"J'admets que le Camp est terriblement difficile à définir. Il faut le méditer et le ressentir intuitivement, comme le Tao de Lao-Tseu. Quand vous y serez parvenu, vous aurez envie d'employer ce mot chaque fois que vous discuterez d'esthétique ou de philosophie, ou de presque tout. Je n'arrive pas à comprendre comment les critiques réussissent à s'en passer."


Christopher ISHERWOOD, The World in the Evening

"Le Camp, c'est la pose effrénée, l'affectation érigée en système, la dérision par l'outrance, l'exhibitionnisme exacerbé, la primauté du second degré, la sublimation par le grotesque, le kitsch dépassant le domaine esthétique pour intégrer la sphère comportementale."

Peter FRENCH, Beauty is the Beast



jeudi 29 avril 2010

LE CAUCHEMAR DU BIGLEUX


THE BB'S HORROR PICTURE SHOW #2
par BBJane HUDSON


Connaissez-vous la Duo-Vision ?... Non ?... Eh bien, c'est tout simplement l'autre nom du split-screen...
Comment ?... ça ne vous avance pas ?...
Très bien... Je vais vous faire un dessin...



Pardon ?... Qui a dit que je dessine comme un manche ?...
Mouais... passons...
La Duo-Vision est un ingénieux procédé qui consiste à diviser un écran en deux parties (plus ou moins égales, comme mon dessin vous le signale...) afin d'y suivre deux actions différentes. Popularisée par Paul MORRISSEY et Andy WARHOL dans leur Chelsea Girl, et largement utilisée dans les années 70 par Brian DePalma, cette technique présente l'inestimable avantage de muscler les nerfs optiques des spectateurs tout en les divertissant follement. Elle s'avère très pratique pour les personnes souffrant d'un strabisme divergent, mais particulièrement inconfortable pour le bigleux de base, qui, de par son handicap, se trouve confronté à quatre images entre lesquelles il lui est fort ardu d'opérer un choix pour suivre l'avancée de l'intrigue.


Un grand fan de la Duo-Vision

Wicked, Wicked, qui relate les exactions d'un jeune tueur psychopathe opérant dans un luxueux hôtel balnéaire, fut entièrement tourné en Duo-Vision (à l'exception de trois ou quatre plans) et tablait beaucoup sur l'idée que ça serait drôlement chouette de voir l'assassin et ses futures victimes se préparer parallèlement à leur sanglante rencontre.


Reconnaissons que le procédé est très honorablement exploité par le cinéaste Richard L. BARE, à ceci près que, pour meubler l'une des moitiés de l'écran, le bougre a parfois tendance à y foutre n'importe quoi. Ainsi, dans l'extrait ci-dessous, nous avons droit à la prestation d'une organiste jouant la partition du vieux Fantôme de l'Opéra de 1925. Comme son interprétation constitue la bande originale du film, Mémé apparaît ponctuellement tout au long du métrage, sans qu'on sache qui elle est, d'où elle vient, pourquoi son orgue émet un son aussi épouvantable, et s'il est bien raisonnable qu'elle joue sans interruption plusieurs jours d'affilée (la durée de l'intrigue), sans jamais faire relâche, ne serait-ce que pour se pieuter ou aller au p'tit coin. En fait, à la toute fin, quand tout le monde est mort, elle referme sa partition et va se dégourdir les jambes ; une inscription sur la porte de son repaire nous apprend qu'elle se nomme Adele Moffett et qu'elle est organiste (on l'avait vaguement pressenti...)
Inutile de vous dire que ce personnage et son interprète (Maryesther DENVER) sont immédiatement devenus de nouvelles idoles de votre BB chérie, tant ils véhiculent un potentiel d'absurdité filmique hors du commun...
Enjoy !
(Ne soyez pas flemmards : l'extrait dure cinq minutes, mais il est gratiné et comporte un très joli meurtre bien fendard... Vous apprécierez l'énergie avec laquelle le meurtrier aiguise son couteau...)




8 commentaires:

  1. ...est ce que ce n'est pas l'hôtel de "some like it hot"???

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  2. ....comment faire pour ne pas en devenir un inconditionnel acharné de Maryesther DENVER???

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  3. @ Thomas : Voilà !... C'est le mot que j'avais sur le bout de la langue !...

    @ Valentine : Votre coup d'œil est infaillible : c'est bien l'hôtel de "Some like it hot" !... Étonnante coïncidence, pour un film qui aurait tout autant sa place sur FEARS FOR QUEERS -- si j'étais moins paresseuse, ou avais le temps de rédiger de longs posts pour l'autre blog...
    Je crois qu'il n'y a AUCUN moyen pour ne pas devenir fan de Maryesther DENVER, quand on possède notre conformation spirituelle... (Le pire, c'est que j'ai déjà commandé sur Amazon un autre film dans lequel elle tient le 56ème rôle...)

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  4. Le 56e rôle est toujours crucial dans un film — sans 56e rôle (ou quarante-douzième), point de film réussi, c'est moult bien connu :D

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  5. Bertrand Tavernier ne s'est pas frotté à la Duo-Vision ?

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  6. ...je rêve ou bien on voit la lame du couteau se tordre quand elle touche le ventre de la donzelle?
    ...à moins que ça ne soit un effet secondaire de la duo-vision??

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