"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



jeudi 11 décembre 2014

LUCRECE BORGIA (1953)

FRENCH CAMP #7

123 centimètres de pur génie...

par Valentine Deluxe

 


En 4 ans et demi d'existence, nous avons eu le loisir de louer, tout au long de nos 125 rubriques, le talent -- généralement placé sous le signe de l’excès -- de plus de 160 acteurs et actrices.
Pourtant, à chaque nouvelle bafouille, je commence toujours par me dire : "Comment se fait-il que nous n'ayons pas encore parlé de... ou de... ? "
Eh bien, cette 125éme babillarde ne dérogera pas à la règle, car en cherchant par quel bout l'attaquer, je n'ai une fois de plus pas manqué de me dire : "Comment se fait-il que nous n'ayons pas encore parlé de Piéral ???"
Ceux qui se souviennent de ce comédien ne manqueront pas d'acquiescer de concert avec moi, un sourire un brin nostalgique au coin des lèvres.
C'est que cela nous ramène à  une heureuse époque où la bienséance javellisée n'avait pas encore banni du PaMéMo (Paysage Médiatique Mondial) cette figure indispensable de tout bon mélodrame érotico-historique :
le nain perfide et diabolique!

 

Piéral était (à son grand désespoir, d’ailleurs)  l'incontournable abonné à ce type de personnage.
Au vu du génie du bonhomme, on pourra bien sûr regretter cet emploi un tantinet réducteur, mais au moins aura-t-il échappé à l'infamie d'une "Joséphine, ange-gardien" !... A chaque époque son type casting !...

Perfide, diabolique, et très souvent empoisonneur !

Il est toujours amusant de comparer, à sujets égaux, la liberté de ton des productions françaises contemporaines aux super-productions hollywoodiennes, muselées et corsetées par l'incontournable code de bonne conduite érigé par  la MPPA.
Il suffit de mettre en parallèle un film comme "Diane de Poitier" avec Lana Turner dans le rôle-titre, et le "Lucrèce Borgia" de Martine Carol, tourné 3 ans plus tôt.
Point n'est besoin d'avoir fait science-po pour comprendre fissa la différence fondamentale entre les deux modèles :
Chez Martine Carol, figurera invariablement au cahier des charges l'indispensable "séquence nichons", que tous les spectateurs mâles de l’après-guerre étaient en droit d'attendre de ce type de productions.
Poitrines diverses de figurantes, mais aussi, et surtout, les merveilleux roudoudous de la star, jamais avare de ses charmes.
Perfection du galbe et de la proportion, ces tétons mutins et frondeurs faisaient, à très juste titre, quasiment figure de trésor national. 

Que serait un film de Martine Carol 
sans l'indispensable séquence "nichons" ???

Une autre pépite -- moins souvent célébrée, hélas -- de la pellicule en question, est donc notre merveilleux Piéral, qui l'espace d'une courte apparition, comme à son habitude, va voler TOUT le film.
Diction mielleuse, un effet sur chaque syllabe, regard suintant l'arsenic, il est absolument parfait et ne laissera rien derrière lui.
"Comme toujours", serais-je tentée d'ajouter .
Comble de bonheur, il est ici épaulé de l'également sublime Valentine Tessier (déjà, rien que le prénom...),  autre grande cambrioleuse du cinéma français, qui s'y entendait pour piquer une scène au nez et à la barbe de la vedette principale.
La future comtesse de Saint-Fiacre incarne ici, avec notre génial avorton, un couple aussi imparable qu'inoubliable.

 
 Évidement, on se poile un peu plus à la cour des Borgia 
qu'à celle de Saint-Fiacre !


Elle nous campe (on ne peut mieux dire) une Giulia Farnèse dont plus rien ne semble évoquer la légendaire beauté peinte par Raphaël et tous les grands barbouilleurs du Quattrocento.
Dévoreuse de mâles à l'insatiable appétit, cougar faisandée au clitoris hyperkinétique, elle est toujours accompagnée de son bouffon adoré, petite langue-de-pute aussi fourbe que fielleuse.
Qu'ils apparaissent à l’écran, et c'est le miracle ! 




"Qu'on éveeeeeentre la vieille !..."
Qu'est ce que je vous disais ?... N'est-il pas sublime ?...
Cette façon d'étirer la 2éme syllabe sur "éventre", on touche au divin !
Les sœurs Papin, par comparaison, étaient un modèle de loyauté ancillaire !
Continuons d'explorer plus avant ce petit duo amoureusement rodé.
Car du côté de notre Valentine (... oui, enfin, pas moi, l'autre !... Suivez, bon sang !), cette façon de lancer "Vous serez battu" n'est pas moins inoubliable...

Ah oui ! j'oubliais ! Attention : SÉQUENCE NICHONS !



Piéral, en plus, n'a pas besoin de dialogues -- aussi merveilleux soient-ils -- pour être génial ; il l'est de nature et n'a pour ainsi dire qu'à paraître pour susciter la pâmoison !
Enfin, pour être tout à fait juste, nous dirons "paraître, rouler des yeux et sautiller", mais c'est très bon quand même...




Plutôt du genre rancunier et teigneux, il faut bien l'admettre, mais en-dehors de ça : une crème d'homme !
De leur première à leur ultime scène, le duo infernal n'apparaît pas 10 minutes dans film, en tout et pour tout. Pourtant, si je devais raconter l’œuvre, je serais bien en peine de vous détailler ce qui se passe avant ou après, car je n'ai d'yeux que pour eux.Mais s'il fallait n'en garder qu'un extrait, inutile d'ajouter que je ne tergiverserai pas pendant des plombes, car l’éclair de génie pur, le voilà :



...A regarder en boucle, sans modération !

vendredi 31 octobre 2014

ORGIE MACABRE (Orgy of the dead, 1966)

Spécial Halloween/ La musique adoucit les mœurs # 11

Par Valentine Deluxe


Aujourd’hui, pas de blablas, pas de phrase inutile, tarabiscotée, longue comme un film de Chantal Ackerman écrit par Marguerite Duras -- remarquez, l'inverse serait encore plus effroyable, et surtout... beaucoup plus long !!!
Aujourd’hui je la boucle ; aujourd’hui, je me tais! (... ou peu s'en faut...)
Ça n'est pas que je vous fasse la gueule, que je sois aphone (et à flore), en grève, ou en panne d'encrier... non !
C'est juste que ce que la merveille je dois vous présenter aujourd’hui - Halloween oblige ! - se suffit à elle même.
Je dirai même plus : il n'y a pas de mot assez fort pour la décrire!


Déjà, un film qui s'annonce fièrement en "gorgeous Astra-vision" et "shocking sexy-color", moi je dis: 
Total respect!

Pour son exploitation  française (car ce film fut bel et bien distribué en salle, autre exploit !), l'intrigue, aussi brumeuse que l'unique et minable cimetière qui sert de décor au métrage, était sommairement  résumée par cet encart aguicheur :

"Les rites surnaturels de belles créatures condamnées pour leur immoralité et leurs péchés sur terre !"

Waowwww! 
(ça c'est pas sur les affiches, c'est moi )

Elle a un regard d'un pétillant, la "belle créature condamnée", 
c'est un vrai bonheur !

Ce que l'affiche ne mentionne pas, c'est que les joyeuses gaudrioles macabres que l'on nous promet se déroulent devant un pubis... heu! pardon, un public (c'est l'effet du sexy-color, ça !!!)  aussi restreint que bigarré!
A savoir :
  1. Un couple de jeunes mariés, dont la voiture - comme il se doit - vient de  tomber en panne dans les environs. 
  2. Une Morticia Addams de Prisunic (Fawn Silver) et un Dracula des plus maniérés (Criswell, le mage de l'écurie Ed Wood).
  3. Un loup-garou pelucheux et une momie anémique, improbables sidekicks commentant à tour de rôle,  de façon spirituelle (oui, enfin...) et avec une régularité de coucou suisse, l'improbable et sulfureux spectacle.
 Criswell, c'est madame Soleil
 ... en moins viril.
    Mais en quoi  consistent donc ces fameux rites surnaturels de belles créatures condamnées pour leur immoralité ?
    Eh bien, allons voir ça tout de suite avec mademoiselle Castagnettes qui nous présente sa fameuse danse spécial Toussaint, ou comme on dit dans la langue de Cervantès, El  dia del muertos ;  "a celebration in her contry" nous assure la pseudo Vampira, qui n'arrive pas à décider si la charmante donzelle est espagnole ou mexicaine.
     ... mais on ne va pas faire des mouches à 4 queues pour si peu!


                 

    Bon,  le vieux est content en tout cas, c'est déjà ça!
    Alors vous vous demanderez peut être : "Mais à part ça, qu'est ce qui se passe ?"
    Ben rien ! Les numéros de strip-tease - tous plus gratinés les uns que les autres - s'enchaînent inlassablement, avec juste un costume et un "gimmick" différents à chaque fois, comme dans un cabaret pour VRP belges  du Pigalle de la grande époque, et quand après 90 (loooooongues) minutes le soleil se lève enfin sur cette nuit d'horreur, non seulement vos zygomatiques endoloris sont au bord de la crise de tétanie, mais Criswell et ses comparses se sont transformés en squelettes, ne laissant que notre brave couple de jouvenceaux témoin de cette nuit de Walpurgis au concert Mayol
    Vous ne me croyez pas?... Vous ne me croyez pas ?!?
    Eh ben tiens, pour les plus téméraires et résistants d'entre vous, vous pourrez vérifier, je vous refile l'intégrale !!!
    Non, ne me remerciez pas, puisque je vous dis que ça me fait plaisir (... et éteignez bien tout en partant).




    LES 7 CITES D'ATLANTIS (Warlords of Atlantis/Warlords of the deep, 1978)

    BOOKING.CAMP #1

    par Valentine Deluxe



    Ne vous laissez pas avoir par cette météo trompeuse et ce faux air d'été indien.
    Les faits sont là, les statistiques imparables.
    En novembre :

    • Les cimetières fleurissent 
    • Les jours raccourcissent
    • Les températures baissent
    • Les dépressions augmentent
    C'est scientifique, y a pas à revenir là-dessus. Et s’il n’y avait que la promesse - serinée par tous les JT de France, de Navarre et d'Outre-Quievrain - d'une redoutable  déferlante de nouveaux virus, aussi exotiques qu’un film de Maria Montez et plus foudroyant qu’un édito de Hedda Hopper, passe encore. 

     Le virus Ebola vu au microscope
    (photo non contractuelle)

    Mais il vous faudra aussi composer  - Rengrègement de mal ! Surcroît de désespoir ![1] - avec Halloween et ses cortèges de chiards peinturlurés, qui vous réclament à cor et à cri (qu’ils ont perçant, ces gueux) des doses de glucose qui décimeraient, par choc diabétique foudroyant, des régiments entiers de soudards polonais.


     « The horror ! The horror ! »

    Vous croyez en avoir fini ? C’eut été trop beau, car à peine les singeries païennes de l’oncle Sam terminées, voici qu'arrivent les baraquements calibrés des villages de Noël, et leurs vapeurs écœurantes de tartiflettes surgelées et de vin chaud,  mi-cannelle/ mi-antigel...
    Non, vraiment, je ne sais pas vous, mais moi, le dernier trimestre, ce n’est pas ma saison préférée !
    ... Quoi de plus flippant ???

    Heureusement en toute circonstance - surtout les plus désespérées - vous pouvez toujours compter sur votre blog préféré pour mettre un coup de soleil dans l'eau froide !
    Alors moi, Valentine Deluxe - Votre Valentine -, je vous dis :

    ... et si on parlait plutôt de nos prochaines vacances?

    La voilà, l'antidote miracle à la grisaille saisonnière! C'est donc le moment idoine pour lancer une nouvelle rubrique, placée sous le signes du voyage-voyage ("... sur l'eau sacrée d'un fleuve indiennnn !")
      

    En 4 ans d'existence, nous n'avions jamais évoqué Desirless.
    (ouf ! voilà, c'est fait !) 
     
    Mais comme il vaut mieux ne pas acheter un chat dans un sac -- car s'il est vivant, ça remue et ça griffe, et si il est mort, ça va sentir mauvais --, nous allons patiemment essayer de vous trouver la pépite, le diamant, le trèfle à quatre feuilles de la villégiature!
    Et oui, vous ne pensiez quand même pas que j'allais vous envoyer vous dorer la pilule dans la case de l'oncle Tom, dans de la paillote "Trigano" avec buffet "Tricatel" ! 

     



    Grâce à "BOOKING.CAMP" vous allez pouvoir non seulement trouver LA destination, mais aussi réserver en ligne et comparer les avis des voyageurs ; elle est pas belle la vie?
    Et il y a encore des mauvaises langues après ça qui diront que nous sommes passéistes, ici
    Sus aux perfides, vive le progrès et l'aventure moderne !


    Alors pour notre première destination, je vous propose d'aller faire un tour à Thinqua, une des 7 cités d'Atlantis, tirée du film ... "Les 7 cités d'Atlantis" (comme ça au moins, c'est pratique, on risque pas de se méprendre...)
    Déjà à Thinka, avant toute chose, il y a l'accueil ! 
    Le Grand Inquisiteur en personne vient vous prendre par la main pour faire le tour des installations, en vous brossant bien dans le sens du poil et en vous assurant que "vous êtes un être supérieur !"... rien que ça!
    N'allez surtout pas vous laisser refroidir par cet  appellation un tantinet austère de "Grand Inquisiteur", non, car ce label quelque peu rugueux désigne en fait la public-relation de l'hôtel :
    Les jambes de Cyd Charisse (et le reste aussi), maquillage pour drag-queen épileptique, coiffée par un as du bigoudi visiblement sous influence de LSD - ou pire! - et habillée avec des surplus de chez Ado (vous vous rappelez, "les rideaux à lisière d'or !")... la grande classe quoi!

    Le Grand Inquisiteur : 
    Julie Mc Cow avec les cannes de Cyd Charisse

    Mais taisons-nous (faut toujours que je cause trop moi, désolée !) et partons plutôt faire le tour de la bicoque.


    ...Oui, c'est vraiment parfait, il n'y a rien à ajouter!
    Et encore, je ne vous ai pas montré l'espace "détente et relaxation", une merveille !



    "Grand dieu, mais ils flottent!"... c'est ti pas beau ça, comme dialogue?
    Et le hall de la contemplation, on dira ce qu'on voudra, ça a quand même une autre gueule que les ateliers "macramé et collier de nouilles" du Club Med'!
    Bon, et maintenant, si vous vous demandez comment la môme Charisse s'est fait faire ses adorables frisotis, passons par le salon de coiffure, où évidemment, on n'utilise qu'un matériel de pointe!
    Et en plus, leur casque pour les mises-en-plis et permanentes, il est branché sur Canal sat', ce qui est quand même super pour patienter pendant qu'on vous fait vos crolles ! [2]





    Bon, évidemment comme vous pouvez le constater, il y a toujours de "bons amis" pour venir gâcher l'ambiance parce que vous avez une chambre avec vue (enfin, je ne sais pas si la chambre est avec vue, mais le casque oui en tout cas !)

    ... Ah ! j'allais vous quitter en oubliant le principal : c'est "Ultra All Inclusive" en plus !!! 
    C'est pas merveilleux ça?  Alors, n'attendez plus pour réserver!
    Merci qui ? 

    MERCI BOOKING.CAMP!





    [1] "L’Avare", acte V, scène IV (… ça vous la coupe ça, non ?)


    [2] Crolle :

    [krol] n.f.

    Belgicisme, du flamand : krul, "boucle".

    Boucle de cheveux

    mercredi 8 octobre 2014

    MORT UN DIMANCHE DE PLUIE (1986)

    French Camp #7 :

    "Une nounou d'enfer !"

    Par Valentine Deluxe



    Il est des films qui naissent dans la discrétion, sortent dans l’indifférence, et disparaissent dans l’anonymat.
    Celui que je vous propose d'explorer aujourd’hui est de ceux-là.
    Si "Mort un dimanche de pluie" n’évoque aujourd’hui plus grand-chose à personne (ce qui ne fait pas bien lourd), rassurez-vous, déjà à l'époque de sa sortie, il n'en disait pas davantage.
    Avec un box-office parisien d'à peu près 10.000 péquenauds, et pas beaucoup plus au compteur national, c'est peu dire qu'il n'a pas rempli tous les espoirs de ses créateurs (et à plus forte raison, ceux de ses bailleurs de fonds !)

    Ils ont réussi à vendre encore moins de disques
    que de tickets de cinéma : un exploit !

    Heureusement, pour son grand retour après une interminable période d'aphasie (que d'aucuns appelleront "flemmardise chronique" -- et d'aucuns auront raison), votre Valentine chérie, tel Zorro venant au secours d'un pauvre Calimero agonisant dans l’indifférence la plus crasse, arrive, flamboyante et généreuse, pour tirer de l'oubli cette trop rare pépite.
    (Et vous noterez au passage qu’après ces  mois d'absence, je ne sais toujours pas faire des phrases de moins de 5 lignes !)

     Un flop d'une injustice criante!

    Je vais vous présenter ici une espèce bien peu commune dans le paysage cinématographique français d’hier et d’aujourd’hui : le thriller pour harpie ménopausée.
    Ce cas de figure a connu des heures plus que glorieuses dans les studios hollywoodiens après le triomphe de « Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? », film-matrice décliné sous bien des formes, avec toujours comme point commun des titres à rallonge où figure presque invariablement un prénom féminin, de Tante Roo à Tante Alice, en passant par Charlotte, Helen ou Delilah… j’en passe et des plus flétries.

     Le mythe fondateur (mais je ne vous apprends rien...)

    Par contre, dans la patrie de Descartes et Molière, l’espèce est plus rare qu’un ragoût de Dodo à la carte d’un McDonald (oui, c'est un peu tiré par les cheveux comme métaphore, j’en conviens...)
    Ô bien sûr, grâce à un riche patrimoine littéraire, la mégère défraîchie, de Mme Thénardier à Folcoche, n’est pas complètement absente des écrans, mais rarement dans le cadre du frissonneur (traduction toute personnelle de « thriller », car nous avons des cotas à respecter ici).
    Alors, vous pensez bien si le film que je veux vous présenter aujourd’hui a des allures de diamant noir, voire d’oasis miraculeuse !

    Une référence en  harpie ménopausée "made in France":
    Madame Thénardier.

    Car niveau vilaine, notre héroïne du jour fait fort. TRÈS fort !
    Visez plutôt le tableau de chasse :
    En 90 minutes, en plus des sévices divers infligés sur la personne d’une pauvre petiote d’à peine 8 ans -- battue, affamée, bourrée de tranquillisants, voire ligotée  toute nue sur la lunette des WC! --, la vilaine gueuse dézingue quand même...
    ***attention pour le spoiler, vous êtes prévenus***
    ... une baby-sitter,  un père de famille, et… non pas un, mais DEUX adorables petits chats !!!
    Comme palmarès, ça se pose là !
    Z’avouerez quand même qu’elle met la barre bien haut question vilenie, on est carrément dans un niveau rien moins qu’olympique, là !

     Pas vraiment une tête de psychopathe sanguinaire, hein ?
    ... encore que !

    Coup de génie au niveau du casting, cette tendre créature est incarnée par la toujours géniale Dominique Lavanant, contre-emploi des plus audacieux pour l’ex-transfuge du Splendid,  peu habituée à incarner ainsi les gorgones hystériques.
    Parfaite de bout en bout et divinement haïssable ; c’est peu dire, au vu de sa fabuleuse prestation, que nous regrettons avec des ongles de fer [1] la frilosité des réalisateurs à la faire sortir des sentiers rassurants et balisés de la comédie franchouillarde.

    Fini les p'tits sucs des Vosges :
    elle suce plus, elle flingue !

    Alors maintenant, je vais la boucler un peu et vous proposer d’aller jeter un petit coup d’œil sur les méthodes pédagogiques quelques peu surprenantes de notre Hitler en jupon.



    On est quand même plus près de la veuve Mao que de Françoise Dolto, vous en conviendrez !
    Et elle n'a même pas besoin de faire preuve de violence physique pour faire flipper les pisseuses...
    (et au passage vous allez pouvoir profiter d'un petit extrait de l'immortel "I'm walking away", du non moins inoubliable Marshall Titus! )



    Une vraie teigne, hein?
    Si je puis me permettre, je vous déconseille vivement de mettre en pratique chez vous ce modèle éducationnel, quels que soient les méfaits commis par vos adorables têtes blondes.
    Moi de toute façon, si on me demande, je nierai tout en bloc : je ne vous connais pas, je ne vous ai rien dit, on ne s’est jamais vu !… et si ça sort d'ici, je sais que c'est vous, capito ?

    Sur ce, je vous embrasse bien fort et -- promis, juré, craché !-- je ne mettrai plus 6 mois pour vous pondre ma prochaine babillarde !


    [1] Traduction littérale d’une savoureuse expression wallonne : « Rigrèter avou dès ongues di fier ».

    samedi 16 août 2014

    KITSCH, SEX AND FUN ! La Fabuleuse histoire des Beach Movies...


    Cinquième et dernière partie : L'Adieu aux lames...




    Dans un registre franchement campy, The Horror of Party Beach (Del Tenney, 1964), ahurissant mélange de musical, de film de plage et de film d'horreur, s'impose comme un parfait exemple de navet culte, extrêmement populaire auprès des fanatiques de « mauvais cinéma ».
    Des fûts de déchets radioactifs, largués à quelques mètres d'une plage du Connecticut, transforment un squelette humain gisant au fond de la mer en un « craignos monster » vaguement réminiscent de L'Etrange créature du lac noir (Jack Arnold, 1953). Bientôt, ce sont trois monstres similaires qui terrorisent la petite ville côtière, décimant sa population (de préférence féminine).
    Avant de faire basculer l'intrigue dans l'épouvante doucement gore (1), Del Tenney rassemble tous les ingrédients du
    beach movie. Nous retrouvons les teenagers trentenaires et les bikers agressifs se trémoussant sur les accords d'un groupe rock (le budget ne permettant pas d'en engager plusieurs, c'est aux seuls Del-Aires que revint l'honneur d'interpréter pas moins de six redoutables compositions, dont l'inaudible « The Zombie Stomp »), nous assistons à une "pyjama party" (qui tourne au massacre de ses vingt participantes) et aux chamailleries d'un couple mal assorti (un étudiant en sciences et une catin, que son immoralité désigne comme la première victime du monstre).
    La suite se déroule loin du rivage et abandonne l'esthétique et les conventions du genre en faveur de celles du « film de monstres » des années 1950.


    Le look des créatures ichtyoïdes, dignes des marionnettes géantes de Sesame Street, compte parmi les plus ridicules jamais vus à l'écran et a beaucoup fait pour la popularité du film. Leur curieuse démarche évoque les douleurs d'un lumbago ou d'une crise hémorroïdaire, leurs yeux sont des balles de ping pong mal serties dans les cavités orbitales, et leur bouche démesurée s'ouvre sur une dizaine d'appendices ballottants ressemblant à s'y méprendre à une grappe de saucisses knacki. Leur agressivité semble moins provoquée par la soif de sang que par une libido exacerbée -- dans une scène particulièrement grotesque, l'une d'elles ira jusqu'à briser la vitrine d'un magasin pour s'emparer d'un mannequin qui lui a tapé dans l'œil.


    Outre ces bestioles, le personnage le plus mémorable de film est Eulabelle (Eulabelle Moore), la domestique noire du Dr Gavin (Allan Laurel), scientifique chargé d'élucider les meurtres de Party Beach. Un tel stéréotype de mama afro-américaine ne s'était plus rencontré depuis les années 1930-40. Insensible aux remarques condescendantes d'un employeur à qui elle est toute dévouée, Eulabelle soutient mordicus que les monstres sont issus de rituels vaudou, et ressort un vieux gri-gri de ses tiroirs. Rentrant tard dans la demeure de son maître, son ombre imposante la fait prendre par les habitants pour l'une des créatures. Elle aidera à leur destruction en renversant accidentellement du sodium sur le membre amputé de l'un des monstres, ce qui révèle leur vulnérabilité à ce métal.


    Del Tenney parvient occasionnellement à instaurer un climat d'angoisse, comme dans le moment précédant l'attaque de trois jeunes femmes dans un bois. Elles perçoivent l'approche des créatures à leur forte odeur de poisson et commencent à paniquer, dans une séquence qui anticipe les scènes d'expectative de Massacre à la tronçonneuse.
    Ailleurs, le réalisateur rate magistralement ses effets, comme lors du massacre dans le pavillon des filles, où celles-ci prennent d'abord les monstres pour un groupe de garçons venus les lutiner, tout en s'étonnant, elles aussi, de leur
    « odeur de poisson mort ».
    Une autre séquence reprend une convention du film d'horreur de façon si grotesque qu'elle en devient hallucinante. Il arrive fréquemment qu'un protagoniste soit effrayé en découvrant un élément visible des seuls spectateurs ; ici, le processus est inversé : un personnage ne s'aperçoit pas que son ami est défiguré alors qu'il lui fait face, et c'est seulement lorsqu'il fait basculer son visage vers la caméra qu'il se met à hurler  !



    Bien que vierge d'éléments queer, le film recèle un lapsus quasi inévitable dans les beach movies : après un long combat entre le (plus très) jeune premier et un blouson noir que drague sa fiancée, les deux hommes se serrent amicalement la main et laissent la demoiselle en plan.
    La même année, Del Tenney réalisa un film d'épouvante gothique,
    The Curse of the Living Corpse, lorgnant vers Roger Corman, et plus encore vers Andy Milligan, ainsi qu'un film de zombie précurseur, I Eat your Skin. Après quarante ans de silence, il revint au genre en 2003 avec l'étonnamment réussi Descendant, lui aussi très « milliganien » et assez inspiré d'Edgar Poe (en particulier de « La Chute de la maison Usher »).




    Sorti en 1967 mais tourné deux ans plus tôt, It's a Bikini World fut le dernier des beach movies (avant le regain des années 1980) et le premier signé par une femme, Stéphanie Rothman. Cette bande léthargique, parfois vantée pour son propos féministe, ne l'est pourtant guère plus que les autres films du genre. Un garçon machiste, Mike Samson (Tommy Kirk), et une jeune femme insensible à son charme, opportunément appelée Delilah (Deborah Walley) s'affrontent dans diverses compétitions (courses de skateboards, de jet ski, de voitures, etc.). La demoiselle parvient à remporter la victoire finale, mais ce succès s'avère mensonger, Mike ayant simulé une crampe pour permettre à sa concurrente de gagner la dernière course. La résistance de Delilah aux avances du tombeur est vaincue à la dernière image -- et reste sujette à caution tout au long du métrage. Elle semble s'éprendre du frère de Mike, le très intellectuel et compassé Herbert, mais ce dernier n'est autre que Mike déguisé pour la séduire. Dupée par ce grossier stratagème et incapable de battre le mâle sur le terrain des sports, Delilah ne se distingue guère de Dee Dee et autres beach bunnies.

    Mike Samson (Tommy Kirk)

    Au bout du compte, It's a Bikini World est l'un des spécimens les moins audacieux du genre, y compris sur le plan narratif, où Rothman et son co-scénariste Charles S. Swartz se montrent particulièrement inconsistants. Les tentatives d'interprétation féministe furent probablement inspirées aux critiques par le sexe de la cinéaste, comme s'il fallait absolument qu'un film de femme différât sur ce point de ceux de ses collègues masculins. Ce fut parfois le cas d'autres réalisations de Rothman (2), mais pas de cette production, qui élude en outre toute approche homoérotique.
    Bien que Rothman prétendit vouloir dénuder les garçons autant que les filles, ils sont ici plus vêtus que dans un film d'Asher ou de Weis, et la seule figure crypto-gay est un photographe simplet ne présentant qu'un vague intérêt comique. Le tournage eut lieu en hiver alors que l'action se déroule en été, ce qui nous vaut des cieux grisâtres, des arbres dépouillés, et une ambiance cafardeuse fort peu adaptés à l'intrigue. Les numéros musicaux, rassemblant quelques groupes alors populaires comme The Animals ou les Castaways, sont davantage dans le goût de la nouvelle mode Pop que ceux des films A.I.P. (comme le sont les décors d'intérieurs, de style assez warholien) ; mais ils sont filmés avec platitude et souffrent de playbacks mal exécutés.


    Des tenues de plage hivernales

    Il fallut attendre le succès du Lagon bleu
    (Randal Kleiser, 1980) pour qu'émerge, dans les
    années 1980, une nouvelle génération de beach movies, différant de leurs homologues des années 1960 par l'accent mis sur l'érotisme et l'humour grivois (3).
    C'est à l'occasion de cette nouvelle vague qu'Annette Funicello et Frankie Avalon reprirent du service pour un
    revival de leurs aventures, le très amusant Back to the Beach (Lyndall Hobbs, 1987), où personnages et interprètes se confondent -- preuve de leur indissociabilité dans l'esprit du public. Funicello n'est donc plus prénommée Dee Dee, mais Annette (peut-être pour des raisons de droits détenus par Sam Arkoff, absent du projet), et nous voyons quelques images des émissions de Walt Disney où elle apparaissait enfant. On nous rappelle également que Frankie Avalon fut un chanteur à succès dans les années soixante, extrait de show télévisé à l'appui.


    Désormais mariés, ils vivent dans l'Ohio, où Frankie (dont le prénom n'est jamais mentionné) est vendeur de voitures (il en vante les mérites dans des spots publicitaires rappelant son passé de surfeur). Ménagère modèle, Annette trompe son ennui en s'adonnant compulsivement au shopping et en remplissant ses armoires de boîtes de beurre de cacahuète dont elle gave son délinquant de fils, Bobby (Demian Slade).


    Annette, épouse modèle...

    Leur fille Sandi (Lori Loughlin) vit en Californie, près de la plage où ses parents passaient jadis leurs été. Pour rompre la monotonie de leur quotidien, ils décident de lui rendre visite sur le chemin de leurs vacances à Hawaï. Les vieilles habitudes ayant la peau dure, ils ne tardent pas à se
    disputer lorsqu'une ancienne conquête de Frankie se remet à lui faire du gringue. Jalouse, Annette se laisse courtiser par un surfeur m'as-tu-vu, tandis que Sandi se chamaille avec son fiancé Michael (Tommy Hinkley) et que Bobby rejoint une bande de punks, terreurs de la plage et équivalents modernes des « Rats and Mice » d'Eric Von Zipper. Le film s'achève par des réconciliations générales après une compétition de surf opposant l'un des punks à Frankie, qui en sort victorieux.


    Le nouveau flirt d'Annette

    Ne pouvant reproduire la tonalité désuète du cycle A.I.P., Lyndall Hobbs et ses six scénaristes (pas moins !) s'engagent sans détour dans la voie de la démystification et du postmodernisme.
    Le Camp atteint parfois des sommets, comme dans le pré-générique où Bobby évoque avec causticité le passé de ses parents et leur actuel statut de
    has-been. Pour le concours de surf final, la technique calamiteuse de la rear projection est raillée de façon délirante : devant un écran envahi par une vague immense, Frankie mime les mouvements du surfeur tout en se rasant, en jouant au golf et en signant un autographe à un fan surgi dans le cadre, le tout sur la musique d'Indiana Jones ! 


    Rear projection

    Le thème du vieillissement est exploité avec malice : Frankie peine à traîner sa planche de surf jusqu'à la mer et met un temps fou à grimper dessus ; en rupture avec l'une des conventions des films A.I.P., il refuse de chanter au volant de sa voiture pour ne pas troubler sa concentration. Annette est une mère de famille ultra-kitsch, accueillant avec le sourire les reproches d'un fils qui la menace constamment d'un peigne à cran d'arrêt, tague les murs du salon, et harcèle le caniche avec des prises de karaté. A la plage, elle organise une « pyjama party » comme au temps de sa jeunesse, se risque à chanter le ska, et arbore des maillots aux couleurs « cartoonesques » confectionnés par Marlene Stewart, la costumière de Madonna. Toujours désirable, elle flirte avec un athlète demeuré qui parade en slip léopard et rit bêtement à chacune de ses phrases.


    Sandi (Lori Loughlin) et son fiancé équivoque...

    Vu leur âge, Frankie et Annette auraient logiquement dû tenir le rôle d'adultes perturbateurs dévolus aux
    guest-stars dans les anciens films du cycle. Mais hormis la jalousie de Frankie envers son futur gendre et les manœuvres d'Annette avec son surfeur d'opérette, ils n'importunent pas la jeunesse ni n'engagent de relations intergénérationnelles. Ils sont accueillis à bras ouverts par les adolescents (qui, comme chez A.I.P., sont interprétés par des comédiens sensiblement plus âgés que leurs personnages), partagent leurs distractions et les enrichissent de leur expérience (c'est grâce à la beach party initiée par Frankie que les couples se réconcilient, et c'est son passé mythique de surfeur, réactualisé par la compétition finale, qui met un terme aux dissensions entre le clan des punks et celui des yuppies).



    Les Affreux -- nouvelle génération

    Le monde décrit par
    Back to the Beach est encore plus idyllique et innocent que celui des anciens beach movies ; il n'y souffle même plus le vent de folie surréaliste qui chamboulait la routine des films d'Asher et de Weis. Le seul élément insolite est le surgissement de Pee-Wee Herman, qui effectue une danse hystérique en reprenant le « Surfin' Bird » des Trashmen, avant de disparaître sur une planche de surf volante. Ce climat bon enfant et sagement conservateur est heureusement sous-tendu par la dérision Camp, qui fait de Back to the Beach un chapitre final des plus satisfaisants. Comme s'étonnait Roger Ebert : « Qui aurait cru que Frankie Avalon et Annette Funicello participerait à leur meilleur beach party movie 25 ans après les originaux ? » Sans doute pas la critique, qui dans l'ensemble se montra clémente envers ce comeback inattendu.


    Guest-star : Pee-Wee Herman

    Je ne saurais clore ce
    tte série d'articles sans signaler la parodie la plus Camp du genre, Psycho Beach Party de Robert Lee King (2000), qui passe en revue tous les poncifs du film de plage avec une insolence ravageuse et se double d'un pastiche ultra-queer des films d'horreur.
    Dans cette adaptation d'une pièce du travesti Charles Busch (qui fit subir le même traitement au mélodrame avec
    Die, Mommie, Die !, Mark Rucker, 2003), une apprentie surfeuse schizophrène aux multiples changements de personnalité, se croit l'auteure d'une série de crimes qui ensanglante les plages de Malibu, et dont les victimes sont retrouvées avec les testicules dans la bouche. Busch s'octroie le rôle de l'inspectrice chargée de l'enquête dans ce monument d'outrance et de mauvais goût que n'aurait pas renié John Waters.



    Charles Busch, inspectrice de charme (à gauche)
    en compagnie de Kimberley Davies

    Frankie Avalon se moque gentiment de lui-même dans Back to the Beach :




    Annette danse le ska dans Back to the Beach



    1. Les scènes sanglantes furent systématiquement coupées des copies diffusées à la télévision américaine, mais réintégrées dans le DVD zone 1.
    2. Son adaptation du « Carmilla » de Sheridan LeFanu, The Velvet Vampire (1971), ou son amusant sexploitation, The Student Nurses (1970).
    3. Citons Amours de vacances, Randal Kleiser, 1982 ; Spring Break, Sean S. Cunningham, 1983 ; Hardbodies, Mark Griffiths, 1984 ; Fraternity Vacation, James Frawley, 1985.