aie jamais vues, avec un évier tellement rempli de saletés qu’il me paraissait inconcevable que Sam y préparât encore des repas.
Selon la rumeur, Sam et quelques-uns de ses amis avaient formé une organisation secrète qui trouvait du logement et du travail pour les individus persécutés durant l’ère McCarthy, quand les comédiens, les scénaristes et les réalisateurs étaient blacklistés sur la suspicion d’être des sympathisants communistes et des homosexuels. C’est alors que ses accointances avec des acteurs et des actrices donnèrent naissance à ses salons. J’aurais aimé connaître ce Sam, car celui que j’ai côtoyé n’aurait jamais été un martyr pour les droits gay.
Les journaux de Los Angeles présentaient parfois Sam comme « la version américaine de Quentin Crisp ». Crisp était une personnalité brillante, une icône gay comme nous n’en verrons probablement plus jamais. En comparaison, Sam n’était pas homme à affirmer sa sexualité, et il ne défendait jamais autre chose que son ego. Sa qualité propre était son imagination, et sa capacité à voir du génie en autrui.

Quentin Crisp

J’ai toujours aimé l’anecdote que mon ami Richard Lamparski m’a racontée au sujet d’une rencontre qu’il essaya d’organiser entre Sam et son prétendu homologue. Crisp, qui donnait son one man show à Los Angeles, eut l’extrême obligeance de rogner sur son emploi du temps pour venir prendre le thé chez Sam. Quand le grand jour arriva et qu’ils firent le pèlerinage jusqu’à sa demeure, ils ne le trouvèrent nulle part. Sam ne pouvait se résoudre à saisir une grande occasion quand elle frappait à sa porte. Il avait passé toute sa vie à prétendre qu’il était célèbre et excentrique, mais il savait au fond de lui-même qu’il n’était pas Quentin Crisp.
Sam tenait quotidiennement un journal, tout noirci de son écriture arachnéenne, et je suis convaincu que si on s’attelait sérieusement à son déchiffrage, il s’avérerait assez proche de celui d’Andy Warhol, bourré d’observations désobligeantes sur des personnes qui croyaient être ses amis. De son vivant, Sam se vantait toujours de sa publication prochaine, mais elle ne se produisit jamais, et c’est peut-être tant mieux – bien que cela eût sans doute jeté quelque lumière, probablement artificielle, sur ce qu’il s’imaginait être. Steven Arnold est un autre artiste qui tomba sous le charme de « La Perversa ». Je revois comme si c’était hier Steven assis aux pieds de Sam, dans le parloir bondé et poussiéreux, chichement éclairé par deux valeureuses ampoules de 40 watts, tandis que Sam lisait les passages favoris de son journal. Bien sûr, il devait s’agir de l’épisode parisien du début des années 1920, rempli de références à une idylle entre De Brier et André Gide, qui mourut en 1951. Je n’ai jamais trouvé de preuve de cette relation ailleurs que dans le journal ; une fois de plus, le temps s’opposa à l’éclosion de la vérité (je dois signaler qu’après la mort de Sam, son neveu prétendit détenir une lettre de Gide authentifiant cette idylle, qu’il avait confiée à un ami de Sam possesseur d’une bibliothèque composée d’auteurs gay, et que la lettre fut vendue plus tard aux enchères chez Christie’s).

 André Gide

Je suis convaincu en revanche qu’il connut le tragique Ramon Novarro, puisqu’il vivait à Hollywood à la même époque. Quant à savoir s’il côtoya également les deux prostitués qui tuèrent Novarro, cela risque de demeurer un mystère. J’ai toujours été surpris que Kenneth n’ait jamais mentionné Sam dans aucun de ses livres sur Hollywood, dans la mesure où il devait sans doute détenir quelques potins d’un grand intérêt pour le redoutable auteur des deux volumes de « Hollywood Babylon ».
Lorsque Sam mourut en avril 1995, il résidait au 6026 Barton Avenue depuis cinquante ans, et n’y avait pas fait le ménage une seule fois depuis que les salons avaient cessé d’exister, au début des années 1970. Il y avait des reliques partout, certaines de quelque valeur, d’autres trop ridicules pour s’y intéresser. Le costume qu’il portait dans L'Inauguration du Dôme du Plaisir était exposé dans une vitrine, mais il se trouvait là depuis si longtemps que je doute qu’il pût en être sorti sans tomber en lambeaux. Il y avait incontestablement des antiquités, mais couvertes de poussière et de crasse, et un tas de choses étaient empilées les unes sur les autres. Sam vivait vraiment comme une clocharde, collectionnant les bons de réduction et ne dînant qu’aux frais d’autrui. Il dormait dans une petite pièce près du parloir, dans un lit chinois rouge et or qui avait dû appartenir à Anna May Wong en 1915. Il gardait une arme chargée, tout aussi antique, près de son lit. Il craignait les cambrioleurs et prétendait qu’elle fonctionnait. Sa demeure devait être charmante quand il l’acheta soixante-dix ans plus tôt, mais le voisinage était devenu si turbulent qu’on pouvait entendre des fusillades presque chaque nuit. Miraculeusement, il ne fut jamais cambriolé ni molesté durant toute l’époque où il y résida. On raconte qu’il sortait de sa maison pistolet en main, le balançant à la vue des voisins en hurlant : « Vous l’avez vu ? », avant de retourner dans sa maison. Il imaginait que personne ne l’embêterait en sachant qu’il avait une arme et était assez cinglé pour s’en servir. Quoiqu’il en soit, c’est un miracle que les voyous du coin lui aient fichu la paix. Il est tout aussi miraculeux qu’il n’ait pas disparu en flammes comme une sorcière de Salem, car il fumait autant que Bette Davis un jour de relâche.


Il fut un temps, au début de nos relations, où j’emmenais Sam à des projections réservées aux professionnels dans divers endroits de la ville – du moins jusqu’à une nuit particulière où nous vîmes un film de John Waters aux Studios Gower. Je dois signaler que Sam ne se gênait pas pour engueuler quiconque lui cassait les pieds. Généralement, lorsqu’il demandait à quelqu’un de se tenir tranquille durant une projection, rien de grave n’en résultait. Néanmoins, à cette occasion, il se trouva derrière Pat Ast, une actrice obèse, bruyante, et parfois sérieusement biturée, sur la liste noire de qui je n’aurais pas aimé me trouver.
Pat était assise avec son groupe d’amis, et ses cheveux étaient crêpés haut sur sa tête, aussi Sam voulut-il changer de place, ce qu’il fit, dans la même rangée, me laissant à un ou deux fauteuils de lui. Durant le film, Pat ne cessait de parler à ses amis lors des scènes importantes, ce qui semblait ne déranger personne à l’exception de Sam. Vers les vingt dernières minutes du film, Sam atteignit les limites de sa patience et lui dit de boucler sa putain de gueule et de regarder le putain de film. Les cent trente kilos de Pat pivotèrent vers le récrimineur. Elle constata qu’il s’agissait d’un vieillard, mais s’en ficha éperdument et lui rétorqua de fermer sa putain de gueule, en ajoutant qu’elle était Miss Pat Ast. Sam répliqua du tac-au-tac, « Vous ne seriez pas plutôt Miss Fat Ass ? » (Gros cul) Dès lors, le film cessa d’être le centre d’attention du public. Je parvins à entraîner Sam vers la sortie, puis jusqu’à ma voiture.
Il ne cessait de me demander si je connaissais cette grosse gouine, mais je lui dis de ne plus y penser.

 Pat Ast ; une "bonne copine de Valentine"...

Je crois que ce fut la dernière projection où j’emmenais la Perversa. J’étais devenu las de l’impolitesse et des mauvaises manières auxquelles il s’estimait autorisé par son âge, et par le fait que personne ne l’avait jamais attaqué physiquement durant toute sa vie. Rien à voir avec Quentin Crisp, qui fut si souvent molesté par simple refus de dissimuler son homosexualité, quel que soit le risque encouru. Peut-être que son statut de rentier à Hollywood, où il ne s’aventurait jamais sans escorte, n’était pas sans rapport avec la chance insolente de Sam.
Il y a quantité d’histoires que je pourrais raconter à son propos, et qui finissent toutes de la même façon. Oui, sa fréquentation était parfois une sacrée aventure, et il démontrait occasionnellement un humour féroce dans ses observations sur Hollywood. Je crois que ce qui me dérangeait le plus dans notre relation était de ne jamais savoir s’il était un véritable ami ou non. Finalement, cela devint rédhibitoire.
Lorsqu’il mourut le 1er avril 1995, une date qui ne manquait pas d’à-propos (2), Curtis Harrington m’apprit que Sam avait à peu près cinq millions de dollars en banque (le neveu de Sam contesta cette assertion et affirma que ses biens étaient largement inférieurs) ; il avait néanmoins vécu une vie de misère dans une maison crasseuse, entouré d’objets trop poussiéreux pour être vus et appréciés.
Quand cette quantité de poussière sera finalement retombée sur notre homme, je suppose que sa mémoire demeurera liée à Kenneth Anger, qui n’est certes pas sans défauts, mais reste une figure majeure du cinéma du XXème siècle. Ainsi Samson De Brier obtiendra-t-il finalement cette note en bas de page de l’Histoire, comme l’homme qui loua sa maison à Kenneth Anger pour y tourner son film, et qui joua trois rôles dans ce que l’on considère aujourd’hui comme un film d’art essentiel : L’Inauguration du Dôme du Plaisir. Au fronton de notre mémoire s'étandra l’inscription : « Samson De Brier dans les rôles de Lord Shiva – Osiris et La Grande Bête ».
L’autre jour, j’ai découvert sur le web que la maison où Sam vécut durant sept glorieuses décades est à vendre. Elle est estimée à plus d’un million de dollars, malgré l’épouvantable voisinage. L’avis de vente décrit la maison en ces termes : « Ancienne demeure du célèbre sorcier Samson De Brier. Acquérez cette relique de l’époque pré-hippie, quand Hollywood était peuplée de monstres de foire ».
Je ne saurais mieux dire.

 
(1) : Miss Havisham est la vieille fille du roman de Charles Dickens, « Les Grandes espérances ».
(2) : Aux Etats-Unis, le 1er avril est appelé « Le Jour des Dupes ».
 

lundi 10 février 2014

LE DEFROQUE (1954)


"ITE MISSA EST": French Camp #3

Par Valentine Deluxe




Avant de commencer notre nouvelle babillarde, histoire de ne pas passer pour une mécréante (on n'en est plus à un péché capiteux près), je me devais d'attendre que nous ayons rangé la crèche, le sapin, et les breloques qui clignotent pour affronter un sujet grave et sulfureux.
De fait, j'ai si bien attendu qu'on a déjà fait sauter les crêpes, et si je ne me secouais pas enfin l’oignon, on aurait aussi bien pu se retrouver en semaine sainte, et je me serais vue contrainte à nouveau de reporter mon sujet polémique Sine die.
(Oui, vraiment, Vatican II a peut-être banni la messe en latin, mais rien ne nous empêchera, pour notre présent sujet, d'user et d'abuser de nos merveilleuses pages roses du dictionnaire. Je suis une frondeuse moi !)
Quand je parlais d'un sujet grave et sulfureux , c’est sans doute ce que l’Office Catholique a dû délivrer comme mise en garde dans sa critique du film qui nous occupe... Aliam vitam, alio mores : aujourd’hui, pour le commun des mortels (à savoir, vous en l’occurrence -- pour moi, niveau mortalité, je suis déjà moins sure, vu les quantités astronomiques de botox et conservateurs divers injectés dans mon anatomie pour en sauvegarder l'inaltérable beauté), ça sera plutôt un moment de franche gaudriole,  avec in fine, une séance de fitness comaque pour les zygomatiques. 


Aujourd'hui : 
un sujet grave, douloureux mais nécessaire !

Pour l’œuvre qui nous occupe, la cote de mon office de contrôle personnel serait plutôt du style : « Grotesque et boursouflé : à ne manquer sous aucun prétexte ! »
Oui, je sais, le Camp, quand il est décliné par votre Valentine a une définition des plus élastiques. 
Je serais d'ailleurs bien en peine de vous la donner moi-même....
Disons que j’y range mon amour immodéré pour l’excès sous quelque forme que ce soit, mon attirance pour les déviances et les difformités, ma soif inextinguible d'une étincelle de beauté au cœur de la monstruosité, ma recherche éperdue du diamant dans le tas de fumier.
Absit reverentia vero,  je dois insister sur le fait que cet amour effréné pour l’aberration cinématographique est éthique et (quasi) exempte de toute forme de second degré. J’aime réellement, profondément, indéfectiblement ces canards boiteux et autres bannis des anthologies officielles du 7ème art. Pour moi, "Back Street"  ou "Citizen Kane" : même combat!

Bon, maintenant, trêve de préambule alambiqué, pénétrons dans le vif du sujet ! 
Niveau quota, nous savons que dans nos colonnes, le cinéma américain est en surreprésentation numéraire. 
Remarquez, c'est vraiment pas de leur faute, aux Yankees ; avec des Joan Crawford, Bette Davis ou Susan Hayward en rayon, l'achalandage est grandement facilité  !
Eh bien moi, Valentine Deluxe, je vous propose aujourd’hui une entrée des plus audacieuses dans notre gotha du Camp... (Attention, on s'accroche à la rampe, car ça va vous faire un choc...)

Pierre Fresnay (!!!)

Avouez que rien que pour son idylle mouvementée avec la diva ultissima (ça, je sais pas si c'est du latin, mais ça sonne bien) du Camp made in France -- je veux bien évidemment parler de la gazouillante et castratrice Yvonne Printemps --, Pierre Fresnay méritait d'être mis à l'honneur un jour ou l'autre par notre équipe rédactionnelle. 

 Elle le piétine, il adore ça : 
Yvonne Printemps et Pierre Fresnay.

Mais en plus de cette liaison, jamais officialisée juridiquement, et plus que lourdement teintée de sadomasochisme (les témoignages sur les rebuffades et humiliations  publiques subies par Fresnay par son rossignol sont légion*) -- en plus de cette liaison tapageuse, disais-je, le merveilleux comédien du "Corbeau" ou de "la Main du Diable" n’hésita pas, surtout dans la dernière partie de sa carrière, à prêter son concours à des œuvres ayant passé avec moins de brio l’épreuve des ans.
Parmi celles-ci, le biniou du jour, l'extravagant "Le Défroqué", réalisé en 1954 par l'un des chantres les plus prolifiques de ce que l'on appelait alors "le cinéma du samedi soir" : Leo Joanon.


Grandiloquent, grotesque et kitschissime : 
en un mot, indispensable !

C'est l'histoire -- aussi extravagante que grand-guignolesque -- de deux anciens prisonniers de guerre : un jeune nigaud touché par la grâce et qui s’apprête à rentrer dans les ordres, et son mentor (Fresnay), un prêtre défroqué -- Vade retro Satana! -- dont les théories hérétiques l'ont voué aux gémonies par ses anciens supérieurs hiérarchiques portant soutanes.
Ajoutons à cela une sorte de femme fatale -- mais néanmoins grenouille de bénitier -- interprétée de façon à peine plus monolithique qu'à son habitude par Nicole Stéphane, qui veut utiliser le renégat pour faire sortir le jeune nigaud, objet de sa concupiscence, des ornières de sa Très-Sainte Vocation.

Pas vraimant un look de femme fatale... et pourtant !

Et c'est là qu'arrive le climax de cet improbable chef-d’œuvre :
Notre trio infernal se retrouve dans un cabaret russe  -- Abyssus abyssum invocat --, où Pierre Fresnay va, avec une obstination absolument diabolique, tenter de faire flancher les convictions de notre béni-oui-oui, sous les yeux épouvantés de la Jezabel de service, qui, reconnaissons-le, l'a bien cherché !
 Attention, je vous préviens, c'est du brutal :




Je vous épargne la petite bacchanale russo-parigote, qui comble le temps nécessaire à ce que notre saint neuneu et martyre finisse de retapisser les waters à grands geysers de tripailles, pour atteindre le nirvana absolu après ma petite ellipse, dans une ambiance d’orgie bestiale comme on n'en eût point osé rêver aux plus belles heures de Sodome et Gomorrhe !




Et voilà, Ite missa est 
Alors laissons au merveilleux Jean Ozenne, le soin de conclure notre première chronique de l'année. 




* Lire à ce sujet le merveilleux chapitre qui leur est consacré dans les mémoires de Michel Serrault !


mardi 31 décembre 2013

LE VOEU DE BBJANE


Vous n'imaginiez quand même pas que j'allais laisser filer les fêtes de fin d'année sans effectuer mon grand retour sur votre blog préféré ?
Je sais que mon absence indument prolongée suscita parmi vous d'effroyables rumeurs. Je me devais d'y mettre un terme en ces jours où fleurissent les plus folles espérances sur le purin des déconvenues de l'année défunte.
Non, je ne me suis pas carapatée sur une île paradisiaque en compagnie d'un armateur grec fraîchement épousé (armateur ou pas, il faudrait être bien brelotte pour convoler avec un Athénien, de nos jours). Non, la Grâce ne m'a pas touchée au point que je renonçasse à mes légendaires débauches pour entrer au couvent. Non, je n'ai pas contracté une aphasie foudroyante, me privant de l'usage de tout vocabulaire. Non, ma passion pour les uniformes et ce qu'ils enveloppent ne m'a pas incitée à m'engager dans l'infanterie. Non, Valentine Delucce n'a pas sournoisement profité de l'un de mes accès d'intempérance pour relever mes cocktails d'une lichée d'arsenic, s'assurant ainsi la direction tant convoitée de Mein Camp.

Non mais, sans blague ?... Vous me voyez vraiment dans cet accoutrement ?...

Pour tout vous dire, le travail est la seule raison de mon silence alarmant. Un travail acharné requérant l'entièreté de mon inspiration, et détournant le cours de ma sueur vers d'obscures zones d'irrigation dont je ne puis, à l'heure actuelle, vous préciser la localisation (« Secret d'étal ! », comme dit mon charcutier lorsqu'on lui demande, au marché, la recette de son boudin noir).
Pour autant, je ne pouvais décemment me soustraire à l'antique tradition sancti-sylvestrale qui veut que l'on formule à l'intention de ses proches quelques souhaits aussi sincères qu'inopérants.
Voici venu le temps des vœux et des chants, et les miens, jaillis du fond d'un cœur moins rocailleux qu'on ne le prétend, s'envolent aujourd'hui vers vous avec la célérité fulgurante d'un pain dans la trombine. Ils se résument à peu de chose, et du reste, ne sont qu'un.
Je vous vois suspendus à mes lèvres telle une grappe d'hémorroïdes à l'orée d'un fondement, aussi, sans plus attendre, je vous en livre la teneur – et le motif préalable.


J'ai constaté, au cours des 364 précédents jours, une inquiétante recrudescence de taciturnité dans l'ensemble de mon entourage.
Les causes en sont diverses et probablement légitimes : l'on pourrait invoquer la Crise, le mauvais temps, l'incurie gouvernementale (z'aviez qu'à pas voter, bandes de brêles !), la stagnation des retraites, la hausse du prix du fond de teint, la fragilisation croissante des talons aiguilles, la fugacité des permanentes, la béatification de Line Renaud, la Romification de l'Hexagone, la fréquence du filage des bas nylon, que sais-je ?...
De partout accourent les piteux gémissements, les afflictions barissantes, les plaintes stridulées. La déréliction bat son plein. Chaque jour, mes oreilles accueillent, avec un accablement que ma bouche scelle, l'écho de mille désolations plus ou moins justifiées. Et mes yeux ne sont pas en reste, qui s'effarent ponctuellement à la lecture des doléances soumises à leur indulgence sur ce mur des lamentations qu'est devenu Facebook – ce parfait baromètre de l'hypocondrie ambiante, où s'étalent à tire-larigot ce que j'ai baptisé les « Statuts de l'Ile de Pâques », ces réflexions absconses exprimant en une poignée de mots sibyllins les récriminations d'untel, la consternation de cette autre, le rembrunissement de chacun.


Aussi mon vœu pour l'année qui vient sera-t-il simple et sans appel. On m'opposera sans doute son caractère lapidaire, et le fait qu'il ne s'attache pas à la satisfaction de mon prochain, mais à la mienne propre.
Erreur, cent fois erreur !...
Car s'il vise à la préservation de ma tranquillité, il implique également que la félicité soit votre lot quotidien – ou que vous contractiez une extinction de voix, option non moins opportune.
Voici donc mon vœu le plus cher pour l'année 2014. Faites-en bon usage et propagez-le librement, pour le bien de votre servante et de votre entourage :


Bonne année 2014 !

dimanche 22 décembre 2013

DRACULA AU PAKISTAN (Zinda Laash, 1966)

"Alors... On danse" #7 : The Final Chapter

Par  Valentine Deluxe



Mes petits chats, je sais que vous risquez d’en avoir le cœur brisé, mais c’est déjà le dernier numéro de notre merveilleuse saga dansante ! Eh oui, la nouvelle est abominable, mais ne dit-on pas que " les meilleures choses ont une fin " ?
Remarquez, on dit aussi que "chaque pot à son couvercle", "qu'un clou chasse l'autre" et "qu'à bon chat, bon rat", mais cela n’a rien avoir avec ce qui nous occupe aujourd’hui.
Néanmoins, vous allez vite voir que pour bien terminer l’année, nous avons fait les choses en grand, en beau, en ondoyant et vaporeux !

Pour Noël, vous ne pensiez quand même pas 
qu'on allait faire dans l'épure ???

En effet, les réveillons approchant au galop, nous avons décidé de mettre les petits plats dans les grands, et de vous offrir…
UNE DINDE !  
Dansante qui plus est ! 
Merveilleux, non ?
 (Non ???)
Il y a X semaines, nous étions allés faire un tour du côté de la production horrifico-musicale Indienne ; eh bien, aujourd’hui, pour nos adieux (à la rubrique hein ? seulement à la rubrique !!!) allons nous balader du côté de leur perfide Albion à eux : Le Pakistan !

L'épouvante Made in Lollywood !

Le Pakistan, où, après avoir apprécié le style éreintant de notre acrobatique danseuse-taupe de la semaine passée, nous allons nous offrir une séance moins épuisante au niveau des lombaires, toute en sensualité et mouvement coulés. 
Planter le décor sera vite fait, puisque je compte sur votre ineffable culture cinématographique pour vous situer le bidule.
Vous voyez "Le Cauchemar de Dracula" de Terence Fisher ?
Oui ?
Eh bien ça tombe bien, parce que "
Zinda Laash", c'est tout pareil !

 Comment ça, "un air de famille" ???

Et
quand je dis "pareil", je ne plaisante pas, car les producteurs de ce petit bijou, ignorant vraisemblablement tout de la notion très occidentale de droits d'auteurs, nous en offrent quasiment la copie plus que conforme, musique comprise (si !) 
Même les bruitages sont directement repiqués à la bande son du flamboyant chef-d'oeuvre  de la Hammer !



Puisqu'on vous dit que ça n'a rien à voir !

Mais à Bollywood comme à "Lollywood" (variante pakistanaise du premier cité, l'un comme l'autre étant finalement des sobriquets assez condescendant vis-à-vis de deux industries cinématographiques parmi les plus prolifiques du monde), quel que soit le genre abordé, il faut toujours un peu de danse et chant.
Enfin, "un peu", on se comprend !... Le film fait quand même 40 minute de plus que son illustre modèle grâce à ces merveilleuses parenthèses musicales.
Bon, n'oubliez pas aujourd'hui d'agrémenter votre traditionnel collant lycra léopard de manches vaporeuse que vous pouvez découper dans de vieux rideaux, histoire de mieux coller au personnage.
Vous êtes prêts ?... Respirez un bon coup avant, car ça peut surprendre.
Je ne sais pas ce que vous en penserez, mais j'estime sincèrement qu'on a gardé le meilleur pour la fin!



En plus d'être une championne toute catégorie de l'oeil de velours, ainsi qu'un as de l'époussetage en musique (regardez bien entre 3:08 et 3:15 !), notre charmante vampirette ("qui rit qui p..." Oups! sorry, ça m'a échappé !) est aussi une tête de gondole dans le jeux du "on me voit/on me voit plus".
Et ça, moi, j'adore !
Démonstration:



Qu'est-ce que je vous disais ?... Merveilleux non ?...
Il ne nous reste plus qu'une chose à dire avant de clôturer notre dernier rendez-vous  dansant de cette année :

...JOYEUX NOËL!

samedi 14 décembre 2013

LE PEUPLE DE L'ENFER ("The Mole People", 1956)


Alors... On danse! #6  
par Valentine Deluxe

L'épisode d'aujourd'hui sera placé sous
le haut patronage 
de Saint-Casimir du divin gloubi-boulga.

Ce dimanche, chères meincampiennes et chers meincampiens, pour le 6ème épisode de notre thé-dansant, nous partons retrouver de vieux amis qui nous ont déjà fait naguère le bonheur de nous visiter (pas dans le sens biblique du terme, soyez rassurés !)
Oui, aujourd'hui nous retournons au pays des hommes-taupes, qui, comme nous le rappelle la chanson, "(...) est le pays joyeux des enfants heureux, des monstres gentils, oui c'est un paradis".

"...des monstres gentils , oui c'est un paradis!" (qu'ils disaient)
 
Et depuis notre dernière visite, elle n'a pas changé, cette terre bénie des dieux où coulent le lait et le miel, où chaque jour est une chanson, et où toutes et tous vivent dans l'harmonie et la béatitude.
Oups!... Non, crotte, ça c'est Shangri-La, pas le pays des hommes-taupes !!!

Oui, je sais, la ressemblance avec Casimir ne saute pas yeux, 
mais imaginez-le avec une touche d'orange...

Le pays des hommes taupes, c'est pas mal non plus, ceci dit ; c'est un peu comme "L'île aux enfants", mais avec plein de Casimirs partout, taillables et corvéables à merci, réduits aux tâches les plus ingrates et les plus infamantes.
"Germinal"  revu par Christophe Izard, quoi!
(Ah oui, je dois vous prévenir que pour comprendre toutes les subtilités de mon présent article, il va falloir avoir des bases solides dans la culture "génération gloubi-boulga" !...)

Elinu (Alan Napier) 
le Mr. Travelling du pays des hommes-taupes.

Parmi les personnages-clefs du merveilleux "Le Peuple des enfers" de Virgil Vogel (prononcez "vos gueules"... si si, je vous assure...), nous pouvons trouver un de mes vilains favoris :
Elinu, le grand prêtre de la cité-troglodyte, tout en sournoiserie et sourires fourbes... un peu comme une version "sous-terraine" de monsieur Travelling, le méchants impresario qui voulait capturer Casimir pour l'exhiber façon "King-Kong" (Toujours dans "L'île aux enfants" donc!... eh oui, je vous avais prévenus !)

Mr. Travelling (Sacha Briquet), le Elinu de L'île aux enfants.

Avec un œil très très aiguisé,  les fans de BATMAN reconnaîtront au passage Alan Napier, le fidèle majordome Alfred de la psychédélique version télévisée des aventures du super-héros bedonnant.
Pour introduire notre sacro-sainte chorégraphie dominicale, retrouvons donc le fielleux Elinu, prêt à envoyer un trio de donzelles au casse-pipe, le tout avec un sens de l'apparat et du décorum qui dénote l'homme "de bon goût"... si vous voyez ce que je veux dire !



(... oui, bref, sans vouloir balancer les copines, 
Elinu, elle me semble  folle comme un sac à main !)

Donc, comme dans "L'Age de cristal", on a trouvé un moyen imparable de contrôler la démographie : envoyer les pré-ménopausées à l'abattoir.
Rappelez-moi de ne jamais foutre le bout d'un escarpin dans c'te foutu bled ; je risquerais de n'y pas faire long feu !
Mais pour les accompagner de vie à trépas, nous avons notre traditionnelle séquence chorégraphique, sans laquelle cette rubrique perdrait sa raison d'être.
Enfilons donc notre indispensable maillot de corps, que nous accessoiriserons de jolis voilages façon "Loïe Fuller" pour donner une touche de poésie éthérée et aérienne à notre petite gymnastique.
Non, ne me remerciez pas, je n'y suis pour rien ; c'est Elinu qui a tout fait!



Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, je ne fais pas un cinéma pareil à chaque fois que je dois faire une séance de banc solaire !

dimanche 8 décembre 2013

LE CULTE DU COBRA (cult of the cobra, 1955)

Alors... On danse ! #5

Par Valentine Deluxe



Souvenez-vous : lors de notre premier rendez-vous dansant, une Antinea peinturlurée comme une vache sacrée pour la fête du Pongal, exécutait de molles arabesques devant un tout fringant Jean-Louis Trintignant, aux limites de l'apoplexie.
Eh bien, revenons à ce genre de circonvolutions reptiliennes pour notre présent opus, mais en mettant cette fois la barre un cran au-dessus !
Alors aujourd'hui mes cadets, pour refaire chez vous notre nouvelle proposition acrobato-gymnique (ce qui, je ne vous le rappelle plus, est la base même de cette rubrique sponsorisée par l'ADEPS), va falloir suer dans son maillot de corps, et par grosses flaques encore !

Planquez les gosses, aujourd'hui, c'est un film de culte !

Bon, maintenant, passé les préambules, entrons s'il vous plaît dans le vif du sujet, avec la grande interpellation philosophico-sociétale du jour ! (Prenez une feuille et un stylo, vous avez 3 heures...)

"Qu'y a-t-il de plus crétin qu'un touriste ? "


Tous les touristes sont des crétins... sauf moi !

Ca se fagote d'une façon telle qu'à la campagne les enfants leur jetteraient des cailloux, ça bouffe du steak-frites en Thaïlande, ça trouve que les pyramides de Gizeh sont quand même fort abimées et que, bien sûr, l'Espagne c'est très joli, mais qu'on y rencontre beaucoup trop d'espagnols.
Donc, a priori, la réponse pourrait se formuler de la sorte :

"Rien!... Il n'y a rien de plus crétin qu'un touriste !"

Et là, Valentine arrive, telle la lumière de la Liberté éclairant le Nouveau Monde sorti du ciseau de Bartholdi, pour vous dire :

 "Eh bien, si !... Il y a BEAUCOUP plus con encore !"

Et d'ajouter sans coup férir :

"Il y en a qui sont touristes, Américains  et... DANS L' ARMEE !" (si !)

Touristes, américains et dans l'armée: 
Y'a pas a dire, ils sont pour le cumul de mandats !

Dans le merveilleux film qui nous occupe aujourd'hui  -- Le Culte du cobra de Francis Lyon, faut-il le rappeler ? -- , une bande de GI's en goguette va assister en "stoemelinckx"(1) à une cérémonie tout ce qu'il y a de secrète, avec pour seule consigne de se fondre dans l'assistance et, surtout, de ne pas se faire remarquer.
C'est que cette étrange assemblée va célébrer le culte de la femme-cobra, une charmante danseuse avec des chaussettes enfilées dans les mains, garnies de gros boutons pour faire la tête de ladite bestiole, et le corps engoncé  comme un boudin dans son boyau dans un collant bariolé (c'est en noir et blanc, mais on imagine bien que ça doit être chatoyant )


Regardez ce qu'on peut faire avec des vieux panties ! 

Evidemment, alors qu'on leur avait bien dit qu'il faudrait la jouer "discretos", le plus cornichon de la bande a quand même planqué son Kodak sous sa djellaba, pour ramener de jolis souvenirs à la maison.
Et comme, de plus, nous sommes en 1955, l'appareil photo a la taille d'un téléviseur -- pas à écran plat, la téloche !  Noooon ! Modèle "cathodique"! --, avec une ampoule pour le flash grosse comme un bocal à poisson.
Bravo pour la discrétion !
Bon, on va voir ce que ça donne ?... Je passe devant, suivez-moi :




Mettez ça dans un film aujourd'hui, et PAF ! vous seriez taxés fissa d'anti-américanisme primaire, et vous vous retrouveriez avec Amnesty, les commissaires de l'ONU (ceux de la chronique précédente !), le SCA (liste non exhaustive) sur le dos pour vous faire la peau !
Que voulez-vous, 1955, c'était le bon temps !

... A dimanche prochain!

(1) Argot bruxellois : "en catimini".