"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



jeudi 28 juillet 2016

BORN TO BE BAD (La Femme aux maléfices, 1950)

Les Bons conseils de Valentine

"Faut pas toucher la misère du doigt"

par Valentine Deluxe



Rappelons-nous, si vous le voulez bien, cette pensée pétrie de bon sens, prodiguée ici-même par l'indispensable M'ame Peloux pas plus tard qu'il n'y a pas bien longtemps :



Sans le savoir, M'ame Peloux a mis le doigt sur la thématique du jour :
En effet, je me permets de vous le redemander, qu'y a-t-il de plus attristant dans une maison qu'une parente pauvre ?
C'est encombrant, mal fagoté, ça vous regarde toujours avec des yeux de poney neurasthénique en route pour l'équarrisseur, ça prend racine dans votre cosy et ça mange comme quatre.
Bref, une source d'ennuis permanente, comme un p'tit cailloux dans la godasse, qui n'aurait pas besoin d'être bien imposant pour se rappeler à vous de la plus irritante des façons.

Une parente pauvre, c'est comme un chat de gouttière : donnez-lui à béqueter une fois, et vous ne saurez plus vous en dépêtrer. Ca risque même de vous en amener d'autres, tout aussi coriaces.
Heureusement, nous allons voir qu'il existe une parade à ces fâcheux, plus collants que des bardanes dans les chaussettes.
Pour traiter de cette épineuse problématique, je vais donc faire appel à notre invitée du jour :

Christabel Caine Carey


 Planquez-vous :
Mam’zelle Nitouche sort ses crocs !

Pour être bien certain qu'on puisse donner le bon Dieu sans confession à Christabel, l’héroïne de cette merveilleuse série "B" comme il en sortait tant et tant des brouets de la Radio Keith Orphéum (aka "RKO"), les auteurs ont eu la bonne idée de lui prêter le visage lisse et pur d'une des "Goodie-goodie" numéro 1 de l'époque, Mlle Joan Fontaine.
Si jamais Olivia de Havilland nous lit - hypothèse hautement improbable, il est vrai -, elle risque de nous faire une crise de tachycardie !
Ne comptez pas sur moi pour revenir sur la légendaire bisbrouille des sœurs Pétard. A ce sujet, je ne vous dirai qu'une chose :
je sais de source sûre que lorsque Dame Olivia a appris le décès de sa sœur Joan, sa seule réaction fut d’insister pour que celle-ci soit mise en bière couchée sur le ventre.
Comme ça, si jamais la femme Fontaine (oh, c'est fin ça !) se réveillait dans son cercueil après son enterrement, on était certain que pour en sortir elle gratterait dans la mauvaise direction...

 A gauche une garce, à droite une menteuse
(à moins que ça ne soit l'inverse ?)

Enfin, trêve de ragots (dommage !)
Sous ses habituelles bonnes manières feutrées et ses petits sourires constipés, c'est peu dire que Joan Fontaine va faire tout ce qu'elle peut pour essayer de casser son image de petite (jeune) fille modèle.
Mais le titre de l’œuvre en question étant justement  "Born To Be Bad" ("Née pour être mauvaise"), faut pas être Nostradamus pour deviner qu'il y a un testicule planqué dans le consommé (oui, je tente des variantes de mon expression favorite, histoire de pas lasser...)
Car derrière cette tête de prétendante au titre de Miss "Miel et Saccharine", se cache ce qu'il faut bien appeler une vilaine garce, ambitieuse, calculatrice, tricheuse, menteuse et vénale -- ce qui, vous en conviendrez, lui fait tout de même un drôle de pedigree !
Il lui faut non seulement le beurre, l'argent du beurre -- enfin, surtout celui de son milliardaire de mari, qu'elle a trainé quasi de force jusqu'à l'autel en employant des techniques dignes de Machiavel,  Gengis Khan ou Margaret Thatcher --, mais en plus il lui faut aussi le sourire (et le service trois-pièces avec poutre apparente) de ce bourru de Robert Ryan !

Le caillou dans la godasse : 
Tante Clara !

Dans l'ensemble, tout irait plutôt comme elle l'avait imaginé, jusqu'à ce qu'il y ait c'te foutue parente pauvre qui rapplique !
D'où l’inconvénient de jouer les gentilles quand on ne l'est pas : si vous trompez bien votre petit monde, vous risquerez quand même de vous faire manger la laine sur le dos! Car comment faire pour envoyer paître votre nécessiteuse sans ruiner votre réputation de rosière philanthrope ?
Surtout qu'elle est du genre "seccotine", la crotteuse ! Encore plus collante que le sparadrap du capitaine Haddock : une fois qu'elle rapplique de sa cambrousse, plus moyen de vous en défaire !

Sponsor officiel de tante Clara.

Mais laissez-moi vous la présenter, cette vilaine Tante Clara.
La bouche lippue à force de quémander, la tête perpétuellement inclinée pour vous regarder d'en-dessous avec son air chafouin, elle n'a pas encore prononcé un mot qu'on a déjà envie de la gifler.
Mais dès qu'elle ouvre son clapoir, c'est pire.
Elle ne sait que vous embarrasser en public, rappelant au passage, en soulignant trois fois au crayon gras, que vous venez du trou du cul du monde, fille de madame personne et de monsieur n'importe-qui !
En plus, comme tout le monde vous regarde, il vous faudra vous retenir d'étouffer la vilaine punaise sous un coussin, et continuer vaille que vaille à sourire en serrant les dents à vous en faire péter votre bridge !



Même dans le secret de l'alcôve, elle trouve encore le moyen de venir s'insinuer sournoisement !
Non, vraiment il est temps de faire quelque chose...
Et c'est là que nous allons avoir une démonstration du génie de Christabel !
Sans hausser le ton, sans se départir de son ineffable sourire, la chasse est ouverte !
Dehors les romanichelles, du balais les claquedents ! C'est l’hallali des traine-patins !


Oui je sais, je sais, on se laisserait presque avoir par son petit menton qui tremble et sa voix qui chavire...
Je sais ce que vous pensez de Christabel et de ses procédés :



Au lieu de crier au scandale, si j’étais vous, je prendrais des notes.
On ne sait jamais, ça peut toujours servir.
Et plutôt que de geindre et de se plaindre (un art où elle est passée maîtresse !), tante Clara devrait méditer cette brillante saillie d'Alexandre Dumas :
 "La vie est un chapelet de petites misères que le philosophe égraine en riant."
(et toc !)

dimanche 29 mai 2016

BEVERLY KILLS


SERIAL MOTHER (Serial Mom, 1994)
Spécial Fête des Mères
par BBJane Hudson

Si l'on part du principe, somme toute marqué au coin du bon sens, que donner la vie, c'est forcément donner la mort (les deux occurrences étant offertes dans un même lot indivisible), on peut considérer les mères comme les meurtrières les plus fécondes (c'est le cas de l'écrire), les plus préméditeuses et les plus obstinées de l'histoire de l'humanité.
Bien que connue de tous, la frénésie homicide des auteures de nos jours est généralement passée sous silence, ou considérée comme le revers d'une médaille trop glorieuse pour qu'on en contestât l'éclat. La raison de cette universelle mansuétude est aisément décelable : si l'on s'avisait de pointer le cadavre en devenir chez chaque nouveau-né, notre démographie prendrait un méchant coup dans l'aile, les fabricants de couches-culottes et de suaires connaîtraient une crise endémique, la démocratie souffrirait d'une pénurie d'électeurs fort dommageable à l'exercice de son incurie, "Les Maternelles" (le magazine pornographique le plus vénérable de France 5) perdrait toute audience, etc., etc. Il n'y a guère que les marchands de capotes et de pilules contraceptives qui auraient lieu de se réjouir durant quelque temps (du moins, espérons-le ; car il serait ballot que le renoncement à la procréation suscitât une cessation d'activité coïtale...)


Mais foin de l'utopie !...
Ce n'est pas demain la veille que l'on soulignera la nature létale de l'enfantement.
Du même coup, la Fête des Mères a encore de beaux jours devant elle -- ce qui nous arrange bien, à "Mein Camp", où la célébration de l'événement compte parmi nos plus indéboulonnables rituels.
Et puis, quand bien même nos génitrices nous délivrent au fossoyeur aussi sûrement qu'à la sage-femme, et fomentent notre dernier souffle dès notre premier cri, elles meublent l'intervalle de soins et de délicatesses qu'il serait injuste de ne pas louer (vous me direz que c'est bien le moins qu'elles puissent faire pour corriger leur bourde...)
Certes, toutes les mamans ne sont pas des modèles de bénévolence et de tendresse. Valentine et moi vous avons fourni, au fil des ans, maints exemples éclatants de scélératesse maternelle (et belle-dochale), de notre bien-aimée Margaret White à la célèbre Mrs Bates, en passant par la moins connue mais tout aussi redoutable Mrs Taggart (et nous ne sommes pas en panne de spécimens, loin de là !...)
Toutefois, après avoir passé en revue les harpies de tout poil, il m'a semblé bienvenu d'introduire dans cette galerie de portraits horrifiques un visage un peu plus amène, celui de Beverly Sutphin, une mère aimante, attentionnée, délicate, et prête à tout pour défendre aussi bien sa progéniture que l'honneur et la paix de son cher foyer.


Empruntant les traits encore relativement imbouffis de l'excellente Kathleen Turner, Beverly Sutphin est l'héroïne du film qui fit définitivement entrer son auteur, John Waters, dans la cour d'honneur Hollywoodienne, après qu'il eût passé des années à battre les pavés gluants des bas quartiers baltimoriens. Cette promotion se fit au prix d'un relatif assagissement des thèmes et des motifs chers à celui que l'on surnommait jusqu'alors le Prince du Dégueulis, le Roi du Trash, ou le Pape de l'Immondice. Pour autant, il n'abdiqua pas toute prétention à l'indécence, et bien qu'il renonçât à faire bouffer des colombins canins à des travestis de 150 kilos ou à promouvoir le viol de gallinacées par des hippies trisomiques, le trublion s'appliqua à maintenir dans ses productions un suffisant niveau d'outrance et de mauvais goût pour ne pas décevoir ses zélotes.


Or donc, Beverly Sutphin s'offre à nous comme la parfaite incarnation de la mère idéale selon John Waters : une femme tellement éprise de perfection domestique et soucieuse d'harmonie familiale qu'elle ferait passer Mère Courage ou Mme Miniver pour des sœurs de Folcoche ou de Gertrude Baniszewski.
Au nombre des fléaux contre lesquelles doit quotidiennement lutter Beverly, on trouve ce grand classique bien connu de toutes les mères : le corps enseignant.
Quelle maman n'a jamais eu maille à partir avec un professeur ronchon, à l'esprit plus étroit que le chas d'une aiguille, à l'entendement pollué par les dogmes d'une administration faisandée ?
Une excellente raison de se méfier des profs est qu'ils passent leur vie à l'école. Or, y a-t-il rien de plus contraire à l'évolution d'un esprit que de le confiner, du cours primaire à la retraite, entre les bancs d'une salle de classe, les gradins d'un amphithéâtre, et la surface enfarinée de craie d'un austère tableau noir ? Y a-t-il rien de plus infantilisant que de se complaire dans le giron d'une institution qui vous impose sa férule de l'âge des culottes courtes à celui des alaises ?  On s'étonnera après cela que les transfuges d'un tel marasme,confrontés aux réalités de la vie courante, soient incapables de voir plus loin que le bout de leurs estrades.


Incapables surtout de discerner dans les fruits de vos entrailles le génie qui forcément y loge, puisque vous-même l'y avez déposé.
C'est ce genre de déconvenue qu'affronte Beverly Sutphin lorsque, convoquée par le professeur de math de son fils Chip, elle se heurte à un mur d'incompréhension et, disons-le tout net, de stupidité crasse.
Ne faut-il pas être ballot pour reprocher à un adolescent sa dévotion pour les films d'horreur, alors qu'il n'est rien de plus favorable à l'édification d'une âme qu'une immersion ponctuelle dans un bon bain d'hémoglobine ?
Si encore le triste grouillot bornait ses doléances aux prédilections culturelles de son élève... Mais non ! Ne reculant devant aucune ignominie, voilà-t-il pas qu'il attribue la dépravation prétendue du gamin à un climat familial délétère !
C'est pousser trop loin le bouchon, et l'on ne s'étonnera point que Beverly Sutphin en conçoive quelque amertume...



Qu'à cela ne tienne ! Beverly n'est décidément pas du genre à tolérer de telles calomnies !
Et comme son instinct maternel se double d'une détermination sans faille et d'une forte propension au ressentiment, elle n'y va pas par quatre chemins pour inculquer à l'enseignant les notions de base de la civilité, tellement nécessaires à la bonne conduite des relations parents-profs.



Ah ! si seulement ma mère avait passé le permis !...
Elle se serait épargné bien des crêpages de chignons avec les préposé(e)s à mon éducation...
Sur ce : bonne Fête des Mères !

I'LL CRY TOMORROW (Une Femme en Enfer, 1953)

SPÉCIAL FÊTE DES MÈRES

"(Stage)Mother Courage"
par Valentine Deluxe



"Stage Mother !"

Depuis 6 ans que nous honorons pieusement - mais toujours avec un faste certain - la Fête des Mères (noires), nous n'avions pas encore abordé ce spécimen typique de la genitrix horribilis du cinéma lacrymogenico-hollywoodien : la Stage Mother !
Oui, là, je vous le laisse en V.O., parce qu'on a eu beau le tourner et le retourner dans tous les sens, faire des brainstormings, des heures sup', des séminaires et tout le saint-frusquin, nous n’avons pas été foutue de trouver une traduction satisfaisante dans la langue de Molière.
"Stage Mother", littéralement "mère de scène" ou "mère de théâtre", ça n'existe pas chez nous ! 
Mais de l'autre côté de la mare aux harengs, cette appellation d'origine contrôlée vous vaudra systématiquement deux types de réactions bien distinctes.
Tout d’abord, vous avez cette approche, nette, franche et sans ambiguïté :


Ou chez les plus atteints (dont nous nous réclamons fièrement), vous avez celle-ci :

Bref, pour nous, c'est le Nirvana, le Walhalla, le jackpot, le rang 1 (avec joker) à l'euro-million du camp !
Evidemment, si ce concept vous est encore étranger, ça vous fait une belle jambe... Mais si vous vous promenez sur ce site, avec comme circonstance aggravante une tendance à la récidive, vous savez que vous pouvez nous faire confiance : la stage mother, c'est du caviar de nanan de velouté de camp !
Impossible d'aborder ce sujet sans glisser dans l'exquis excès qui nous ravigote, nous enchante et nous ensorcèle !
Surtout que, un bonheur ne venant jamais seul...  y a un cadeau BONUX !
En effet, pour aborder cet incontournable morceau de l’esthétique de la suave déviance, nous appelons en renfort un pilier, un cador, une des 7 merveilles du monde de l'outrance cinématographique :
Et là, qu'est-ce qu’on dit ?...
"Mais comment se fait-il que n’ayons pas encore parlé de..."

 6 ans sans parler de Jo Van Fleet :
on en a fusillé pour moins que ça au Chemin des Dames !

Mais oui, Jo Van Fleet, l'incontournable Jo van Fleet !
L'effroyable Mme Dioz qui terrorise ce pauvre Trelkovsky/Polanski dans "Le Locataire", la tenancière de bordel dans "A l'Est d'Eden" (qui lui valut un Oscar au passage !), plus un nombre appréciable de matrones, de mégères, de pisse-glaçons...
Comment se fait-il, sacré nom d'une pipe en bois, qu'on ait pu laisser passer 6 ans et 150 articles avant de vous parler de Jo Van Fleet, voulez-vous me le dire ?
(Huh ?... Qui a dit "Alzheimer"???... Sortez !)

Encore une qui ne rit que quand elle se brûle !

Donc, avant de commencer, "Jo Van Fleet", c'est un label de qualité. Elle nous lirait le bottin téléphonique, pages blanches et pages jaunes à la suite, qu'on en pleurerait quand même de bonheur.
Mais du bonheur, il va en suinter de partout. Parce que, mes petits chéris,  pour cette Fête des Mères 2016, la génitrice en question est bien entendu la Van Fleet... Ben oui, J.V.F. fait partie de ces actrices "de caractère" qui ont toujours eu un train d'avance, abonnée qu'elle fut aux rôles de mères, voire de grand-mères - même si, dans l’œuvre qui nous occupe aujourd'hui, elle n'a que deux ans de plus que l'actrice qui interprète sa petite vipère de fille.
Et puisque je vous parlais de bonheur - attention ! petit frisson orgasmique garanti ! -, la rejetonne de notre mère-courage du jour (ou "stage mother courage" comme je l'ai merveilleusement baptisée dans mon merveilleux jeu de mots merveilleusement subtil et irrésistible, mais foutrement intraduisible), c'est qui ?
Qui est la méchante fifille à sa môman, cause de bien des désagréments, d'avanies, de petites et des grandes misères ?
Attention, suspense et roulement de tambour...



Et la gagnante est :

Oui, je sais, moi aussi ça me fait plaisir !...
Est-il besoin d'ajouter que le film qui nous intéresse s'appelle "I'll cry tomorrow"/"Une Femme en Enfer", et qu'il est de Daniel Mann (autre cause de bien des pâmoisons au sein de l’équipe rédactionnelle de MC) ?
Bref : entrée/plat/fromage ET dessert, c'est du quatre étoiles au Michelin du camp, tout ça!
"Une Femme en Enfer" est une pure pépite, l'un de ces diamants noirs taillés et polis avec amour, présentés dans un merveilleux écrin avec un beau gros nœud autour pour faire joli !
C'est aussi un délice à tous les niveaux de lecture.
Au premier degré, nous avons un formidable biopic doté d'une distribution de rêve, de beaux costumes oscarisés, d'un noir et blanc impeccable, le tout mis au service d'une histoire bouleversante propre à irriguer généreusement les canaux lacrymaux les plus arides - le titre français est pour une fois idoine, car nous assistons effectivement à l'une des pires descentes aux enfers jamais filmées.
De l'autre côté, évidement, avec le duo féminin en tête d'affiche, nous sommes en plein mélodrame  excessif comme on les adore - pourrait-il en être autrement ? -, dans lequel chaque affrontement mère/fille se change automatiquement en un tour de force qui pourrait faire passer le lancer de moumoute d'Helen Lawson ou les cintres en fil de fer de môman Crawford pour de la roupie de sansonnet.

"Attachez vos ceintures, ça va secouer !"

Ça va ? Vous êtes prêts ?... Je vous préviens tout de suite : prenez un fauteuil confortable, un apéro, un paquet de chips, parce que c'est du costaud, aujourd’hui ! Comme il est difficile d'opérer une sélection dans cette merveille, on a joué la carte de l'abondance !
Et pour bien commencer, voyons ce qu'est précisément une stage mother. Pas la peine d'en rajouter, les images parlent d'elles-mêmes et valent tous les dicos du monde...



La bonne nouvelle est qu'à force d'acharnement, de persévérance, et de couleuvres avalées avec un bol de soupe aux cailloux, elles vont finir par atteindre le but visé : le Sommet !
Qui est-ce qui avait raison encore une fois et comme toujours ?... Môman Van Fleet, bien sûr !
Sauf que, comme il fallait s'y attendre avec une chose aussi inconséquente et écervelée que cette petite Lillie, l'âge ne bonifie rien ; et même devenue grande, la fâcheuse pécore continue de faire tourner bourrique sa valeureuse maman. 
Voilà qu'on se pique de tomber amoureuse ! Voilà qu'on ose revendiquer son indépendance ! - indépendance mon pied, quand on rêve de devenir une parfaite femme au foyer tout juste bonne à attendre monsieur avec les pantoufles et le journal à la main, pendant que le souper mijote en cuisine !



A voir la tête de Mme Roth, pas besoin de vous faire un dessin, le constat est clair :



Heureusement, tout vient à point à qui sait attendre !
C'est pas qu'elle lui souhaiterait du mal, à ce bellâtre prétentieux qui bousille d'un sourire "pepsodent" les beaux plans de carrière patiemment et laborieusement échafaudés... mais s'il pouvait lui advenir quelque menue bricole, genre maladie incurable et fatale, ça ne serait pas foncièrement pour lui déplaire.
Eh bien, voilà ! Aussitôt rêvé, aussitôt exaucé !... Y a vraiment un bon dieu pour les stage mothers.
Voilà-t-i pas que notre roucoulant séducteur nous chope une petite infection foudroyante, et crac ! chez Borniol !
Dès lors, on croit pouvoir se dire : "Tout est réglé, finies les mistoufles !"... Eh ben non ! les emmouscaillements ne font que commencer !
Car en effet, mademoiselle commence à nous la jouer drama queen inconsolable, et pour tout dire franchement chiante, odieuse et ingrate !
Ne restera bientôt plus à mamouchka qu'à se replier derrière les lambeaux épars de sa dignité bafouée !


Très vite, plutôt que d'écouter les bons conseils de sa sainte mère, Lillie-la-Tigresse préfère noyer ses larmes de crocodile dans le casse-patte d'une distillerie clandestine... Mademoiselle "Je-Sais-Tout" vire au sac à vin patenté.
Mais peut-on cacher quoi que ce soit à une maman ?


Et là, c'est la descente infernale, façon grand-huit à la Foire du Trône. C'est le toboggan de la mort, la chute de Babylone, le Titanic, le Hindenburg, tout ça dans les vapeurs rosées des crises de délirium éthylique de Mam’zelle Bec-en-Zinc.
Disons-le tout net : qui n'a pas vu Susan Hayward revendant son vison chez un prêteur sur gage pour aller se pochetronner dans les caboulots crasseux des bas-fonds new-yorkais n'a rien vu !

Le glamour en prend un coup, c'est sûr !

Et mamina dans tout ça ?
Ben, c'est fini le p'tit mandat toutes les semaines, fini les aigrettes et les tailleurs chics, fini de faire la nouba dans les clubs à la mode. Sa ciguë de fille l'entraîne dans sa dégringolade apocalyptique.
Et c'est précisément à ce stade de l'intrigue que nous arrivons à LA grande scène !
Par l'ampleur que les deux comédiennes donnent à cet affrontement, le face-à-face atteint ici une dimension absolument légendaire !
Comment ne pas s'ébaubir devant cette façon follement géniale de jouer le pathos et l’excès avec une amplitude propre à en faire profiter les spectateurs du dernier rang du dernier balcon du Radio City Music-Hall ?...
Moi, personnellement, chaque fois que je revois le film - et cette scène en particulier -, je ne peux me défendre de rire aux éclats et de fondre en larmes dans le même élan !
C'est brillant, c'est dément, bref ! c'est complétement indispensable !




Et voilà ! Comme toujours, j'ai mon rimmel qui part en confiture...
Trop de bonheur d'un coup, sans doute...
Pour conclure, n'oublions quand même pas que la stage mother est une mère comme les autres (ou presque) ; alors... 



samedi 28 mai 2016

THE GRISSOM GANG (Pas d'orchidées pour Miss Blandish, 1971)

SPÉCIAL FÊTE DES MÈRES

"Elle cause plus, elle flingue !"
par Valentine Deluxe


On pourrait parfois, en passant, un jour d'humeur pluvieuse, nous reprocher de donner un visage bien peu avenant à la sacro-sainte institution fêtée avec une régularité de métronome dans les colonnes de  MEIN CAMP - on peut tout louper sur MC : Noël, Nouvel An, anniversaire... mais PAS la Fête des Mères !
De fait, les esprits chagrins (si si, il y en a... pas beaucoup, c'est vrai, mais il y en a !) pourront  probablement utiliser la présente bafouille comme pièce à conviction supplémentaire dans un dossier déjà fort épais.
Oui, enfin...  quand je dis qu'ils pourront, il serait plus exact de dire ... "ils pourraient A PREMIÈRE VUE !"
En effet, un examen scrupuleux et approfondi, allant un peu plus loin que le physique peu amène (***euphémisme***), les manières plutôt rustres (***EUPHÉMISME***) et le langage fleuri (***EUPHÉMISME !!!***) de notre élue du jour, vous révèlera très vite une femme et une mère rien moins qu'exemplaire. J'ai nommé :
Ma' Grissom

Elle cause plus, elle flingue !

Bon, évidemment, quand je dis "mère exemplaire", je pousse peut-être un peu sur les bords et aux entournures... "Unique" serait sans doute plus approprié.
Matriarche du gang Grissom - gang qui donne son nom, en VO, à cette fabuleuse adaptation du roman de James Hadley Chase, filmée par  Robert Aldrich -, Ma' Grissom est un peu la Catherine de Médicis des rednecks, des bouseux, des finis-au-pipi.
Bien sûr, elle est douce et câline comme une feuille de papier émeri, mais une chose qu'on ne peut pas lui enlever, c'est qu'elle a le sens de la famille.
Et quelle famille !... Les Atrides à côté, c'est le club Dorothée !
Mauvais comme la gale, sales comme des peignes, escrocs, coupe-jarrets et psychopathes, y en pas un pour racheter l'autre chez les Grissom.

 
 La Sainte famille

Et pourtant, Ma' Grissom (grandiose  Irene Dailey, qui fut aussi une cultissime nonnette dégobillante dans "Amityville, la Maison du Diable") regarde tout son petit monde d'un air attendri, toujours ferme mais bienveillante avec les siens.
Parfois complaisante, peut-être, mais dans le fond, une vraie mère poule !

 Un autre raison d’adorer Irène Dailey !
Soeur Regurgitorum dans AMITYVILLE.

Avouons qu'elle a bien du mérite, car quand ses rejetons s'ennuient le samedi soir, ils ne trouvent rien de mieux à faire que de kidnapper les riches héritières qui baguenaudent dans le coin..."Faut que jeunesse se passe", d'accord, mais quand même !
Surtout qu'ils ne font pas dans la demi-mesure : leur dernière proie n'est autre que Jessica Blandish,  fille unique et héritière de l'empire Blandish, celle-là même qui n'aura jamais ses orchidées, et dont je vous avais déjà présenté "la chair" il n'y a pas si longtemps.
Tout contents d'eux évidemment, ils ramènent l'oie blanche à la maison. 
Du coup, en plus du sens de la famille, on s'apercevra vite que Ma'Grissom a aussi - et surtout - un tarin des plus affûtés pour flairer les pépètes là où elles se nichent.


Bon, c'est vrai que comme ça, je ne sais pas si ça vient de sa moustache, de son tablier crasseux ou de sa façon d'aboyer en serrant les mâchoires, mais faut reconnaître qu'au premier abord (au deuxième aussi, ceci dit), elle est plutôt flippante !
Mais je peux vous assurer qu'elle a des qualités - bien cachées, j'en conviens :
Elle a le sens du commerce, les deux pieds bien sur terre, les yeux en face des trous, et surtout l’esprit pratique... quitte à trucider un peu au passage s'il le faut, mais bon, "les affaires sont les affaires" !


Évidemment, on devine que cette biche aux abois ramenée au bercail, bien qu'elle représente le début de la fortune, sera surtout le grain de sable dans la mécanique bien huilée du gang Grissom... Huilée et suante, surtout, car comme vous avez pu le constater, ça transpire beaucoup dans ce film - j'ai d'ailleurs jamais vu un truc pareil !
A mon avis, il doit y avoir une couille dans le potage génétique au niveau sudation... Ils doivent avoir des glandes sudoripares comme des potirons, parce que ça suinte du début à la fin, ça coule de partout, une véritable infection !

Une constante chez les Grissom :
faut que ça suinte à grosses flaques !

C'est donc par la môme Blandish que le scandale arrive, cette tentatrice, cette Jezabel qui va foutre la zizanie dans ce tableau de famille presque exemplaire.
Car bien évidemment, faut qu'il y en ait un qui se chope le béguin... et pas le plus futé du lot, mazette ! En l'occurrence Slim Grissom, pas vraiment une tête de prix Nobel, c'est sûr : 3 neurones 1/2 les jours fastes, un cerveau en téflon - impossible que rien y accroche ! -, et comme un petit défaut de fabrication au niveau de la braguette.
L'autre pimbêche de Blandish en profite pour se la jouer "Vous savez qui je suis ? Z'avez vu qui vous êtes ?"
Moi, à sa place, je ne ramènerais pas trop ma fraise, car c'est pas le genre à plaire à Ma' Grissom.
Et si en plus la Blandish fait des misères à son petit Slim, elle ferait mieux de numéroter ses abattis, car y a des chances pour que ça gicle sur le papier peint !


Bon, le million de dollars en poche - mais avec toujours la môme Blandish sur les bras, vu que Neuneu Grissom veut pas qu'on y touche ! -, Ma' se lance dans les affaires ! 
Elle se fait une beauté (je vous sens sceptiques, là), un coup de fer à friser et une nouvelle robe, elle se trouve un p'tit fond de commerce tout ce qu'il y a de mimi-pinson, et hop ! l'affaire est dans le sac ! Moquette épaisse et bibelots rares, tables de roulette en bas et bordel à l'étage, tout ce qu'il faut pour attirer le chaland, quoi !
Seulement, y a pas que le chaland qui passe, y a aussi la maison poulaga du coin, qui débarque un beau soir avec l’artillerie lourde.
Mais vous ne croyez quand même pas que Ma' Grissom  va se laisser impressionner par si peu ?
Même si la partie semble jouée, elle n'est pas du genre à s’éclipser par la porte de derrière.



Comme vous pouvez le voir, Ma' Grissom a fait sienne cette maxime de Michel Audiard - frappée au coin du bon sens s'il en est :

"Dans les situations critiques, quand on parle avec un calibre bien en pogne, personne ne conteste plus. Y a des statistiques là-dessus."

samedi 14 mai 2016

CHERI (1950)

Les Bonnes copines de valentine # 14

"Cocotte(s)-minute"
Par Valentine Deluxe



Autant vous le dire tout de suite : il flotte déjà, dans ce nouvel article, comme un parfum de Fête des Mères, institution sacrée s'il en est, que nous ne manquons jamais de célébrer comme il se doit  dans ce temple du bon goût que vous nous faites l'insigne honneur de visiter présentement (fayote !).

En plus d'un tas de qualités et vertus diverses (médisante, envieuse, vénale... et d'autres tout aussi vertes), la merveilleuse Charlotte Peloux - M'ame Peloux pour les intimes -, que nous allons vous présenter avec la dernière délectation, est une mère admirable, dont le sobriquet porté par la chair de sa chair (qu'elle a plus qu'opulente) résume bien l'étouffante et maladroite affection dont elle a su l’engluer depuis son plus jeune âge : Chéri !

 Élégance, raffinement et discrétion :
Ma'me Peloux dans toute sa splendeur !

Dans cette savoureuse adaptation cinématographique du diptyque que Colette consacra aux amours cougaresques de Léa de Lonval avec le jeune et beau Fred Peloux - son cadet de 30 ans -, les auteurs ont eu l'idée plus que lumineuse de confier le rôle de cette bonne M'ame Peloux à l'indispensable Jane Marken.
Grâces leur en soient rendues...
Sur ce, je vous propose d’entamer un Te Deum tout suintant d'émotion et de respect.

C'est que Jane Marken, forcément, on l'adore !
Rappelez-vous justement la Fête des Mères 2013, où nous évoquions son rire veule et gras de mégère fielleuse dans "Manège".
Il faut bien dire que la veulerie, la méchanceté, voire la vulgarité, ce sont un peu les marques de fabrique de Jane Marken.
Dans sa longue et prestigieuse carrière, on cherchera en vain chez ses personnages une once de distinction, de classe, de discrétion. Elle est parfois gentille, mais toujours avec la petite note de trivialité ad hoc pour relever la sauce.
Surtout, comme le dit l'adage bien connu, elle n'est jamais aussi bonne que quand elle est mauvaise !
Et Dieu sait qu'elle peut l'être, mauvaise ! Rarement aura-t-on déployé autant de talent - le sien est éclatant - au service de personnages aussi cauteleux et poissards.
Et ce n'est certes pas M'ame Peloux qui lui offre un contre-emploi !

"Du Barry ou Pompadour ?"

Aujourd’hui, c'est moins son instinct maternel fluctuant - toujours entre l’excès et la négligence - qui nous occupe, que ses mondanités.
Car en effet,  comme elle n'aime pas la solitude, M'ame Peloux tient salon !...
Et la guêpe n'étant pas folle, notre "harpie nationale" (comme l'ont surnommée ses deux amants) respecte à cette occasion le principe éprouvé de "la copine moche" aux côtés de laquelle on ne peut QUE paraître plus attrayante
Hormis l'indestructible et toujours splendide (bien qu’en voie de fanaison) Léa de Lonval (à laquelle Marcelle Chantal prête ses traits superbes quoique légèrement avachis sous les premières rides véloces), la chère dame accueille donc chez elle un cénotaphe de gargouilles défraichies, grimaçantes et délicieusement grotesques, pouvant encore de temps à autre, malgré leur statut de parasites patentés qui devrait les rendre plus humbles et serviles, cracher des restes de plomb fondu  sur leur généreuse hôtesse.

Les bonnes copines de Ma'me Peloux
(photo non-contractuelle)

Laissez-moi vous les présenter :
Il y a d'abord, la Copine.
Probablement la plus fauchée de la bande, et plus que légèrement portée sur la schnouff - cocaïne ou opium, tout fait farine au moulin -, la  malheureuse est tellement démunie qu'elle ne possède même plus de nom ; c'est juste "La Copine".
Loyale à Léa, ce qui lui vaudra bientôt d'être privée des bienfaits et de la munificence du palais Peloux, elle semble tout droit sortie d'une (célèbre) photo de Brassaï, et a la chance, le bonheur et l'avantage d'être jouée, la voix éraillée et l'œil charbonneux, par l'immense, l’éblouissante, l'extraordinaire (ah ! que j'aime les superlatifs !) Yvonne De Bray.

La môme Bijou et la Copine :
Le jeux des 7 erreurs.

Autre habituée du salon Peloux : la Baronne !
Sans doute moins désargentée que la Copine, elle peut se permettre d'être plus insolente et indocile.
En smoking et le cheveu plaqué, elle promène dans son sillage l'aura gentiment sulfureuse de la grande lesbienne assumée qui, en matière de vice, ne peut plus guère s'adonner qu'à la photographie, et grave pour la postérité sur le gélatino-bromure d'argent la savoureuse galerie de monstres créée par  Colette.
Elle est interprétée tout aussi brillamment par la mystérieuse Maïa  Poncet, dont je ne pourrai pas vous dire grand chose, vu que je n'ai pas été foutue de trouver la moindre information valable sur son compte - ...si vous en avez, je suis preneuse !
Mais de toute façon, on s'en fout : elle est parfaite, et ça lui suffit !

Le petit oiseau va sortir...
(les vacheries aussi !) 

Pour finir en beauté, nous avons la vieille Lily !... Sans doute la plus foldingue et scandaleuse de la bande.
Elle minaude, elle roucoule, elle glousse comme une vierge folle, et se montre toujours à l'affût d'une de ces grivoiseries ("le péché de l'oreille" !) qui font son délice. 
Niveau scandale, elle dame le pion aux amours de Léa et Chéri, en donnant carrément dans le détournement de mineur.
Ses vertes années courent peut-être dans la montagne, mais ça ne l'empêche pas de galoper avec toujours autant d'ardeur après les petits puceaux.
Cependant, attention ! Ne vous fiez pas à son air affable, elle est encore assez preste pour vous décocher une flèche au curare entre deux afféterie.
Et c'est Jane Faber, 268ème pensionnaire du Français et ex-vedette des premiers FANTOMAS de Feuillade, qui lui prête sa silhouette fatiguée mais toujours aux aguets, cachant pudiquement sous une voilette épaisse les ravages de folles années qu'elle ne semble pas pressée de ranger au rayon "pertes et profits".

Jeanne Faber, au temps béni (et lointain) 
de sa splendeur...

Bon, maintenant que les présentations sont faites, si on allait voir de quoi il en retourne ?
Parce que je cause, je cause, mais il serait temps de laisser ces dames venir à nous.
Alors d'abord, petit aperçu d'un dimanche après-midi typique chez M'ame Peloux




Mais prudence, si vous la voyez tout miel et sucre avec les deux invitées surprises, c'est que M'ame Peloux  à surtout le sens des affaires. Et c'est évidemment parce qu'elle veut caser son petit poussin Chéri, et surtout lui assurer une rente plus que confortable en mettant le grappin sur une bonne dot, qu'elle tente de se montrer sous son jour le plus affable !
Toutefois, avec M'ame Peloux, chassez le naturel, et il revient au galop, vitesse Carl Lewis... Et Marie-Laure n'a pas encore mis un pied dans la rue que la pompe à fiel est amorcée !


Cependant, les affaires restant les affaires, dès qu'il faut passer au contrat de mariage, la vraie nature du dragon se se fait voir dans tout son jour...


"Mère adorée", vous l'avez entendu !
Eh bien justement, laissons la baronne résumer merveilleusement les qualités maternelle de M'ame Peloux.


Et Lily ? Vous n'avez pas encore vu la vieille Lily !!!
A noter que dans cette scène, Jane Faber pourrait arriver grande première dans un concours de sosie de Jeanne Fusier-Gir, que j'ai cherché vainement au générique avant de me rendre compte que je m’étais laissée abuser. 
Quoi qu'il en soit, Jane Faber, une fois que vous y aurez goûté, vous ne pourrez plus vous en passer...



Mais M'ame Peloux ne va quand même pas se laisser voler la vedette par une vieille haridelle remontée de la mine ! Alors pour finir, laissons le mot de la fin à Lolotte Peloux, et en center stage, s'il vous plaît !



"Quand on arrive à avoir la peau moins tendue, le parfum y pénètre mieux!

... ça, je le note tout de suite dans mon petit calepin à vacheries, ça peut toujours servir.
Merci qui ? Merci M'ame Peloux !

mardi 19 avril 2016

LA CHAIR DE L'ORCHIDEE (1975)

Les bonnes copines de Valentine #13

"La main de fer dans le gant de crin"

Par Valentine Deluxe


Est-il besoin de  rappeler que nous vouons une dévotion toute particulière, doublée d'un culte des plus fervents, à Edwige Feuillère ?
C'est un peu mon paludisme à moi, Edwige Feuillère : un mal chronique mais tout à fait gérable, avec de longues plages de calme et de répit, puis paf ! sans prévenir, de graves et soudaines rechutes, des pics fiévreux, des crises de délire obsessionnelles.


Madame Bastier-Wagener :
La main de fer dans le gant de crin ! 

De sa longue et invraisemblable carrière cinématographique, ponctuée de quelques chef-d’œuvres et (surtout) d'une kyrielle d’invraisemblables - mais toujours savoureux - nanars, où elle promène sa grâce et ses bonnes manières feutrées avec une égale conviction, intéressons-nous aujourd’hui à la conclusion.

Premier film de Patrice Chéreau et dernier de Ma'me Ponce*, "La Chair de l'orchidée" fait partie de ce que j'appelle les presque-grands-films.  
Pas un canard boiteux, mais un cygne qui, pour être majestueux, n'en n'est pas moins éclopé et plus que légèrement bancal. 
Tous les ingrédients sont là pour faire une œuvre importante, voire inoubliable, et malgré tout, allez savoir pourquoi, le soufflet retombe (parfois), la mayonnaise ne prend pas (complètement). 
Enfin, je dis "parfois" et "pas complètement", car il y a des compensations : pour chaque passage raté, il y en a un autre miraculeux qui suit ou qui précède.
Oh, bien sûr, il y a les scories classiques du film français "auteurisant" des années 70 :  hystérie galopante généralisée, déshabillage contractuel et systématique de l'actrice principale - Charlotte Rampling, toute en os et côtelettes saillantes -, scénario embrouillé et paysage pluvieux.
Bon, on a survécu à Zulawski, donc c'est pas encore ça qui nous tuera.

Regardez bien, car elle ne va pas rester habillée longtemps...

De l'autre côté, il y a les pépites de "l'orchidée": un sens incontestable du décor, une intrigue parfois illisible mais toujours envoûtante, et surtout - pour moi, pour vous, pour nous - un brelan de (Grandes) Dames tout ce qu'il y a de délicieusement indignes.
Commençons par vous présenter celles qu’on ne verra pas aujourd’hui: 
Alida Vali, énigmatique "folle de la gare", qui vous fait chavirer le cœur en 2 répliques, et (surtout) Simone Signoret, qui relève la gageure d'être plus mal fagotée que la veuve Couderc et plus bouffie que Madame Roza, ce qui, vous en conviendrez, n'est pas un mince exploit !
Fabuleuse Lady Vamos - rien qu'à lire le nom du personnage, je sors mes fioles à sels de pâmoison... -, ex-reine d'un music-hall maintenant bien décati, et n'ayant plus pour seuls spectateurs que quelques rares et chétifs poulets (si !), elle apporte une merveilleuse parenthèse de douceur et d'humanité dans la folie collective qui semble avoir frappé tous les autres protagonistes de cette sombre - on est à deux doigts de la canne blanche et du chien-guide dans certaines scènes tant on n'y voit goutte ! - et sale histoire.

 Un conseil à Lady Vamos :
Faut virer votre coiffeur !

L'apparition de ces deux icônes aurait suffit à mon bonheur, mais ça n'est pas tout, puisque, rappelons-nous (enfin, rappelez-le moi surtout, car j'ai tendance à me disperser, ces temps-ci) que nous sommes ici pour parler surtout de la 3ème de ces sphinges majestueuses et lézardées par le temps.

Je ne vais pas vous faire le coup du suspens, je vous ai tout soufflé dès le départ : la meilleure carte de cette main exceptionnelle, c'est Mme Bastier-Wagener, la magnifique/merveilleuse/incomparable (biffer les mentions inutiles... mais y a-t-il une mention inutile ?) Edwige Feuillère, ici dans sa dernière apparition sur un écran de cinéma.

Une Grande Dame comme je les aime...

Mme Bastier-Wagener, c'est une dame comme je les aime : à savoir une GRANDE Dame.
Hautaine, tyrannique et malfaisante, elle n'a que des qualités... ou tout du moins, les qualités requises pour finir en nos colonnes.
Parmi le nombre incalculable d'injustices dispensées par les Académies des Arts et Techniques du cinéma - qu'elles soient de l'ancien ou du nouveau monde -, nous soulignerons l’absence criante de la moindre nomination pour le dernier tour de piste, façon Medrano, de La Feuillère, qui aurait pourtant bien mérité pour l’occasion son dessus-de-cheminée.

 C'est pas celui de Mme Bastier-Wagener,
ça c'est sûr !

Car il faut bien dire les choses comme elles sont - et je vous jure que je suis d'une objectivité d'airain ! -, elle est juste magnifique ici, notre Edwige.
Parfaite dans la moindre respiration, le moindre haussement de sourcil, le moindre silence...
De ce type de performance qui tire un film  vers le haut, lui donne une aura, un cachet, une patte absolument inoubliable.

N'ayant pas (encore) lu le roman de James Hadley Chase - vraie/fausse suite de son cultissime "Pas d'orchidée pour Miss Blandish" -, je ne saurais dire à qui, de l’écrivain ou du scénariste - Jean-Claude Carrière, pas un bras cassé non plus, faut bien le dire - revient le mérite d'avoir créé la fabuleuse Mme Bastier-Wagener.
Prête à toutes les vilénies, toutes les bassesses, tous les machiavélismes, elle déploie une incroyable  énergie tout au long du film pour que l'immense fortune de  feu son frère ne tombe pas entre les mains de la  petite-fille de celui-ci. 
Donc, suivez moi bien, il n’était autre que le papa de celle qui n'avait pas eu ses orchidées dans le bouquin précédent... Oui, je sais, c'est un peu embrouillé tout ça...

"Homicidal maniac" qu'on vous dit !... Faut l'enfermer!

Et tant pis si, pour ce faire, il faut faire passer la pauvre enfant pour une dingotte jusqu'au trognon et l'interner ad vitam dans un institut psychiatrique à côté duquel Alcatraz ressemble à un village du Club Med (3 tridents !)
Évidemment, le jour où la tendre chérie met les voiles, non sans avoir pris la peine auparavant d'arracher un œil à son gardien, ça complique un peu une affaire qui n’était déjà pas simple à la base.

Alors, voyons tout de suite comment Mme Bastier-Wagener prend la chose...




Merveilleuse apparition, n'est-il pas ?
Rien que sa façon de dire : "Nous vivons comme des bohémiens, mon fils et moi", pour moi, ça valait Oscar, César, Palme d'or, Ours, Lion et tout le bestiaire, par poignées de douze !
Et ce léger sourire vicieux sous la voilette, quand le médecin lui narre la raison de l’évasion de sa petite-nièce !!! 
On soulignera cependant au passage une grande maladresse du metteur en scène, car plutôt que de nous la faire découvrir, toute auréolée de mystère, dans cette scène splendide, il rate son effet en nous la montrant banalement quelques instants plus tôt, dans un plan nettement moins iconique et indispensable.
Enfin, passons...

Dans notre 2ème extrait, ça vire carrément au star-turn ; Chéreau ne peut pas cacher la profonde fascination - comme nous le comprenons ! - que Feuillère semble exercer sur lui.
Regardez bien l’autorité dans le moindre regard, le geste le plus anodin... C'est sublime, je ne vois pas d'autre mot !
Et cette façon déconcertante qu'elle a de passer en un claquement de doigts du mielleux - quand elle balance quelques excuses vaseuses justifiant l'internement de la pauvre Rampling - à la dureté la plus glaçante - dès qu'elle apprend qu'elle n'est plus là.
Je l'adore, je l'adore...





Et nous avons bien évidemment gardé le meilleur pour la fin, la cerise confite sur la pièce montée , le Nirvana, le Walhalla, l’ascenseur-express pour le 7ème ciel... le 8ème ou le 9ème même, peut-être, ne soyons pas chiche !
Si nous n'avions pas peur de tomber dans la trivialité la plus plate, nous vous dirions que c'est bandant, voire orgasmique !... Mais les glissades dans le sordide, très peu pour moi.





"Vous pourriez m’enfermer pendant 15 ans, je ne baiserais pas ce monsieur !"
C'est beau comme une crèche, non ? 

Bon, maintenant, s'il est (déjà) l'heure de dire "adieu" à Mme Bastier-Wagener, nous ne lancerons qu'un simple "au revoir" à Miss Feuillère, parce que vu son pedigree, les probabilités que nous la croisions à nouveau dans les parages dans un avenir plus ou moins proche nous semble des plus élevées !





* Comme l'avait surnommée  affectueusement Jean Gabin après qu'elle ait joué dans l'inénarrable "Golgotha" de Duvivier, l'épouse d'un célèbre procurateur de Judée très à cheval sur l’hygiène des mains.