"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



dimanche 29 mai 2011

POUR UNE REHABILITATION DE L'INSTINCT MATERNEL DE JOAN CRAWFORD


SPÉCIAL FÊTE DES MÈRES


par Valentine Deluxe
 
En ce jour glorieux et béni, tout entier dévoué à l’hommage légitime rendu aux génitrices du monde entier, il est de mon devoir de tenter ici-même une périlleuse entreprise de réhabilitation... Qui donc, parmi les grandes figures nourricières qui peuplent l’inconscient collectif, peut se targuer de traîner, depuis maintenant trois décennies, la plus nauséabonde réputation depuis Médée et Folcoche ?
Allez, hop ! Tous en chœur :
(… et c’est Debbie REYNOLDS qui pousse un grand soupir de soulagement en vous entendant !)


Pauvre Joan ! Se taper une carrière de forçat pendant près d’un demi-siècle ; s'adapter à tous les systèmes de production, de l’Age d’Or des grands studios au plus fauché des producteurs indépendants ; devenir la plus indécrottable stakhanoviste de la pellicule ; être oscarisée pour l'un des meilleurs mélodrames lacrymaux jamais consacrés aux relations mère-fille (Le Roman de Mildred Pierce, pour les improbables ignares qui peineraient à suivre ma démonstration) ; survivre à une consommation massive de Pepsi-Cola ainsi qu’à la hargne indéfectible de cette garce de Bette DAVIS (qui, si elle pouvait à cet instant se lever du sépulcre, me gueulerait sans doute un tonitruant « C’est pas moi ! C’est elle !!! »). Tout ce mal qu’elle s’est donné, vaillante, modeste et laborieuse, pour finir immortalisée, bien malgré elle, par ce torchon bouseux et méphitique, éructé par la garce diabolique qui lui servit de fille (« adoptive » peut-être, mais quand même !...), sous le terrifiant sobriquet de « MAMAN TRÈS CHÈRE ! »... Et tout ça parce qu’elle aurait eu l’étourderie de la déshériter !... Où va parfois se nicher la mesquinerie des enfants, je vous le demande ???

Par la grâce de ce ramassis de médisances douteuses qu’on ose à peine qualifier de « livre » -- et qui fait amèrement regretter le temps béni des autodafés --, cette immonde et ingrate verrue nommée Christina eut droit, en son temps, à un bref moment de gloire tabloïdesque avant de retomber dans la nuit noire d’un oubli des plus légitimes (sort qui, hélas, ne fut pas réservé à sa nauséabonde diarrhée pseudo-littéraire !)

Mais dans l’ombre se tapissait une autre figure tout aussi douteuse, et pas moins malfaisante pour la cause : le frère de Christina ! la chiffe-molle ! le demi-sel !… Cette vilaine crapette de Christopher CRAWFORD !... 
Quoi de plus ingrat qu’un orphelin, me direz-vous ? Nourrissez-le une fois, et il n'y a plus moyen de vous en dépêtrer !... 
Un peu comme cette petite infection d’Oliver Twist, qui non content d’être logé, nourri et blanchi par l’administration pédagogico-pénitentiaire de l’Empire Britannique, trouve encore l’effronterie de réclamer, avec des yeux de poney diabétique, une nouvelle assiette de ce délicieux porridge à l’eau dont les vertus nutritives ne sont plus à démontrer... Je vous redresserais tout ce petit monde -- Christina, Christopher et Oliver -- à grands coups de tisonnier dans le coccyx, moi ! Au moins, ils brailleront pour quelque chose !

Joan & Christina
Joan & Christopher

Mais je m’égare : et la réhabilitation de Joan, dans tout ça ?
Eh bien, jetez plutôt un œil sur ce document exclusif, tiré des archives familiales de Miss CRAWFORD (communément appelées « le fonds Pepsi »), et vous vous ferez une tout autre idée de ce puits d’amour et de générosité qu’était la Grande Dame dès qu’il s’agissait de gâter ses chers petits.
Pièce à décharge numéro 1 : "Maman, Christina, et la panade de Christopher" (1)

(1) Ici amoureusement surnommé « Trog » (sans doute l’équivalent de « bibiche » ou « chouchou » dans le patois hollywoodien).

4 commentaires:

  1. Je suis complètement fan de ce blog que je découvre. Moi qui suis un grand amoureux des actrices (et qui adore les rôles de "méchantes".), je me régale. J'y retrouve toutes mes copines ! Bravo ! Le style est original, la lecture est agréable. Par contre, j'ai juste une petite question, qu'est-ce donc que le "camp" ? J'ai compris globalement l'idée générale qui regroupe ces rôles et ces actrices mais je n'arrive pas à savoir ce que ça traduit vraiment.

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    1. Chér-e Vigier
      ...excusez pour la lenteur excessive de la réponse, la trêve des confiseurs a été un peu longue
      sur MEIN CAMP cette année!
      Un grand merci pour votre message ...pour votre (épineuse) question, je vous invite à vous reporter sur la citations d'Isherwood et Peter French de qui se trouve sous le logo du blog, en haut de page. Elles expriment bien toute la difficulté de donner une réponse définitive.
      Pour moi disons que ça se rapporte à une sorte de vénération de l’excès et de l'outrance érigée en spectacle. Point dépure, de retenue ni de sobriété ici!

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  3. tiens, voilà un extrait du texte que j'avais écrit pour presenter le blog sur la page facebook qui lui est dédié, et qui annonce les mises à jour:

    "Ici, on dissèque avec passion les oubliés des dictionnaires de cinémas et et les laissés-pour-compte des anthologies officielles.
    Le point commun entre toutes ces pépites ? L’excès!
    L’excès sous toutes ses formes, l’excès reconnu comme l’un des beaux-arts, le grotesque érigé en valeur absolue, le « too much » comme monnaie universelle, comme mètre-étalon, à l’aune de laquelle tout mérite se verra mesuré; le tout guidé par une indéfectible passion pour les sujets proposés.
    Avec ces dames, plus que jamais, « la beauté est dans l’œil de celui qui regarde » …qui plus est quand cet œil et lourdement dessiné d’un trait de mascara épais, et la paupière, parée des fards les plus outrageux, ployant sous le poids de faux-cils en pattes de mygales.
    « Mein Camp » c’est le temple de Divas essoufflées, des décadences flamboyantes, des désastres en technicolor et son-stéréophonique. "



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