"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



dimanche 26 mai 2013

Jeunes filles en uniformes


SPÉCIAL FÊTE DES MÈRES
par Valentine Deluxe

Les filles sont des charognes, il me semble inutile de revenir là-dessus.
Depuis 3 ans que je vous le serine chaque année à pareille époque,  je pense que le message est bien passé (rassurez-moi ?)
Mais qu’en est-il des fistons ?
Ahhhh !... Ça, c’est autre chose !
En soi, comme nous l'avons vu précédemment, la postérité mâle n’est pas intrinsèquement mauvaise, bien au contraire. 
Tout irait même pour le mieux dans le meilleur des mondes avec les garçons, qui au premier abord semblent être tout ce qu'il y a de dévoués et admiratifs (voir idolâtres) à l’égard de leurs génitrices.

Deux exemples de fils tout entiers dédiés au bonheur de leurs mères.

De Norman Bates  à Jason Voorhes, les exemples de bons fils dévouéabondent dans le cinéma que nous aimons et défendons dans nos colonnes.
Non, le problème -- le seul, le vrai -- avec la descendance masculine, c’est que, les choses étant ce qu’elles sont, elle se trouve invariablement garnie (passez-moi l’expression) d’une paire de testicules, dont les soubresauts hormonaux sont, eux, sources de bien des tracas.

 S'il n'était ce petit souci  de l'entre-jambe, 
un fils ne serait que source de fierté pour sa génitrice.

Parce que très souvent, ces petits chatouillis du côté des roubignoles risquent de ramener dans la cellule familiale quelque chose de bien plus empoisonnant et pernicieux que la fille : 
la BELLE-fille !
(voir ici)

Une belle-fille cumule tous les emmerdements que pourraient vous apporter la petite pisseuse à qui vous avez légué votre patrimoine génétique, sauf qu’en plus, faut-il encore le répéter… ELLE N’EST PAS DE VOUS !
Comme si on n'avait pas assez de vicissitudes comme ça avec ses propres mômes, sans en plus devoir se farcir ceux des autres !!! 

Une belle-fille, c'est déjà la croix, mais deux !!!

Pour remédier à ce péril, et éviter ainsi que votre petit chéri ne vous ramène à la maison la première gourgandine venue, pêchée dans le plus sordide  ruisseau, dans le bouge le plus mal famé, je vais vous confier un truc imparable.
Pour ce faire, rendons-nous dans le pensionnat  pour jeunes filles « difficiles», tenu de main de fer par Mme Fourneau.
La directrice de cette respectable institution -dont les pensionnaires se font impitoyablement trucider pour de nébuleuses raisons que je me garderais bien de vous dévoiler- est incarnée ici, avec une perfection toute germanique,  par l’impeccable Lilli Palmer, dans le chef-d’œuvre de Narciso  Ibáñez-Serrador , « LA RÉSIDENCE ».

Lilli impératrice.

Le truc infaillible donc, pour empêcher que votre gamin parte courir la gueuse comme un matou en chaleur, sera on ne peut plus facile à retenir : La castration psychologique!
Pensez à bien rappeler  à ce grand couillon que, jamais au grand jamais, il ne trouvera une femme plus dévouée, plus aimante et compréhensive que vous !... La femme idéale, il l'a déjà rencontrée, puisque c’est elle qui l’a mis au monde !

Démonstration :



Et comme ce petit étourdi agité des valseuses affiche une libido aussi exacerbée que sa mémoire de poisson rouge est défaillante, il faudra bien lui répéter la leçon, encore et toujours, à chaque minute que le bon dieu fait ! 
Mais, me direz-vous, si la conservation de l’hégémonie au sein de la cellule familiale est à ce prix, c'est  pas cher payé, non ?

Lana morphosée


SPÉCIAL FÊTE DES MÈRES
par BBJane Hudson

Depuis Mommie Dearest, on sait que les relations des mères hollywoodiennes avec leurs filles tiennent davantage du chemin de croix que du jardin de roses. Si toutes les mamans-stars ne furent pas aussi psychopathes que Joan CRAWFORD, rares sont celles qui peuvent se targuer d'avoir instauré un climat favorable à l'épanouissement de leur progéniture femelle. Le cas de Lana TURNER et de sa fille Cheryl CRANE n'est qu'un exemple parmi tant d'autres des effets calamiteux d'une éducation négligée en terre californienne.

Mère et fille : les jours heureux...

Femme à hommes inaltérable et dotée de goûts éclectiques (elle s'envoya successivement Frank SINATRA, Howard HUGHES, Tyrone POWER, Lex BARKER -- liste non exhaustive), Lana avait un faible prononcé pour les rapports musclés pimentés de SM, et trouvait à l'humiliation des vertus puissamment aphrodisiaques. En se liant au gigolo et gangster notoire Johnny STOMPANATO, elle décrocha le gros lot en matière de pugilisme amoureux, de vexations barbares et de pains dans la gueule. Leur idylle tapageuse connut un épilogue explosif lorsque la jeune Cheryl, fille de Lana et de l'acteur-restaurateur Joseph Stephen CRANE, âgée de 14 ans, descendit le marlou de plusieurs coups de couteau, afin de prévenir le tabassage en règle de sa mère lors d'une soirée particulièrement belliqueuse.

Johnny et Lana

A l'issue d'un procès amplement médiatisé, le jury opta pour la légitime défense après que Lana se fût livrée, à la barre des témoins, à un impressionnant numéro d'amante outragée et de mère éplorée, dont tous les assistants s'accordèrent à souligner la haute teneur en dramacouinage et le fort potentiel oscarisable.
Négociant le scandale à son avantage, Lana avait fait de sa déposition le moment dramatique le plus spectaculaire et le plus abouti de sa carrière (par ailleurs déclinante), la performance la plus éblouissante qu'une actrice aussi limitée eût jamais accomplie en un lieu aussi peu glamour qu'un tribunal.

 Tiens bon la barre, Lana !... (Un grand moment de cabotinage juridique...)

Ce qui promettait d'être une dégringolade professionnelle aussi bien que privée, devint le tremplin d'une seconde carrière placée sous le signe de la grandiloquence meurtrie, du pathos échevelé, du mélodrame ébouriffant. On peut dire que Lana, rebondissant sur un gadin vertigineux, trouva soudain sa voie de comédienne, sa raison d'être à l'écran.
Dès lors, elle ne travailla plus que dans le sublime, enfilant les soap operas exubérants, dont les scénarios étaient souvent inspirés de ses déboires privés. Durant les années 1950-60, elle campa avec une sorte d'implication extatique, les mères bafouées et les maîtresses à la ramasse, le plus souvent sous la férule de son admirateur transi, le producteur gay Ross HUNTER.
Le sommet de cette reconversion aux allures de résurrection fut sans doute Madame X, quintessence du mélodrame flamboyant et monument Camp absolu. Le nadir en fut The Big Cube, ahurissant brassage de mélo naphtaliné et de teen movie psychédélique, surfant tardivement sur la vague un peu aplatie du cinéma de drugsploitation (films exposant les splendeurs et les servitudes des substances psychotropes hallucinogènes, et en particulier du bon vieux diéthylamide de l'acide lysergique, plus connu sous l'acronyme LSD).


The Big Cube fait de Lana une star du théâtre renonçant à sa carrière pour épouser un riche entrepreneur (Dan O'HERLIHY). La fille de ce dernier (Karin MOSSBERG) voit la chose d'un très mauvais œil et, désireuse d'anticiper ses droits à l'héritage paternel, s'acoquine avec un séduisant dealer (George CHAKIRIS) pour éliminer sa belle-doche après la mort accidentelle de son vieux. A cette fin, elle introduit subrepticement du LSD dans les médicaments de Lana, provoquant chez la malheureuse des hallucinations en Eastmancolor du plus piquant effet -- surtout lorsqu'il est rehaussé par les riboulements d'yeux de la grande tragédienne, atterrée par ces inexplicables pétages de plombs.
Un exemple de ces visions folkloriques peut être apprécié dans la scène qui suit, où Lana voit la mer dans le ciel, et fait l'objet d'une fausse tentative de meurtre dont on discerne mal la finalité -- en agissant de la sorte, la jeune fille et son amant s'exposent surtout à éventer leur plan... Pas très futé de la part de ces "adolescents" ayant largement dépassé la limite d'âge (CHAKIRIS et MOSSBERG avaient respectivement 35 et 27 ans...)



Dans le registre Camp, on saluera également la prestation de Regina TORNE en "Queen Bee", reine d'une boîte de nuit baptisée "The Trip", qui, dans sa combinaison rayée jaune et noire, a tout d'une drag-queen féminine. Le film fut co-produit par Robert EATON, avant-dernier époux de Lana, dans un louable effort pour moderniser l'image de la star. Manque de bol : il ne fit qu'en accuser la désuétude, et fut un flop complet.

samedi 25 mai 2013

"Ton manège à toi, c'est... MOI!"


SPÉCIAL FÊTE DES MÈRES / French Camp
par Valentine Deluxe


Est-il encore une fois besoin de le rappeler ?… Les filles sont un fléau qui use et ronge les très saintes femmes ayant eu l’étourderie de pondre ces petites infections.
Joan Crawford et  Bette Davis, pour une fois, pourront se mettre d’accord sur cette sentence lapidaire, elles qui ont nourri pendant trop longtemps, à leurs seins lourds de trop d’amour (et gonflés de Pepsi-Cola pour la  première), d’infâmes petites vipères ingrates.

Pour une fois, elles seront d'accord...

Mais nous allons voir que de ce côté-ci de la mare aux harengs, dans des contrées moins flamboyantes et glamoureuses que le vieil et bel Hollywood, nous pouvons également vérifier cet adage sans appel.
Car si « labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France », déception et frustration sont celles des mères-courage qui n’ont pas su se débarrasser, sur les marches d’une église ou le bord d’une autoroute -- voire d’un bon coup d’aiguille à tricoter dans la fontanelle -- de leur vilaine progéniture.

Intéressons-nous donc maintenant aux soucis que doit endurer notre Mater Dolorosa du jour.
Jusqu’ici, tout allait pour le mieux, cette brave dame ayant plutôt bien réussi une éducation que la méduse qui lui sert de fille avait suivie à la lettre.
Ce respect scrupuleux des recommandations  maternelles, a permis à la fille bientôt indigne, de parvenir à se frayer une place douillette, sinon au soleil, du moins en climat tempéré.
Pour ce faire, les commandements et conseils judicieux de sa génitrice étaient on ne peut plus simple:

1) Ne jamais rien faire qui ne soit motivé par une finalité purement vénale.
2 ) Ne s’encombrer pour la cause, d'aucun scrupule ; la fin justifiant les moyens, fussent-ils les plus vils. 
3 ) Quels que soient les bénéfices engrangés par ces vilénies,  
ne jamais oublier d'en reverser une quote-part des plus généreuses à sa sainte femme de mère.

Vous serez d'accord avec moi : faut pas avoir fait science-po pour comprendre, retenir et appliquer ça.
Et puis crac !... Après quelques années de bons et loyaux services, le grain de sable, le faux-pas, la bévue ! Mademoiselle se pique d’être amoureuse ! 
Pas de son pauvre pigeon de mari, déjà plus qu’à moitié plumé par la voracité de ces deux viragos, mais d’une sorte de gigolo, d’aventurier sans le sou, au sourire carnassier et aux coups de reins redoutables.
Et ça -- notre brave môman le sait de source sûre, sinon d’expérience --, c’est forcément le début des emmerdements !

La maman, la putain et le dindon de la farce.

Puisque nous sommes dans le domaine, encore peu exploré dans nos colonnes, du Camp « made in France », allons donc retrouver notre édifiant duo, incarné à l’ultra-perfection par les irremplaçables Jane Marken et Simone Signoret.
Simone qui d’ailleurs, permettez-moi la parenthèse, pourrait rejoindre le duo de divas cité dans l'introduction, puisque, comme miss Crawford et Davis, elle eut également la faiblesse, d’une maladroite éructation d’utérus, de mettre au monde une abominable sangsue revêche et ingrate, dont nous tairons le nom afin de nous éviter les sanglantes représailles juridiques de Catherine Allégret (flûte, ça m’a échappé !)

Burn witch, burn !

Si je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler l’extraordinaire carrière de « la » Signoret, Jane Marken, un peu oubliée aujourd’hui, affiche un palmarès non moins éblouissant.
Abonnée aux rôles de bonnes grosses femmes un tantinet vulgaires (« Les Enfants du Paradis ») ou d’abominables mégères (« Pot-bouille »), la dame était régulièrement courtisée par les plus brillants metteurs en scène de l’époque.  Renoir, Duvivier, Carné, Guitry, Abel Gance… On dira ce qu’on voudra, sur un CV, ça fait joli !

 Une affiche superbe, pour un film tout 
en excès comme on les aime !


Les deux comédiennes campent ( ! ) ici  les harpies les plus odieuses, infâmes, détestables et amorales que le cinéma français nous ait jamais offertes.
Partons donc découvrir un morceau choisi de ce chef-d’œuvre absolu de l’outrance, de l’excès et de la « pause effrénée », ingrédients indispensables au Camp s’il en est, qu’est ce MANÈGES  de Yves Allégret (le papa de qui-vous-savez, aka "la Méduse", "le Fléau", "Belphégor", etc...)



Quand on voit comment cette petite grue parle à sa mère, on se dit quand même qu'il y a des coups de tisonniers dans les gencives qui se perdent !
Une môman si bien comme il faut, éternellement  pimpante et primesautière !
Et toujours de bonne humeur avec ça. C'est même sa signature maison à Mme Mère, son rire ! Ça vous met tout de suite une touche de distinction et de classe dans les soirées les plus "collets montés", un rire comme ça.
Le doute n'est pas permis : c'est une femme du monde ! (et immonde aussi, oui, je vous l'accorde...)

mardi 9 avril 2013

"JESUS REVIENS, JE-E-SUS REVIENS !"

 Par Valentine Deluxe

...Je dois d'abord vous dire que rien ne s'est passé comme prévu !

Eh oui, ce qui devait n'être qu'une simple rubrique légère et primesautière, programmée dans le cadre du week-end anniversaire de notre Auguste Blog, s'est vue rattrapée par une actualité funéraire dont nous nous serions bien passé.
Le nouvel extrait exclusif que vous allez découvrir ci plus-bas -- et ce, dès que j'aurai fini de jacter --, toujours tiré du cultissime spectacle "ABOMINABLES!"',  n’était absolument pas destiné à devenir une ode funèbre au plus prolifique, dépravé et frappadingue des metteurs en scènes ibériques.
Mais voilà, mercredi passé, la nouvelle est tombée comme un coup de massue sur les épaules des amateurs de bizarreries cinématographiques de tout crin :
 Jesùs Franco venait de rendre son dernier souffle.

 
Jesùs Franco, 1930-2013

En 55 ans de carrière, jalonnée de près de 200 œuvres, foutraques ou géniales, et souvent les deux d'un coup, le petit Jésus nous aura laissé au final le plus incroyable defilé de monstres libidineux en tous genres, jamais imprimé sur pellicule.
Orloff, Mabuse, Fu-Manchu, Dracula, Frankenstein, Jack L'Eventreur et une pléthore de maniaques moins illustres, ont pourchassé, avec un indéfectible zèle, de films en films, de zooms hystériques en faux-raccords improbables, un tout aussi impressionnant cortège de nymphettes callipyges des plus impudiques et invariablement  promises aux pires sévices autant qu'aux derniers outrages.



 55 ans de carrière et une incroyable galerie de cinglés


Alors, partons vite voir ce que Valentine nous racontait sur un de ses passages favoris d'une œuvre phare de Jesùs Franco, le mythique "UNE VIERGE CHEZ LES MORTS-VIVANTS"



Pour fignoler, si vous voulez revoir ce grand moment de cinéma sans les babillages de la Deluxe :


samedi 30 mars 2013

JOYEUSE ANNIVERSAIRE!

Par Valentine Deluxe

Chères meincampiennes, chers meincampiens, aujourd’hui est un jour à marquer d’une pierre blanche !
En effet, BBJane Hudson et moi même -- distraites que nous sommes, et mon dieu que le temps passe vite quand on s’amuse ! --, nous venons de nous apercevoir que notre bébé chéri, la chair de notre chair, notre blog bien-aimé, va fêter ce week-end son troisième anniversaire!


Regardez moi ça,  j’en suis toute émue ; pour un peu j’en ferais couler mon rimmel, si je n’utilisais une mixture maison tout ce qu’il y a de waterproof, à base de mortier de chaux et d’encre de chine... Résultats garantis !

Or donc, profitant de l'occasion, votre Valentine va clôturer cette semaine pascale rien moins que polaire en vous  apportant un peu de chaleur et de réconfort jusqu’au cœur de vos chaumières humides et  glaciales.
Et oui, Valentine a décidé de mettre les petits plats dans les grands pour cet anniversaire, et de vous offrir rien moins qu’un scoop en exclusivité intersidérale !

Ne venez pas dire après qu'on ne vous a pas gâtés pour vos Pâques !

Je ne sais pas vous, mais moi je me suis toujours demandée si Albert Simon avait un physique en rapport avec sa célèbre voix ? 
Albert Simon ? 
Le monsieur météo d’Europe numéro un !  (« Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans… », blablabla !) 
Celui qui avait une voix de Bosniaque bègue avec des nodules sur les cordes vocales comme des testicules de taureau ; à faire passer Haroun Tazieff pour Maria Callas !

 Le doute n'est plus permis: 
Albert Simon avait bien la voix de son physique !

Eh bien, je sais que pour beaucoup d’entre vous, Valentine Deluxe, c’est un  peu pareil  -- encore qu'elle n'ait pas de testicules de taureau, ni sur les cordes vocales, ni ailleurs ! --, enfin c'est pareil, mais dans l’autre sens… je ne sais pas si je suis bien clair  là ?
Bref, à l’inverse d’Albert Simon, Valentine, vous savez à quoi elle ressemble :
Soit vous suivez ses aventures sur FaceBook, soit vous regardez dans l’onglet de droite, et c’est la dame très élégante, mais fort maquillée, qui s’étrangle avec son sautoir.
Alors, la grande question métaphysique du jour : 
A l'instar d'Albert Simon, Valentine a-t-elle la voix de son physique ? 

 Valentine Deluxe passera-t-elle l'épreuve du parlant ?

Eh bien, levons l’épais  voile de mystère qui reposait sur 50% de l’équipe rédactionnelle de Mein Camp, et allons voir comment c'est qu’elle cause, la gueuse !
Pour ce faire nous allons suivre la méthode "Avant-Après".
Vous êtes prêts ?

Bon, phase numéro 1 :
Reportons nous à l’article suivant, publié dans les colonnes de Mein Camp voici un certain temps déjà… Ça va, vous avez lu en essayant d'imaginer dame Valentine, récitant cette prose puissante avec son organe de stentor? 



"Ceci n'est pas un organe de stentor"

Maintenant, essayons de voir ce que ça donne en direct-live "and glorious 2D" ! 
Rendons-nous donc dans un haut lieu de la vie culturelle bruxelloise, le célèbre -- certains disent « légendaire » -- Théâtre de la Toison d’Or, ou sous son appellation la plus repandue, le TTO.
Nous sommes le samedi 02 mars, en pleine représentation de « ABOMINABLES », et entre une perfidie de Mlle Irène de Langelée et une chanson à boire de Fräulein Peggy-Lee Cooper, votre Valentine apporte son grain de sel personnel, sa pierre à l'édifice, avec sa délicieuse rubrique:

« La minute de bon sens ! »

Attention, voici venu un grand, GRAND, TRÈS GRAND moment d'émotion! (non dépourvu de fourlaches, bafouillages et autres bévues, mais que voulez vous : c'est la magie du "direct" ça !)

mercredi 27 février 2013

THE BALLAD OF TAM LIN (Roddy McDOWALL, 1969)


par BBJane HUDSON


(Attention ! Nombreux spoilers...)

Unique réalisation du comédien Roddy McDowall, enfant-star des années 1940 puis second rôle fétiche de la science-fiction et de l'épouvante, The Ballad of Tam Lin est une œuvre atypique et incomprise, présentant tous les attributs du film maudit. La banqueroute de son producteur, la Commonwealth United, retarda de deux ans sa distribution ; son nouvel acquéreur, l'A.I.P., le remonta sans consulter McDowall et le lança comme un film d'horreur dans le circuit des drive-in sous le titre The Devil's Widow. Or, non seulement Tam Lin n'entretient avec l'épouvante qu'un rapport réticent, mais il manifeste des ambitions artistiques, poétiques et expérimentales peu courantes dans le cinéma d'exploitation.



Bien qu'inspiré d'une célèbre légende écossaise, il en évacue les éléments fantastiques et la transpose dans le cadre réaliste de la fin du swinging London, ne retenant que ses aspects romantiques et élégiaques. Si le film dispense une réelle étrangeté, elle tient davantage aux options de mise en scène qu'à la teneur surnaturelle d'une intrigue qui, sur le papier, relève du mélodrame classique (un fort parfum d'eau de rose subsiste dans plusieurs scènes). Difficilement classable, l'œuvre passe de l'esthétisme contemplatif à l'exubérance Pop, du folklore rural gentillet à l'angoisse et au suspense. Elle repose enfin sur une figure féminine et un argument propres à la hagsploitation, tout en gardant certaines distances avec le sous-genre.


La légende originale raconte la captivité d'un humain, Tam Lin, par la Reine des Fées, et sa libération grâce à une jeune fille éprise de lui. Parmi d'innombrables variations littéraires, McDowall et le scénariste William Spier retinrent le poème de Robert Burns (1759-1796), dont des extraits mis en musique émaillent ponctuellement le film. La Reine des Fées devient ici Michaela (dite Micky) Cazaret (Ava Gardner), une femme immensément riche qui, pour tromper son vieillissement, s'entoure d'une bande de jeunes gens qu'elle entretient fastueusement. Parmi eux, elle élit périodiquement un amant attitré. Tom Lynn (Ian McShane) est le dernier en date, secrètement jalousé par Oliver (David Whitman) qui aimerait prendre sa succession. Lors d'un séjour de la troupe dans le manoir écossais de Micky, Tom s'éprend de Janet Ainsley (Stephanie Beacham), fille du vicaire local. Elroy (Richard Wattis), le secrétaire particulier de Micky, informe le jeune homme du funeste destin des précédents favoris de sa patronne : tous ont péri dans des accidents de voiture après avoir voulu se détacher d'elle. Quand Tom annonce à Micky qu'il est résolu à la quitter, elle lui octroie sept jours de répit à l'issue desquels elle promet de le tuer. Ayant appris que Janet est enceinte, Tom lui demande de garder l'enfant et décide de leur départ pour Londres. Alors qu'il s'apprête à partir, il est kidnappé par ses anciens compagnons et conduit au manoir. Micky le force à avaler du LSD puis à fuir en voiture avec la meute de ses protégés à ses trousses. Rejoint par Janet, Tom parvient à atteindre les marais où se poursuit une éprouvante chasse à l'homme, compliquée d'hallucinations dues à la drogue. Il réussit à vaincre ses visions et à survivre à la traque. Micky, constatant l'échec de son plan, lui laisse la vie sauve et regagne Londres avec son nouvel amant, Oliver.


Grand admirateur et ami d'Ava Gardner, McDowall souhaitait composer un hymne visuel à sa beauté. Celle-ci commençait à se faner en 1969, comme s'en souvient le chef-opérateur Billy Williams dans une interview accordée au site « Web of Stories »1 : à 47 ans, l'interprète de Pandora (Albert Lewin, 1951) portait les stigmates d'une vie agitée, et Williams dut se montrer extrêmement vigilant dans le choix des angles et des éclairages, particulièrement lors du tournage en extérieurs, où la lumière naturelle est plus révélatrice des altérations de l'âge. Rendre hommage à une diva de l'écran à l'heure où sa splendeur s'étiole, et ce par le biais d'une histoire traitant précisément du refus obstiné du vieillissement, est une démarche Camp qui n'étonne pas de la part de l'homosexuel fasciné par le glamour hollywoodien qu'était Roddy McDowall.
Il entoure le personnage de Micky Cazaret d'une aura mythique et sulfureuse, dissimulant les éléments de son passé ainsi que l'origine de sa fortune, et entretenant l'incertitude sur son âge réel. Bien que consciente de son vieillissement (
« Tu vieillis chaque année, moi je vieillis chaque sordide seconde », dit-elle à Tom), elle fait plusieurs fois allusion à son immortalité et laisse entendre qu'elle est beaucoup plus âgée que quiconque ne l'imagine. C'est sans doute ce qui incita certains commentateurs à parler du personnage comme d'une sorcière ou une déesse maléfique ayant pris forme humaine, alors que ni le scénario ni les dialogues ne fournissent d'indications sur ce point. Son assimilation à la Reine des Fées n'a qu'une valeur symbolique, et seule l'extrapolation permet de voir en elle autre chose qu'une richissime mythomane au narcissisme maladif.


La seule société qu'elle tolère est la communauté de post-adolescents vaguement hippies qu'elle tient sous sa dépendance financière et œdipienne. Elle les surnomme tantôt ses « enfants », tantôt ses « créatures », les enjôle ou les gronde, les favorise ou les répudie telle une mère abusive à l'amour captatif. Elle les pousse constamment à la transgression, mais veille à ce que celle-ci ne vise jamais son autorité. L'idolâtrie qu'elle leur réclame compense ses insatisfactions affectives et son angoisse face à l'âge et la déperdition de ses charmes. Cette idolâtrie n'est qu'une manifestation mensongère de la vénalité de ses « enfants » ; ils jouent avec elle une comédie dont nul n'est dupe, mais qu'il importe de perpétuer pour se tenir à l'écart des réalités du monde. La communauté sybarite sur laquelle règne Micky, retranchée dans un luxueux appartement londonien ou dans le manoir écossais (celui de Traquair House, la plus ancienne demeure habitée d'Ecosse), passe ses journées à jouer à toute sorte de jeux. L'alcool et la drogue sont libéralement dispensés par Micky, permettant à ses « enfants » d'ignorer combien le Paradis qu'elle leur aménage est confiné (la situation fait songer au « Masque de la mort rouge », la nouvelle d'Edgar Poe et ses adaptations cinématographiques). Les sentiments vrais n'y ont aucune place ; derrière les rires et les amusements, la tension et la jalousie sont constantes entre les jeunes gens, et c'est l'amour maternel incestueux qui dicte les conduites.


La relation de Micky et de Tom peut évoquer celle de Norma Desmond et de Joe Gillis dans Boulevard du crépuscule, de par sa nature intergénérationnelle, l'intérêt réciproque qui y préside, et la personnalité Camp de Micky. Elle en diffère néanmoins subtilement. Contrairement à Joe Gillis, Tom n'a rien d'un camper et n'éprouve aucune fascination pour le potentiel Camp de Micky. S'il souhaite la quitter, ce ne n'est pas parce qu'il reconnaît en elle un double féminisé de lui-même, et leur différence d'âge n'est pas source pour lui d'une attraction queer, mais sujet de dégoût (« Quand tu seras vieille, je serai dans la fleur de l'âge ! », lui lance-t-il rageusement dans un moment d'ivresse). 
En s'éprenant de Janet, il démontre son ouverture au monde extérieur et prend conscience du malaise qu'il éprouve dans l'univers clos et tissé d'artifices édifié par Micky. Alors que Joe Gillis ne pouvait résister aux sirènes d'un monde d'illusions, Tom refuse de les écouter plus longtemps. Son amour pour Janet marque son adhésion au réel, et il n'est pas anodin que sa flamme s'éveille dans cette campagne écossaise dont McDowall exalte les beautés en de bucoliques images : le contact avec la nature inspire à Tom le rejet des sentiments et des comportements fabriqués, ainsi que du Camp incarné par Micky. 
Curieusement, McDowall semble hésiter à se mettre au diapason de cet état d'esprit ; c'est ainsi que la scène romantique de la rencontre entre Tom et Janet au bord de la rivière, qui devrait constituer un moment d'évidence et de spontanéité, est filmée avec affectation et recherche de l'effet, découpée en une série d'arrêts sur image dont on perçoit mal la nécessité. Elle prend une coloration involontairement parodique de roman photo un peu niais (voir extrait en fin d'article). On peut en dire autant des retrouvailles du couple à Édimbourg, suivies de leur étreinte dans la caravane de Tom : les échanges de regard s'éternisent, censés traduire une émotion virulente, mais donnant surtout une impression d'emphase creuse.


Les caprices d'une mise en scène privilégiant le formalisme finissent par s'opposer à l'authenticité des personnages, dont la psychologie semble désintéresser McDowall. On peut en être surpris de la part d'un comédien passant à la réalisation, mais c'est oublier que notre homme était aussi un photographe passionné, et que son propre jeu d'acteur fut toujours très marqué par la distanciation Camp (du moins à l'âge adulte). Aussi doit-on admettre que sa personnalité s'exprime pleinement dans ces maniérismes, qui furent parfois considérés par la critique comme des maladresses de débutant.
Si le film parvient à émouvoir, ce n'est pas par le biais traditionnel de notre identification aux protagonistes, mais au contraire par notre peine à nous convaincre de leur authenticité, sentiment qui accentue leur pathétisme et leur vulnérabilité. C'est par la distance que McDowall nous les rend proches, tout particulièrement pour le couple de Tom et Janet. Les excès de la mise en scène, en décrédibilisant leur idylle, nous donnent la nostalgie d'un amour vrai. Nous sommes amenés à penser de leurs scènes de romance : « C'est trop énorme, cela n'existe pas. Et pourtant, ce serait tellement beau qu'une telle énormité soit sincère ». 

Roddy McDowall sur le tournage de The Ballad of Tam Lin.
 
Il y a sans doute plus de pudeur que de prétention dans les affèteries du réalisateur, ses ralentis et ses effets de caméra. Il y a aussi un acquiescement à l'esthétique Pop de l'époque, une tentation psychédélique. Il y a enfin l'affinité profonde d'un artiste homosexuel au Camp. Comme l'écrit David Cairns : « Ceci, il faut le noter, est peut-être le film Camp le plus extravagant jamais fomenté au sein du placard en celluloïd (« the celluloid closet »). Aucun des personnages n'est homosexuel, aucun acte sexuel n'est montré entre personnes du même sexe, ni même suggéré, mais la totalité de la production possède un parfum d'étrangeté wildienne, rehaussé par une esthétique gothique très soutenue, intensifié jusqu'à l'hystérie par l'emploi de lentilles de couleur et de musique folk-rock féérique propre à l'époque2 ».
On doit objecter qu'il existe bien un personnage gay : le secrétaire particulier Elroy, remarquablement interprété par le spécialiste des rôles de gentlemen efféminés, Richard Wattis
Tom le qualifie de « vieille reine rance ». Mais c'est la seule figure ouvertement gay d'un film qui ne trahit l'homosexualité de son auteur que par une sensibilité esthétique et un sujet relevant du Camp. 

Richard Wattis

McDowall développe le caractère queer de son œuvre en favorisant les ruptures de ton, en mélangeant les genres et les climats, de telle sorte qu'elle échappe aux classifications conventionnelles et à l'arbitraire des critères cinématographiques. Démarrant dans l'effervescence Pop du swinging London, Tam Lin bascule dans la fantasy légendaire et folklorique (appuyée par la ballade chantée par le groupe Pentangle) avant d'effleurer le mélodrame et de s'achever dans le thriller et l'épouvante psychédélique. 
Ce dernier registre est concentré dans le finale. Lors de la poursuite dans les marais envahis de brume, Tom, sous l'effet du LSD, croit se transformer en ours, imagine qu'un serpent géant s'enroule autour de son corps, puis que l'eau d'un étang se change en flammes pour le consumer (ces visions font référence à des occurrences symboliques présentes dans la légende originale). La séquence n'a rien de fantastique à proprement parler, puisqu'il s'agit d'hallucinations présentées comme telles ; mais le décor de studio, la photographie (Billy Williams filma plusieurs plans en infra-rouge) et la mise en scène évoquent irrésistiblement un film d'horreur, ainsi que La Chasse du Comte Zaroff (Irving Pichel, Ernest B. Schoedsack, 1932). 


Avec les années, les films auxquels Tam Lin est le plus souvent comparé sont La Nuit du chasseur pour le mélange des atmosphères, l'hétérodoxie narrative, mais aussi parce qu'il s'agit également de l'unique réalisation d'un comédien homosexuel et surtout The Wicker Man (Robin Hardy, 1973), exemple ô combien efficient de production hybride et passionnante, entre « film d'auteur » et « film de genre ». McDowall en anticipe le charme décalé, l'étrangeté, et l'ambiguïté du discours. 
Tout comme il est difficile, à la vision de The Wicker Man, de déterminer si Hardy se prononce en faveur du paganisme ou des religions établies, on ne sait trop si McDowall envisageait une charge contre le mouvement hippie, son hédonisme et ses utopies bricolées, ou s'il considère avec regret son dévoiement dans le capitalisme incarné par Micky. Réalisé en un temps où l'aventure hippie touchait à sa fin et où ses représentants se ralliaient à la société de consommation et au « libéralisme-libertaire » (pour reprendre les termes du sociologue Michel Clouscard), Tam Lin offre le constat de la fin d'une époque et d'une idéologie. 
L'arrivée de Janet au manoir, où la naïve villageoise découvre les séduisants protégés de Micky jouant au frisbee sous une lumière printanière, fait clairement référence à ce moment classique des contes folkloriques où un humain pénètre dans le cercle des elfes. Filmant la scène au ralenti et s'attardant sur le visage émerveillé mais un peu inquiet de Janet, McDowall instaure un sentiment contradictoire, le même que dans les contes : s'agit-il de créatures angéliques ou maléfiques ? Leur monstruosité nous sera démontrée par la suite, mais on ne peut se défendre de percevoir, à ce moment précis, la tendresse du cinéaste pour cette jeunesse égarée, peut-être moins par ses idéaux que par l'emprise corruptrice de l'argent et du pouvoir, toujours prêts à pervertir les élans les plus positifs. Face à eux, Janet figure l'innocence et la simplicité de la vie campagnarde, source d'une santé morale représentée par le personnage du vicaire, son père.


L'exaltation de la vie rurale et la référence attendrie aux récits légendaires laissent soupçonner chez McDowall des intentions réactionnaires qui, néanmoins, demeurent ambiguës : lorsque Janet tombe enceinte et demande l'adresse d'un avorteur à une villageoise, celle-ci lui apprend que la mère de la jeune femme eut jadis recours au même service. On le voit, rien n'est aussi simple qu'il y paraît, même dans les villages écossais les mieux préservés de la modernité. McDowall se garde de trancher pour la libéralisation des mœurs contre le conservatisme, préférant maintenir son film dans l'incertitude poétique des lisières, qu'elles soient morales ou esthétiques.


Après sa sortie bâclée, The Ballad of Tam Lin disparut des écrans et tomba dans l'oubli. Ce n'est qu'en 1998 que le cinéaste Martin Scorsese, ayant visionné une copie privée chez McDowall, décida de le restaurer en rétablissant le montage original. McDowall en assura la présentation sur la cassette parue chez Republic Home Video, et mourut quelques mois plus tard. Aujourd'hui, malgré l'admiration d'une poignée de cinéphiles, ce beau film demeure aussi méconnu que jadis, et, privé d'édition en DVD, presque aussi difficile d'accès.


Le film est hadopisable sur mon site SMORGASBLOG.

Toute la bizarrerie et la magie du film sont condensées dans cet extrait :


1  http://www.webofstories.com/play/11339
2 David Cairns, site « Mubi », The Forgotten : Fairies at the Bottom of the Garden, http://mubi.com/notebook/posts/the-forgotten-fairies-at-the-bottom-of-the-garden