"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



mercredi 8 octobre 2014

MORT UN DIMANCHE DE PLUIE (1986)

French Camp #7 :

"Une nounou d'enfer !"

Par Valentine Deluxe



Il est des films qui naissent dans la discrétion, sortent dans l’indifférence, et disparaissent dans l’anonymat.
Celui que je vous propose d'explorer aujourd’hui est de ceux-là.
Si "Mort un dimanche de pluie" n’évoque aujourd’hui plus grand-chose à personne (ce qui ne fait pas bien lourd), rassurez-vous, déjà à l'époque de sa sortie, il n'en disait pas davantage.
Avec un box-office parisien d'à peu près 10.000 péquenauds, et pas beaucoup plus au compteur national, c'est peu dire qu'il n'a pas rempli tous les espoirs de ses créateurs (et à plus forte raison, ceux de ses bailleurs de fonds !)

Ils ont réussi à vendre encore moins de disques
que de tickets de cinéma : un exploit !

Heureusement, pour son grand retour après une interminable période d'aphasie (que d'aucuns appelleront "flemmardise chronique" -- et d'aucuns auront raison), votre Valentine chérie, tel Zorro venant au secours d'un pauvre Calimero agonisant dans l’indifférence la plus crasse, arrive, flamboyante et généreuse, pour tirer de l'oubli cette trop rare pépite.
(Et vous noterez au passage qu’après ces  mois d'absence, je ne sais toujours pas faire des phrases de moins de 5 lignes !)

 Un flop d'une injustice criante!

Je vais vous présenter ici une espèce bien peu commune dans le paysage cinématographique français d’hier et d’aujourd’hui : le thriller pour harpie ménopausée.
Ce cas de figure a connu des heures plus que glorieuses dans les studios hollywoodiens après le triomphe de « Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? », film-matrice décliné sous bien des formes, avec toujours comme point commun des titres à rallonge où figure presque invariablement un prénom féminin, de Tante Roo à Tante Alice, en passant par Charlotte, Helen ou Delilah… j’en passe et des plus flétries.

 Le mythe fondateur (mais je ne vous apprends rien...)

Par contre, dans la patrie de Descartes et Molière, l’espèce est plus rare qu’un ragoût de Dodo à la carte d’un McDonald (oui, c'est un peu tiré par les cheveux comme métaphore, j’en conviens...)
Ô bien sûr, grâce à un riche patrimoine littéraire, la mégère défraîchie, de Mme Thénardier à Folcoche, n’est pas complètement absente des écrans, mais rarement dans le cadre du frissonneur (traduction toute personnelle de « thriller », car nous avons des cotas à respecter ici).
Alors, vous pensez bien si le film que je veux vous présenter aujourd’hui a des allures de diamant noir, voire d’oasis miraculeuse !

Une référence en  harpie ménopausée "made in France":
Madame Thénardier.

Car niveau vilaine, notre héroïne du jour fait fort. TRÈS fort !
Visez plutôt le tableau de chasse :
En 90 minutes, en plus des sévices divers infligés sur la personne d’une pauvre petiote d’à peine 8 ans -- battue, affamée, bourrée de tranquillisants, voire ligotée  toute nue sur la lunette des WC! --, la vilaine gueuse dézingue quand même...
***attention pour le spoiler, vous êtes prévenus***
... une baby-sitter,  un père de famille, et… non pas un, mais DEUX adorables petits chats !!!
Comme palmarès, ça se pose là !
Z’avouerez quand même qu’elle met la barre bien haut question vilenie, on est carrément dans un niveau rien moins qu’olympique, là !

 Pas vraiment une tête de psychopathe sanguinaire, hein ?
... encore que !

Coup de génie au niveau du casting, cette tendre créature est incarnée par la toujours géniale Dominique Lavanant, contre-emploi des plus audacieux pour l’ex-transfuge du Splendid,  peu habituée à incarner ainsi les gorgones hystériques.
Parfaite de bout en bout et divinement haïssable ; c’est peu dire, au vu de sa fabuleuse prestation, que nous regrettons avec des ongles de fer [1] la frilosité des réalisateurs à la faire sortir des sentiers rassurants et balisés de la comédie franchouillarde.

Fini les p'tits sucs des Vosges :
elle suce plus, elle flingue !

Alors maintenant, je vais la boucler un peu et vous proposer d’aller jeter un petit coup d’œil sur les méthodes pédagogiques quelques peu surprenantes de notre Hitler en jupon.



On est quand même plus près de la veuve Mao que de Françoise Dolto, vous en conviendrez !
Et elle n'a même pas besoin de faire preuve de violence physique pour faire flipper les pisseuses...
(et au passage vous allez pouvoir profiter d'un petit extrait de l'immortel "I'm walking away", du non moins inoubliable Marshall Titus! )



Une vraie teigne, hein?
Si je puis me permettre, je vous déconseille vivement de mettre en pratique chez vous ce modèle éducationnel, quels que soient les méfaits commis par vos adorables têtes blondes.
Moi de toute façon, si on me demande, je nierai tout en bloc : je ne vous connais pas, je ne vous ai rien dit, on ne s’est jamais vu !… et si ça sort d'ici, je sais que c'est vous, capito ?

Sur ce, je vous embrasse bien fort et -- promis, juré, craché !-- je ne mettrai plus 6 mois pour vous pondre ma prochaine babillarde !


[1] Traduction littérale d’une savoureuse expression wallonne : « Rigrèter avou dès ongues di fier ».

samedi 16 août 2014

KITSCH, SEX AND FUN ! La Fabuleuse histoire des Beach Movies...


Cinquième et dernière partie : L'Adieu aux lames...




Dans un registre franchement campy, The Horror of Party Beach (Del Tenney, 1964), ahurissant mélange de musical, de film de plage et de film d'horreur, s'impose comme un parfait exemple de navet culte, extrêmement populaire auprès des fanatiques de « mauvais cinéma ».
Des fûts de déchets radioactifs, largués à quelques mètres d'une plage du Connecticut, transforment un squelette humain gisant au fond de la mer en un « craignos monster » vaguement réminiscent de L'Etrange créature du lac noir (Jack Arnold, 1953). Bientôt, ce sont trois monstres similaires qui terrorisent la petite ville côtière, décimant sa population (de préférence féminine).
Avant de faire basculer l'intrigue dans l'épouvante doucement gore (1), Del Tenney rassemble tous les ingrédients du
beach movie. Nous retrouvons les teenagers trentenaires et les bikers agressifs se trémoussant sur les accords d'un groupe rock (le budget ne permettant pas d'en engager plusieurs, c'est aux seuls Del-Aires que revint l'honneur d'interpréter pas moins de six redoutables compositions, dont l'inaudible « The Zombie Stomp »), nous assistons à une "pyjama party" (qui tourne au massacre de ses vingt participantes) et aux chamailleries d'un couple mal assorti (un étudiant en sciences et une catin, que son immoralité désigne comme la première victime du monstre).
La suite se déroule loin du rivage et abandonne l'esthétique et les conventions du genre en faveur de celles du « film de monstres » des années 1950.


Le look des créatures ichtyoïdes, dignes des marionnettes géantes de Sesame Street, compte parmi les plus ridicules jamais vus à l'écran et a beaucoup fait pour la popularité du film. Leur curieuse démarche évoque les douleurs d'un lumbago ou d'une crise hémorroïdaire, leurs yeux sont des balles de ping pong mal serties dans les cavités orbitales, et leur bouche démesurée s'ouvre sur une dizaine d'appendices ballottants ressemblant à s'y méprendre à une grappe de saucisses knacki. Leur agressivité semble moins provoquée par la soif de sang que par une libido exacerbée -- dans une scène particulièrement grotesque, l'une d'elles ira jusqu'à briser la vitrine d'un magasin pour s'emparer d'un mannequin qui lui a tapé dans l'œil.


Outre ces bestioles, le personnage le plus mémorable de film est Eulabelle (Eulabelle Moore), la domestique noire du Dr Gavin (Allan Laurel), scientifique chargé d'élucider les meurtres de Party Beach. Un tel stéréotype de mama afro-américaine ne s'était plus rencontré depuis les années 1930-40. Insensible aux remarques condescendantes d'un employeur à qui elle est toute dévouée, Eulabelle soutient mordicus que les monstres sont issus de rituels vaudou, et ressort un vieux gri-gri de ses tiroirs. Rentrant tard dans la demeure de son maître, son ombre imposante la fait prendre par les habitants pour l'une des créatures. Elle aidera à leur destruction en renversant accidentellement du sodium sur le membre amputé de l'un des monstres, ce qui révèle leur vulnérabilité à ce métal.


Del Tenney parvient occasionnellement à instaurer un climat d'angoisse, comme dans le moment précédant l'attaque de trois jeunes femmes dans un bois. Elles perçoivent l'approche des créatures à leur forte odeur de poisson et commencent à paniquer, dans une séquence qui anticipe les scènes d'expectative de Massacre à la tronçonneuse.
Ailleurs, le réalisateur rate magistralement ses effets, comme lors du massacre dans le pavillon des filles, où celles-ci prennent d'abord les monstres pour un groupe de garçons venus les lutiner, tout en s'étonnant, elles aussi, de leur
« odeur de poisson mort ».
Une autre séquence reprend une convention du film d'horreur de façon si grotesque qu'elle en devient hallucinante. Il arrive fréquemment qu'un protagoniste soit effrayé en découvrant un élément visible des seuls spectateurs ; ici, le processus est inversé : un personnage ne s'aperçoit pas que son ami est défiguré alors qu'il lui fait face, et c'est seulement lorsqu'il fait basculer son visage vers la caméra qu'il se met à hurler  !



Bien que vierge d'éléments queer, le film recèle un lapsus quasi inévitable dans les beach movies : après un long combat entre le (plus très) jeune premier et un blouson noir que drague sa fiancée, les deux hommes se serrent amicalement la main et laissent la demoiselle en plan.
La même année, Del Tenney réalisa un film d'épouvante gothique,
The Curse of the Living Corpse, lorgnant vers Roger Corman, et plus encore vers Andy Milligan, ainsi qu'un film de zombie précurseur, I Eat your Skin. Après quarante ans de silence, il revint au genre en 2003 avec l'étonnamment réussi Descendant, lui aussi très « milliganien » et assez inspiré d'Edgar Poe (en particulier de « La Chute de la maison Usher »).




Sorti en 1967 mais tourné deux ans plus tôt, It's a Bikini World fut le dernier des beach movies (avant le regain des années 1980) et le premier signé par une femme, Stéphanie Rothman. Cette bande léthargique, parfois vantée pour son propos féministe, ne l'est pourtant guère plus que les autres films du genre. Un garçon machiste, Mike Samson (Tommy Kirk), et une jeune femme insensible à son charme, opportunément appelée Delilah (Deborah Walley) s'affrontent dans diverses compétitions (courses de skateboards, de jet ski, de voitures, etc.). La demoiselle parvient à remporter la victoire finale, mais ce succès s'avère mensonger, Mike ayant simulé une crampe pour permettre à sa concurrente de gagner la dernière course. La résistance de Delilah aux avances du tombeur est vaincue à la dernière image -- et reste sujette à caution tout au long du métrage. Elle semble s'éprendre du frère de Mike, le très intellectuel et compassé Herbert, mais ce dernier n'est autre que Mike déguisé pour la séduire. Dupée par ce grossier stratagème et incapable de battre le mâle sur le terrain des sports, Delilah ne se distingue guère de Dee Dee et autres beach bunnies.

Mike Samson (Tommy Kirk)

Au bout du compte, It's a Bikini World est l'un des spécimens les moins audacieux du genre, y compris sur le plan narratif, où Rothman et son co-scénariste Charles S. Swartz se montrent particulièrement inconsistants. Les tentatives d'interprétation féministe furent probablement inspirées aux critiques par le sexe de la cinéaste, comme s'il fallait absolument qu'un film de femme différât sur ce point de ceux de ses collègues masculins. Ce fut parfois le cas d'autres réalisations de Rothman (2), mais pas de cette production, qui élude en outre toute approche homoérotique.
Bien que Rothman prétendit vouloir dénuder les garçons autant que les filles, ils sont ici plus vêtus que dans un film d'Asher ou de Weis, et la seule figure crypto-gay est un photographe simplet ne présentant qu'un vague intérêt comique. Le tournage eut lieu en hiver alors que l'action se déroule en été, ce qui nous vaut des cieux grisâtres, des arbres dépouillés, et une ambiance cafardeuse fort peu adaptés à l'intrigue. Les numéros musicaux, rassemblant quelques groupes alors populaires comme The Animals ou les Castaways, sont davantage dans le goût de la nouvelle mode Pop que ceux des films A.I.P. (comme le sont les décors d'intérieurs, de style assez warholien) ; mais ils sont filmés avec platitude et souffrent de playbacks mal exécutés.


Des tenues de plage hivernales

Il fallut attendre le succès du Lagon bleu
(Randal Kleiser, 1980) pour qu'émerge, dans les
années 1980, une nouvelle génération de beach movies, différant de leurs homologues des années 1960 par l'accent mis sur l'érotisme et l'humour grivois (3).
C'est à l'occasion de cette nouvelle vague qu'Annette Funicello et Frankie Avalon reprirent du service pour un
revival de leurs aventures, le très amusant Back to the Beach (Lyndall Hobbs, 1987), où personnages et interprètes se confondent -- preuve de leur indissociabilité dans l'esprit du public. Funicello n'est donc plus prénommée Dee Dee, mais Annette (peut-être pour des raisons de droits détenus par Sam Arkoff, absent du projet), et nous voyons quelques images des émissions de Walt Disney où elle apparaissait enfant. On nous rappelle également que Frankie Avalon fut un chanteur à succès dans les années soixante, extrait de show télévisé à l'appui.


Désormais mariés, ils vivent dans l'Ohio, où Frankie (dont le prénom n'est jamais mentionné) est vendeur de voitures (il en vante les mérites dans des spots publicitaires rappelant son passé de surfeur). Ménagère modèle, Annette trompe son ennui en s'adonnant compulsivement au shopping et en remplissant ses armoires de boîtes de beurre de cacahuète dont elle gave son délinquant de fils, Bobby (Demian Slade).


Annette, épouse modèle...

Leur fille Sandi (Lori Loughlin) vit en Californie, près de la plage où ses parents passaient jadis leurs été. Pour rompre la monotonie de leur quotidien, ils décident de lui rendre visite sur le chemin de leurs vacances à Hawaï. Les vieilles habitudes ayant la peau dure, ils ne tardent pas à se
disputer lorsqu'une ancienne conquête de Frankie se remet à lui faire du gringue. Jalouse, Annette se laisse courtiser par un surfeur m'as-tu-vu, tandis que Sandi se chamaille avec son fiancé Michael (Tommy Hinkley) et que Bobby rejoint une bande de punks, terreurs de la plage et équivalents modernes des « Rats and Mice » d'Eric Von Zipper. Le film s'achève par des réconciliations générales après une compétition de surf opposant l'un des punks à Frankie, qui en sort victorieux.


Le nouveau flirt d'Annette

Ne pouvant reproduire la tonalité désuète du cycle A.I.P., Lyndall Hobbs et ses six scénaristes (pas moins !) s'engagent sans détour dans la voie de la démystification et du postmodernisme.
Le Camp atteint parfois des sommets, comme dans le pré-générique où Bobby évoque avec causticité le passé de ses parents et leur actuel statut de
has-been. Pour le concours de surf final, la technique calamiteuse de la rear projection est raillée de façon délirante : devant un écran envahi par une vague immense, Frankie mime les mouvements du surfeur tout en se rasant, en jouant au golf et en signant un autographe à un fan surgi dans le cadre, le tout sur la musique d'Indiana Jones ! 


Rear projection

Le thème du vieillissement est exploité avec malice : Frankie peine à traîner sa planche de surf jusqu'à la mer et met un temps fou à grimper dessus ; en rupture avec l'une des conventions des films A.I.P., il refuse de chanter au volant de sa voiture pour ne pas troubler sa concentration. Annette est une mère de famille ultra-kitsch, accueillant avec le sourire les reproches d'un fils qui la menace constamment d'un peigne à cran d'arrêt, tague les murs du salon, et harcèle le caniche avec des prises de karaté. A la plage, elle organise une « pyjama party » comme au temps de sa jeunesse, se risque à chanter le ska, et arbore des maillots aux couleurs « cartoonesques » confectionnés par Marlene Stewart, la costumière de Madonna. Toujours désirable, elle flirte avec un athlète demeuré qui parade en slip léopard et rit bêtement à chacune de ses phrases.


Sandi (Lori Loughlin) et son fiancé équivoque...

Vu leur âge, Frankie et Annette auraient logiquement dû tenir le rôle d'adultes perturbateurs dévolus aux
guest-stars dans les anciens films du cycle. Mais hormis la jalousie de Frankie envers son futur gendre et les manœuvres d'Annette avec son surfeur d'opérette, ils n'importunent pas la jeunesse ni n'engagent de relations intergénérationnelles. Ils sont accueillis à bras ouverts par les adolescents (qui, comme chez A.I.P., sont interprétés par des comédiens sensiblement plus âgés que leurs personnages), partagent leurs distractions et les enrichissent de leur expérience (c'est grâce à la beach party initiée par Frankie que les couples se réconcilient, et c'est son passé mythique de surfeur, réactualisé par la compétition finale, qui met un terme aux dissensions entre le clan des punks et celui des yuppies).



Les Affreux -- nouvelle génération

Le monde décrit par
Back to the Beach est encore plus idyllique et innocent que celui des anciens beach movies ; il n'y souffle même plus le vent de folie surréaliste qui chamboulait la routine des films d'Asher et de Weis. Le seul élément insolite est le surgissement de Pee-Wee Herman, qui effectue une danse hystérique en reprenant le « Surfin' Bird » des Trashmen, avant de disparaître sur une planche de surf volante. Ce climat bon enfant et sagement conservateur est heureusement sous-tendu par la dérision Camp, qui fait de Back to the Beach un chapitre final des plus satisfaisants. Comme s'étonnait Roger Ebert : « Qui aurait cru que Frankie Avalon et Annette Funicello participerait à leur meilleur beach party movie 25 ans après les originaux ? » Sans doute pas la critique, qui dans l'ensemble se montra clémente envers ce comeback inattendu.


Guest-star : Pee-Wee Herman

Je ne saurais clore ce
tte série d'articles sans signaler la parodie la plus Camp du genre, Psycho Beach Party de Robert Lee King (2000), qui passe en revue tous les poncifs du film de plage avec une insolence ravageuse et se double d'un pastiche ultra-queer des films d'horreur.
Dans cette adaptation d'une pièce du travesti Charles Busch (qui fit subir le même traitement au mélodrame avec
Die, Mommie, Die !, Mark Rucker, 2003), une apprentie surfeuse schizophrène aux multiples changements de personnalité, se croit l'auteure d'une série de crimes qui ensanglante les plages de Malibu, et dont les victimes sont retrouvées avec les testicules dans la bouche. Busch s'octroie le rôle de l'inspectrice chargée de l'enquête dans ce monument d'outrance et de mauvais goût que n'aurait pas renié John Waters.



Charles Busch, inspectrice de charme (à gauche)
en compagnie de Kimberley Davies

Frankie Avalon se moque gentiment de lui-même dans Back to the Beach :




Annette danse le ska dans Back to the Beach



1. Les scènes sanglantes furent systématiquement coupées des copies diffusées à la télévision américaine, mais réintégrées dans le DVD zone 1.
2. Son adaptation du « Carmilla » de Sheridan LeFanu, The Velvet Vampire (1971), ou son amusant sexploitation, The Student Nurses (1970).
3. Citons Amours de vacances, Randal Kleiser, 1982 ; Spring Break, Sean S. Cunningham, 1983 ; Hardbodies, Mark Griffiths, 1984 ; Fraternity Vacation, James Frawley, 1985.

samedi 2 août 2014

KITSCH, SEX AND FUN ! La fabuleuse histoire des Beach Movies


Quatrième partie : D'autres rivages...


Les beach movies produits en dehors de l'A.I.P. sont beaucoup moins riches en notations homophiles. Jeffery P. Dennis souligne que si les filles s'y promènent en bikinis, les garçons y sont généralement vêtus (1) ; il serait plus juste de dire qu'ils sont « moins dévêtus » et moins érotisés que chez William Asher et Don Weis, ce qui n'exclut pas l'existence d'un sous-texte gay aisément détectable.
On n'en trouve pas trace, cependant, dans l'un des initiateurs du genre,
Ces Folles filles d'Eve (Henry Levin, 1960), production MGM dont la tonalité est infiniment plus sérieuse que celle des aventures de Frankie et Dee Dee. Nous y suivons quatre étudiantes en route pour Fort Lauderdale, « là où sont les garçons » (d'où le titre original du film, Where the Boys Are). Merritt (Dolores Hart) se distingue par ses plaidoyers en faveur des liaisons pré-maritales, qui ne sont pas du goût de ses professeurs. Melanie (Yvette Mimieux), fort impressionnée par ces théories audacieuses, espère les mettre en pratique durant leurs vacances. Tuggle (Paula Prentiss), au contraire, n'entend pas se livrer à des galipettes avant d'avoir la bague au doigt. Angie (Connie Francis) serait prête à tout si seulement les garçons daignaient s'intéresser à elle ; mais son statut de joueuse de hockey, contraire aux assignations de son sexe, semble avoir sur eux un effet répulsif.


Bien que débutant sous des auspices étonnamment progressistes (le discours de Merritt au lycée), le film se révèle d'un conservatisme pesant. L'anticonformiste Merritt, loin d'appliquer son programme, se refusera à son soupirant Ryder Smith (George Hamilton) tant qu'il ne lui aura pas promis le mariage ; Melanie, qui flirte avec deux garçons à la fois et qui ne crache pas sur l'alcool, sera punie de ses incartades par un viol suivi d'un accident ; la trop masculine Angie ne récoltera comme prince charmant qu'un joueur de « jazz dialectique » complètement cintré (Frank Gorshin), affligé d'une myopie confinant à la cécité -- les auteurs semblent estimer que seul un mal voyant peut consentir (et avec quelle réserve !) à s'amouracher d'une sportive. Tuggle est, avec la méritante Merritt (le choix du nom n'est pas innocent), la seule à trouver « l'amour vrai », en vertu de sa docilité aux préceptes patriarcaux. 

 Merritt (Dolores Hart)

Ces folles filles d'Eve (titre français offrant un rappel du péché originel, en parfaite adéquation avec l'optique réactionnaire du film) emprunte au mélodrame quelques-uns de ses traits (l'influence du producteur Joe Pasternak n'y est sans doute pas étrangère), et s'avère une comédie assez déprimante malgré son cadre ensoleillé et le badinage présidant aux aventures de ses héroïnes. C'est d'ailleurs davantage par les aspects les plus sombres de son intrigue et par son moralisme forcené que le film s'apparente au Camp, ainsi que par son respect (au schématisme pachydermique) des notions de classe. Le viol de Melanie, la plus prolétaire des quatre amies, est ainsi présenté comme relativement secondaire, bien qu'il s'oppose à la légèreté revendiquée par le scénario.
Comme l'écrit Kristi Siegel,
« le film, du moins en 1960, peut conserver son statut de comédie, parce que la valeur de Melanie a déjà été établie ; dans le langage d'Hollywood, elle a été une « vilaine fille », et les conséquences [de son viol] -- évacuées assez aisément -- doivent être considérées comme son dû. Si Merritt avait été violée (…), le film aurait été classé comme un drame. La différence réside entièrement dans la question de classe [...] » (2).
 
Mélanie punie...

Les héroïnes de
Ces Folles filles d'Eve se réduisent à des archétypes féminins, tant sur le plan social que psychologique, qui apprennent durant leur séjour à la plage le code de conduite adéquat à toute demoiselle américaine. Celui-ci est parfaitement résumé par la profession de foi de Tuggle : « Mon ambition, c'est d'être une usine à bébés ». Le conservatisme du propos interdit toute remise en cause des schémas sociaux de sexe, et donne parfois lieu à des scènes d'une drôlerie involontaire, comme lorsque Merritt et son prétendant Ryder confrontent leurs Q.I. respectifs ; quand la jeune fille annonce que le sien est de 138, Ryder siffle admirativement et déclare qu'il lui faudra mener « un long siège » pour la conquérir ; puis il ajoute que le sien est de 140, rétablissant in extremis sa supériorité de mâle dans un échange que Kristi Siegel qualifie de « striptease verbal et de préliminaire sexuel » (3).


Merritt a un beau Q.I...

Le personnage de TV Thompson, l'amoureux de Tuggle, est peut-être le seul qui échappe au schématisme ambiant. Il n'est ni le parfait mari potentiel (Ryder), ni l'olibrius de service (Basil, le contrebassiste), ni une ordure manipulatrice (les deux flirts de Merritt), mais un brave garçon fantaisiste et un peu infantile. Bien que soucieux de perdre son pucelage, il ne met pas une grande vigueur à convaincre Tuggle de lui céder, comme s'il n'était pas sûr de son fait. Il perd en revanche tout contrôle de lui-même lorsqu'il assiste dans un restaurant au numéro d'une danseuse aquatique dont les « poumons » le laissent pantois. Il la poursuit de ses assiduités durant quelque temps, mais le fait que la naïade soit plus âgée que lui et qu'il manifeste une fixation sur sa poitrine donnent à ses élans un caractère nettement œdipien. Son insouciance vestimentaire, son goût pour les chapeaux ridicules et sa méfiance envers l'autorité (il ne se sépare jamais d'une radio captant les ondes de la police locale) en font une version atténuée du gamin prolongé incarné par Jerry Lewis dans ses films --
les aspects queers en moins.


T.V. Thompson (Jim Hutton)

Le film suscita une véritable ruée de la jeunesse sur Fort Lauderdale, brusquement envahi par 50 000 étudiants. Vingt-quatre ans plus tard, Hy Haverback en réalisa un remake plus audacieux et tout imprégné de Camp
eighties (Where the Boys are '84). Signe que le réel dépasse parfois la fiction : Dolores Hart, l'interprète de la faussement émancipée Merritt, entra au couvent et devint Soeur Dolores quelques années plus tard, après une rencontre avec Jean XXIII.

Le remake de 1984

En 1963, le succès de Beach Party incita la Warner à produire une variation sur le scénario de Ces Folles filles d'Eve avec Palm Springs Weekend, confié à l'un des metteurs en scène attitrés d'Elvis Presley (neuf films) et du tandem Jerry Lewis/Dean Martin (6 films) : Norman Taurog. Celui-ci s'était fait la main dans le domaine du beach movie avec deux véhicules pour Presley, précurseurs du genre : Sous le ciel bleu de Hawaï (1961) et Des filles... encore des filles (1962).
Les étudiantes du film de Levin sont ici remplacées par une équipe de basketteurs séjournant à Palm Springs avec une identique préoccupation : rencontrer des membres du sexe opposé. Le scénario se focalise sur deux d'entre eux : Jim Munroe (Troy Donahue) et Biff Roberts (Jerry Van Dyke). Le premier a le coup de foudre pour Bunny Dixon (Stefanie Powers), la fille du shérif, et le second s'éprend d'Amanda (Zeme North), un garçon manqué experte en karaté. Nous suivons parallèlement les idylles de Gayle Lewis (Connie Stevens) avec Eric Dean (Robert Conrad), un playboy richissime et brutal, et « Stretch » Fortune (Ty Hardin), un cascadeur texan. 


Moins axé sur le délire surréalisant que les films A.I.P., et réservant peu de place aux intermèdes musicaux, Palm Springs Weekend est également moins pourvu en éléments Camp, même s'il offre quelques moments notables en la matière (il est en outre un pool movie plutôt qu'un beach movie, puisqu'il ne se déroule pas sur une plage mais autour de piscines).
La Warner y vit l'occasion d'utiliser de jeunes acteurs sous contrat, auparavant recyclés avec un succès mitigé à la télévision. Deux d'entre eux, Troy Donahue et Ty Hardin, étaient les poulains d'Henry Willson, l'agent de Rock Hudson, célèbre pour son écurie de jeunes acteurs sexy (et souvent gays), desquels il exigeait fréquemment des avantages en nature en rétribution de ses services. De fait,
Palm Springs Weekend possède un fort potentiel homoérotique en vertu de ses deux interprètes principaux et d'un Robert Conrad plus terrassant de séduction que jamais. La présence de ces comédiens qui, bon gré mal gré, ont intégré le panthéon de la cinéphilie gay, apporte au film un incontestable cachet queer qui incite à sa réinterprétation dans une optique gay / Camp. 



Robert Conrad

Stefanie Powers et Troy Donahue dans Palm Springs Weekend

Stretch, gentil benêt qui conserve son stetson même lorsqu'il est en slip de bain et dont la voiture est décorée de cornes, correspond au stéréotype gay du cowboy sentimental et mal dégrossi, tel qu'on le rencontre dans
Les Garçons de la bande, Myra Brenckinridge ou Macadam Cowboy. Il est l'antithèse d'Eric Dean, fils à papa séducteur et sans scrupules, dont le comportement envers Stretch semble toutefois confirmer l'adage qui veut que « les contraires s'attirent ».
Cette attirance, inavouable pour un garçon soucieux de son image de Casanova, s'exprime par une hostilité un peu trop manifeste et dénuée de fondement. Dès leur première rencontre, Dean envoie la voiture de Stretch dans le décor, sous prétexte qu'il roule trop lentement. Le regard qu'il lui lance, plein d'une animosité passionnée, et celui que Stretch lui renvoie, lourd d'interrogations, en disent long sur le caractère trouble de leurs rapports futurs.
Stretch tente de flirter avec Gayle, ce qui fournit à Dean un nouveau motif d'animosité ; il ne cesse de pousser son rival à la bagarre, mais Stretch préfère s'y soustraire, n'ayant pas à prouver sa virilité dans des combats de coqs. Acharné à provoquer un affrontement, Dean le poursuit sur la route et percute plusieurs fois l'arrière de sa voiture, avec un sourire carnassier qui donne à ses coups de boutoir un sens transparent. Lorsque la voiture prend feu après plusieurs loopings, son poursuivant s'arrête, comme tenté de secourir Stretch ; l'arrivée de Jim Munroe l'en dissuade, et Dean prend la fuite à toute blinde. 



Robert Conrad fait du "rentre-dedans"...

Sa conception de l'amour hétérosexuel est celle d'un prédateur pour qui la chasse est le premier plaisir, et qui adopte ensuite un comportement violent (après avoir offert un bijou à Gayle, il tente de la violer). Les femmes ne lui servent qu'à assurer aux yeux du monde (et de lui-même) une virilité qu'il peine à imposer comme les autres garçons (il se défile lors des bagarres). Leur compagnie semble le mettre mal à l'aise, et il préfère agresser ceux qui éveillent son attention plutôt que de sympathiser avec eux. L'excuse fournie pour son comportement est qu'il n'a jamais obtenu l'amour d'un père volage et absent ; une explication qui, dans la tradition psychanalytique, achève de nous le peindre comme un homosexuel potentiel rejetant sa nature.


Dean (Robert Conrad)

D'autres sous-entendus émaillent le film, comme les réactions allergiques que provoquent chez l'un des garçons la proximité d'une fille aguicheuse ; la réanimation par Jim Munroe de son ami Biff Roberts, noyé dans un déferlement de mousse ; le couple masculin arrivant à une soirée dans une guimbarde dont le radiateur éjacule un intarissable jet d'eau après qu'un séduisant portier l'ait réduite en pièces. Citons encore l'entretien entre la patronne de l'hôtel et le coach des basketteurs : « Ils vous appartiennent tous ? », demande la première en désignant les garçons, ce à quoi l'entraîneur répond énigmatiquement : « Disons qu'ils sont ce que j'en ai fait... » La subversion des genres est incarnée par Amanda, dont les prises de karaté envoient tous les hommes au tapis, et que Biff Roberts, qui l'a involontairement bousculée, salue d'un distrait « Pardon, mon pote ». Lorsqu'elle lui rétorque qu'elle est une fille, Roberts enfonce le clou en lui promettant : « Je garderai le secret... »

Bain de mousse et réanimation

Une quinzaine d'autres beach movies furent produits jusqu'en 1966, qui marque le crépuscule du genre. Quelques titres se distinguent par leur qualité Camp et/ou leur quotient homophile.
Dans la seconde catégorie,
Ride the Wild Surf (Don Taylor, 1964) s'est taillé une certaine réputation pour sa description d'indéfectibles amitiés masculines, et pour une esthétique annonçant le porno gay contemporain.
Si le scénariste Joe Napoleon ne renonce pas aux idylles hétérosexuelles, il apporte une attention particulière aux comportements, rites et codes adoptés par le milieu homosocial des surfeurs, qu'il traite avec une authenticité inhabituelle dans les
beach movies. Ride the Wild Surf est, à ce titre, l'œuvre de fiction la plus fidèle à l'esprit de la surf culture, exception faite des films documentaires tournés par les pratiquants de ce sport. Il est le seul film que ces derniers ne rejettent pas catégoriquement, malgré les défauts propres au genre.
Ceux-ci ne varient pas : intrigues sentimentales niaiseuses ; horribles séquences de
rear projection, où les comédiens, filmés devant des images d'une mer d'huile, annoncent la venue de vagues immenses que leurs doublures tentent de dompter dans les plans suivants, aux couleurs et au grain totalement différents !
Au moins Don Taylor imposa-t-il que les cascadeurs et les vedettes portent des maillots identiques, qu'ils aient la même couleur de cheveux (d'où les teintures arborées par plusieurs comédiens), et que leurs silhouettes soient ressemblantes --
autant de détails que ses confrères avaient pour habitude de négliger. Du reste, les images de surfeurs dans les films A.I.P. étaient de simples stock shots, tandis que celles de Ride furent tournées spécialement à Hawaï par la seconde équipe, avec d'authentiques champions de la discipline, comme Mickey Dora et Greg Noll.


Ce souci d'authenticité dans la peinture d'une sous-culture essentiellement masculine favorise une lecture queer du film, où la passion pour le surf peut être vue, encore plus clairement que dans d'autres beach movies, comme une métaphore de l'homosexualité.
Les trois personnages principaux se rendent à Hawaï pour se confronter à leurs pairs durant la saison des grandes vagues. Les premières séquences, où il repèrent leurs futurs concurrents et échangent des commentaires appréciateurs à leurs propos, pourraient servir d'introduction à un X gay de la firme « Bel Ami ».




Chacun d'eux sera entrepris par une fille : Jody (Fabian) est accosté par Brie (Shelley Fabares), qui veut le convaincre de reprendre ses études ; Chase (Peter Brown) est plaqué au sol par la karatéka Augie (Barbara Eden), qui n'aura de cesse de se faire pardonner cet affront. Le cas le plus intéressant est celui de Steamer (Tab Hunter), qui s'éprend d'une amazone locale, Lily (Susan Hart), dont le père abandonna sa famille pour faire une carrière de surfeur. En conséquence, la mère de Lily (Catherine McLeod) s'oppose à leur idylle, estimant que le jeune homme agira comme son mari.
En d'autres termes, le surf met en péril le foyer hétérosexuel ; il est une occupation coupable qui dévoie l'époux potentiel de ses obligations, en faveur d'amitiés et d'activités masculines.



La passion du surf s'identifie ici de manière criante aux amours homosexuelles. Cette conception est mise en lumière dans la scène où les surfeurs sont rassemblés sur la plage dans l'attente des grandes vagues. L'érotisation des corps, les expressions d'extatique communion peintes sur les visages, et la symbolique du déferlement prometteur de la jouissance ultime, transforment le lien homosocial en un rituel homophile.
L'obsession de la vague à dominer peut également être considérée comme un dérivatif à l'anxiété des jeunes mâles américains des années 1960, une façon d'affirmer leur virilité comme le faisaient jadis les héros de l'Ouest. Il s'agit de «dompter la vague » comme les cowboys dressaient leurs chevaux
-- en ce sens, Ride the Wild Surf est le seul beach movie à adopter, jusque dans son titre, des accents westerniens prononcés.



L'attente des grandes vagues

Cette anxiété masculine s'exprime dans la relation de Chase et Augie, où elle prend une tournure assez Camp. Pour Noël Burch, le personnage d'Augie est
« un emblème des codes de l'époque » relatifs à la « femme violente », traitée sous l'angle de la dérision : « un petit bout de femme judoka [qui] humilie sur la plage un costaud sceptique, mais doit passer le reste du film à jouer les petites filles contrites pour se faire pardonner et conquérir le beau mâle» (4).
La peur de Chase d'être dépossédé du phallus est illustrée avec humour dans la séquence du feu d'artifice, où Augie souhaite lancer une gigantesque fusée depuis la plage, au grand dam de Chase, fâché qu'elle soit en possession d'un tel engin. Il profite d'un moment d'inattention pour vider la fusée de sa poudre, de sorte qu'elle retombe piteusement sur le sol après s'être élevée de quelques centimètres. Folle de colère, Augie l'invective et se détourne de lui.


Madame porte la fusée

Pour rétablir sa supériorité, Chase décide de réaliser un exploit ridicule : se lancer dans un lac depuis le haut d'une cascade. Le mélange de lourds symboles psychanalytiques, de mélodrame adolescent et de comique involontaire, donne lieu à de savoureux moments, renforcés par le jeu très investi de Peter Brown ; celui-ci est d'autant moins crédible dans sa composition de mâle vindicatif qu'il arbore une chevelure jaune paille très efféminante et désastreusement artificielle, la teinture ayant une fâcheuse tendance à se délayer au contact de l'eau.
(à suivre...)


La bande-annonce de Where the Boys Are :



La bande-annonce de Palm Springs Weekend :



La bande-annonce de Ride the Wild Surf :



1. Jeffery P. Dennis, Queering Teen Culture : All-American Boys and Same Dex Desire in Film and Television, op. cit., p.86-7.
2. Kristi Siegel, Gender, Genre, and Identity in Women's Travel Writing, Peter Lang, 2004, p.68.
3. Ibid., p.67.
4. Noël Burch, De la beauté des latrines : Pour réhabiliter le sens au cinéma et ailleurs, Editions l'Harmattan, 2007, p.194, note 2. — Le personnage d'Augie rappelle également l'Amanda de Palm Springs Weekend, autre experte en arts martiaux, qui tente de racheter sa « mauvaise conduite » en courtisant sa « victime » initiale.