"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



samedi 23 mai 2015

TORCH SONG (La Madone gitane, 1953) #4

Spécial Fête des Mères

LES BONNES COPINES DE VALENTINE # 8

Par Valentine Deluxe

Elle est de retour !!!  Qui ?... Mais Jenny Stewart, voyons !
Oui, je sais, on ne peut plus se passer d'elle... Mais bon, il faut bien reconnaître que "Torch Song" (qu'on ne vous présente plus), c'est un peu l'encyclopédie Universalis du Camp : c'est quasi exhaustif !
Une diva un peu méchante mais au grand cœur, un pianiste aveugle, un gigolo lèche-derche (normal pour un gig', me direz-vous), un chorégraphe trop poltron pour ne pas être un peu "sotte", un producteur trop faux-cul pour ne pas être un peu impuissant, un chien qui s'appelle Duchesse...
De tout, vous dis-je ! on trouve de tout là-dedans !
Il y a même -- ce qui tombe bien pour la thématique du jour -- une indispensable MAMAN TRÈS CHÈRE (avec la môme Crawford dans les parages, je ne pouvais pas laisser passer ça, excusez moi !)

Ne vous fiez pas à son air affable et souriant, 
elle va surement encore lui piquer de l'oseille !


Et là, d’un coup, tout s’explique, tout s’éclaire !
L’égocentrisme de Jenny, ses sautes d’humeur, ses coups de déprime, tout trouve son origine et sa cause dans la sacro-sainte matrice maternelle.
Ma' Stewart -- également une très bonne copine de Valentine, cela va sans dire --, quoi qu’on puisse en penser, n’est pas à proprement parler une genitrix horribilis comme nous aimons à les fêter chaque année à pareil moment.
Ma’ Stewart, c’est un être d’une générosité sans fond et qui ne regarde jamais à l’argent… surtout quand ce n’est pas le sien. 
Et quand ce n’est pas le sien, c’est forcément TOUJOURS celui de sa fille Jenny.
Ben oui, il fallait bien qu’il y eût un os dans la moulinette  -- je n’ose dire « une couille dans le potage », ce n’est pas du tout le style de la maison !--
Alors bon, la petite Jenny, on peut comprendre qu’elle soit devenue un peu châtaigne avec les années.
Vous avez déjà essayé, vous, de faire un câlin à une caisse enregistreuse ?...
 D’accord, ça fait « ding ding » -- ce qui amuse toujours les enfants --, mais pour les longues soirées d'hiver, c’est d'un contact un peu froid et rugueux.


Madame Stewart mère
(photo non-contractuelle)

Le pire, c'est qu'en plus de ses acrobaties financières -- comme disait si bien ce puits de bon sens qu'était feue ma mère-grand : "Il lui manque toujours 6 sous pour faire le franc" --, Ma' Stewart est coupable d'une indélicatesse autrement plus grave.
Non contente de voler de la façon la plus éhontée à Miss Crawford toutes les scènes qu'elles partagent (ce qui n'est pas un mince exploit), Marjorie Rambeau/Ma' Stewart enfoncera encore un peu plus le clou dans l’abcès en "chipant" la seule et unique nomination aux Oscars, au nez de sa vedette principale !
Mafia, empoisonnement ou accident de chasse : Crawford n'aurait jamais dû la laisser sortir vivante de leur première rencontre sur le plateau de "Laughing Sinner", 20 ans auparavant !

Crawford aurait dû la noyer à ce moment-là !

En plus -- pour notre plus grand plaisir --, elle a une façon imparable de soutirer des pépettes à sa superstar de fille.
Non que sa technique soit d'une subtilité folle, mais il faut au moins reconnaître que ça à l'air efficace.


Et comme cela semble marcher à tous les coups, on ne va pas se casser la tête pour changer une formule qui fonctionne... et qui rapporte !


Bon, à la décharge de Ma' Stewart, on pourra noter qu'elle n'est pas la seule à être un peu vorace, mais que toute la smala semble au diapason : ce n'est plus une famille, mais un banc de piranhas !


* "Lauging Sinner" qui, amusante coïncidence, est tiré d'une pièce montée à Broadway, et qui s'appelait justement... TORCH SONG -- bien qu'il n'y ait aucun rapport avec notre film du jour.

mercredi 13 mai 2015

LES DESSOUS DE LA MADONE : Joan Crawford et le tournage de "TORCH SONG".


par BBJane HUDSON

Grâce à notre chère Valentine (Dieu bénisse ses faux cils !), vous n'ignorez plus désormais que La Madone gitane est au cinéma Camp ce que le paludisme est aux maladies tropicales : une référence incontournable. Pour ceux qui auraient raté le coche, c'est ici et ici que notre collaboratrice a évoqué, avec son ébouriffante faconde, les mille et une saveurs de ce morceau de choix. Après cette démonstration sans faille, il m'incombe aujourd'hui de vous entretenir d'un autre aspect, non moins jouasse, de l’œuvre incriminée : son tournage.
Pour reprendre la formule consacrée par Bette Davis dans cet autre joyau Camp qu'est
Eve : "Accrochez vos ceintures, va y avoir du tangage !"

Torch Song (j'emploierai dans cet article le titre original, qui claque autrement mieux que son équivalent français, par trop évocateur de confiseries lyriques telles que Carmen ou Frasquita) marqua le retour de Joan Crawford à la MGM, après dix ans d'absence. Le studio avait fait d'elle une star dès la fin des années 1920, avant de lui indiquer poliment le chemin vers la sortie pour cause de plantages successifs au box-office (Joan aimait à prétendre qu'elle avait elle-même empaumé la poignée de l'exit par manque de rôles stimulants -- une allégation qui reste sujette à caution...)
Ce retour au bercail fit tout un pataquès, comme s'en souvient Ramona Bankhead -- de son vrai nom Ginette Graindorge, célèbre figurante hollywoodienne d'origine poitevine, dont la filmographie totalise 525 films et autant d'imperceptibles silhouettes --, que j'eus le plaisir d'interviewer récemment dans la maison de repos californienne où elle coule une retraite paisiblement éthylique.
« Ils avaient déroulé des banderoles jusque dans les pissrooms, avec écrit dessus en grosses lettres : "Bienvenue chez vous, Miss Crawford !" C'était joliment émouvant ! Tout le personnel du studio se répandait en amabilités gluantes. Joan était aux anges ! On aurait dit Lazare au sortir du tombeau, avec tous les croquants qui lui faisaient la fête. Elle avait d'énormes sanglots qui lui remontaient du poitrail. On trouvait plus assez de kleenex pour éponger son eyeliner ».

 Ramona Bankhead dans sa maison de retraite

Toute à son euphorie, Joan décida d'établir son QG au sein des studios. Par un heureux hasard, la plupart de ses consœurs de la MGM étaient requises par des tournages en extérieurs. Elle s'appropria leurs loges qui, mises bout à bout, constituèrent bientôt une suite des plus spacieuses.  
« Elle décarrait plus du bahut », se souvient Ramona Bankhead. « A part le vendredi en fin d'après-midi, quand elle regagnait Brentwood Park pour s'occuper de sa marmaille. Elle avait fait poser un système d'éclairage à l'intérieur de sa limo, pour que ses fans puissent l'admirer quand elle rejoignait ses pénates. Elle leur envoyait des bécots derrière ses lunettes noires. On aurait dit le Pape ou la Reine Mère ».


Le scénario de Torch Song, adapté d'une nouvelle de I.A.R. Wylie, romancière lesbienne maintes fois portée à l'écran, suscita illico l'enthousiasme de Crawford. Sans doute estima-t-elle que le rôle de Jenny Stewart, une icône de Broadway mégalomane et despotique, était taillé à ses mesures (bien qu'il fût préalablement offert à Cyd Charisse, Lana Turner et Ann Sheridan, qui le jugèrent quelque peu messéant). De fait, le personnage apparaît comme un double de son interprète, ce qui constituait une aubaine, Crawford n'étant jamais meilleure que dans l'auto-incarnation.
La seule ombre au tableau était qu'il s'agissait d'une comédie musicale -- un genre peu accordé aux compétences de la star, qui n'avait plus gambillé à l'écran depuis plus de vingt ans, et dont le registre lyrique se situait quelque part entre le grelot d'une casserole et les trilles du cormoran.
Allait-elle s'arrêter à des détails aussi triviaux ? Certes non ! Forte de son engouement, elle se mit en devoir de dégotter le metteur en scène adéquat, et jeta son dévolu sur Charles Walters, signataire du célèbre Parade de printemps, et dont le dernier film, Lili, lui avait fait forte impression.

Charles Walters

Elle déboula chez lui, le scénario sous le bras et une bouteille de gin calée dans son cabas. Plusieurs toasts furent nécessaires pour convaincre Walters de l'intérêt du projet. Son admiration pour Crawford s'accompagnait d'appréhensions : la star était connue pour nouer avec ses metteurs en scène des relations extra-professionnelles de type horizontal, et le cher Chuck n'éprouvait pour les femmes qu'un goût très relatif. Il passa par une belle frayeur lorsque Joan le convia à Brentwood quelques jours avant le tournage, et tomba subitement le peignoir entre la poire et le Munster. Croyant son heure venue, il recommanda ses gonades au Seigneur et s'envoya une rasade de cordial avant de constater que les intentions de son hôtesse n'avaient rien de salace. « Je tenais à vous montrer avec quel matériel vous devrez composer dans le travail », expliqua-t-elle.
La matos en question, bien qu'ayant perdu de son lustre, pouvait encore faire illusion. La fille adoptive de Joan, Christina Crawford, estimait que les jambes demeuraient un atout appréciable, mais que les effets de la gravitation commençaient à toucher sévèrement le reste de l'anatomie.


On peut se demander pour quelles raisons Crawford, qui tout au long de sa carrière avait fait preuve d'un soin méticuleux dans l'élaboration de son image, perdit cette expertise à dater des années 1950. Torch Song est un exemple éclatant de cette propension nouvellement acquise à favoriser des choix esthétiques calamiteux. Comme de coutume, la comédienne décida elle-même de son maquillage, de sa coiffure et de sa garde-robe, qui atteignent tous trois une sorte de perfection dans l'atroce. Elle se créa un masque de gorgone d'un réalisme saisissant. Depuis quelques années, son rouge à lèvres avait cessé de suivre les contours de la bouche ; dans Torch Song, la magie du Technicolor met singulièrement en valeur ce copieux tartinage. Crayonnés au brou de noix sur une base de marqueur, les sourcils font craindre une transformation lors des nuits de pleine lune. La coiffure est si confondante qu'elle demeure à ce jour sans nom ; cette version bouffante de la coupe Playmobil inspira de toute évidence Faye Dunaway pour son incarnation de Crawford dans Mommie Dearest.


Le comble de l'horreur est atteint lors du fameux numéro chanté et dansé "Two Faced Woman", resté dans les annales hollywoodiennes comme l'un des moments Camp les plus spectaculaires des fifties. Selon la vieille tradition théâtrale du blackface (où des acteurs blancs apparaissent maquillés en noirs), l'actrice arbore un fond de teint couleur Banania et une perruque corbeau, offrant un saisissant contraste avec sa robe en sequins turquoise. 
En 1953, ce type de représentation des afro-américains commençait à sentir le fagot pour ses connotations racistes ; à quelques rares exceptions, le cinéma n'y faisait plus appel depuis une bonne vingtaine d'années. Comme si ce revival d'une pratique douteuse n'était pas suffisant, une note de mauvais goût fut adjointe à la suite du numéro, lorsque Jenny Stewart, fâchée contre son pianiste qui quitte le théâtre sans la féliciter de sa performance, arrache rageusement sa perruque pour révéler une chevelure mandarine !


Le tomber de perruque final constitue l'un des rituels incontournables des spectacles de travestis. Ce geste symbolique achève d'apparenter la Crawford de Torch Song à une drag queen, une similitude déjà repérable dans son interprétation outrée de la chanson "Follow Me", où l'actrice adopte tous les maniérismes d'un female impersonator parodiant le style pathétique des stars de Broadway.
Crawford tenta d'enregistrer elle-même cette romance, mais le résultat fut tellement accablant qu'il convainquit Walters de la faire doubler par India Adams dans chacune de ses chansons (décision désastreuse, la voix de la chanteuse ne correspondant aucunement au physique de Crawford). Tel Assurancetourix, Joan se trouva bâillonnée tout le long du métrage, excepté lorsqu'elle reprend la ballade "Tenderly" en duo avec un électrophone.


Pour son premier numéro dansé, Joan suggéra que son partenaire soit remplacé par Walters lui-même, ancien danseur et chorégraphe. « Elle disait que ça la mettrait plus à l'aise », témoigne Ramona Bankhead. « Charlie n'était pas vraiment chaud. D'autant que la séquence voulait qu'il se ramasse la gueule après avoir buté contre une jambe de Joan, laquelle l'enguirlandait pour cette maladresse. Le pauvre était gêné de se retrouver devant la caméra ; il commençait à se déplumer et ça lui filait des complexes. C'est pour ça qu'il porte un haut-de-forme pendant tout le numéro ».
Au moment de tourner la scène, Crawford eut un accès de trac et se claquemura dans sa loge. Pour l'en extirper, Walters dut accepter qu'elle s'octroie un remontant, dont il partagea quelques verres. Leur arrivée titubante sur le plateau suscita un certain émoi parmi les techniciens, mais, contre toute attente, la séquence fut mise en boîte en deux ou trois prises. Enchantée de l'efficacité de la méthode, Crawford l'adopta dans chacun de ses tournages suivants : divers témoins affirment que son alcoolisme ne prit de proportions décisives qu'à dater de cette période.


Pour tenir le rôle du pianiste aveugle dont Jenny Stewart s'amourache après l'avoir traité comme une sous-crotte, les producteurs firent appel à Michael Wilding, un acteur anglais aussi sympathique qu'incolore. Son manque d'étoffe réjouissait Crawford, libérée du souci de se faire voler la vedette.
Mais une ombre autrement pesante ne tarda pas à obscurcir le tableau : Wilding venait d'épouser Elizabeth Taylor, sa cadette de vingt ans, et la star féminine la plus populaire de la MGM. Ramona Bankhead se souvient qu'« il y eut très vite des étincelles entre les deux mouquères. Liz craignait que son époux succombe à la nymphomanie légendaire de sa partenaire. Du coup, elle se pointait chaque jour sur le tournage, ce qui exaspérait Joan. Déjà qu'elle n'était pas ravie d'être la vétérante du studio... Le jour de son arrivée, lorsque le grand patron, Dore Schary, lui présenta les jeunes actrices qui avaient pris sa relève, elle lui demanda benoîtement : "Sinon, à quel endroit puis-je rencontrer des comédiennes ?"... Au bout de quelques jours, elle pria l'un des régisseurs d'avertir Miss Taylor que si elle continuait de radiner sa fraise, elle pourrait faire une croix sur ses beaux yeux turquoise ».
Taylor avait bien tort de s'inquiéter : loin d'être convoité par Crawford, qui le jugeait falot et ne pouvait le voir en peinture, Wilding était davantage tourmenté par les avances de Charles Walters. Ce climat déplaisant affecta son moral : cherchant un réconfort dans la boutanche, il devint rapidement incapable de mémoriser son texte, qu'il fallait disposer sur le pupitre de son piano. Pour ne rien arranger, il éprouvait de sérieuses difficultés à incarner un aveugle, et ne savait quelles attitudes adopter pour simuler ce handicap. Il s'en ouvrit à son metteur en scène, qui se borna à lui donner ce conseil déroutant : "Tu n'as qu'à jouer le rôle d'oreille".


De l'aveu de Walters, le personnage de Jenny Stewart fut largement calqué sur son interprète ; de nombreux détails relatifs à Crawford émaillent ainsi le film. Dans la fameuse scène où la star se met au lit après une éreintante journée de travail, nous la voyons obscurcir sa chambre en tirant trois épaisseurs de rideaux -- les fenêtres de la maison de Brentwood étaient pareillement garnies de triples tringles. Lors de la réception que Jenny organise chez elle sur un coup de tête, tous les convives sont masculins -- référence aux soirées données par Crawford, où elle n'invitait aucune femme, par crainte de la compétition.


Le tournage fut bouclé en 24 jours, comme le prévoyait le calendrier. Le film obtint des scores mitigés, mais bénéficia du soutien des critiques, ce qui ne laisse pas d'étonner si l'on considère que sa principale qualité est sa constance dans l'ineptie. Il ne contient pratiquement aucune séquence qui ne relève du faux pas.
Grâces en soient rendues à Joan, ce retour de la Mommie (Dearest) au sein de la MGM est indiscutablement un sommet de High Camp dans l'une des carrières les mieux fournies en ce domaine.
Comme le dit Ramona Bankhead : « On n'en fait plus des films comme ça. Certains disent que c'est pas plus mal. Ils pigent rien au cinéma ».


PS : Les bonnes choses n'ayant pas de fin sur Mein Camp, Valentine reviendra sur Torch Song à l'occasion de la Fête des Mères !

mardi 28 avril 2015

TORCH SONG (La Madone gitane, 1953) #2

  Spécial Anniversaire 

 

 Cadeau Bonux !

Par Valentine Deluxe 

(et pas "Cadeau Deluxe par Valentine Bonux"...)





Allez, hop !... Il y en a un peu plus, on vous le met quand même ?
En attendant l'opus -- que je devine déjà aussi désopilant que passionnant -- de Mlle BBJane Hudson, voici quelques petites pépites supplémentaires pour bien apprécier TORCH SONG  à sa juste (dé)mesure.
D'abord un petit digest en forme de bande-annonce... Ne manquent que les publicités Jean Mineur -- Balzac 00-01 --, un eskimo glacé, et ça serait parfait !

Avertissement:
L'agressivité acidulée du procédé Technicolor employé dans l’œuvre incriminée pouvant créer de graves lésions oculaires, la direction de MEIN CAMP décline toute responsabilité et un quelconque lien de cause à effet en cas de glaucome ou autres trucs pas très ragoûtants du même tonneau.
Si vous portez des lentilles de contact, nous ne saurions trop vous conseiller de les ôter sans tarder, elles risqueraient de fondre !
On ne pourra pas dire que vous n'avez pas été prévenus !




Ensuite, le clou (du cercueil) de ce merveilleux  film.
D’après ce que l'on peut déduire, ce doit être le grand morceau,  le "show-stopper" du nouveau spectacle de Jenny Stewart (très humblement baptisé  "An Evening with Jenny" )
D’ailleurs, tout ceux qui assistent à la répétition générale sont bien d'accord là-dessus, c'est grandiose !
On pourrait néanmoins très légitimement se questionner sur leur taux d’alcoolémie ou sur l'état de leurs facultés mentales, car personnellement, je trouve qu'on n'est pas si loin du célébrissime "Springtime for Hitler" dans  "Les Producteurs" de Mel Brooks !

Belle bande de faux-culs les copains de la Jenny, quand même !

Là où ça devient comique -- enfin, encore PLUS comique, veux-je dire --, c'est que TORCH SONG n'est pas à proprement parler une production de premier choix. Dès lors, on n’hésite pas à recycler tant qu'on peut afin de faire baisser quelque peu les frais généraux.
On pensait avoir bien planqué le cadavre, eh ben non !... Il y aura toujours des fouilles-machin pour aller vous exhumer tout ça, même 40 ans après !



Merveilleux, non ? 
Je pense néanmoins que Debbie Reynolds (qui fait le commentaire de la ci-devant séquence) peut remercier le ciel que Joan Crawford ne soit plus de ce monde, car présenter Jenny Stewart, comme "une artiste sur le déclin", on a en retrouvé barbotant au fond de l'Hudson, les pieds dans une bassine de ciment, pour moins que ça !

Et pour conclure, nous vous laissons avec la parodie, aussi pointue qu’irrésistible, tout en kolossalle finesse, tirée du "Carrol Burnett Show"







samedi 25 avril 2015

TORCH SONG (la madone gitane, 1953)

 Spécial Anniversaire !

 Les bonnes copines de Valentine #7
"Torch Song tetralogy"

Par Valentine Deluxe

 


5 ans !!!... 5 ans de bons et loyaux services, à vous faire partager notre amour immodéré pour les vedettes excessives et défraîchies, les œuvrettes improbables et les chefs-d’œuvre les plus obscurs ou injustement oubliés.
5 ans, il paraît que ce sont les noces de bois.... De bois, comme la jambe droite de BBJane et les chèques de Valentine -- à moins que ça ne soit l'inverse? --, alors il me semble que ça valait la peine de marquer le coup, non ?


 C'est la fête sur Mein Camp :
un morceau de gâteau ou un coup de couteau pour Christopher ?

Alors nous, vous nous connaissez, on ne fait jamais les choses à moitié.
On a sorti l'argenterie, les bougies, une nappe propre, tout ça pour vous inviter à un festin des plus goûtus !
Et il ne sera pas trop de quatre mains -- un peu tordues par l'arthrose et jaunies par la nicotine, il est vrai, mais néanmoins impeccablement gantées dans du  pécari de chez Hermès -- pour venir à bout du film choisi pour la circonstance, véritable catalogue quasi exhaustif du Camp : le légendaire, agressivement technicolorisé et über-camp Torch Song de Charles Walters (aka "La Madone gitane",  ou  encore "Corps sans âme" dans les plates contrées de Valentine Deluxe), avec en tête d'affiche l'une des Saintes Patronnes de notre blog, l’indétrônable Joan Crawford.

(Notre chère BBJane, actuellement en cure de sevrage pour avoir un peu trop fêté notre lustre d'existence [eh oui ! un lustre = cinq ans, soit deux fois plus qu'un simple candélabre] m'informe qu'elle vous livrera sa bafouille à son retour du CTBII [Centre Tallulah Bankhead pour Intempérants Impénitents], au début du mois prochain... Elle aura d'ailleurs quelques joyeuses nouvelles à vous annoncer, sitôt qu'elle se sera refait une virginité hépatique -- est-ce possible ? sans doute autant que pour Lana Turner de se reconstituer un hymen --, et si la cirrhose ne l'a pas emportée d'ici-là...)



Notre marraine du jour... Qui d'autre ?...
(Bette va encore nous faire la gueule !)

Découvrir "Torch song", pour les indécrottables et irréductibles toxicomanes du Camp que nous sommes, c'est un peu trouver le cimetière des éléphants.
On en a rêvé pendant des lustres, mais c'est encore plus beau, plus fou et plus excessif que ce que nos fantasmes nous suggéraient !
Or donc, pour découvrir la copie de la môme Deluxe, poussons un peu la porte de ce TORCH SONG, et venez là que je vous présente une de mes imparables bonnes copines :
Miss Jenny Stewart!


 Jenny Steward around ze world!

Si Jenny, à l'instar de ma bonne copine Ippolita, est possédée par le démon, c'est plutôt celui des planches dont il s'agit.
Parmi les étoiles de Broadway, Jenny est sans nul doute l'astre le plus brillant, le plus aveuglant, voire carrément carbonisant pour qui aurait l'étourderie de s'y aventurer de trop près.
Jenny c'est... enfin, c’était -- puisque, n'est-ce pas, comme d'habitude, sur Mein Camp, on préfère les vieilles carnes faisandées aux  primeurs de saison --, Jenny Stewart donc, c'était... c'était... comment dire ?... Oh ! et puis zut, faisons une fois de plus appel à Michel Serrault, toujours là pour me dépanner quand je suis à court d'argument...
Donc, pour faire bref, Jenny Steward c'était :



Oui, voilà, c'est ça : c'était un caractère !
D'un professionnalisme à toute épreuve, Jenny se montre intraitable -- c'est là un doux euphémisme -- avec ceux qui ne se montrent pas à la hauteur de ses exigences artistiques et professionnelles.
Gare aux faibles donc, car Jenny, d'un mot, d'un regard, d'une attitude, foudroie, désintègre, pulvérise.
Pour le besogneux, l’indécis, l'amateur, elle peut devenir en un clignement de faux-cils -- qu'elle a de la taille de deux cerfs-volants --  une terreur, une teigne, un choléra foudroyant, une fièvre aphteuse.
Elle est à ses collaborateurs défaillants ce que le phylloxera est à la vigne, le doryphore à la patate.
Jenny remplit les salles de spectacle, fait le bonheur des préposées du box office et de ses producteurs... et elle le sait !

...et vous avez intérêt à être "very quiet" avec elle!

Jenny, et surtout les jambes de Jenny, c'est de l'or en barre, alors malheur à l'étourdi qui s'aviserait de la croiser sans se prosterner avec déférence devant ses interminables gambettes -- ou, pour reprendre ses propres termes, qui viendrait là pour "gâcher la vue".


Terreur de son producteur (un lâche), de son metteur en scène (une chiffe molle), de son chorégraphe (un incapable), et de ses partenaires (des incompétents tout juste bons à rester dans l'ombre de la diva), Jenny n'est définitivement pas du genre à se laisser attendrir.
Son pianiste est aveugle -- merci aux scénaristes qui ont osé ce canevas digne des "Deux Orphelines"! --, et alors ?... Il n'avait qu'à faire attention, on ne va quand même pas le plaindre !




A la place de Duchesse, je me méfierais un brin : Jenny est bien capable de la faire piquer avant le générique de fin !
Et pourtant, sous cette rugueuse carapace en Iridium réfractaire (qui, comme nous le savons toutes et tous, est  le métal le plus résistant à l'usure et à la corrosion), merveilleusement drapée dans une robe de chambre d'un jaune canari agressif à vous filer une conjonctivite, bat le petit cœur d'une midinette qui ne demande qu'à être aimée pour ce quelle est... 
Mais comme a priori, ce qu'elle est, c'est une sale garce aussi égocentrique que mégalomane, et qu'en 1953 Meetic n'existait pas encore, ça va pas être du mille-feuille pour trouver un prince charmant prêt à épouser Carabosse !




Mais finalement, quoi qu'on en dise, ma bonne Jenny (oui, enfin, "bonne", c'est une clause de style...), sous son aspect un peu châtaigne, n'est pas totalement fermée au dialogue et à la remise en question. Faites quand même gaffe à pas vous prendre un bouquet de cinq qui partirait comme ça par inadvertance, "côté bagues" !




En guise de conclusion, moi, personnellement, ce que je préfère chez Jenny, c'est son côté "cube Liebig" des émotions et des attitudes.
On n'en trouve pas deux comme elle pour vous en donner autant en un minimum de temps.
Revenons un instant sur la séquence précédente et regardez-moi ça :
Colère, tendresse, abattement, on se reprend en main, on prend sur soi, et hop !... Orgueil, fierté, et défi !...
Tout ça concentré en 9 secondes top chrono !


Et si vous pensez que Jenny Stewart est  "un caractère", attendez donc que je vous présente le reste de la famille dans notre spécial "Fête des Mères" ! ...Wait and see, folks !...

dimanche 8 mars 2015

FRANKENSTEIN CREATED WOMAN (Frankenstein Crea le femme Woman, 1967)

CAMPISSIMO! #2

Par Valentine Deluxe



Attention, nous avons atteint notre vitesse de croisière dans CAMPISSIMO, donc ça sera bref et concis !
Laissez-moi donc vous présenter notre bonne Christina.
Christina est tout ce qu'il y a de joviale, charmante, voire carrément primesautière : bref, une crème !
Oh, certes, sur le plan vestimentaire, ses goûts sont quelque peu rustiques -- voire agricoles --, mais nous ne pouvons lui en tenir rigueur.
Après tout,  elle vient de la province.
Laquelle ? Ça, je n'en ai pas la moindre idée, mais visiblement, c'est un endroit où l'on trouve plus de bras dans l'agriculture que dans la haute-couture.

Quoiqu'il en soit, Christina n'en est pas moins une personne absolument délicieuse.

Il n'y a qu'un "mais", c'est que -- comme dirait ce cher Norman Bates à propos de sa môman chérie -- "elle n'est pas toujours tout à fait elle-même"...
Tenez, aujourd’hui par exemple...




Vous voyez ? Même quand elle perd la tête: ça n'est pas la sienne !

vendredi 27 février 2015

HARLOW (Harlow, la blonde platin, 1965)

BOOKING.CAMP #4

Par Valentine Deluxe




"What was Harlow REALLY like ?"
Je vous préviens, si vous vous posiez justement la question, ça n'est pas en regardant le biopic merveilleusement croquignolet de Gordon Douglas que vous trouverez l'ombre d'une réponse !
En effet, la fastueuse production de Joseph E. Levine bat sans aucun doute tous les records connus d'inexactitudes et d’approximations.
Les titres de films, les maisons de production, les comédiens qui ont partagé l'affiche avec la blonde platine : rien n'est exact, rien n'est cité correctement. Jusqu'à sa mort, qui, d'une septicémie foudroyante due à un problème rénal, devient ici une pneumonie attrapée à la suite d'un bain de minuit quelques peu alcoolisé !!!


Deux projets rivaux, deux bides cinglants !

"What was Harlow REALLY like ?"

Si vous vouliez vraiment le savoir, eh bien, c'est foutu, et bien foutu , car vous apporter la vérité n'est pas non plus mon propos du jour !
(... et on ne râle pas là-bas, dans le fond ! ... j'ai les noms des meneurs, faites gaffe !)
Des deux films consacrés à la blonde platine, sortis à quelques semaines d'intervalle en 1964 -- et pour des résultats au box-office remarquablement exécrables dans les deux cas --, j'ai choisi d'exhumer le plus coloré et fastueux, défilé de robes somptueuses et de décors délirants comme dans toute bonne superproduction mélodramatico-trash de m'sieur Levine qui se respecte.

 Fastueux et coloré, on a dit !

Pour rappel, le projet concurrent, avec Carol Linley dans le rôle-titre et Ginger Rogers dans celui de son étouffante môman, n'est qu'une sorte de téléfilm hyper-fauché, à l'image granuleuse et grisâtre comme un kinescope de l'ORTF.
Alors, comme niveau grisaille, en ces temps de frimas et Carême, on est déjà bien servis, pas la peine de me justifier de mon choix... On est là pour fantasmer un peu, et surtout se réchauffer.
(Non non, ne me remerciez pas, puisque je vous dis que ça me fait plaisir !)
Bon, maintenant laissons tomber les chandails et cache-nez, et partons pour les palmiers, les palaces et les téléphones blancs !

Le téléphone blanc : 
un gage de qualité et de raffinement !

Seulement, je dois vous prévenir : dans la merveilleuse maison d’hôte de monsieur Richard Wensley, jeune producteur ambitieux mais un tantinet libidineux -- voire carrément hyperkinétique de la zigounette --, pour profiter de tout le confort moderne, il y aurait comme un léger risque de passer à la casserole !
Et ça n'est pas parce qu’il affiche la tête affable de Leslie Nielsen  que vous pouvez lui faire confiance.
Il aurait plutôt avec la gente féminine les manières d'un ex-directeur du fond monétaire international dans une chambre d'une chaîne hôtelière bien connue d'une certaine ville du Nord de la France.
(Dont nous ne citerons pas les noms pour ne pas avoir d'embrouille avec DSK, la direction du Carlton, et la mairie de Lille.)
Un conseil, ne lui tournez jamais le dos et surtout, surtout, surtout ...
si d'aventure, il en venait à laisser tomber la savonnette : 
VOUS NE LA RAMASSEZ PAS !!!

Maintenant, ce que j'en dis moi, c'est pour vous...


Non, ne vous fiez  surtout pas à son air affable...

Bon, maintenant, si on lui laissait faire la visite ? 
Il essaiera sans doute aussi de nous montrer ses estampes, mais bon, à la guerre comme à la guerre !
Alors taisons-nous (enfin, surtout moi) et admirons...



Évidemment, quand la technique moderne vous lâche, c'est toujours agaçant !
Mais que ça ne vous empêche pas de réserver au plus vite !
Merci qui ?...
 MERCI BOOKING.CAMP !